‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 76 sur 117 · Régula divum , v · texte numérisé non relu

Régula divum , v

216. V. 60 : Praecipiunt coram, sed clam cum fraude susurrant.

MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN-AGE

les méchants ; à exiler les impies ; à ôter la vie aux parricides et aux parjures ; à défendre les églises ; à nourrir les pauvres par l’aumône ; à confier l’administration du royaume à des hommes justes, à prendre pour conseillers des gens sages, sobres et expérimentés; à défendre courageusement la patrie contre les ennemis; à vivre en Dieu pour toutes choses ; à ne point se laisser enorgueillir par la prospérité; à ne point laisser agir l’impiété 217 ». Les louanges exaltées du moine Helgaud prouvent assez 218 qu’aux yeux des progressistes, Robert a admirablement mis ces conseils en pratique. Au point de vue d’Adalbéron, les conseils d’Abbon ont produit le plus étrange effet : « L’Etat est entraîné à sa ruine, les lois sont abolies ; c’est le règne de la débauche, de l’inceste, du vol, du crime 219 ». Alors le roi...? Du roi, il n’en est plus question. C’est le procurât or ref/is qui gouverne, qu’il soit cornes palatii comme Hugue de Beauvais, ou maire du palais comme Landry de Nevers : c’est ce chef des palatins, parvenu par luimême, qui a accaparé toute l’administration des affaires laïques, mundana ministrans 22 °.

Cet intendant est doué de tous les vices ; il semble qu’on l’ait choisi à dessein paresseux, oisif, incapable. On l’a voulu concussionnaire et dilapidateur des biens d’autrui; et ici il paraît bien qu’Adalbéron a dans l’esprit le souvenir de Hugue de Beauvais, l’heureux possesseur, en vertu d’une donation royale, des immenses terres de Sainte-Croix d’Orléans. Célibat exigé, du reste: utile précaution, car il est si puissant qu’il pourrait bien substituer sa propre postérité aux légitimes héritiers du trône 221 : cela s’est vu, à la mort de Louis V — car l'allusion est transparente, — et cela pourrait se revoir. Dans ces vers obscurs :

Et jugiter maneat divisus sorte jugali Ni regis heredipetae non spes sibi constet,

il y a vaguement, en principe, toute la donnée du Rythmus sati ricus. Le satirique attaque le choix des fonctionnaires de l’administration centrale: on a pris des moines, en vertu de ce principe que le roi doit choisir des conseillers chastes et sobres. C’est avec grande prudence que Robert s’est entouré de moines, comme

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