‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 21 sur 117 · Bertrand de Broussillon. La maison de Craon , I, p · texte numérisé non relu

Bertrand de Broussillon. La maison de Craon , I, p

Enfin vient la mention de la guerre « cum Hugone Cenomannensi consule, qui exierat de fidelitate sua [Gaufredi Martelli] ». Il s’agit, bien entendu, de la lutte de Geoffroy avec l’évêque Gervais gouvernant alors le Maine au nom du jeune Hugue II. Gervais,qui s’était d’abord entendu avec Geoffroy, se brouilla avec lui en mariant Ilugue contrairement à ses vues. C’est ce mariage fait sans le consentement de Geoffroy Martel, qui, nous l’avons vu, justifie les mots : « qui exierat de fidelitate sua ». Cette lutte nous est connue par la Chronique des évêques du Mans par plusieurs chartes, notamment du Cartulaire de la Trinité de Vendôme 116 , et aussi par la Chronique de Guillaume duc de Normandie 1,7 où nous lisons cette phrase significative : « Tempore vero Hugonis, Gaufredus Martellus urbem Cenomannicam saepe injecto igné cremavit, saepe militibus suis eam in praedam distribuit ; plerumque vineas circa ejus ambitum extirpavit ».

Ainsi, sauf peut-être pour la guerre avec le vicomte de Thouars, nous trouvons ou bien une confirmation complète, ou bien des présomptions en faveur du récit que nous examinons : en toute justice, nous ne pouvons conclure ici encore, pour l’ensemble, qu’à une exactitude très probable.

Quant aux indications relatives aux derniers jours de Geoffroy Martel et à l’enfance de Foulque le ltéchin, ils sont assez connus pour que nous n’ayons pas à renvoyer à des textes précis. Nous noterons seulement au sujet de l’abbaye de Saint-Nicolas qu’il est parfaitement exact que Geoffroy Martel y ait continué l'œuvre de Foulque Nerra, qu’il en ait achevé la construction et les embellissements : une charte du roi Henri I er , entre autres, en fait foi 118 . D’autre part, nous relèverons aussi, pour ce qui est de Foulque le Réchin, l’affirmation qu’on lit au début de notre texte : « Ego Fulco, cornes Andegavensis, qui fui fllius Gosfridi de Castro Landono et Ermengardis, iiliae Fulconis, comitis Andegavensis », parce que cette affirmation prête à la discussion. En effet, M. Prou, dans un article récent 110 , prétend établir que le père de Foulque le

115. Gesla pontificum Cenomannensium dans dom Bouquet, XI, pp. 135-137.

116. Cartulaire de la Trinité de Vendôme , édition Métais, I, chartes n° 62, n° 63, n° 64, n° 67, n° 68.

117. Gesta Guillelmi ducis Normannoruni et regis Anglorum, dans dom Bouquet, XI, p. 85.

118. Cartulaire de Saint-Nicolas d'Angers , dans dom Mousseau, II 2 , n° 576.

119. Prou, VAcquisition du Câlinais sous Philippe I er , dans les Annales de la Société historique et archéologique du Gatinais , tome XVI, p. 177, note 2, (1898).

MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN-AGE

Réchin a été non pas Geoffroy, mais Aubri de Château Landon. Il faut toutefois remarquer que M. Prou lui-même n’affirme rien, mais donne simplement la chose comme très vraisemblable. D’autre part, à la conclusion à laquelle il s’arrête on peut opposer l’autorité assez grande, semble-t-il, d’une généalogie du XI e siècle tout dernièrement publiée 12 °. Au surplus, en admettant que le père de Foulque le Réchin se soit en effet appelé Aubri et non Geoffroy, il n’y a rien là qui puisse infirmer en quoi que ce soit la valeur de notre chronique : nous avons affaire, dans ce cas, à une distraction d’un copiste, non à une erreur du chroniqueur. Distraction d’ailleurs bien compréhensible, si l’on songe qu’à la ligne suivante on lit : « nepos Gosfridi Martelli » : le Gosfridi de la ligne 2 est monté à la ligne 1 121 .

Nous pouvons donc dès maintenant aborder la partie du fragment quia trait au gouvernement de Foulque le Réchin lui-même. Qu’il ait bien, comme il est dit au début, été maître des comtés de Tours, de Nantes et du Maine, la chose n’est plus douteuse pour nous. Mabille objecte que la réunion du Maine à l’Anjou date de 1111 ; mais nous avons vu ce qu’il fallait entendre par « tenere Cenomannensen consulatum » : cela indique seulement que le Maine était dans la mouvance de l’Anjou. Il en est d’ailleurs de même du comté de Nantes.

Ce qui concerne la lutte avec Geoffroy le Barbu ne donne lieu à aucune observation. Geoffroy a sans doute été emprisonné une première fois en 1067, mais c'est seulement en 1068, après le combat de Brissac, que Foulque le Réchin a mis vraiment la main sur le comté. Aussi 122 est-il exact de dire : « quam tri-

120. R. Poupardin. Généalogies angevines du XI e siècle , au tome 20 des Mélanges d'Archéologie et d'Histoire, publiés par l’École française de Rome, p. 199 et sqq. Voir notamment la généalogie N° VI, p. 208 ; cf. la note 7 de la p. 202.

121. M. D’EspiNAY,dans un article paru la même année que celui de M. Prou, constatant, de son côté, que le pèrede Foulque le Réchin a été Aubri et non Geoffroy de Château-Landon, prétend que cela seul prouve sans conteste la non-authenticité du fragment. C’est résoudre la question un peu trop légèrement (D’Espinay, Les comtes du Gâtinais , dans les Mémoires de la Société d y agriculture sciences et arts d'Angers , 5 e série, tome I, p. 25, ann. 1898).

122. Si au lieu de octo il ne faut pas lire VII et compter par conséquent les années jusqu’à l’emprisonnement de Geoffroy le Barbu exclusivement. Car ici ce chiffre n’est pas confirmé par les chiffres voisins, et les détails qui suivent.

bulationem cum per annos octo protendissemus », en comptant les huit années de désordre jusqu’à l’évasion de Geoffroy le Barbu et jusqu’au combat de Brissac. — Quant aux calamités de l’an 1096, elles sont confirmées m .

Enfin le récit relatif au voyage du pape est d une extrême exactitude : il n’y a que le don de la rose d’or à Foulque et le transfert du corps de Geoffroy Martel que nous ne trouvons pas indiqués ailleurs. Tout le reste se vérifie dans le plus petit détail. Nous voyons qu’en effet Urbain II est arrivé à Angers à la fin de l’année 1095, ancien style, c’est-à-dire février 1096, nouveau style qu’il a dédié lui-même l’abbaye de Saint-Nicolas le dimanche de Septuagésime (10 février 1096 ) 12:1 ; qu’il a accordé aux assistants rémission du septième de leurs péchés 126 ; qu’il a quitté Angers pour se rendre au Mans ,27 , et de là à Tours 128 ; que dans cette ville il a réuni un synode et rendu des décrets 1,2<J , et qu’au milieu du Carême il a procédé à la cérémonie du couronnement , ayant été cpndûit processionnellement à l’église de Saint-Martin 130 ; enfin qu’il est allé célébrer ses Pâques à Saintes 131 .

Voilà le contrôle de notre récit terminé. Nous sommes donc en mesure de formuler une première conclusion générale, laquelle ne saurait être que celle-ci : étant donné l'exactitude suffisante des détails contenus dans le fray ment, nous n avons aucune raison de penser qu il soit l'œuvre d'un faussaire.

423. Chroniques des églises d'Anjou, pp. 14, 27, 144 et passini.

124. Jaffé, Reqesta Pontificum Romanorum, 2 e édition, p. 684. — Nous rappelons encore ici que l’année ne commençait en Anjou que le 25 mars.

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