Ibid. y § 14 (p
69. Riciier, Chrnn ., IV, 15. —Lot, Dern. Carol ., p. 182, n. 1.
70. Lot, Drrn. Carol.y p. 182, n. I et p. 282. Riciier. Chron ., IV, § 96,
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LËS POÈMES SATIRIQUES d’aDALRÉRON
Hugues Capet, aveuglé sur ses intentions, lui avait donné, en 992, à la mort de Charles de Lorraine, la garde de Louis, fils du dernier des Carolingiens. Il semble que, possédant entre les mains ce précieux otage, Adalbéron ait de bonne heure songé à favoriser les vues de l'étranger sur la France. A quelle époque conspirat-il avec Eudes de Chartres pour livrer la France à Otton III ? On ne peut le préciser : mais l’un et l’autre ont dû avoir des desseins sur le jeune Louis, puisque, en 995, nous voyons les rois Hugues et Robert, soudainement effrayés, réclamer à Adalbéron, non seulement la citadelle de Laon, mais la personne du jeune prince dont « ils lui avaient confié la garde 71 ». Leurs craintes n’étaient que trop fondées. Il s’agissait d’un véritable complot machiné par Adalbéron avec le concours des évêques d’Allemagne, et qui devait éclater au cours d’un synode auquel les rois Hugues et Robert allaient assister.
Avertis à temps, les rois déjouèrent le complot en renvoyant le concile, et lorsque l’évêque de Laon se présenta devant Hugues Capet, et malgré toutes les sommations se refusa à livrer Laon et le fils de Charles de Lorraine, l’accusation de trahison se posa. Il ne s’agissait de rien moins, paraît-il, que de surprendre et de mettre à mort les deux rois de France. Otton, qui devait se présenter au synode avec une petite escorte, avait sous la main, à quelque distance, toute une armée : les empereurs redevenaient maîtres du royaume ; Eudes de Chartres et de Blois serait créé duc de France; quant à Adalbéron, on lui réservait l’archevêché de Reims. Déjà Otton est à Metz, et les conjurés de France et de Germanie attendent qu’Adalbéron renouvelle son exploit de 991, cette fois contre ses protecteurs. Devant ces informations précises, Adalbéron ne peut que rougir et se taire : en vain un de ses gens veut soutenir sa cause par le duel : Landry, comte de Nevers, le somme d’interroger son maître et d’exiger de lui la preuve par le serment de son innocence et de sa bonne foi. Convaincu de trahison, Adalbéron avoue son crime et interdit à son défenseur de prendre les armes : sur l’ordre des deux rois, il est arrêté pendant que ses vassaux sont contraints de prêter serment de fidélité entre les mains de Hugues Capet.
Qu’advint-il de lui ? Il est difficile de le dire : il semble qu’il ait bientôt recouvré la liberté. Les événements qui précèdent se sont passés en 995, à une époque contemporaine du synode de
71. Les événements qui suivent sont longuement exposés par Richer, Chron ., IV, 90 suiv.
MÉLANGES d’hISTOIKE DU MOYEN-AGE
Du» une entrevue qu’il eut avec le duc de Lorraine, l'évêque échangea avec lui un serment d’alliance; puis il entraîna Arnoul à la cour de Hugues Capet. Pendant que l’archevêque de Reims, retourné auprès de Charles, travaillait à rapprocher le prétendant carolingien et les Robertiniens, Charles ne faisait pas difficulté de laisser entrer Adalbéron dans sa ville seigneuriale, et l’accueillait avec honneur, tout en exigeant de lui un nouveau serment de fidélité sur les reliques. Le traître n’hésita pas : au reste, il touchait à ses fins, et n’attendait plus qu’une occasion favorable pour se saisir de Charles et des siens. Dans la nuit du dimanche des Rameaux (29 mars 991), il profita du sommeil du duc pour le surprendre avec ses partisans. Il ne restait plus qu’à prévenir Hugues Capet, complice de cette indigne tragédie et qui se trouvait alors à Senlis. Adalbéron lui dépêcha des messagers pour lui enjoindre d’accourir en toute *hâte : le 30 mars, il remettait entre les mains du roi Charles de Lorraine, Arnoul, Adélaïde, et les fils et filles de Charles.
Les contemporains ont dû recourir à toutes les expressions bibliques dont disposait la langue du moyen âge, pour anathématiser le traître. Lorsque, quelque temps plus tard, dans cette même année 991, se réunit le concile de Saint-Basle, appelé à se prononcer sur le sort d'Arnoul, Adalbéron figurait parmi les évêques comprovinciaux qui prononcèrent à Funanimité sa déposition ° 7 . C’est du reste dans ce même « Concilium Remense » que l’évêque de Laon faisait lancer l’anathème contre ceux qui avaient dévasté ou ravagé son diocèse, au cours des luttes civiles des années précédentes, Arnoul étant déclaré responsable de ces désordres 68 .
Robert II connaît donc de fort longue date ce zélé serviteur des intérêts de la nouvelle dynastie. La confiance royale ne lui fait pas défaut : Adalbéron de Laon devient un puissant du royaume : dès 988, c'est Richer qui nous l’apprend, il est comte de sa ville épiscopale 09 ; au lendemain de sa trahison, Hugues Capet lui en confie la forteresse 70 . Il ne fallut pourtant pas quatre ans pour que, par une nouvelle trahison, Adalbéron menaçât de renverser les Robertiniens.
67. Gerberlii Acta. Concilii Reinensis (MG. SS. III), §§ I et 54 (pp. 659 et