Ibid., v
LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALBÉRON
théorie de la royauté du droit divin proclamée en 987 par l'archevêque de Reims, mais surtout l'affirmation de la continuité de la race royale d'une dynastie à l’autre. Notons encore ce vers au passage :
Novimus imperium jam regibus esse fugatum 353 .
N’est-il pas remarquable de rencontrer, sous la plume du traître de 995, ce trait, qui oppose les rois de France aux empereurs d’Allemagne ? Certes, ce semble être un roi national que conçoit Adalbéron, fier de l’indépendance française, et pliant, dans sa profonde humilité chrétienne, les genoux devant Dieu, en implorant sa protection 354 .
Cependant le Robert demi converti qui parle à la fin du Carmen ad Rotbertum regem n’est point partisan de moyens extrêmes et radicaux, comme la convocation d’une assemblée extraordinaire : sa propre autorité suffit. Il a du reste un programme de défense et de réformes, qui garantit simultanément l’utile et le nécessaire 355 : l’efficacité en est assurée, si le concours de la Providence est accordé à son promoteur 350 .
Le principe est dans le maintien de la paix du royaume 357 , et dans l’autorité de lois bien définies et rigoureusement appliquées qui doivent régir l’État 358 . L’ordre ecclésiastique a la part belle :
... Status aecclesiae per se sua jura tenebit 359 .
Voilà une demi-concession faite en faveur de l’indépendance de l’Eglise vis-à-vis de l’autorité temporelle. Mais Robert reste Robert : il n’oublie point ses chers moines, et tient à leur garantir sua régna , leurs statuts et leurs règles, et l’autorité toutepuissante d’un Odilon de Cluny 360 , à charge pour eux d’obéir, et d’observer leurs règles 361 . La liberté est grande et la restriction bénigne : on ne voit point que la satire de Cluny ait produit