Ibid., vv
LES POÈMES SATIRIQUES d'aDALBÉRON
on s’entoure d’eunuques : il en a fait ses custodes thalamorum, les officiers de son palais 222 : n’est-il pas dit dans les prescriptions canoniques d’Abbon : senes et sapientes et sobrios consiliarios haberel
Voilà un bien sombre tableau du gouvernement central ; point n’est besoin d’entrer dans le détail des conséquences : « Le règne de la paix se passe, les lois périclitent, les mœurs sont changées, l’Église bouleversée 223 ». Adalbéron mesure tout l’abîme de la décadence en comparant cet état de choses à l’allure générale de la politique sous Lothaire et Louis V. Toutes les charges publiques étaient alors accaparées par le haut clergé ; c’est l’Église séculière qui menait le royaume : aussi « la loi était-elle toute puissante, et le monde jouissait de la paix 224 ». Aujourd’hui, ni roi ni loi, et Robert écoute-t-il seulement cet appel qui lui est adressé, au nom du parti conservateur, par l’intermédiaire d’Adalbéron : « Roi! souviens-toi que tu ne tiens équitablement la balance de la justice et que tu ne gouvernes le monde qu’en retenant par le frein des lois ceux qui glissent sur la pente du crime 225 ».
Le concert d éloges qui retentit du côté des moines, les bénédictions dont Helgaud couvre Robert, témoignent assez de la confiance du parti progressiste dans le gouvernement royal. Qu’on place en regard de ces paroles d’Adalbéron appréciant le principe de la politique de Robert : Vi cogatur, quod sponte negatur 228 , le mot d’ordre donné par Abbon : Parcere subjectis et debellare superbos 227 , et la formule d’Helgaud : Devitans sublimes, suscipiebat quos poterat humiles m .
Adalbéron dénonce les vices de cette politique; Robert ne gouverne pas : il est dans la main du procurator regis. C’est donner une idée fort nouvelle de la toute-puissance des chefs de palatins au début du xi c siècle. Qu’on ne s’y trompe pourtant point : Robert n’est pas ce personnage insignifiant que l’évêque de Laon se plaît à nous montrer. C'est au contraire quelqu’un qui,