Sackur, Die Cluniac ., t. II, 91 suiv
LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALHÉRON
MM
dans bien des monastères, un parti de moines conservateurs fasse cause commune avec le haut clergé 33 .
La question grave qui était au fond de cette agitation et de ces querelles, c'était celle de l’indépendance même de l’épiscopat, des libertés et des prérogatives de l'Église gallicane. La protection accordée aux moines par Robert, le développement du monachisme, les conflits sur le temporel et le spirituel, tout cela est fait pour favoriser la politique de la curie romaine 34 . Et si un Sylvestre II, ex-Gerbert, n’est guère disposé à encourager la Réforme, ses successeurs, Jean XVIII et Serge IV, continuent la politique d’un Grégoire V, ami d’Abbon. La politique papale agit dans le même sens que la politique robertinienne : elle comprenp qu’elle a dans la milice clunisienne un agent admirablement discipliné 35 ; le fossé au contraire se creuse entre le pape et les évêques français. Au cours de la lutte entre les évêques et les moines, depuis 991 et 99o, l’autorité, des évêques diocésains est fortement ébranlée : le clergé régulier devient de plus en plus indépendant du clergé séculier 30 . Perdre cette suprématie, voirie pape, secondé par les moines, plus puissant que jamais dans l'Eglise de France, dépendre d'un légat qui empiète à l’occasion sur les prérogatives épiscopales 37 , en fallait-il davantage pour soulever un clergé d'humeur indisciplinée, aigri du reste par le spectacle de sa profonde décadence matérielle et morale ? •* :8
Lutter contre le pouvoir royal était difficile. On n’osait pas se révolter ouvertement contre Robert : pour qu'un Adalbéron prît les armes dans I^aon en 999, il fallait des raisons graves et personnelles. Les séculiers avaient intérêt à ménager le roi : leur but est d’arracher la royauté à l'influence, non pas précisément du pape, (et cependant la royauté capétienne a sensiblement subi l’ascendant du Saint-Siège), mais des moines, de ruiner Cluny, de ramener Robert aux idées traditionnelles, d’en faire l’ouvrier de la souveraineté temporelle et de l’indépendance de l’Eglise gallicane 39 . L’opposition usera donc de deux moyens d’action : participation aux intrigues de cour, et polémique pamphlétaire.