‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 30 sur 117 · Helgaud, Vita Rotberti, §§ 21, 25. Cf. § 6 s. et passim · texte numérisé non relu

Helgaud, Vita Rotberti, §§ 21, 25. Cf. § 6 s. et passim

17. Toute la fin de la Vita Rotberti est un long psaume à l’exaltation du roi Robert, comme l’opuscule entier un panégyrique sincère.

18. Helgaud, Vita Rotberti, in fine. J otsald, Vita Odilonis , applique à Odilon des expressions toutes semblables.

19. Raoul Glabek, Histoires , III, 2. Nous reviendrons sur ce sujet à

propos du passage du Çarmen ad Rotbertum sur les élections épiscopales (vv. 45 suiv.). ' ■

20. Des exemples se présentent surtout dans la seconde partie du règne. Robert protège spécialement, pour les faire élire, ceux des clercs qui vivent à sa cour, notamment ses deux chanceliers, Renaud et Francon (évêques de Paris) ; ses parents aussi, Ebal, son neveu, archevêque de Reims, Gauzlin, son frère bâtard, archevêque de Bourges. Plus tard il investit, outre Gauzlin qui est un moine, des réguliers tels que les deux Thierry, qu’il établit successivement, de force, aux sièges d’Orléans et de Chartres.

21. PfisteH, Études sur le règne de Robert le Pieux, pp. 193-195, expose très clairement cette question des élections épiscopales.

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LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALHÉRON

méconnaître, dans la politique robertinienne, un sérieux effort, qui sera renouvelé au xn e siècle, pour faire la fortune de tout un parti intéressé à la conservation de la royauté des Capétiens, lui donnant son appui sans être capable de la mettre en tutelle. La politique royale, avec Robert, se fait progressiste et favorise les réformateurs pour s’affranchir de la direction que les séculiers prétendaient conserver sur le pouvoir royal, et mettre au contraire sous sa main réguliers et séculiers de l’Eglise de France.

Disgraciée, écartée, remplacée, l’aristocratie ecclésiastique est entraînée à réagir, h protester, à former un parti d’opposition qui s’éloigne de la dynastie. Les causes premières du conflit sont les rancunes personnelles contre le roi. Sitôt que sa politique s’annonce franchement comme rompant avec les traditions épiscopales, et portant atteinte aux libertés de l’Eglise, on fait bien peu de cas de Robert, du côté « conservateur ». Prince bigot et borné, il passe pour ne savoir ni faire respecter son autorité 2 * 2 , ni gouverner sa femme et ses vassaux, et ce n’est pas sans ironie que par allusion aux goûts du roi pour la théologie et à sa tendresse pour les moines, on date des chartes ecclésiastiques du Midi du règne de Robert le théologien 23 . Les évêques mécontents s’habituent à regarder vers le passé ; il s’est conservé en eux, au fond, un vague regret des beaux temps de la dynastie carolingienne, un souvenir des traditions d’Hincmar : ils méprisent un roi novateur; ils le haïssent comme un spoliateur, lui, ses conseils (Abbon), et tous ces nouveaux venus qui l’entourent (Hugues de Beauvais) ou qui usurpent, à côté d’eux, les sièges épiscopaux.

Leur haine pour les moines s’aggrave : les conflits se multiplient durant tout le règne, dans les diocèses, sur le temporel et sur le spirituel. Il faut être un Brunon de Langres pour vivre en paix avec Cluny, un Fulbert de Chartres pour ménager à la fois le roi, les évêques, Odilon et ses moines, et s’occuper des réguliers avec sollicitude 24 : ce dernier prélat se plaint cepen-

22. Çhron. Yindocin. (dans les Chron. des égl. d'Anjou , p. 183, Soc. Hist. de Fr.) « simul cum Rotberto filio suo quem vidimus ineptissime ignaveque regnantem. »

23. Sackur, Die Cluniac.j II, p. 21 : « Régnante rege theosopho » (charte de sept. 999, etc.).

24. Fulbert de Chartres, Lettres, passim. Ses lettres, au roi d’une part, à Odilon d’autre part, témoignent de relations fort amicales avec les moines. Il prend souvent en main la cause des réguliers vis-à-vis des évêques, et dans tel passage, exalte la vie monastique.

MÉLANGES D'HISTOIRE DD MOYEN-AOE

dant quelquefois de la situation de l’Église 25 . Dans les cercles épiscopaux, il est de bon ton d’attaquer les moines ; on souffre à peine leur voisinage, on ne veut à aucun prix passer pour leur ami 20 . D'aucuns ont pu se faire moines, et Clunisiens; la majorité reste irréductible aux idées progressistes.

L'opposition s’attaque à toutes les nouveautés que favorise le roi Robert, institutions et mœurs ; surtout elle vise Cluny, centre de la propagande réformatrice. Odilon, le réformateur par excellence, est l’objet d’attaques violentes. Sous sa direction les réguliers, corrompus avec le siècle, ont oublié leur mission spirituelle, se sont accommodés à la vie publique, accoutumés aux vues d’ambition, aux manières prétentieuses 27 . Odilon a toutes les allures d’un chef d’armée, aux yeux des évêques conservateurs 28 ; on ne lui applique pas sans ironie les mêmes noms flatteurs que ses admirateurs lui prodiguent 29 . Il faut songer que sa popularité est devenue considérable à la cour, dans le peuple, à l’étranger même, à Rome :w , que la Réforme déborde en Allemagne, en Espagne, en Lorraine, en Italie 31 . L'aristocratie épiscopale ne voit que trop bien, dans son plan uniforme de réorganisation des monastères, l’intention de fonder une immense association congréganiste. Les usages nouveaux qu'il introduit lui paraissent une sorte de révolution diabolique 32 .

Du reste les évêques trouvaient de sérieux auxiliaires h l’intérieur même des couvents : il y a aussi des moines et des abbés hostiles à tout esprit de réforme. Des intrigues, des calomnies, des révoltes même les séculiers tirent parti, et il semble que,

25. Dans une Lettre à Abbon (Migne, Pairol ., lettre 2), Fulbert se plaint amèrement de la décadence et de la désolation de l’Église gallicane.

26. Fulbeut, Lettre.7o : « comperi ex tuis litteris tibi molestum esse quod dixi te amatorem esse vitae monasticae. »

27. Sackuh, Die Cluniac ., II, 89 suiv. (Cluni und die Opposition).

28. Adalbéron, Garni, ad Rotb . 112-115 sq. Rapprochez Jotsald, Vita Odilonis , I, II.

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