XIII. — Luchairb. — Mélangea d'histoire
MÉLANGES D’HISTOIRE DD MOYEN-AGE
d’Ebal appuyé, il est vrai, par Robert, au siège archiépiscopal de Reims 82 . Il va jusqu’à jouer le rôle d’arbitre dans les conflits extérieurs à sa circonscription ecclésiastique : lorsque Fulbert de Chartres demande vengeance du meurtre de son clerc Evrard par Raoul, évêque de Senlis, ce n’est pas à Arnoul, mais aux foudres d’Adalbéron qu’il demande l’excommunication pour le coupable 83 .
L’évêque de Laon va jusqu’à disposer à son gré de sa propre succession. Le régime de l’élection aux sièges épiscopaux ne lui convient guère (le Carmen adRotbertum regem l’atteste en certain passage) : aussi bien, indépendant du pouvoir central, il a l’ambition de rendre ses droits héréditaires. Il jette les yeux sur un certain Widon ou Gui, clerc à lui attaché, pour en faire, sur la fin de ses jours, son associé et son successeur éventuel. L’affaire fit scandale 84 . Il fallut que Gérard I er , évêque de Cambrai, écrivît deux lettres indignées pour dénoncer le fait à l’archevêque Ebal et à Bérold, évêque de Soissons, oncle précisément de ce Widon, complices peut-être tous deux de cette transgression des prescriptions canoniques les plus formelles 85 . Dans une troisième lettre, Gérard, s’adressant à Adalbéron lui-même, lui exprime toute son horreur de ce forfait inouï et s’efforce de le rappeler à ses devoirs canoniques 80 . Cette intervention fut-elle efficace?
Il est certain que ce n’est pas Gui qui hérita à la mort d’Adalbéron du siège de Laon, donné en 1030, à Gibuin. Quoi qu’il en soit, l’aventure témoigne assez de l’indépendance de l’évêque de Laon. On constate d’autre part, en étudiant les quelques lettres à lui adressées, que l’étendue de ses relations lui donnait un grand crédit. On n’accordera qu’une attention limitée aux flatteries extravagantes et aux éloges ridicules dont l’encense Dudon de Saint-Quentin, en lui dédiant sa Chronique des Normands 87 ainsi qu’à l’exaltation de sa puissance et de sa libéralité dans son épitaphe 88 . Mais il a l’estime de Fulbert; est-ce seulement
82. Ibid. y Pfister, Études sur le règne de Robert le Pieux , pp. 238-239 (Cf. pp. 183 et 194). — Ebal était un parent de Robert et un protégé d’Adalbéron.
83. Ppister, De Fulberti Carnotensis vita , p. 88, d’après Fulbert, Lettres (Migne, Patrol. lat ., t. CXLÏ, lettre 38.)
84. Il était absolument interdit de créer un évêque du vivant d’un autre évêque dans le même diocèse. Voyez Abbon, Canons , XLII.