‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 38 sur 117 · Lot, Derniers Carolingiens , p · texte numérisé non relu

Lot, Derniers Carolingiens , p

toute la faveur royale; il ne songe plus désormais qu’à rentrer dans sa ville épiscopale et seigneuriale. Il semble avoir cru en trouver l’occasion à la mort de son libérateur, Adalbéron de Reims, à la fin de 988, par l’appui qu'il prête à la candidature d’Arnoul au siège épiscopal 64 . Arnoul, neveu de Charles de Lorraine, est excommunié : Adalbéron de Laon se charge de le relever de cette excommunication; il est le seul prêt à cette tâche. Mais ces manœuvres ne semblent guère réussir, puisque Adalbéron, après la consécration d’Arnoul, est toujours réfugié à la cour des rois Hugues et Robert, et maintient toujours l’anathème contre son diocèse. Gerbert, en 989, outré de son indignité et de son intolérance, lui écrit une lettre violente, exaspérée, où se manifestent d’ailleurs ses sympathies du moment pour Charles de Lorraine 65 . Lettre instructive, et qui ne témoigne pas seulement de la situation d’Adalbéron de Laon, menacé d’être condamné par ses comprovinciaux, mais permet d’opposer aux tendances carolingiennes de Gerbert la perfidie que l’évêque met au service de la cause robertinienne. Car, résolu à perdre Charles de Lorraine, Adalbéron a recours aux moyens extrêmes : et c'est lui qui joue le premier rôle dans les dramatiques événements racontés par Richer.

Deux mots suffisent à les résumer brièvement (i6 . Adalbéron se résout à feindre de se réconcilier avec Charles de Lorraine ; mais comme il n’espérait pas y arriver en s'adressant directement au duc, il se servit d’Arnoul de Reims pour arriver à ses fins. Il lui proposa de le réconcilier avec Hugues Capet, et Arnoul consentit à le remettre lui-même dans les bonnes grâces de Charles. Tandis que le confiant Arnoul allait plaider sa cause auprès de son oncle, Adalbéron prévenait Hugues Capet, qui cessait aussitôt toute tentative offensive pour reprendre la ville de Laon.

64. Lot, Derniers Cnrol. , p. 250, n. 2 (cf. p. 244, n. 2). Pour le récit des événements concomitants, voir Lot, pp. 244-250, qui expose très clairement le rôle d’Arnoul de Reims. Cf. Lettres de Gerbert , 155, IIavet, p. 138, n. [4. Dans une lettre à Wilderode, écrite plus tard, en 995, Gerbert dit expressément : « a solo Adalberone episcopo reconciliatus, spe obtinendae pacis metropoli Remorum donatus est. ». Lettres de Gerbert , 217 (Jul. IIavet, p. 204).

65. Voir le texte de cette lettre (Gerbert, 164; dansHAVET, p. 145). Cf. Lot, Dern. Cnrol., pp. 258-259, et les notes de Jul. IIavet, pp. 145, 146.

66. Lot, dans les Dern. Caroling ., pp. 272-277, donne le récit dé là trahison d’Adalbéron dé Laon d’après Richer, IV, 47-48 {Mon. Germ. Scr., 111, 639-642). r

MÉLANGES d'hISTOIKE DU MOYEN-AGE

Dans une entrevue qu'il eut avec le duc de Lorraine, l’évêque échangea avec lui un serment d'alliance; puis il entraîna Arnoul h la cour de Hugues Capet. Pendant que l'archevêque de Reims, retourné auprès de Charles, travaillait à rapprocher le prétendant carolingien et les Robertiniens, Charles ne faisait pas difficulté de laisser entrer Adalbéron dans sa ville seigneuriale, et l’accueillait avec honneur, tout en exigeant de lui un nouveau serment de fidélité sur les reliques. Le traître n'hésita pas : au reste, il touchait à ses fins, et n'attendait plus qu’une occasion favorable pour se saisir de Charles et des siens. Dans la nuit du dimanche des Rameaux (29 mars 991), il profita du sommeil du duc pour le surprendre avec ses partisans. Il ne restait plus qu’à prévenir Hugues Capet, complice de cette indigne tragédie et qui se trouvait alors à Senlis. Adalbéron lui dépêcha des messagers pour lui enjoindre d'accourir en toute *hâte : le 30 mars, il remettait entre les mains du roi Charles de Lorraine, Arnoul, Adélaïde, et les fils et filles de Charles.

Les contemporains ont dû recourir à toutes les expressions bibliques dont disposait la langue du moyen âge, pour anathématiser le traître. Lorsque, quelque temps plus tard, dans cette même année 991, se réunit le concile de Saint-Basle, appelé à se prononcer sur le sort d’Arnoul, Adalbéron figurait parmi les évêques comprovinciaux qui prononcèrent à Tunanimité sa déposition ° 7 . C'est du reste dans ce même « Concilium Remense » que l'évêque de Laon faisait lancer l’anathème contre ceux qui avaient dévasté ou ravagé son diocèse, au cours des luttes civiles des années précédentes, Arnoul étant déclaré responsable de ces désordres r>8 .

Robert II connaît donc de fort longue date ce zélé serviteur des intérêts de la nouvelle dynastie. La confiance royale ne lui fait pas défaut : Adalbéron de Laon devient un puissant du royaume : dès 988, c'est Richer qui nous l'apprend, il est comte de sa ville épiscopale 99 ; au lendemain de sa trahison, Hugues Capet lui en confie la forteresse 70 . Il ne fallut pourtant pas quatre ans pour que, par une nouvelle trahison, Adalbéron menaçât de renverser les Robertiniens.

67. Gerbertii Acta Concilii Remensis (MG. SS. III), §§ 1 et 54 (pp. 659 et

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