Raoul Glaber, Histoires , III, 2 (X, 28 A
210. Et Raoul Glaber n’exagère rien. Fulbert et toutes les sources d’inspiration monastique dénoncent la singulière décadence du haut clergé gallican. Cf. Sackur, Die Cluniac II, 25 sq.
interdit au haut clergé de se mêler des affaires eclésiastiques : les évêques sont exclus des synodes tenus contre les hérétiques 211 .
Et à quels principes le roi Robert obéit-il, en fermant son conseil au haut clergé 212 ? Ce n'est guère en effet que dans les grandes occasions, aux séances solennelles, que Ton voit le nom des évêques corroborer les actes du gouvernement royal. En sont-ils donc réduits, comme le laisse entendre Adalbéron, à remplir dans le palais les offices les plus subalternes, et fait-on d’eux des huissiers chargés de consignes inutiles 213 ? Pas encore : mais, à la lecture delà Vita Rotberti d’Helgaud, on a bien l’impression d’un roi constamment entouré de petites gens ; il n'est question que de clercs inconnus, Oger, et tant d’autres autour de lui.
Fulbert de Chartres constate lui aussi l’abaissement du haut clergé, et sa situation critique : pour lui, il se prend à soupirer en regrettant le calme de la vie monastique 214 . Adalbéron du moins cherche la cause de ce bouleversement des deux ordres, l’un exclu, l’autre en faveur : elle est dans ces préceptes des Crotoniates, issus probablement de Fleury-sur-Loire : véritable règle de païens 215 qui méditent la ruine de l’Église pour un avenir prochain, et sont responsables de sa décadence actuelle. Déjà, dans cette première partie du poème, gronde une sourde irritation contre ces réguliers, bons autrefois à prier, à baisser le front, à s’incliner, à rester muets, insolents aujourd’hui jusqu’à dicter la loi et à conspirer secrètement 216 .
Dans l’État, c’est l’anarchie. Adalbéron a pu lire sans doute dans les Canons d’Abbon les conseils prodigués De ministerio régis : « La justice du roi consiste à n’employer injustement la force contre personne ; à juger sans avoir égard à la condition des accusés ; à défendre les étrangers, les mineurs et les veuves; à empêcher les vols et à punir les adultères ; à ne point exalter