Ibid
MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN-AGE
gré, se sont encapuchonnés pour embrasser la vie monastique : à l’ordre séculier, aujourd’hui, d’accomplir toutes les simagrées de la vie de cloître 205 . Il a assisté à cette poussée de gens qui ne sont ni moines ni clercs, et que la politique royale appelle, de leurs champs, aux dignités ecclésiastiques. Le roi a commencé par donner la cléricature et octroyer les offices ecclésiastiques à des rustres grossiers 206 ; puis, pour combler les vides de l’épiscopat, il fait appel à des gens de rien. On consacre aux sièges épiscopaux des pâtres, des mariniers 207 , jugés sans doute habiles à paître les brebis du Seigneur ou à gouverner le vaisseau de l’Eglise ; on exige d’eux un brevet d’ignorance des Saintes Écritures ; qu’ils sachent leur alphabet, c’est apparemment tout ce qu’on leur demande, et c’est à de pareilles gens que les Canons d’Abbon recommandent aux rois mêmes de prodiguer toutes les marques de respect 208 .
On se défie du tableau ainsi tracé. Il suffira de lui opposer, pour avoir la juste mesure des choses, ces paroles de Raoul Glaber. « Le roi Robert, en sage serviteur de Dieu, aima toujours les humbles et frappa les orgueilleux. Si quelque siège épiscopal était vacant dans son royaume, il avait soin de donner à l’Église un pontife utile et de naissance obscure, plutôt qu’un noble vivant dans le mal de son siècle. Voilà pourquoi il eut souvent pour ennemis les grands du royaume, qui, méprisant les humbles, se montrent orgueilleux bien que semblables à eux 209 . » Les deux sources constatent le même fait : mais, tandis que, pour le moine, les évêques puissants et orgueilleux vivent dans le mal du siècle 2l °, les gens d'humble origine sont, aux yeux de l’évêque, de méprisables ignorants. Deux principes donc qui s’opposent : la toutepuissance du roi et l’Église gallicane sont en conflit au sujet de la liberté d’élection.
Mais il est une autre tradition qu'on viole aujourd’hui : le droit de contrôle exercé par l’Église sur le pouvoir royal. On ne se contente plus d’éloigner les sages et les savants, chez lesquels la science de la vraie doctrine apparaît comme une flétrissure : on