‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 81 sur 117 · C. — La satire de Cluny · texte numérisé non relu

C. — La satire de Cluny

Ce qui exaspère Adalbéron, dans la situation de l’Église et de l'État, c’est la prétention qu’a le parti contraire de justifier ses réformes par des traditions plus anciennes : les Canons d’Abbon ne se recommandent-ils pas de l’autorité des anciens conciles ? Lex antiquissima ! — Est antiqua patrum tradunt consueta voluntas m . Est-ce donc véritablement chez les moines que les règles anciennes se sont conservées ? Adalbéron a fait la triste expérience du contraire : du moins se suppose-t-il mêlé lui-même à l’aventure imaginaire où il fait la caricature du mouvement clunisien, réformateur et novateur, aspirant à transformer la société.

Imaginaire, car dans ces deux tableaux pittoresques qui sont comme la Farce d'Odilon , comme un pendant à la Complainte de Landry de Nevers , il ne faut pas chercher autre chose qu’un conte où sont rapprochés tous les traits et toutes les allusions qui visent la réforme de Cluny. Un tableau de mœurs, rien de plus, et pas de faits précis : il y est question de Sarrasins qui ont envahi le diocèse de Tours 234 , d’un voyage d’Odilon à Rome 235 , d’un combat de trois jours livré par la milice clunisienne au 1 er décembre 230 : il n’y a là que du burlesque, le décousu du récit l 1 atteste, et si l’auteur prend la peine d’afïirmer au roi qu’il n’a rien censuré d’imaginaire 237 , il indique bien par là qu’il a décrit la vérité sous les traits de l’allégorie.

La politique royale a mis Adalbéron dans un cruel embarras. Le cours des choses lui paraît tellement contraire aux lois traditionnelles, qu’il en réfère à ses conseillers 2 * 38 , procureurs ou avoués du chapitre de Laon. Le plus sage est peut-être de consulter Odilon, le grand maître des moines ; sans doute les moines de Cluny, nourris dans l’observance des règles des Pères, l’éclaire-

Page 1