LES QUATRE FILLES D
Et voilà comment Henri in, fanatique de ceux qu'il aimait, les faisait prendre en grippe par sonpeuple! Ceci n'était rien. Pierre, chef de son conseil, eut le comté de Richmond, la seigneurie d'Essex, la garde du château de Douvres et le roi lui fit bâtir un hôtel sur le bord de la Tamise, en aval de Westminster, que l'on appela le palais de Savoie. Pierre en devint propriétaire contre la remise, faite annuellement à l'échiquier royal, de troisflèches barbelées (1).
Après cela, ne fallait-il pas que Pierre de Savoie eût vraiment en partage une exceptionnelle valeur, pour que Mathieu Paris, le malveillant historien des étrangers, Tait qualifié d'homme sage, prudent, circonspect et discret ?
{t} A la mort de Pierra ds SaToia, ce palaia fut occap^ par une GOD^égatioD et bienUt racheté par la reine Eléonore. Plus tard, cette demeure, qai avait ëtë reconstruite sar aa plan plus vaste, servit de prison pendant quatre ans au roi Jean le Bon, fait priaonnier par les Aaglais & la bataille de Poitiare. Libéré an traité de Brétigny moyennant que aonfila, la duc d'Anjou, prit saplace,il revint volontairement BnAngl«lerre,apr<>a que le duc te fût échappé. Le roi Jean rentra au palais de Savoiei mais en qualité d'hâte et traité comme tel. 11 j mourut la 8 avril 1364.
Le palais de Savoie, incendié sous Richard II par les bandes révolutionnaires de Wat Tyler, fut rebâti sous Henri Vil ; il changea maintes fois de destination et de propriétaires, con- ■•rvBnt toujours son nom, qui s'étendit même aux conitmctions; chapelle, école, théâtre, élevées sur les anciena jardins. Le t Savoy» moderne, connu pour être l'un des plus luxueux hûtels des deux moadea, a remplacé le palais de Savoie : mais rétabliaaement d'an qnaî l'a rejeté en arriére, et l'on n'en descend pas directrment dans la Tamise, comme du vieux palais, au temps da Pierre et du roi Jean, par un escalier que la marée couvrait et découvrait altemativemeut.
2i2 LES QUATBE PILLES DE RATHOllD-BiRAIIGBR
Pierre de Savoie, comte de Richmond, tout à fait entré dans les intérêts anglais, accepta dans Tannée même de son installation en Angleterre une très ingrate besogne : il s'agissait d'aller dans le Poitou préparer secrètement les voies pour l'expédition qu'Henri III se proposait d'y faire. Le comté de Poitou, confisqué par Philippe-Auguste, avait été conféré par Louis IX à son frère Alphonse, mari de Jeanne de Toulouse. De son côté, Henri III avait nommé son frère Richard de Gornouailles, comte de Poitou ; mais c'était un titre nu.
Les manœuvres du comte de Richmond furent bientôt découvertes et il ne regagna Londres qu'à grand'peine. Quant à son compagnon — encore un Savoyard, mais non point de race princière — Pierre d'Aigueblanche, évêque d'Hereford, il se réfugia en Provence, et mit à profit son exil forcé pour négocier le mariage du comte Richard avec la belle Sancia.
LES QDATRE FtLUS DB nATNODD-BSntnGBn
Toutjuste à ce moment, c'est-à-dire en février 1242, l'engagement de Sancîa avec le comte de Toulouse avait pria fin, et le prince Richard, ayant passé une année en Palestine, était rentré en Angleterre le 7 janvier précédent. Lorsqu'il avait traversé la Provence, au mois de septembre 1240, il était tout récemment veuf de la très noble dame Isabelle Pembroke, comtesse de Glocester « qui, dans les sentiments d'une vive piété, ayant fait confession pleine et entière de ses péchés et fait couper par humilité ses longues tresses blondes, avait passé au royaume des cieux avec un petit enfant hâtivement baptisé ».
Richard aimait tendrement sa femme. Croisé depuis quatre ans, il est possible que le chagrin lui ait fait précipiter son départ : il s'en alla, laissant à la garde du roi ou plutôt de la reine Eléonore, son unique enfant, Henri, âgé de 5 ans. Richard se conduisit très honorablement en Palestine encore qu'il n'eût guère bougé
31 i LES QDIT» FILLKS DB lUTHOHD-BtltÂlIOEm
de Saint-Jean-d'Acre, ville demeurée au pouvoir des Chrétieas; mais il racheta des seigneurs prisoDnîerB ainsi que des Chevaliers du Temple et de l'Hôpital, et fit ensevelir les morts; puis, il se rembarqua et passa quatre mois en Sicile auprès de sa sœur Isabelle et de l'empereur Frédéric II, lequel eut toujours pour son beau-frère Richard une considération toute particulière.
La visite du comte de Comouailles fut la dernière joie de l'impératrice ; elle mourut en couches le l" décembre 1241, tandis que son frère s'acheminait vers l'Angleterre. Cette vertueuse princesse avait fini par prendre quelque ascendant sur un époux qui, d'abord, l'avait fait garder par des eunuques, à la mode musulmane.
Richard était aimé dans son pays; le pèlerinage de Terre-Sainte augmentait son prestige ; Londres, pour le recevoir, prit sa parure des jours de fête; le rot, la reine se portèrent à la rencontre de leur frère et l'accueillirent avec des transports de joie. Le temps était loin où le comte de Cornouailles, selon l'usage courant des héritiers présomptifs, avait fait de l'opposition à Henri III. Les dissentiments entre les deux frères n'avaient plus ni gravité ni durée ; l'idée de doubler les liens de famille en unis-
LES QU&TAI FILLES DE RATHaDD-BÉB&KGSS SIS
saut Richard à Sancîa vint certainement de la reine Ëléonore : le mariage se serait conclu plus vite si les affaires politiques n'avaient brusquement rejeté au second plan les affaires privées.
Henri III s'était décidé à venir sur le continent, pressé par son beau-père le comte de la Marche, qui l'assurait que t s'il apportait beaucoup d'argent, Poitevins et Gascons lui fourniraient assez de troupes pour reconquérir tout ce qu'ilavait perdu en France «.L'expédition ne souriaitniaux grands, ni aux bourgeois ; les seigneurs estimaient que la trâve conclue en 1239 pour six années avec le roi de France devait être loyalement observée; de plus, ils appréhendaient une défaite et, généralement, tous les Anglais étaient blessés « qu'on demandât de l'argent, non des soldats, comme si le roi d'Angleterre était un banquier, un changeur ou un courtier, plutôt qu'un noble conducteur de Chevaliers, et qu'il dût mettre plus de confiance dans ses écus que dans son armée ».
C'est qu'en effet, Henri IH n'avait rien d'un chef de guerre, mais on le savait riche, grâce au peu de scrupule qu'il éprouvait à vider la bourse de ses sujets. Dix ans plus tôt, Henri avait dépensé, tant en Gascogne qu'en Bretagne dont le duc était son allié, des sommes considérables.
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216 LB8 QDATRK HLLIS DB RATMmfD-BéAAIIGIR
Nombre de seigneurs y ayant mangé tous leurs biens, laissé leurs chevaux et jusqu'à leurs armes, étaient revenus «avec leurs chausses ». Tels avaient été les résultats du voyage. Les Anglais avertis se méfiaient des Gascons et des Poitevins qui « n'en voulaient qu'aux e^/erZm^^, et étaient gens à épuiser le trésor du seigneur roi d'Angleterre ».
Mais Henri ne voulut rien écouter. Le jeudi 15 mai 1242, il s'embarqua à Portsmouth, accompagné de la reine qui avait quelque mérite à suivre son mari étant près de mettre au monde un troisième enfant, de Richard de Gornouailles, de sept comtes et de plus de trois cents chevaliers. Les esterlings tant désirés n'avaient pas été oubliés ; ils remplissaient trente tonneaux.
L'on se dirigea sur Bordeaux dans l'impossibilité de débarquer à la Rochelle devant laquelle Louis IX faisait stationner 80 galères et, le vent <ic enflant les voiles », on arriva le mardi à Royan; encore avait-on fait escale le dimanche au cap Saint-Mathieu pour y entendre les offices divins. Isabelle, la comtesse reine, attendait son fils au débarquement et, tandis que la reine Eléonore alla s'établir à Bordeaux où sa mère, la comtesse de Provence, vint la rejoindre,.
Henri III et les Anglais montèrent en Saintonge.
On sait le reste : défaite à Taillebourg le 19 juillet; nouvelle défaite à Saintes le 22, et le roi, le comte Richard et les chevaliers ne s'arrétant dans leur fuite qu'à Blaye. « On n'avait pas épargné les éperons, et force destriers se trouvèrent fourbus. » Au milieu de ces tristes circonstances, la reine Eléonore était accouchée d'une fille à Bordeaux; on la nomma Béatrix comme sa grand*mère, la comtesse de Provence dont la présence avait été un réconfort pour la reine d'Angleterre.
Au château de Windsor, Eléonore avait laissé deux enfants : son premier-né, Edouard, et une fille, d'un an plus jeune, qu'elle avait appelée Marguerite en l'honneur de sa sœur ainée et aimée, la reine de France. Le nom de Béatrix et celui de Marguerite étaient inconnus en Angleterre, et l'on a voulu voir dans ces choix un témoignage, d'ailleurs bien innocent, de la partialité d'Eléonore pour sa propre famille (1).
Les Français s'approchant de Blaye, Henri rétrograda jusqu'à Bordeaux, et il aurait perdu la Guyenne, dernière province qui lui restât sur le continent, si le roi Louis n'était tombé malade, fort à point pour les vaincus. II était
(1) Si le nom de Marguerite n'était pas anglais, il était, du moins, écossais. Marguerite Atheling, femme du roi Malcolm IV, fut même canonisée. Sa fille Mathilde épousa Henri 1«', trisaïeul de Uenri III et du comte Richard.
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318 IIS QDATI>E FILLES DE RATHOKD-BÉHAKGER
faible de santé, et l'on tremblait d'autant plus de le perdre qu'il n'avait point encore d'héritier; en outrç, il se trouvait dans son armée des seigneurs grandement obligés envers le comte Richard dont le zèle et l'argent les avaient tirés des prisons sarrasines ; ils pressèrentle roi de proposer une nouvelle trêve à Henri III qui s'empressa d'y souscrire.
Hugues de la Marche, ce vassal félon, cria miséricorde à son seigneur, et rejeta lâchement sur sa femme, éplorée aux pieds du roi de France, la responsabilité de sa trahison. Pour se tirer d'affaire, il abandonna la moitié de ses domaines. Sur cette humiliation se termina la vie politique d'Isabelle d'Angouléme.la comtesse sur laquelle il a été débité tant d'horreurs qu'on est disposé à lui accorder le bénéfice d'exagérations probables.
Louis rentra k Paris le 28 septembre; mais Henri séjourna encore un an h Bordeaux pour se laisser piller par les Gascons et par la comtesse veuve de Béarn, sœur de Raymond- Béranger, qui, avec son fils, était accourue à la provende. Les trente tonneaux d'esterlings y passèrent, et lorsque enfin Henri quitta le pays, en octobre 1243, il laissait derrière lui 350 mille marcs de dettes.
Richard était rentré en Angleterre depuis
longtemps; les deux frères s'étai à cause que le roi avait enlevt Gornouailles les revenus de la les donner à son Bis Edouard, û Mais les choses s'arrangèrent l longtemps différé, de Richard Provence.
La fiancée fut amenée par sa passer le détroit, la comtesse d sa fille s'arrêtèrent un long moi où elles reçurent le meilleur ace vait faire. C'était la première f( tasse Béatrix venait en France ; j le rot ne connaissait pas sa he témoigna une extrême joie de voulut que la comtesse deme aussi longtemps qu'il lui plairai
(1) Looii IX, aprit la Ticloir* d« SaiBb Blaje d'où Henri IIl B'était laQTë pour *e n La diitance eotre Ua d*ui Tillea n'ait que d( outre qu'à ce moment, lacomteiae de Pro' quitté la Gascogne, il loi itait diffieila, étant terre, de venir loirle roi de Franc* victorii
220 LES QUATRE FILLES DE RATMOND-BéRANGER
Le roi et la reine d'Angleterre étant de retour depuis six semaines, le mariage fut fixé au 23 novembre (1). Le 14, les nobles voyageuses débarquèrent à Douvres ; le 18, elles firent leur entrée à Londres, en grand appareil et avec un faste très pompeux. Le roi prenait les dépenses à sa charge et entendait que les noces de son frère fussent célébrées avec autant d'éclat que les siennes propres : pensée délicate mal appréciée par les bourgeois de Londres obligés de payer les lampions et partie des victuailles, et qui, déjà, désapprouvaient le choix qu'avait fait le comte Richard : « Cette Sancia, sœur de la reine, deviendra comme une seconde reine, et toutes les affaires du royaume seront absolument réglées par l'influence d'Eléonore et de sa dite sœur. »
De mauvaise grâce, les bourgeois avaient nettoyé la ville, l'avaient décorée de courtines et de tapis depuis le pont de Londres jusqu'à Westminster^ tandis que les grands seigneurs, contraints par un ordre du roi — et il en était venu des provinces les plus lointaines, même de celles qui touchaient l'Ecosse — , attendaient sur le rivage de la mer l'arrivée du bateau.
(1) C'était le jour anniversaire du mariage d'Eléonore célébré à Taraecon par procuration en 1235.
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Toutes les préventions furent vaincues par la beauté de l'épousée et Taimable sagesse de sa mère. « La comtesse de Provence est une femme aux dehors gracieux, d'une grande prudence et d'une grande civilité », écrit Mathieu Paris, en décembre 1243; et c'est une chose visible qu'il raconte avec plaisir les détails de la fête. Il a bien changé d'humeur, car les fiançailles avaient remué sa bile ; dans l'un et l'autre cas, la généralité de la nation anglaise a dû penser comme lui.
« Le 23 novembre, jour de la Saint-Clément, le comte de Cornouailles prit pour femme, à Westminster, Sancia de Provence, sœur de la reine de France et de la reine d'Angleterre. Ces noces furent célébrées par un festin si splendide et par une si brillante réunion de tant de nobles convives que cet appareil incomparable exigerait des détails infinis. Pour dire beaucoup de choses en peu de mots, plus de trente mille plats étaient préparés dans les cuisines pour les convives. En présence du roi et du comte, le nouveau marié, de la reine et de sa sœur, la nouvelle mariée dont le nom fut changé et qui fut appelée Scientià^ ainsi que de la comtesse de Provence, Béatrix, et d'une foule de seigneurs — parmi lesquels Pierre de Savoie — des réjouissances prodigieuses eurent lieu, qui ravirent les yeux et les
222 LES QUATRE FILLES DE RATMO.^D-BiRANGER
esprits de ceux qui en furent témoins et excitèrent une admiration extraordinaire. y>
Le jeu de mots fait sur son nom était propre à flatter la jeune provençale demeurée un peu plus longtemps que ses atnées au pays du beau langage et, plus qu'elles encore, nourrie « aux lettres ». Les chroniqueurs ne disent rien de l'âge de Sancia ; mais, comme en pareille circonstance, ils avaient notéPextréme jeunesse de Marguerite et d'Eléonore, il est permis de supposer que Sancia dont les premières fiançailles avec Raymond de Toulouse remontaient à près de trois ans, avait, au moment de son mariage, environ seize ans.
Elle était donc «savante», c'est-à-dire qu'elle aimait la poésie et, peut-être, la cultivait comme le comte Richard lui-même. Ce neveu du roi Gœur-de-Lion, appelé Richard en souvenir de lui, ne faillit pas, du moins, à Tune des obligations du nom ; il composait des vers en langue provençale et tenait à honneur d'être compté parmi les troubadours. Et c'était déjà une conformité de goûts entre les deux époux ; il y en avait aussi de sentiments, dont la principale : une même et solide estime des choses saintes. Sancia ne trouvait pas une couronne comme ses sœurs; mais, titre à part, le comte Richard faisait plus grande figure que son frère; il était plus respecté
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en Angleterre et les princes étrangers le considéraient davantage. L'empereur Frédéric avait mille attentions pour Richard ; il aurait souhaité l'avoir auprès de sa personne et lui écrivait, plutôt qu'à Henri III, tant au sujet de la politique, qu'à propos des événements de famille. Lorsque Richard avait traversé la France pour aller en Palestine, Louis IX l'avaitreçu comme unsouverainet, après |a déroute de Taillebourg, il avait suffi que le comte se présentât au roi pour en obtenir une trêve.
Avantage de secondaire importance, mais non point méprisable, Richard de Gornouailles avait un physique agréable ; Mathieu Paris a particulièrement insisté sur l'extrême élégance de sa tournure. Avantage plus sérieux : il était riche, tellement riche, « qu'il n'y avait prince au monde qui le fût autant que lui ». Comment avait-il pu amasser tant d'argent, alors que le roi son frère était toujours à bout de ressources? C'est, de prime abord, malaisé à comprendre, d'autant qu'il menait un train digne de son rang et, à l'occasion, ouvrait largement la main. Mais il se faisait honneur de ce qu'il donnait, a dit un de ses biographes : signe qu'il entendait la dépense et donc, qu'il était bon ménager. Avec de gros revenus et de l'ordre, les trésors grossissent vite. Il faut malheureusement ajouter
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que Richard semble avoir taxé à haut prix les services que sa situation privilégiée lui permettait de rendre — spécialement aux Juifs assez nombreux en Angleterre et très enrichis par le négoce. Quoi qu'il en soit des origines de sa fortune, un jour viendra où le comte de Cornouailles, fort approuvé par la comtesse sa femme, distribuera sans compter son épargne.
La pompe des noces avait inspiré au chroni* queur, moine de Saint-Albans, une réflexion digne de son état. « Ces délices séculières prouvèrent bien, dit-il, la vanité du monde où tout n'est qu'ombre et prestige, puisque le jour du lendemain fit disparaître cet appareil si fastueux comme un souffle de vent dissipe un nuage au ciel. » Cependant, ces fêtes eurent une réplique à Wallingford, propriété du comte de Gornouailles, située au nord de Readingsur la Tamise, où le roi, la reine et toute leur cour passèrent les fêtes de Noél pour honorer les nouveaux époux, et contre l'usage suivi par Henri III de célébrer la naissance du Sauveur et le commencement de l'année, soit à Winchester, soit à Westminster (1).
Un festin splendide, où presque tous les sei-
(1) L'année commençait alors en Angleterre le jour même de Noël. En France, elle commençait à Pâques. Les dates ont été rétablies ici suivant la manière qui a prévalu de compter les années à partir du 1" janvier.
LBS QDATBE FILLES DE HATHOND-BÉRANGEl 2SIS
gaeurs d'Angleterre avaient été priés, marqua la fin des réjouissances commencées à Londres. A ce festin, la comtesse de Provence était présente, glorieuse entre ses fîUea : Eléonore, la belle souveraine, et la comtesse Sancia, si agréable & voir, pour laquelle le roi mit tous ses soins à paraître aimable et gracieux.
Après la solennité de ce repas, le roi et la reine, accompagnés de Béatrix et de beaucoup de nobles personnes des deux sexes, tant d'Angleterre que de Provence, se rendirent à Londres, vers la Circoncision, pour y célébrer dans un somptueux appareil, en présence et à la vue des Provençaux, la fête de saint Edouard. Cette cérémonie terminée, la comtesse Béatrix prit ses dispositions pour retourner en Provence. Le roi, la reine et une foule immense la suivirent jusqu'au bord de la mer; mais, « pour qu'il n'y ait pas en ce monde de prospérités q^î ne soient mélangées d'adversités, avant que la comtesse eût monté sur le vaisseau qui l'attendait à Douvres, des porteurs de lugubres nouvelles vinrent à sa rencontre, lui annonçant que son mari, Raymond-Béranger, frappé d'une maladie sans remède, n'attendait plus que le tombeau ».
En apprenant cela, le roi Henri fut saisi d'une grande douleur, et invoqua la miséri-
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corde de Dieu pour le plus de prières et d'i chagrin d'EIéonore i qu'il allait sans dire. 1 des sentiments filiaux, ployée à le préserver reur Frédéric, empre vence le comte de * représentations d'Elé( roi de France, Frédé Raymond de Toulous dessus, s'opéra la récc fiançailles dont Sancia libérée.
La comtesse Béatris la Provence. Nul douti n'eût été rassurée sur mond-Béranger s'étail remis, qu'à la fin de c se rendit à Lyon, où guerre avec Frédéric
LBS QOATRE FILLES DE RATMOMD-BÉ RANGER 227
concile s'y devait ouvrir le 24 juin 1245 qui déposa l'empereur; mais, à cette date, le comte de Provence n'était plus à Lyon ; sur la fin du printemps, il « avait fait son compliment au seigneur pape pour s'en retourner dans son pays » emportant un précieux témoignage de l'estime du Pontife : la Rose d'or que celui-ci lui avait donnée le dimanche de Lœtare^ préférablement aux autres princes là présents, et, entre autres, l'empereur Baudouin II de Gonstantinople. C'était alors Tusage que les papes honorassent par cette haute distinction le plus estimé des princes chrétiens qui se trouvaient ce jour-là — quatrième dimanche de Carême — en leur cour.
A Lyon, Raymond-Béranger ayait rencontré deux de ses beaux-frères : Philippe de Savoie, évéque élu à Valence dans les conditions où son frère Guillaume l'avait été avant lui :
homme élégant et de bonne mine, fameux pour son habileté guerrière ; chef de la milice papale, il fut le puissantgardien de la paix pendant le concile de Lyon ; et Boniface de Savoie, neuvième et dernier fils du comte Thomas I*'. Depuis quatre ans, les moines de Cantorbéry, à la prière de la reine Eléonore, et pour complaire au roi, en avaient fait un primat d'Angleterre, successeur de saint EdmoAd, mort en
S!8 LIS QDATRE HLLES DE RATHOND-BtllAMGBB
France (1). Mais il n'avait point encore paru à Gantorbéry n'étant pas sacré : il le fut k Lyon parle pape en personne. Nous le retrouverons en Angleterre où il a laissé — peut-être faudrait-il dire où on lui a fait — une réputation de prélat rapace, sans instruction et sans mœurs, tandis qu'en Savoie où, après vingt-cinq ans d'exercice, il voulut finir ses. jours, sa mémoire est vénérée. Comment accorder de semblables contradictions ? Il serait au moins juste de faire peu de cas des récriminations du chapitre monacal qui avait élu Boniface ; ces moines anglais étaient tous singulièrement indisciplinés, orgueilleux etrevéches; ceux de Gantorbéry avaient forcé saint Edmond k quitter l'Angleterre et l'avaient proprement fait mourir de chagrin.
Les deux « Savoyards » étaient en bonne place pour appuyer auprès d'Innocent IV une nouvelle demande de dispenses matrimoniales présentée par Raymond-Béranger et le comte de Toulouse. Le comte de Provence n'avait pas renoncé à préparer la réunion de la Provence avec le Languedoc; Sancia était mariée; mais sa jeune sœur, Béatrix, l'héritière du comté,
(I) Bd disaccord avec ion cl«rgé, 11 1« retira â l'abba je cistercienne de PoDtigfny prèi d'Agierre.Il monrot en ISÏO et fat canoniié •n 1S46. La châsse qui coDtenait ses restes à PoDti^Dj, dan de Henri lil et de son frère, itait d'une merreillensa richasie.
LES QDATHE FILLES DE DATMOND-BéltAIIfiER 229
faisait encore mieux l'afifaire de Raymond YII qui s'était empressé de suivre Raymond-Béranger k Lyon.
La cour de Rome ne se hâte jamais. Avant qa'elle eût rendu la sentence, Raymond-Béranger trépassa, le 19 août 1245. La mort, après un avertissement préalable, lui avait accordé un répit de dix-huit mois; elle ne l'aurait pas pris au dépourvu : ses dispositions étaient arrêtées depuis le 20 juin 1238. Se trouvant alors à Sisteron, sa résidence d'été dans la Haute Provence, il avait fait son testament, et laissé à sa quatrième fille, Béatrix, ses comtés de Provence et de Forcalquier et, au cas qu'elle n'eût pas d'enfant mâle, l'un et l'autre devaient passer h la maison d'Aragon.
Ainsi, Raymond-Béranger était, de cœur, resté profondément Catalan, comme le prouve encore le nom de Barcelonnette — petite Barcelone — donné à la ville érigée en 1231 sur les restes d'une ancienne cité romaine.
La vieille coutume celtique attribuait, dit-on, l'héritage à la dernière fille, « s'il n'y avait hoir mâle » ; il n'est pas bien sûr que Raymond- Béranger ait voulu s'y conformer, mais il avait certainement une préférence pour Béatrix; peut-être ressemblait-elle au fils unique qu'il avait perdu en bas âge.
330 LIS QDATM FILLES DB IIArMOND-BéRAHGEll
Mathieu Paris, s'il a inventé les termes du discours qu'il met dans la bouche du comte mou* rant, en a pris les arguments dans ce qui lui revenait de la cour d'Henri III et d'Eléonore, et peut donc passer pour bien informé. « Grâce à Dieu, toutes mes fîUea à l'exception de toi seule, qui es ce que j'ai de plus cher au monde, et qui es pour moi la plus aimée entre toutes tes sœurs, sont montées plus haut qu'on ne pouvait l'espérer, et ont contracté des mariages qui ont fait l'admiration de tous les chrétiens. C'est pourquoi je t'octroie et je te laisse par testament, à toi seule, qui as besoin d'une dot, toutes mes terres avec mon trésor, mes châteaux et mes possessions. En effet, tes sœurs sont trop bien pourvues pour qu'il faille détacher aucune partie de mon héritage pour la leur donner. »
Raymond-Béranger avait gagé solidement le douaire de sa future veuve; mais c'était Romée de Villeneuve qu'il avait établi gardiateur de son testament et défenseur de tous ses domaines : heureuse mesure, car Romée, sans d'ailleurs rencontrer d'opposition ni chez la mère ni chez la fille, manœuvra de façon à ouvrir la Provence aux o fleurs de lys ».
Raymond-Béranger fut enseveli provisoirement à Saint-Sauveur d'Aix, et transporté dans
Téglise des Hospitaliers de Saint-Jean, six ans plus tard, lorsque cette église eut été achevée. Avec lui finit, en Provence, la race catalanearagonaise qui y avait régné 134 ans. Raymond Béranger V possédait toutes les vertus nécessaires à composer un grand prince : « pieux envers Dieu, respectueux envers l'Eglise, charitable envers les pauvres, vaillant en guerre, modéré en ses prospérités, clément envers ceux qui Tavaient offensé, généreux envers toutes sortes de personnes, et particulièrement envers les gens de lettres. Prince discret, prudent, considéré en toutes ses procédures au rapport du roi de France, son' beau-fils, qui l'estimait un des souverains les plus accomplis en sagesse qui fût en l'univers. Et, par-dessus cela, heureux en son gouvernement pour avoir mis fin à toutes les rébellions de Provence, heureux en sa famille d'avoir logé ses filles en de si grandes maisons. »
Avisé de sa mort, le pape ordonna des prières publiques une fois l'an pour le repos de son âme, la santé et prospérité de sa veuve. Il accorda des indulgences à Saint-Sauveur d'Aix où reposait le corps du comte, pour être gagnées le dimanche de Lœtare par tous ceux qui visiteraient cette église et prieraient à l'intention du défunt, en raison de ce que Raymond-
Jhi.
232 LES QUATRE FILLES DE RATMOND-BÉRAlfGER
Béranger avait fait don à Téglise Saint- Sauveur de la Rose d'or qu'il avait reçue du pape. Tous ses sujets le pleurèrent; ceux de Forcalquier, pour témoigner leur reconnaissance de la manière dont il en avait usé avec eux, décidèrent « que chaque année, aux fêtes de Pentecôte, le lendemain de l'élection des consuls, une procession générale se déroulerait dans la ville, et en laquelle les ecclésiastiques, confréries, officiers, consuls et bourgeois assisteraient avec grande piété et dévotion après avoir chanté l'office et une grand'messe des morts ». Honoré Bouche, écrivant en 1664, note que procession et service étaient fidèlement maintenus depuis quatre siècles, suivant la tradition de la ville, « pro anima comitis Berengarii ».
s QUATRE FILLES DE RATUOND-BiRAKGEK
Le 13 septembre 1245, trois semaines après le décès de Raymoad-Béranger, les Etats de Provence se réunirent à Aix, et déclarèrent majeure la comtesse Béatrix, qui reçut !e serment de fidélité des prélats, barons, seigneurs, communautés, députés et ofQciers des villes.
Son âge n'est pas indiqué dans les actes; mais, de l'attribution de majorité sanctionnée par les Etats, on peut inférer que Béatrix avait au moins quatorze ans et, au plus, quinze. Comme ses aînées, elle était très belle, très vertueuse, très ïastruité, et la situation de ses trois beaux> frères l'aurait fait ' rechercher en mariage, si même elle n'avait été maîtresse d'un état florissant.
Les prétendants ne manquèrent pas ; tout d'abord, Raymond de Toulouse, qui se considérait presque comme un fiancé, se hâta d'arriver à Aix; fort heureusement, il n'était accompagné que de ses familiers, Romée de Villeneuve lui ayant fait entendre qu'il mécontenterait
234 LES QUATRE FILUS Dl BATIfOnD BÉRAIIGER
par un appareil militaire les Etats de Provence réunis à Aix. Raymond VU, parce qu'il était vraiment amoureux de la jeune fille, donna dans le panneau et se contenta de presser le pape pour l'expédition des dispenses. D'un autre cdté, le roi Ja(;ques d'Aragon « ne dormait pas ■». Se souvenant que la Provence avait été possédée autrefois par son aïeul, Ildefonse I", concurremment avec l'Aragoa, il mit sur pied une armée et l'achemina vers la Provence pour forcer le mariage en faveur de son fils, don Pèdre.
Pendant ce temps, Louis IX et sa mère, la reine Blanche, négocièrent avec Romée de Villeneuve et avec Innocent IV qu'ils allèrent trouvera Cluny, à la fin de novembre, de façon que Raymond VII apprit, coup sur coup, que ses dispenses lui étaient refusées et qu'une armée française était entrée en Provence devant laquelle toutes les villes et tous les châteaux avaient ouvert leurs portes. La partie était perdue pour le comte de Toulouse; elle l'était aussi pour le roi d'Aragon, qui ne risqua pas le conflit et rappela ses troupes.
Les chevaliers français étaient conduits par Charles, le plus jeune des frères du roi de France. Il avait vingt ans; physiquement, ressemblaità Louis IX, sauf qu'il était très brun et
LES QDATHB FILLES DE RATHOND-SfRARGER S3B
n'avait aucune douceur dans la physionomie ; aussi bien, c'était un homme d'action plus que de sentiment et, de tous les prétendants à la main de Béatrix, Chartes de France, « li preux, li plein de hardemens » était
1 Li mieudres en tournoîemens K Et le plus biau ferant d'espée « Qui d'aucune estrangfe contrée ■ Euat pu venir «n sa présence ».
Le mariage français plaisait à tout le inonde, excepté aux princes évincés. Les Etats de Provence et la comtesse mère donnèrent leur consentement, les trois soeurs leur approbation et Béatrix, préalablement consultée, fut conduite à Lyon, où Louis IX se rendit, ainsi que le comte de Savoie, Amé Ill.oncledelajeune prin~ cesse. Le roi y fît chevalier de sa propre main son frère Charles auquel il donna les comtés d'Anjou et de Maine. La cérémonie nuptiale eut lieu le 31 janvier 1246; la comtesse mère était présente, et peut-être la reine Blanche ; le comte de Savoie servait de père à sa nièce ; il avait auprès de lui deux de ses frères :
Thomas, comte de Flandre et Philippe, l'élu de Valence, maintenant archevêque élu de Lyon.
Le mariage consommé et la pompe des noces, qui fut magnifique, achevée, Charles et Béatrix
descendirent en Provence où ils furent reçus par le peuple avec des acclamations de joie (1). Au mois de mai, ils vinrent en France et passèrent les fêtes de la Pentecôte avec la famille royale, à Melun. Blanche de Gastille avait marié, et bien marié, ses quatre fils (2), et si elle fut une belle-mère assez âpre, particulièrement pour l'atnée de ses brus qu'elle eut pendant quinze ans sous sa coupe, la comtesse d'Artois, la comtesse de Poitiers et la comtesse d'Anjou- Provence lui eurent obligation, aussi bien que la reine Marguerite, de leurs excellents maris,
(1) Ce récit prit dans RufB (histoire des comtes de Proyenoe) laisse croire, bien que cela ne soit pas dit expressément, que le mariage se fit à Lyon ; s'il avait été célébré en Provence, ces mots : a descendirent en Provence », ne s'expliqueraient pas. D'autre part, Duchesne {Historiée francorum scriptore», V-345) note bien la présence de Louis IX à, Lyon — contestée par d'autres — mais non pas celle deBéatrixnicelle de Charles, d'où il résulte que le mariage aurait été fait en Provence, à Aix très probablement, le 31 janvier 1246 ; il n'y a aucun doute sur la date. — Si l'on accepte une anecdote rapportée par Mathieu Paris, la reine Blanche était certainement aux noces de son fils. Le jeune prince, irrité que la noblesse séculière n'eût pas déployé assez de luxe, dit tout bas en murmurant à sa mère : « D'où vient que dans ce festin on ne voit pas briller un éclat pareil à celui des noces du roi mon frère, puisque je suis fils de roi et de reine et que lui ne l'est point ? a (Louis IX était né du vivant de son grand-père, Philippe- Auguste.) Mais ce mariage, qu'il ait été célébré à Lyon ou en Provence, ne pouvait pas provoquer l'affluence de noblesse française qu'on avait vue au mariage du roi, fait ^n France ; déplus, les paroles prêtées à Charles d'Anjou sont en désaccord complet avec les sentiments de respect et d'afiPection qu'il eut toujours pour son frère.
(2) Le second, Robert comte d'Artois, avait épousé Marie de Brabant. Blanche de Gastille n'eut qu'une fille, Isabelle, qui fut religieuse à Longchamp.
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plîés pour toujours au devoir par la direction maternelle.
Les deux sœurs firent connaissance à Melun ; car, ni Marguerite ne pouvait reconnaître Béatrix, toutenfant lorsqu'elle-méme avaitquitté la Provence, ni Béatrix, se souvenir d'une séparation qui remontait à^lus de douze années. Le moment approchait où leurs vies, si distinctes jusque-là, allaient être confondues dans de semblables épreuves.
Marguerite', six ans après son mariage, avait eu une fille. Blanche, dont la naissance excita l'allégresse générale, car on craignait que la jeune reine ne fût stérile. Cette enfant vécut peu; mais déjà, une seconde fille était née, appelée Isabelle comme sa tante, la sainte religieuse de Longchamp. Enfin, un fils naquit en 1244, puis un autre en 1245. La couronne d'Angleterre avait aussi deux héritiers. Le second, Edmond, dit plus tard le Bossu, est un peu effacé par son frère Edouard en qui a passé la beauté de la famille provençale. A Wallingford, la résidence princière de Richard de Gornouailles, la comtesse Sancia donna le jour à un fils, au mois de juillet 1246. Le roi, la reine Eléoriore et une nombreuse suite de seigneurs se transportèrent à Wallingford pour assister au festin solennel des relevailles ; mais, à l'Assomption, l'enfant
LES QDATHB HLLKS DE EATHOND-BÉ RANGER
ilevé du oioode n'ayant vécu qu'un mois, tard, Sancia eut un second Gis : celui-là desà vivre; contrairement à ses sœurs qui t, toutes trois, riches d'enfants, la seule irité de Sancia Tut ce garçon, né au château srkamstead dans la nuit de Noël 1249.
comte Richard pria Boniface de Savoie, at d'Angleterre, de venir le baptiser et le na Edmond (ainsi qu'Henri III soii second en l'honneur du bienheureux Edmond isseur, prédécesseur de Boniface sur le i archiépiscopal de Cantorbéry. L'oncle de ne et de Sancia, sacré à Lyon par le pape en
venait seulement d'arriver en Angleterre.
)remière8 visites diocésaines furent mari par de grands scandales ; tes moines de jrhéry, avant de savoir ce qu'il pouvait
le traitèrent fort mal, et d'autant plus mal , îux-mémes avaient élu cet étranger, cet il-
, cet inconnu,commepour se punir d'avoir Senvers le bienheureux fldmond ».
jondros, ce fut pire encore. La populace, Se contre Boniface par le chapitre de Saintlélemy (1), se précipita vers son palais de leth, sur la rive droite de la Tamise,. en
I snite da l'arehaTéqDe >ar&it, paralt-il, tort malmenélei ■es ; mais n'eTBit-eDe pas ité panitie à boni par lei iii' >rodiguéei h Boniface?
us QOATHB FILLES DE RAYHOND-BÉKAKGEK 239
face de Westminster; on parlait de le couper en morceaux : il traversa le fleuve pour se réfugier au palais royal, se plaignît au roi, surtout à la reine, et le mot mulier trouvant, selon Mathieu Paris, sa véritable étymologie dans molliens kerum, la conclusion fut que, par les soins d'Eléonore, le roi abandonna les chanoines de Saint-Barthélemy, qui en appelèrent à leur patron et au pape. Rome avait fort à faire pour accommoder le pasteur avec ses brebis ; cependant, à l'usage, les rapports s'adoucirent.
Boniface dut être bienconseillé parson frère, Pierre, cotnte de Richmond qui, même monté au trône de Savoie, en 1263, par l'extinction de la postérité d'Ame III, passait plus de temps en Angleterre que dans ses propres états. Les Anglais s'étaient habitués à lui, non à Thomas, comte de Flandre ; chacune de ses visites, toujours fort courtes, soulève les sarcasmes des chroniqueurs, et en 1247, sa sœur, la comtesse veuve de Provence, l'ayant . accompagné à Londres, est aussitôt soupçonnée a de vouloir s'abreuver comme lui à une source dont ils connaissaient l'abondance. »
Elle désirait voir ses filles et ses petitsenfants, ce qui était bien naturel, et faisait le voyage avec d'autant plus de joie que la trêve, conclue en 1242 par ses deux gendres de France
240 LES QUATRB FILLES DE RATMOND-BÉRANGSR
et d*AngIeterpe, venait d'être renouvelée d'un commun accord. Son cœur devait se partager également entre les deux rois : sur le chapitre des procédés et de la délicatesse, Henri III ne cédait rien à Louis IX. Lorsqu'on apprit la mort du comte de Provence, il défendit expressément que la reine fût avisée de la nouvelle avant que d'avoir été préparée à la supporter; à Bordeaux, à Londres, il avait eu pour sa belle-mère des égards très touchants; mais Béatrix, fort peu superficielle, se plaidait aux manières dignes et simples de Louis IX, tandis qu'elle désapprouvait, avec une nuance de mépris, l'ostentation d'Henri III. A l'occasion des noces du comte Richard et de Sancia, « le seigneur roi avait dépassé la mesure convenable, prodigué sans discrétion, s'était donné en spectacle, lui, les siens et ses trésors. Aussi, lorsque la comtesse de Provence eut examiné la conduite et les paroles du roi, on assure qu'elle se prit à dire : Je me repens d'avoir donné mes gars — c'est ainsi qu'elle appelait familièrement ses filles dans son langage provençal — au roi que voici et à son frère ». , Toutefois, Richard ne dépensait qu'à bon escient, selon les nécessités de son rang ou les visées de son ambition.
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LES QUATRE FILLES DE RAYHOND-BÉRANGER 24 i
Le départ pour l'Egypte, trop longtemps retardé au gré de Louis IX, fut fixé au 25 août 1248. Avec le roi et ses trois frères, les comtes d'Artois, de Poitiers et d'Anjou, s'étaient croisées la reine Marguerite et les « trois dames comtesses ». Marie de Brabant, comtesse d'Artois, retenue par Tétatde sa santé, ne partit que Tannée suivante avec le comte de Poitiers chargé de la conduite de l'arrière-garde et la comtesse Jeanne, fille du comte de Toulouse.
Tous prirent la mer le jour anniversaire du premier départ, le 25 août 1249. Raymond de Toulouse était venu à Aigues-Mortes voir sa fille et son gendre ; lui-même faisait ses préparatifs pour rejoindre la croisade dont son âge le dispensait, poussé, dit-on, par le désir de se rapprocher de la belle comtesse Béatrix qu'il avait dû céder à son jeune rival ; mais la mort le surprit, le 27 septembre, avant que le comte et la comtesse de Poitiers, héritiers de ses états, ne fussent arrivés à Damiette. Il avait cinquante-trois
LE§ QUATHE FILLB» de RATItOSD-BtlIAilfiBR
ans, et tous ses projets matrimoniaux ayant échoué, c'était plus redoutable pour le roi de , non plus que le vieux comte de la i, Hugues le Brun. Sa femme, Isabelle, louairière d'Angleterre, était morte en uste au moment qu'Henri III et Richard aX de doter généreusement deux monase l'ordre de Citeaux, « et certes, cela fut le, car Isabelle, mèreduroietdu dit comte, rand besoin du suffrage des aumônes ».
ant finir dignement sa vie, le comte de la ! avait accompagné le roi de France. L'un emiers, il prit terre devant Damiette, seul aux ennemis et trouva la mort qu'il ait chercher.
ine Marguerite et sa sœur Béatrix passéec tous les croisés huit mois dans l'tle pre ; beaucoup y prirent la fièvre ; la reine t guérie qu'à Pâques, le comte Charles j bien plus tard. Quant à la comtesse, il qu'elle en ait été préservée par une grosoui le comte Robert d'Artois manda l'heu- BBue à sa mère, la reine Blanche. « ...Le reine, sa sœur et moi jouissons d'une santé. Anjou a encore la fièvre quarte, oins forte. La comtesse d'Anjou amis au en Chypre un fils fort gentil et bienconqu'elle y a laissé pour y être nourri.
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LES QOATRE HLLES DE RÂTMOND-BERANGER 24^
De Damiette, 1249 veille de la fête de saint Jean-Baptiste (23 juin). »
Ce « gentil fils », nommé Louis comme son royal oncle, ne vécut que quelques mois; mais le comte et la comtesse d'Anjou avaient déjà un héritier : Charles; plus tard, il leur naquitencore deux fils sans préjudice des filles.
Les épreuvescommencèrentennovembre lorsque le roi ayant reçu les renforts que lui avait amenés le comte de Poitiers, voulut remonter le Nil pour s'emparer de Babylone d'Egypte (le Caire). Le funeste combat de Mansourah (8 février 1250) coûta la vie à Robert d'Artois et à un nombre considérable de croisés ; la capture du roi et de ses deux autres frères, les comtes de Poitiers et d'Anjou (6 avril), consomma le désastre. La reine, sa sœur et ses belles-sœurs étaient à Damiette où l'on peut juger qu'elles versèrent bien des larmes; en outre, la ville cessait d'être pour elles un asile sûr. On sait que la virile énergie de la reine retint au port les vaisseaux pisans et génois, dernier moyen de salut descroisés, releva le courage de la garnison et sauva le trésor royal, ce qui rendit possible le rachat du roi, de ses frères et de ses barons. Le trésor avait été laissé à sa garde : Louis liait les mains à la reine pour les petites choses qui sont l'ordinaire de la vie, et lui témoignait dans.
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les cas extraordinaires une confiance illimitée; en quoi il fut sage : les femmes étant en général plus capables d'héroïsme que d'une constante et fastidieuse modération.
Faut-il rappeler que Marguerite ayant fait jurer à un vieux chevalier de l'occire si les Sarrasins s'emparaient de la ville, décidait et ordonnait du lit où elle était retenue «c gisante » par la naissance de son fils Jean-Tristan ?
Le premier Jean, troisième fils de Louis IX, était mort, âgé d'un an environ, en mars 1248, avant le départ pour la croisade. Marguerite, en souvenir de lui, donna son nom à l'enfant de Damiette,etelle y ajouta celui de Tristan, commandé par les circonstances.
Les rançons payées et Damiette devant être rendue aux Sarrasins, la reine etles « dames comtesses » s'embarquèrent pour Saint-Jean d'Acre où le roi arriva le 14 mai, et bientôt donna aux comtes de Poitiers et d'Anjou la permission de partir. La présence de Charles et de Béatrix était bien nécessaire en Provence ; le comte et la comtesse de Poitiers avaient à mettre ordre dans leur héritage dont la régente Blanche avait pris possession en leur nom à la mort de Raymond VIL
Marguerite demeura quatre ans sur le rivage de Palestine, résidant tantôt à Saint-Jean d'Acre,
LES QUATRE riLLIfi DE HAÏ UOND- SE RANGES 24S
tantôt k Jaffa ou à Sayette (Sidon). Les Latins d'Asie possédaient encore une douzaine de ports en Palestine et en Syrie que Louis IX remit en état de défense, tandis qu'il obtenait des émirs la libération de deux cents chevaliers, d'un grand nombre de croisés d'humble condition et de beaucoup d'enfants chrétiens qui auraient été nourris dans la religion musulmane; en sorte que les revers se trouvèrent presque réparés pui8que,à défaut de la terre qu'on n'avait pas pu conquérir, la France, grâce à la fermeté et aux vertus de son roi, s'assurait en Orient un indestructible prestige. Là-bas, au bout de sept cents ans, c'est encore l'auréole de saint Louis qui couvre les erreurs de notre politique.
Le petit Jean-Tristan s'éleva bien dans ce pays fiévreux. En 1251, la reine eut encore un fils, Pierre, né à Saint-Jean d'Acre et, deux ans après, une fille qu'on nomma Blanche, à cause de la reine mère morte en décembre 1252, et d'une autre Blanche, décédée, l'aînée de tous les enfants de Marguerite. Au sujet de cette petite Blanche née à JafTa en 1253, nous trouvons dans Joinville une réflexion qui n'est pas sans intérêt. Aussitôt relevée de ses couches, Marguerite rejoignit le roi qui était pour lors à Sayette ; elle était venue par mer ; « dès que je fus averti, dit Joinville, que la reine était au
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port, je quittai le roi, allai au-devant d'elle et Tameiiai jusques au chastel. Et quand je revins au roi qui était en sa chapelle, il me demanda si la reine et Tenfant étaient bien portants ; j& dis que oui ; alors, le roi : « J'ai bien compris « quand vous vous levâtes de devant moi que « vous alliez encontre la reine et, pour ce, je (( vous ai fait attendre au sermon. » — Et si je rapporte ces choses, c'est parce que depuis cinq ans que j'étais autour de lui, jamais n'avait encore parlé à moi, ou à d'autres, de la reine et de ses enfants. Et ce n'était pas bonn& manière, à ce qu'il semble, d'être ainsi étranger à sa femme et à ses enfants. »
Comment douter que Louis n'aimât tendre* ment sa famille ? Il adorait sa mère et chérissait tous ses frères. AMansourah, il avait sauvé Charles d'Anjou au péril de sa propre vie ; il ne se consola pas d'avoir perdu Robert d'Artois, et en mena un tel deuil qu'un jour il reprit sévèrement le comte Charles dont les 23 ans s'oubliaient à jouer aux dés trois mois après la mort de leur frère. L'indifférence qui choquait Joinville, c'est, à un bien moindre degré^ la dureté connue de Pascal avec les siens qui indignerait si l'on ne savait, qu'en fin de compte,, elle était l'aveu d'une tendresse qu'il estimait faire tort à Dieu et dont il se, punissait.
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« La bonne dame reine » connaissait le cœur de son époux et ne devait pas se mettre en peine de ses apparentes froideurs ; mais il lui inspirait plus de crainte qu'il n'eût fallu, et cela contrarie notre révérence pour le saint roi.
Dans le voyage de retour, après que la galère qui portait Louis IX, sa famille et six cents passagers, eut failli s'entr'ouvrir sur la côte de Chypre, une tempête se déchaîna au milieu de la nuit, si horrible, qu'il fallut jeter cinq ancres pour arrêter la galère royale. Les nourrices voulant lever les petits princes, Marguerite commanda « de les laisser dans leurs berceaux aller à Dieu tout en dormant », et s'en vint chez le roi où elle ne trouva que Joinville et le connétable. «Je voulais, dit la reine, parler au roi pour le prier de promettre un pèlerinage à Dieu ou à ses saints, car «les mariniers disent que nous sommes en péril de noyer. — Damé, répondit Joinville, promettez la voie (pèlerinage) à monseigneur saint Nicolas de Warangeville^ et je vous suis piège (garant) pour lui que Dieu vous ramènera en France, et le roi et vos trois enfants (1). — Sénéchal, vraiment le feroie volentiers ; mais si le roi savoit que je l'eusse
(1) L'on Tenait de fort loin à Warangeville (Saint-Nicolas-du- Port) près de Nancy, où des reliques de saint Nicolas avaient été apportées en 1087 ; la terre de Joinville en était éloignée de vingt lieues.
Î48 LES QUATBE FILLES DE RATMOND-BÉRANGER
promis sans lui, il ne m'y lairoit jamais aler. — Faites une chose : promettez une nef d'argent à saint Nicolas, et je la porterai ; car lui ai déjà promis, s'il nous réchappait du péril devant Chypre, que je Tiroie requerre de Joinville, à pié et deschaus. »
Marguerite promit une nef d'argent de cinq marcs et, tout aussitôt, le vent « cheut». Rentrée à Paris, elle fit faire une nef d'argent où se voyaient le roi, la reine et les trois enfants, tous en argent, ainsi que les mariniers, les mâts et les cordes ; les voiles étaient cousues avec des fils d'argent. Le sénéchal prit la nef, s'en alla à Joinville et fit « à pié et deschaus », la « voie » que Marguerite n'avait osé promettre dans la crainte de manquer d'égards envers son seigneur ou de parole à saint Nicolas.
Une dernière aventure les attendait en vue de Pantellaria, île située entre la Sicile et l'Afrique, peuplée par des Sarrasins, sujets du roi de Tunis. La traversée avait été longue ; la reine pria le roi d'envoyer dans l'île prendre du fruit pour ses enfants ; le roi y consentit et détacha trois galères avec ordre de rejoindre au plus vite l'escadre qui se composait de dix-huit navires ; mais, comme elles tardaient à sortir du port par où elles étaient entrées, les mariniers du roi pensèrent que les Sarrasins les
avaient prises, et conseillèrent de passer sans tarder le détroit, à cause que le roi de Sicile et celui de Tunis voulaient autant de mal Tun que l'autre au roi de France. « Vraiment, fit Louis, je ne lairai point ma gent entre les mains des Sarrasins que je n'aie tout fait pour la délivrer. Tournez les voiles et courons leur sus. »
Quand la reine apprit ce qui se passait, elle « commença à en mener moult grand deuil et s'écriait: « Hélas! c'est moi qui ai tout fait! » Tandis que l'on achevait la manœuvre, « on vit issir de Tile les trois galères dont les maîtres s'excusèrent disant qu'ils n'avaient voulu abandonner six fils de bourgeois de Paris descendus pour manger des fruits dans les jardins et qu'on n'en pouvait plus tirer ». Alors, le roi commanda qu'on mit ces six en une chaloupe avec les meurtriers et les larrons, et comme ils commençaient à crier et à braire : « Nous en serons réprouvés pour toujours ! Sire, par Dieu^ prenez plutôt à rançon tout ce que nous possédons ! » la reine, qui s'accusait d'être la cause de cet émoi, supplia le roi de leur faire grâce. Par égard pour elle^ Joinville et tous ceux qui étaient présents joignirent leurs prières aux siennes; mais le roi ne se laissa pas fléchir, et les coupables demeurèrent dans la chaloupe « tant qu'on fût arrivé en France ».
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250 LES QUATRE FiLLES DE RATMOXD-BÉRANGER
Certes, ce fut justice, comme le dit Joinville ; mais c'est justice aussi d'admirer la bonté et la délicatesse de conscience de la reine Marguerite.
Les relations entre la France et TÂngleterre s'étaient conservées très cordiales pendant Tabsence de Louis IX. Usant des facilités que lui donnait la trêve, le comte Richard traversa le royaume de France au printemps de Tannée 1250 pour aller conférer avec le seigneur pape, toujours en résidence à Lyon. Les uns supposaient qu'il s'agissait de la couronne de Romanie (Gonstantinople) , les autres, de la couronne impériale que Frédéric II, déposé et excommunié, ne maintenait sur sa tête qu'à Taide des troupes sarrasines dont il inondait la malheureuse Italie.
Richard avait pris franchement parti pour Innocent IV contre son beau-frère Frédéric que Louis IX, longtemps médiateur entre la papauté et l'empire, avait aussi abandonné.
L'objet des négociations demeura secret; mais,
LIS QUATRE FILLES DE RATlfOHD-BfKAnOEK 251
soit qu'il s'agit de profiter du présent ou de préparer l'avenir, le comte de Gornouailles avait jugé utile de déployer une pompe plus que royale.
Accompagné de 3a femme, la comtesse Sancia, tout juste relevée de l'heureuse naissance de leur fils Edmond, des plus grands seigneurs d'Angleterre, de plusieurs prélats dont les évèquesde Londres, de Winchester et de Lincoln, de nombreux clercs, de quarante chevaliers, tousvétus de robes neuves et semblables, montés sur des chevaux choisis aux harnais neufs et tout brillants d'or, Richard avait encore auprès de lui son fils aîné, Henri, âgé de quinze ans. Les domestiques suivaîentavec les chariots et cinquante bétes de somme, « en sorte que sa marche présentait un spectacle surprenant pour les Français qui le voyaient passer ».
Autrefois, les distractions venaient s'ofi'rir aux ruraux qui vont à présent les chercher dans les villes; mais, longtemps avant que les chemins de fer n'eussent vidé les routes, les cortèges avaient perdu leur ampleur, leur luxe et leur pittoresque, sacrifiés au goût sans cesse croissant de la vitesse.
« La noble dame Blanche se porta au-devant du comte et de la comtesse de Cornouailles, applaudissant à leur venue, et leur offrant des
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présents précieux, comme une cousine à ses cousins, ou plutôt comme une mère à ses enfants. y>
L*accueil fait par la régente à leur prince flatta sensiblement les Anglais et, plus encore, la réception du seigneur pape. Innocent IV avait envoyé presque tous les cardinaux clercs à la rencontre de Richard. « Or, la presse des chevaux et des hommes formée, tant par son escorte que par ceux qui venaient à lui, était ôi grande, le tumulte causé par ses bagages, la multitude de sa suite richement vêtue présentaient un tel spectacle, que les citoyens de Lyon ainsi que tous les étrangers qui étaient venus pour leurs affaires à la cour papale, ne pouvaient s'en rassasier. Lorsque le comte parut sur le seuil de l'hôtel du pape, celui-ci se leva, le reçut au baiser, et le pria, du visage le plus gracieux, de dîner avec lui ce jour-là. Le comte y ayant consenti volontiers, fut placé à côté du seigneur pape, et le repas se passa fort joyeusement et courtoisement. »
A Lyon, la comtesse Sancia retrouva son oncle, Philippe de Savoie, archevêque élu de la ville, ce chef des milices du pape, qui avait vu son père, Raymond-Béranger, recevoir la Rose d'or et sa sœur Béatrix épouser le comte Charles d'Anjou.
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LES QUATRE FILUS DI HATHOND-BERANGKR 253
L'empereur Frédéric mourut subitement à la fin de cette même année; il laissait plusieurs fils; l'héritage était morcelé, le pape put rentrer à Rome. Il offrit la Sicile et l'Apulïe, devenues vacantes par la mort de deux des fils de Frédéric, au comte Richard qui avait des visées plus hautes — sa femme aussi, dit-on, — et les refusa. Ces royautés d'occasion coûtaient cher; le comte de Comouailles ne chicanait par sur le prix, mais il en voulait pour son argent : il attendit une meilleure rencontre. On verra qu'elle ne tarda guère à se présenter.
Richard recherchait au dehors sa propre élévation; Henri III dans son pays s'aliénait de plus en plus les barons, les clercs et les bourgeois, par sa faiblesse pour ses demi-frères les « Poitevins : Guillaume, Guy et Adhémar », auxquels il ne savait rien refuser. Adhémar, très jeune et ignorant, fut élu par force à Winchester ; il cumulait tant de revenus « qu'on ne pouvait citer aucune église de renom dont les mamelles n'eussent fourni du lait au dit Adhémar. »
Les « Savoyards » n'avaient pas soulevé tant de haines. Tandis que le mécontentementcroissait en Angleterre, les Gascons n'étaient guère loyaux envers le roi, et se seraient choisi un autre maître si l'Angleterre n'eût été un excel-
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254 LIS QUATRE PILLES DE RATMOND-HiRARGER
lent débouché pour leurs vins. Henri y envoya le grand baron, Simon de Montforti comte de Leicester, son beau-frère, que les Gascons craignaient « comme la foudre » et, au mois d'août 1253, il alla le rejoindre avec Pierre de Savoie. La Gascogne rentra sous l'obéissance du roi d'Angleterre ; mais il en coûta à celui-ci « 2.700.000 livres, tant en frais de guerre qu'en présents précieux: habits garnis de doublures et autres dons désirables aux Gascons qui, à leur ordinaire, flairaient ses esterlings ».
Avec le roi de Castille, Alphonse X, qui avait fomenté les troubles, Henri III négocia, et l demanda en mariage pour son fils aîné, la sœur
d'Alphonse X. Celui-ci, avant de rien conclure, voulut voir le jeune prince^ de façon qu'Henri manda auprès de lui la reine et ses enfants.
Eléonore était accouchée à Londres d'une troisième fille qui, étant née le 25 novembre, fut appelée Catherine. Elle célébra ses relevailles le 5 janvier 1254, jour de la Saint-Edouard, par un magnifique festin où assistaient le comte et la comtesse de Cornouailles, Boniface de Savoie, archevêque de Cantorbéry et beaucoup de nobles. Quelquesjours plus tard, le seigneur Richard et « la dame reine )» tinrent un parlement à l'ejBTet d'en obtenir des secours pour le roi, c'est-à-dire beaucoup d'argent, ce qui lui per-
LES QDATHE FILLES DE IlATMOND-BillAHfilB 2oS
mettrait de vaincre la Castille, laquelle — on l'assurait — se tournait contre lui; et, pour donner une idée des diflScultés de la guerre, Henri avait envoyé des traits, dits carreaux^ jetés par les arbalètes du pays. Mais, « comme ils étaient aussi gros que les cylindres k enrouler dont se servent les tisserands », cela parut suspect à l'assemblée, d'autant que le roi appelait la reine, ce qui n'aurait pas eu lieu s'il avait craint un conflit avec la Castille, et le parlement refusa les subsides. Ces inventions manquaient de finesse autant-que de dignité.
La reine, qui savait à quoi s'en tenir, ainsi que le seigneur Richard, non seulement prit avec elle son filsEdouard, mais encore le second, Edmond, âgé de 8 à 9 ans, et sa fille Béatrix, qui retournait au lieu de sa naissance étant venue au monde à Bordeaux, en présence de sa grand'mère, la comtesse de Provence, dans le courant de l'été 1242.
Ëléonore conduisit elle-même Catherine, la nouveau-née, au château de Windsor et la confia à deux nurses, Agnès et Avisa. Sa fille aînée, Marguerite, l'avait déjà quittée ; elle était reine d'Ecosse comme l'avaitété sa tante Jeanne, sœur d'Henri III, et dans leurs destinées, il n'y eut pas que ce trait de ressemblance . Jeanne avait été élevée en Provence, mais sans yavoirpu connal-
256 LES QUATRE FILLES I>S RATMOIlD-BéRÀNGER
tre les filles de Raymond-Béranger, l'ayant quittée en 1220 ; elle ne s'habitua point à la sauvage Ecosse où, continuellement, le roi avait à redouter toutes sortes de périls de son insolente noblesse. Elle n'avait pas d'enfants : ses voyages en Angleterre étaient sa seule joie. Une vive amitié unit les deux belles-sœurs malgré les vingt années qui les séparaient ; s'étant rencontrées à York, en 1237, où les deux rois avaient une conférence, Jeanne rentra avec Eléonore en Ecosse. La visite prenant fin, Eléonore, sous le prétexte d'un pèlerinage au tombeau de saint Thomas Becket, emmena Jeanne en Angleterre.
La reine d'Ecosse était atteinte de consomption : Eléonore l'assista jusqu'à son dernier jour, qui fut le 12 mars 1238. Lesrestesde la reine Jeanne furent portés au monastère de Tarente, dans le Dorsetshire, auquel Eléonore fit tant de largesses en mémoire de sa belle-sœur qu'on l'en crut plus tard, à tort, la fondatrice.
Alexandre II j l'époux de Jeanne d'Angleterre, se remaria dans l'année avec une très noble française, fille du seigneur de Goucy, dont il eut un fils, nommé ainsi que lui, Alexandre, roi dès son enfance. C'est à lui qu'Henri III et Eléonore avaient uni leur fille Marguerite, le 26 décembre 1251. L'époux et l'épouse étaient âgés de dix à onze ans; les noces se firent à
LES QOATRS FILLES DE RATMOND-BÉRANGER 257
York, comme celles de Jeanne, au milieu d'une grande aflluence de seigneurs anglais, écossais et français : ces derniers formant la suite de la reine-mère d'Ecosse.
La petite reine, tenue à peu près prison* nière au château d'Edimbourg par les régents d'Ecosse, pleurait ses parents qui l'avaient beaucoup gâtée : Eléonore veillait avec sollicitude sur ses enfants, et passait le plus de temps possible avec eux à Windsor, la nursery royale.
Marguerite pleurait aussi sa sœur Béatrix et ses frères, surtout Edouard, qu'elle suivait de près, le compagnon de toute son enfance. La reine Eléonore trouva le moyen de correspondre avec sa fille ; elle lui envoya Simon de Montfort ; elle lui envoya son propre médecin. La triste condition où les régents, Robert Bruce et Baliol, réduisaient le jeune couple, la désolait : elle emportait ce gros souci avec elle en quittant l'Angleterre, le 27 mai 1254. Son beau-frère, le comte Richard, avait la garde du royaume.
La reine ne s'attarda point à Bordeaux ; accompagnée d'Edouard et de Béatrix, elle se rendit en grande pompe et grand appareil à Burgos, où elle fut reçue avec beaucoup de respect par le roi de Gastille. La bonne mine et les manières du jeune prince — il avait exactement quinze ans — plurent tellement au roi
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qu'il lui ceignit le baudrier militaire et lui accorda la main de sa sœur. Les noces furent faites à Burgos. Eléonore, chargée des négo- ^ciations du mariage, avait obtenu que le roi de Gastille renonçât pour lui et ses héritiers, à réclamer tout ou partie de la Gascogne, sur laquelle il prétendait avoir des droits par sa grand'mère, fille d'Henri II et d'Eléonore d'Aquitaine.
La jeune épousée s'appelait Eléonore, comme sa belle-mère, et était âgée de douze ans, comme sa belle-sœur Béatrix; elle fut amenée à Bordeaux auprès d'Henri III « qui la reçut en grande jubilation et, tout de suite, il conféra aux deux époux la Gascogne, l'Irlande, Bristol, le pays de Galles (1), de sorte qu'il n'était plus qu'un roi mutilé ». Ce mariage fut d'abord très mal pris en Angleterre. Plus tard, la douceur de la jeune princesse^eut raison des préjugés que l'on y entretenait contre les Espagnols : « laids de visage (était-ce à cause de leur teint ?), méprisables dans leur culte et détestables dans leurs mœurs (les confondait-on avec les Maures?), enfin, les ordures du genre humain ».
(t) La donation du pays de Galles ne correspondait à aacune réalité, ce pays n'étant pas encore conquis sur ses chefs indigènes.
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LIS QUATRE niXSS DB RAYMOND-BÉRANGSR 259
Pourtant, la reine Blanche aussi était espagnole, et Mathieu Paris la révérait comme la Dame des dames de son temps.
Henri III et la reine étaient encore en Gascogne où ils n'avaient plus rien à faire, lorsque Louis IX rentra dans sa capitale, le 8 septembre 1254. Le roi. d'Angleterre était curieux de visiter nos belles cités; il avait sûrement le désir de connaître Louis IX, et la reine, d^embrasser sa sœur. Prenant prétexte que « les chances de mer sont périlleuses», il demanda la permission, aussitôt accordée, de traverser la France pour regagner son pays.
La réunion de famille fut tout à fait complète. Sancia, la comtesse de Gornouailles, ayant appris que le roi d'Angleterre et la reine Eléonore entraient au royaume de France, et que la reine Marguerite irait à la rencontre de sa sœur, passa la mer avec l'agrément du comte Richard, son époux, suivie d*une nombreuse et magnifique compagnie, afin que sa condition ne parût pas
260 LES QCATBB FILLES DE RAYMOND- BiRARGER
inférieure à celle des deux reines. Sancia eut soin de rejoindre directement le roi et la reine d'Angleterre — probablement à Chartres — , de façon que Marguerite, accompagnée de Béatrix, comtesse d'Anjou, vint au-devant d'elle aussi bien que d'Eléonore.
Henri III entra à Paris le 10 décembre et logea avec sa famille et sa suite — or, il avait mille chevaux sans compter les chariots et les bétes de somme — au Vieux Temple, assez vaste pour contenir tous les Templiers d'en deçà les monts lorsqu'ils se réunissaient pour leur chapitre général. Le roi d'Angleterre traita d'abord les pauvres et ensuite ses hôtes royaux. Dans la grand'salle du Temple s'assit « le seigneur roi de France, Roi des rois de la terre, tant à cause de l'huile sainte dont il avait été oint au sacre, qu'à cause de son pouvoir et de sa prééminence en chevalerie, ayant à sa droite le roi d'Angleterre et à sa gauche le roi de Navarre, fiancé à Isabelle de France. A la même table, les deux reines et les comtesses de Cornouailles et d'Anjou, comparables à des reines, ainsi que Béatrixde Savoie, comtesse douairière de Provence, qui était présente, et pouvait se glorifier comme une autre Niobé, en considérant ses enfants^ car il n'y avait pas au monde une seule mère qui pût s'enorgueillir comme
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LES QUATRE FILLES DE RATMONO-BélUNGER 261
elle de ses filles, de leur haute fortune et de leur éclatante beauté. )»
Les Anglais passèrent huit jours à Paris ; ils visitèrent la Sainte-Chapelle, Notre-Dame et tous les lieux de dévotion en laissant partout des offrandes. Henri III, habitué aux maisons basses, construites en briques, admira la blancheur et la hauteur des habitations parisiennes, élevées — déjà ! — de « trois ou quatre étages et même plus » .
Les voyageurs fêtèrent la Noël à Boulogne. Le 5 janvier 1255, ils débarquèrent à Douvres où le comte Richard les attendait.
A son retour dans ses états, Henri reçut de Louis IX un éléphant, ramené de Palestine, qui fut l'objet d'une vive curiosité, car on n'en avait encore jamais vu en Angleterre. La reine de France envoya à son beau-frère un paon, mais un paon d'orfèvrerie formant aiguière, incrusté de perles et de saphirs. Marguerite avait conçu une réelle sympathie pour Henri III ; à partir de ce moment, elle entretint avec lui sur les sujets les plus divers une vaste correspondance, tantôt en latin, tantôt en français dont une partie a été conservée (1). De son côté, le roi
(1) Les souTerains étaient polyglottes en ce temps-là comme aujourd'hui. Eléonore parlait et écrivait quatre langues ; le provençal, le latin, l'anglais et le français qui était la langue maternelle des Plaatagenets et fut en usage à la cour jusqu'au xv* siècle.
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262 LIS QUATRE FILLES DE RATMOND-BéRANGSR
d'Angleterre voua à sa belle-sœur grande amitié, estime et confiance.
Pendant les deux années qui suivirent leur longue absence, le roi et la reine d'Angleterre s'occupèrent beaucoup de leurs filles : la reine d'Ecosse et la petite Catherine. Voulant affranchir Marguerite et son jeune époux de la tyrannie blessante des régents, Henri III s'avança jusqu'auxfrontières de l'Ecosse ; la reine le suivit et, après quatre ans de séparation, la mère et la fille purent se rejoindre à Wark Castle dans le nord de l'Angleterre. Là, Eléonore tomba malade; Marguerite ne la quitta point qu'elle ne fût guérie, et les régents d'Ecosse ayant été changés, la vie devint plus douce pour les jeunes souverains. Marguerite, qui aimait ses parents autant qu'elle en était aimée, put les voir librement; en 1256, elle passa avec eux les fêtes de l'Assomption à Woodstock, près d'York, résidence d'été des rois d'Angleterre etles suività Londres.
La reine Eléonore avait hâte de revenir auprès de Catherine, la Benjamine, invraisemblablement belle, mais sourde et muette et de santé fragile. De Windsor où elle s'étiolait, on l'avait transportée à Swallowfield dans le Berkshire; elle s'y divertit avec un petit chevreuil tiré des forêts royales. L'enfant parut se reprendre à la vie, rentra'à Windsor, mais, « malgré les soins
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et les tendresses », elle y mourut, le 3 mai 1257, âgée de trois ans et demi.
La fairy girl^ qui était si près du cœur de ses parents, fut passionnément regrettée. La reine Eléonore refusa toute humaine consolation; son chagrin poignant la rendit sérieusement malade : « la médecine n'y pouvait rien, la cause de la maladie était un cœur brisé ». Le roi tomba malade aussi de tristesse ; il fut accablé par une fièvre tierce qui le retint à Londres, tandis que la reine gardait le lit à Windsor. Henri paya généreusement les soins des deux nurses^ et voulut pour sa fille chérie des obsèques splendides. '
Letombeau de Catherine supportant sa statue toute en argent, érigé dans l'abbaye de Westminster, n'existe plus depuis longtemps ; mais, au XVII* siècle, le célèbre historien FuUer lui éleva un monument plus durable en composant pour elle, en manière d'épitaphe, ce distique original et charmant :
Wak'tfrom the wornbCy she on this world did peep, Dislik't it, clos'd her eyes^ fellfast asleep (1).
(1) En s'éveillant à la rie, elle jeta un conp d'œil sur ce bas monde ; il lui déplut : alors, elle ferma les yeux et se rendormit profondément.
26i LIS QUATRE FILLES DE RATMORD-BÉRANGER
La comtesse de Gornouailles, déjà semblable à une reine par le train de sa vie et les honneurs qu'on lui rendait, allait enfin en porter le titre et connaître un jour d'ivresse d'autant plus beau qu'il ouvrait la voie à une fortune plus haute encore.
A la mort de Frédéric II, le pape n'avait pas couronné de nouvel empereur — et ne s'en souciait pas — mais, successivement, Conrad IV fils de Frédéric, le landgrave de Thuringe et Guillaume de Hollande avaient été élus roi d'Allemagne par les princes du pays. La royauté d'Allemagne (ou de Germanie) ne conférait aucune terre ni même de revenus : Guillaume de Hollande, dénué d'avoir personnel, « avait été réduit à mendier » ; mais elle était généralement le gage de la couronne impériale d'Occident et, pour cette raison, le roi de Germanie aimait à se faire appeler roi des Romains (1).
(1) On disait encore, mais rarement : empereur élu. Entre un empereur élu et un empereur, il y avait la même différence qu'entre un évéque élu et un éyéque. Richard s'intitulait empereur, roi des Romains.
LES QUATRE FILLES DE RATMOND-BéRANGEK 265
Guillaume étant mort, les princes électeurs — ils étaient à cette époque une cinqiiantaine(l) — avaient j été les yeux sur le comte de Gomouailles . L'élection s'est faite à Francfort, le 13 janvier 1257, non point d'un consentement unanime, mais légalement, sauf les primes allouées par Richard aux plus notables de ses courtiers électoraux.
En mars, les électeurs dissidents élurent dans la ville de Trêves, à l'instigation de la France, Alphonse X roi de Gastille, l'ancien ennemi d'Henri III. Un roi d'Allemagne, c'était peu de chose ; mais s'il devait se muer en empereur d'Occident, mieux valait pour les intérêts de la France que la promotion se ftt en faveur du roi de Gastille plutôt que du prince anglais .
Prudemment, Richard envoya deux hommes d'expérience en Allemagne pour y prendre le vent. Ils trouvèrent que l'opposition de la France n'avait fait qu'attacher davantage les Allemands au parti du comte, attendu « qu'il y a une haine, pour ainsi dire innée, entre les Français et les Allemands, et que ce qui nuit et déplaît aux uns est considéré par les autres comme fort
(1) Dam ce nombre, sept qui ayaient beaucoup plut d'importanee que les autres demeurèrent les seuls électeurs lorsque .Charles IV eut réformé par la Bulle à! Or (1356) le mode d'élection des empereurs.
266 LES^ QUATRE PILLES DE RATMOND-BARANGEE
avantageux » (1). Là-dessus, le prince archevé* que de Cologne, grand électeur de Richard, vint à Londres, avec d'autres seigneurs allemands, jurer fidélité et allégeance au nouveau roi, qui lui donna 500 marcs pour ses frais de voyage et une mitre enrichie de pierres précieuses et de lames d'or. « Il m'a mitre, aurait dit l'archevêque, et moi je le couronnerai. » Et il partit, fort content du roi Richard, et bien informé de l'ampleur et du contenu de ses coffres.
Le trésor particulierdu comte deCornouailles, sans tenir compte de ses revenus annuels,pouvait fournir cent marcs par jour pendant dix ans (2).
Richard n'avait plus qu'à aller chercher sa couronne. Il s'embarqua avec sa femme et son fils aîné Henri, à Yarmouth, le 29 avril ; lel*"^ mai ils étaient à Dordrecht, en Hollande, où ils se reposèrent deux jours; il en fallut sept pour gagner Aix-la-Chapelle : c'est là que, grandis par l'ombre de Charlemagne, les rois de Germanie se faisaient couronner. Le roi Richard transmit à son principal sénéchal en Angleterre les détails de la cérémonie dans une lettre destinée à la publicité, autant que faire se pou-
(1) Mathieu Paris. Trad. HoUlard-BréhoUef . VIU, 264.
(2) Environ cent millions si l'on estime que le marc du xiii* siècle vaudrait aujourd'hui 300 francs. Au xvii* siècle, sa valeur correspondait à 50 francs.
vait à cette époque. «... A notre entrée dans Âix-la-Chapelle, le vendredi d'avant l'Ascension, les hommes les plus importants, clercs et laïques, chevaliers et citoyens, vinrent à notre rencontre et nous reçurent avec allégresse et jubilation. Or, depuis deux cents ans, aucun empereur, roi des Romains, n'était entré dans la dite ville sans y trouver de graves obstacles et des contradictions. Aussitôt, nous eûmes l'agréable nouvelle que notre ennemi, l'archevêque de Trêves (partisan d'Alphonse X) avait été attaqué par le vénérable archevêque de Mayence, notre cher prince, et lui avait cédé le château de Boppart sur le Rhin.
Ce même archevêque de Mayence se rendit alors à Aix où, le jour de l'Ascension, lui et l'archevêque de Cologne étant présents, ainsi qu^une foule d'évêques, de barons, de ducs, de comtes, de marquis, de nobles de notre royaume et de nos féaux, nous reçûmes, assis sur le siège de Gharlemagne, le sceptre et la couronne du sacré royaume romain... Notre très chère épouse fut semblablement couronnée avec nous, le même jour, et solennellement, comme il convenait. »
Sancia, dont la beauté avait paré la fête, se doutait-elle que, derrière cette imposante figuration, il n'y avait rien qui fût solide ni même
2^ LBS quatre filles de RATMOND-BéRANGBR
sérieux? En raison de leurs dissensions intestines, les Allemands n'avaient pas voulu faire un choix parmi eux; encore moins voulaientils d'un Français ou d'un Italien. Richard, Anglais, leur plaisait parce qu'il apprendrait vite à parler leur langue, parce qu'il avait une réputation méritée de constance et de sagesse et, surtout, parce qu'il était puissamment riche.
Au bout de dix-huit mois, lorsque le roi des Romains jugea à propos d'aller en Angleterre dont on ne savait seulement s'il reviendrait jamais dans son royaume, les Allemands dirent sans se gêner : « Nous avons ce que nous avions souhaité en l'élisant : aussi, s'il nous conférait pleinement ce qui lui reste encore d'argent, nous ne nous inquiéterions plus en aucune façon de sa personne. »
Cependant, à partir du couronnement, la France avait cessé de soutenir le roi de Gastille, ce qui dut être agréable à Richard, et plus encore à Sancia, et le pape, sans rien promettre relativement à la couronne impériale, laissa entendre que l'élection faite à Francfort était bonne et valide.
Le retour en Angleterre du roi et de la reine des Romains n'eut rien de triomphal. Les barons, à la tête desquels étaient Simon de Montfort comte de Leicester, le comte de Glocester et, en apparence au moins, Pierre de Savoie, avaient
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LES QUATRE FILLES DE RAYMOlfB-BéRANGER 269
organisé une ligue pour la réforme du royaume, chassé les Poitevins, et obtenu du roi un serment dont l'humiliation ne consistait pas dans les termes qui n'obligeaient à rien, mais danslanécessité de le prêter.
Richard et la reine Sancia abordèrent à Douvres, le 27 janvier 1259, avec une escorte insignifiante : deux comtes allemands ayant chacun trois chevaliers; le reste, une nombreuse armée, qui aurait été rassemblée pour mater les barons anglais, était demeuré de l'autre côté de la mer sur le conseil de Pierre de Savoie, l'oncle de Sancia. Et, en effet, les seigneurs avaient pris leurs mesures pour interdire le débarquement à Richard s'il arrivait en forces, et tout séjour dans le pays, s'il refusait le serment.
Le prince anglais n'avait pas pris racine en Allemagne et dans sa propre patrie il se voyait traité en suspect.
Bien entendu, Henri etEléonore accueillirent Richard et Sancia avec une grande joie ; ils les attendaient à la sortie du vaisseau, et tous s'en allèrent festoyer chez Boniface de Savoie, à Gantorbéry. C'est pourtantlà que le comte deGlocester contraignit Richard de prêter le fameux serment. Le 2 février, fête de la Purification, les deux rois et les deux reines firent une entrée solennelle dans Londres; ils y furent acclamés :
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270 LIS QUATRE HLLBS DB RATMOND-BERANGER
dernier contact amical des princes avec leur peuple avant la guerre civile qui était proche. Les affaires d'Allemagne n'avaient pas altéré les bons rapports entre la France et l'Angleterre. La trêve, deux fois prorogée, s'était changée en une paix définitive, qui fut scellée, l'année même du retour de Richard, à Paris, où le roi et la reine d'Angleterre passèrent le mois d'août. Ils y revinrent en novembre, à l'occasion du mariage de leur fille Béatrix avec Jean, fils aîné du duc iie Bretagne. C'était la reine Marguerite qui avait arrangé cette union pour sa nièce, et Louis IX s'offrit à régler le différend relatif au domaine de Richmond lequel, en vertu de droits très anciens, appartenait aux ducs de Bretagne. Pierre Mauclerc, le grand-père du fiancé, l'avait perdu en renonçant à la suzeraineté anglaise; c'est alors qu'il avait été donné à Pierre de Savoie, auquel on ne pouvait guère le retirer. Le duc de Bretagne accepta une compensation en argent. Peu d'années après, Pierre de Savoie mourut, léguant Richmond à sa nièce, la reine Eléonore, qui le céda à Jean de Bretagne, son gendre. Le titre de comte de Richemont (francisé de forme) fit ainsi retour à la famille ducale de Bretagne ; c'est celui que portait Arthur, riUustre connétable de France, compagnon de Jeanne d'Arc.
LZS qDATRI FILL» DB RATHORD-BâlUlCGU
Le mariage de Béatrix devait se faire à Compiègne. L'avant-veille de la cérémonie, le 13 janvier 1260, le prince Louis, fils premiei^né du roi et de la reine de France, mourut à Paris, après quelques jours de maladie. Il n'avait pas seize ans et possédait toutes les vertus qu'au même âge on admirait chez son père. Les obsèques furent célébrées k Saint-Denis où Béatrix achevait une pieuse retraite. Henri III voulut, avec les barons anglais, porter la bïère sur ses épaules «l'espace d'une demi-lieue», etl'accompagna jusqu'à l'abbaye de Royaumont, près de Luzarches, désignée pour l'inhumation.
Le coup était bien plus rude que celui dont Eléonore avait été accablée ; cependant, Louis et Marguerite trouvèrent le courage de faire honneur à leurs hôtes; ils assistèrent malgré leur deuil au mariage de Béatrix, remis au 22 janvier, et célébré sans réjouissances à Saint- Denis. Les nouveaux époux passèrent ensuite deux mois à Saint-Omer en compagnie du roi
1272 LES QUATRE FILLES DE RATMOND-BÉRAHGER
et de la reine d'Angleterre ; Louis IX vint passer les fêtes de Pâques avec eux.
Le 1""^ mai, Henri III et Eléonore rentrèrent en Angleterre où, pendant cinq années, ils allaient connaître toutes les épreuves qui peuvent fondre sur les rois, y compris le péril de mort. Le gouvernement d'Henri III était détestable ; mais ses sujets et, en particulier, les bourgeois de Londres, ne souffraient pas tellement de son système fiscal qu'ils ne fussent en état d'acheter la vaisselle d'or et d'argent, les joyaux et objets précieux que le roi faisait vendre périodiquement pour se créer des ressources. Quant aux barons, la prétention de nommer un conseil formé de vingt-quatre des leurs qui aurait la disposition de toutes les chargés, la garde de tous les châteaux, à qui nul ne pourrait résister, directement ou indirectement, était incompatible avec la dignité royale, et dangereuse pour le pays dont les intérêts, déjà tournés vers le négoce, auraient été plus mal servis par l'oligarchie des grands barons que par une monarchie accidentellement au-dessous de sa tâche.
C'est ainsi qu'en jugea Louis IX lorsqu'il fut choisi comme arbitre par Henri III et les barons. Le roi de France se prononça à Amiens, le 23 janvier 1264 ; le roi et la reine d'Angleterre
LES QUATRE PILLES DE lUTHOND-BÉ RANGER 273
s'y étaient rendus avec leurs enfants qu'ils laissèrent à la reine Marguerite, en prévision d'une guerre jugée inévitable, les déléguésdes barons ayant rétracté leur parole et refusé d'accepter une sentencequi leur était défavorable. Ilvasansdirequeleprince Edouard repassa le détroit avec ses parents; les « enfants » qui demeurèrent avec leur tante, c'est Edmond, nonqu'ilfùt tropjeune pourrien entreprendre, ainsi qu'on l'a dit, car il était entré dans sa vingtième année, mais à cause, sans doute, de sa défectueuse constitution (1), et son cousin, Edmond de Comouailles, âgé de treize ans, à qui la reine Eléonore servait de mère depuis que Sancia, la belle reine des Romains, était morte.
Des quatre filles de Raymond-Béranger, elle était partie la première, le 9 novembre 1261, peu d'années après l'apothéose d'Aix-la-Chapelle. Sancia mourut sur ce souvenir avant de connaître les douleurs dont sa sœur Eléonore allait être abreuvée. Cela commença par des
(1) Il n'est pai matériellemeiit impoiiible qu'à ce moment le* deux, deraien fila d'Blëonore fuaeeDt encore TÎTUitB. — Elle en eut atij des quatre darniers on ne connaît que lei nomi : Richard, Jean, Guillaume el Henri net, i, ce qu'il lemble, entre Edmond {janvier 1245] et Catherine (noTeiabre 1253). On eait encore que ' Richard et Jean étaient morts avant Catherine, Lee chroniqueurs ne parlent point d'eux et pourtant, la naisiance et le décèi du file •inâ de Sancia, qui ne reçut qu'un moU, lont relatii STeo ditaila.
274 LIS QUATRE PILLES DB RATMOND-BÉRARGIR
affronts ; le 14 juin 1263, la reine, lassée par les irrésolutions de son mari, voulut quitter la Tour de Londres, résidence préférée au palais de Westminster comme étant plus facile à défendre (1 ), et rejoindre par eau son fils Edouard, à Windsor. Elle se croyait encore libre ; mais la populace massée sur le pont de Londres s'apprêtait à couler sa barque avec de grosses pierres ; injuriée, couverte de boue, Eléonore dut son salut au maire de la ville qui la mit en sûreté dans le palais épiscopal, près de Saint- Paul. Le prince Edouard ne pardonna jamais l'insulte faite à sa bien-aimée mère.
Les barons anglais ayant refusé, ainsi qu'on l'a vu, de se soumettre au jugement d'Amiens, Henri se décida — trop tard — à s'armer contre les révoltés, maîtres de toutes les forteresses. Il fut vaincu à Lewes dans le Sussex, par Simon de Montfort, le 14 mai 1264. Le roi, son fils Edouard, son frère Richard et Henri, fils aîné de Richard, furent faits prisonniers et gardés séparément ; toutefois, Simon de Montfort, comte de Leicester, affectait un grand respect pour Henri III qu'il menait partout avec lui et auquel il faisait signer tout ce qu'il lui plaisait.
(1) La Tour n'était pas qu'une forteresse; de vastes appartements s'y trouvaient joints.
LES QUATRE FILLBS DB lUTMOND-SdlUIlGBIl 275
Qu'était devenue la reine? Après !« dÂfiafitrA de Lewes, elle avait réussi à pass tinent où elle s'employait avec courage à secourir les siens. Aya:
livres de Louis IX qui restaient di d'après le récent traité de paix l'étendard royal à Dam, port de FI aventuriers de toutes nations acct flotte nombreuse s'assemblait poi en Angleterre des milliers de co] avaient juré d'humilier l'orgue rebelle.
Les « Savoyards » n'avaient p Eléonore : leur a<^tivité s'exerçai cdtés. Pierre, comte de Savoie def quitta ses états pour prendre 1< ment de l'armée, tandis qu'à Bru attendait impatiemment que le v< partir. Mais il semblait a qu'il se le comte de Leîcester » ; reten semaines dans le voisinage de I perdit courage et se débanda Ion
(1) Dès l'année 1261 le roi «t la rebs d'Ang yoji prMque tou> les jojaui de la conroni reine de France. On en a eonierv4 la liite <; dresier iTant d'enfermer les joyaux dam de qui tarent dépoiéa à la Tonr dn Temple et i elefi ani enio^éi anglaii (Bontaric, Margu p. 16). Snr ces bijoaz, qui ne tepaisirent le it roi de France prêta degroiiei lomiaei.
1? «puini.^l
période pendant laquelle ces gens s'étaient engagés à servir fut arrivée à son terme (1). Alors la reine, ayant échoué dans ses desseins guerriers, entreprit de libérer son fils et, ostensiblement établie à la cour de France, elle trouva le moyen de passer plusieurs fois en Angleterre, sans se soucier de ce qui l'attendait si le secret de sa présence était découvert.
Heureusement, le prince Edouard réussit à s'échapper d'Hereford, aidé peut-être par le comte de Glocester, déjà brouillé avec Simon de Montfort; il rassembla ses partisans et, le 2 août 1265, un peu plus d'un an après la journée de Lewes, il remporta une grande victoire à Evesham où Simon de Montfort périt avec deux de ses fils et douze chevaliers bannerets. La révolte était domptée. Eléonore rentra — mais en reine — le 29 octobre 1265 ; sa belle-fille, Eléonore de Castille, l'accompagnait ; pendant les hostilités, la jeune princesse avait été associée à la captivité de son beau-père.
La manière dont le roi Henri et la reine, plus que lui sensible aux offenses, en usèrent après le triomphe, rachète toutes les fautes politiques que l'on pourrait leur reprocher. Pas une goutte de sang ne coula sur les échafauds en représailles de tant d'attentats contre les
(1) Lingard, HUtoire d'Angleterre,
LE9 QUATRE FILLES Dl nAYHOnD-BERAMCEII
justes prérogatives et Ëléonore prit sous sa pro malheureuse veuve de Mi à laquelle Henri, sans dî faibles, aurait volontiers i lions qu'il avait subies. L Louis IX qui la connais aussi pour elle, de sorteq femme de régler elle-mé comtesse de Montfort. C grâce au généreux procé en possession de sa dot, Les deux fils qui lui res l'Italie. La comtesse prit où la reine Marguerite, an; la visiter.
278 LIS QUATRE FILLES DE RAYMONO-BéRANGBR
Béatrix de Savoie mourut en décembre 1266, ayant eu la consolation de voir la fin des troubles d'Angleterre et sa courageuse fille remontée sur un trône que l'issue de la guerre et la main ferme du prince héritier assuraient contre de futures vicissitudes. Sa dernière fille, la comtesse d'Anjou, était reine à son tour depuis un an. Ainsi, la comtesse Béatrix, « non sans qu'on dût reconnaître en cela le doigt de Dieu, avait illustré l'étendue de la Chrétienté par une lignée magnifique de six reines — Marguerite reine d'Ecosse et Isabelle reine de Navarre étaient ses petites-filles — toutes sorties d'elle, ce qui est admirable » (1).
Béatrix de Savoie, si attachée à « ses gars », n'avait pas laissé cependant d'avoir de graves démêlés avec le comte et la comtesse d'Anjou au sujet de la Provence. Il parait bien que Béatrix
(1) Il faudrait encore ajouter une impératrice de Cous tantinople et une reine de Hongrie, filles de Charles d'Anjou et de Béatrix, mariées après la mort de leur grand'mère.
aurait voulu y tenir trop de place après que le pays eut passé au comte Charles, avec qui la jeune comtesse était en parfaite union de volonté et de sentiments.
Les manières âpres de Charles P' faisaient regretter Texquise affabilité de Raymond-Béranger V qui, s'étant fait plus aimer que craindre, avait pacifié l'Etat sans détruire le principe des révoltes. Les grandes villes : Aix, Avignon, Arles, Marseille, se flattaient toujours de recouvrer leur indépendance ; les Baux d'Orange et Boniface de Castellane n'attendaient qu'une occasion pour démembrer la Provence. L'absence du comte et de la comtesse partis pour la croisade d'Egypte la leur fournit : Arles et Avignon, soutenues parle prince d'Orange,Marseille par Boniface, étaient en pleine insurrection lorsque Charles et Béatrîx regagnèrent leurs états en 1250.
La comtesse douairière n'était pour rien dans l'agitation des rebelles ; mais elle avait sa coterie qui créait des embarras à Charles d'Anjou, et elle faisait une vive opposition au désir de son gendre de reprendre les gages possédés par le roi d'Angleterre en Provence, à raison de la dot d'Eléonore et de l'héritage de Raymond-Béranger.
Louis IX se porta médiateur entre son frère
6t leur commune belle-mère, et tint si juste compte des droits de chacun que la paix rétablie dans la famille provençale ne fut plus jamais troublée. Sur le principal : les quatre châteaux engagés au roi d'Angleterre, Charles et sa femme obtenaient satisfaction; en échange d'une rente viagère de 6.000 livres tournois, cautionnée par Louis IX^ la comtesse douairière les racheta à Henri III etles remit à Charles, non sans regret, sans doute, car si son gendre préféré fut le roi de France, sa fille la plus chérie parait avoir été la reine d'Angleterre ; et la preuve qu'à Londres on comptait beaucoup sur la résistance de la comtesse Béatrix, c'est la colère que cette transaction y souleva. « La mère de la reine, dit Mathieu Paris, mit complètement en oubli le droit et la justice, aussi bien que les honneurs de tout genre que le roi lui avait gracieusement rendus, et viola sa foi avec d'audant plus d'énormité qu'elle avait promis plus fermement et sûrement de ne remettre sous aucun prétexte les susdits châteaux à aucun homme autre que le seigneur roi d'Angleterre.» De son côté, le comte Charles s'engagea à faire bon visage aux partisans de Béatrix, à les maintenir dans les privilèges dont ils avaient joui sous son administration etàoublier,pour l'amour d'elle, ce que Boniface de Castellane avait fait
contre lui. Or, ce qu'il avait fait était si grave que Charles songea, très certainement, à lui faire couper la tête : Honoré Bouche dit môme que cela fut fait; en quoi il est expressément contredit par C. F. Bouche écrivant un siècle après lui. Ce qui est hors de doute, c'est que Boniface fut dépouillé par Charles et Béatrix de la petite souveraineté pour laquelle Raymond- Béranger s'était contenté d'un hommage. Le formidable château de Castellane fut ruiné par les machines de guerre du comte Charles, et Boniface dut se rendre à merci.
Les Castellane, depuis le temps de Barberoussç et au delà, se considéraient comme les maîtres absolus de leur terre, les droits de l'Empire étant réservés, et ne voyaient point de forfaiture à résister aux comtes de Provence. Mais Boniface IV avait déjà aidé Marseille dans sa rébellion contre Raymond-Béranger, et il recommença sous Charles d'Anjou. Les autres villes s'étaient réduites assez promptement à leur devoir; les Baux, princes d'Orange, avaient cédé leurs prétendus droits sur le royaume d'Arles, et définitivement accepté la souveraineté des comtes de Provence (1). Marseille,
(1) Cette famille se disait issue des Goths. Or, elle tirait tout «on éelat du mariage de Raymond des Baux avec la sœur cadette de Douce qui avait porté le comté de Provence dans la mai-
282 LES QUATRB FILLES DE RATMOND-BélUNGER
seule, résistait encore. En 1257, elle prit son parti et se soumit sans conditions : Charles, qu'on a voulu faire si dur, pardonna à tous , même à Boniface de Gastellane qui, dans la suite, fit oublier sa conduite par une fidélité à toute épreuve.
La suite des comtes souverains de Gastellane est close par Boniface IV, « Tun des plus grands hommes qui aient jamais mérité Tadmiration des états du Midi dans la politique et dans la guerre ». Il avait donné à sa baronnie des lois statutaires si remarquables que Charles et Béatrix s'empressèrent de les confirmer. Boniface IV, preux chevalier et troubadour, rechercha fort rhonneur d'être admis dans la Cour d'amour de Provence, Qt souvent on le vit à Aix, à Romanil, à Pierrefeu, au Puget, principaux lieux de réunion du docte et galant tribunal.
Le comte Charles acquit, sur la côte, Hyères avec les iles ; il accrut beaucoup le patrimoine de Béatrixytantpardes acquisitions positives que par l'obéissance à laquelle il plia tous les vassaux du comté de Provence. Béatrix, qui était pourtant une femme de tête, s'accommoda fort
■on de Barcelone (voir page 175). Les Baux furent toujouri très jaloux de la postérité de la sœur aînée. Charles d*Ajijoa eut raison de leur opposition séculaire.
LES QUATRE PILLES SB IIATAOHD-BÉRAHGER
bien de la tutelle de son mari ; elle s'e devant lui, et pendant ses absences adi trait virilement leursétats. L'une de ces t ces avait valu à Charles, leHainaut, brillan conquis avec une partie de la Flandre en i:
était entré dans le pays à la requête de Me rite, sœurde la comtesse Jeanne de Flandi Louis IX avait mariée à Thomas de & Jeanne, à qui sa sœur ressemblait peu.
une vraie sainte ; elle mourut en 1244, enfants; son mari, Thomas de Savoie, coi le titre de comte de Flandre, mais laissa le à l'undes lîls de Marguerite ; celle-ci, dépc dû Hainaut par un autre de ses enfani déshérita tous et passa ses droits — n plus autrechose — à Charles d'Anjou, qu aussitdt les faire valoir. Sur ces entre Louis IX revint de la croisade, rappela la et les enfants à leurs devoirs réciproqui obtint de son frère qu'il rendit sa conque cette affaire, Louis et Charles sortirent i ment honorés.
Veuf de Jeanne de Flandre, Thom Savoie se remaria, et eut, heureusemen fils, sans lesquels la maison de Savoie se éteinte, en dépit de la très nombreuse rite du comte Thomas I". Ces fils du cor Flandre, neveux de Béatrix de Savoie,
tous nommés au testament qu'elle fit à Amiens •en 1263 (1). C'est à eux qu'elle laissa la propriété de ses biens, l'usufruit en étant réservé à ses deux filles : Marguerite, reine de France et Eléonore, reine d'Angleterre. Sancia, reine des Romains, n'existait plus ; quant à Béatrix, <iénommée comtesse d'Anjou, puisqu'elle n'était pas encore reine en 1263, sa mère lui attribua un legs. Béatrix de Savoie ne laissa rien à son Irère Thomas dont les fils étaient ses héritiers ; mais elle n'oublia ni son frère Pierre — l'Anglais — pour lors comte de Savoie, ni son frère Boniface, Tarchevôque de Cantorbéry : on voit qu'elle était restée très « savoyarde ».
Parmi les exécuteurs testamentaires figure -son frère Philippe, Félu de Lyon, commandant des troupes pontificales^ qui usa peu de la crosse •et beaucoup de l'épée. Il n'était point prêtre; il succéda en Savoie à son frère Pierre et eut pour successeur l'ainé des fils de Thomas.
Béatrix choisit pour le lieu de sa sépulture l'église des Echelles, en Savoie, sur la frontière du Dauphiné. Elle avait fondé en cet endroit un hôpital, auquel elle ajouta une commanderie de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, ayant donné
(1) 11 est fort poffible que Béatrix de Savoie fût encore à Amiens en janvier 1264 ; elle aurait été présente au jugement d'arbitrage rendu par Louis IX. Son frère Boniface s'y trouvait ; il ne rentra en Angleterre qu'après la fin des troubles.
pour cet effet, le château et ta seigneurie des Echelles. La fondation de la commanderie est du mois de novembre 1266 : son frère Philippe était présent, ainsi que l'archevêque de Vienne, celui d'Embrun, l'évéque de Nice et d'autres encore. Béatrtx de Savoie mourut peu après au ch&teau des Echelles et fut inhumée dans une magnifique sépulture de marbre sur laquelle on plaça sa statue en habits royaux ; et contre les parois du tombeau il y avait vingt-deux statues de marbre blanc dans des niches représentant tous ses principaux parents : filles, gendres, frères, en habits de deuil et les écussons de leurs armes au-dessus de chaque niche. Ce riche mausolée fut malheureusement détruit en 1600 pendant la guerre de Savoie sons Henri IV (1).
(1) Honoré Bouche dit qoe Béatrii B été ensevelie à Saint-Jean d'Ail où reposait RB;moDd--Béranger avec le fîli qn'ilB avaient perdu tout enfaut. Uaii les ranieignementi ei-desius, tirés de l'histoire de Savoie de Guichenoa qui contient une g:ravure du tombeaa, paraissent probanla. C'est dans son testament que Biatrii a ordonné qu'on l'ensevelit aux Echelles, où, certainement, elle projetait de finir sa vie. — Il est indiscalable qu'on lui > élevé un monument à Seiat-Jean d'Aii ; elle u'j avait pas in- ■lallè les Hospitaliers, mais j avait fondé aussi une commandelevait être qu'un cénotaphe.
-^ryifr
886 LIS QUATRK PILLIS DK RATMOND-BÉRANGBR
Le projet dont la glorieuse réussite fut la dernière joie maternelle de la comtesse Béatrix était en lair depuis douze ans. En 1253, la Sicile et TApulie que Richard de Gornouailles avait refusées, furent offertes par le pape à Charles d'Anjou, qui avait plus de commodités locales que son beau-frère pour entreprendre cette conquête, outre qu'il était hardi et très habile homme de guerre.
La Provence était trop peu de chose pour satisfaire ses mérites et l'ambition de sa femme. Cependant, sans être rejetée par le comte et la comtesse d'Anjou, l'affaire ne s'arrangea pas, car il fallait une armée que Charles ne pouvait pas lever en l'absence de son frère, le roi de France, encore en Palestine. Le pape était pressé de se débarrasser de Manfred, fils de Frédéric II, qui détenait la Sicile sans titre régulier et renouvelait en Italie les procédés de son père; il fit choix, assez maladroitement, d'un
rr-
LIS QCATRE FILLES DE RATMOND-BÉRANOBR 287
enfant de huit ans, bossu (1) : Edmond, second fils d'Henri III.
Le roi d'Angleterre, toujours léger, s'empressa d'accepter, habilla le jeune Edmond en Apulien et demanda de gros subsides à ses barons qui les refusèrent avec ensemble.
Louis IX était rentré dans son royaume; Urbain IV se retourna vers lui. Deux fois, depuis la mort d'Innocent IV, la tiare avait changé de titulaire, mais le dessein de la papauté ne variait pas : elle voulait purger l'Italie de la maison de Souabe. Louis IX était pacifique et extrêmement scrupuleux : s'il niait les droits de Manfred au trône de Sicile, il hésitait sur ceux du jeune Conradin, fils de Conrad IV décédé, et petitfils de Frédéric II., De plus, il craignait de froisser Henri III, et refusa pour son propre compte, mais sans s'opposer à ce que son frère d'Anjou acceptât pour le sien. Il y avait juste dix ans que les premières ouvertures avaient été faites au comte Charles. Celui-ci portait déjà le titre envié de sénateur romain ; il reçut, par l'entremise du légat Simon, cardinal de Sainte-Cécile, l'investiture de Naples et de la Sicile, fiefs du
(1) Cette di£formitë a été contestée. Crookbach (bossu) serait une altération de Crosêbackf ce surnom lui ayant été appliqué en raison de sa persistance à porter la croix sur l'épaule, même après qu'il fut revenu d'un voyage en Terre-Sainte. Sa statue tumulaire à Westminster représentait un homme g^and et bien fait ; mais c'est un témoignage de faible valeur.
Saint-Siège, et fit ses préparatifs de guerre, « résolu à envoyer Manfred l'excommunié en enfer ou à passer lui-même dans le paradis ».
C'était un homme et un roi qui entrait en Italie. « Charles était de haute et droite taille; il avait les membres robustes, le regard grave et majestueux. Il riait rarement, parlait peu et faisait beaucoup. Il était ferme en ses promesses, constant aux adversités, pieux, chaste, décent ainsi qu'un religieux, sobre en sa manière de boire et de manger. Au reste, et comme il n'est personne qui soit exempt de défauts, on trouve à dire de ce grand prince qu'il était sévèi^ et qu'il se laissait, bien qu'il fût de nature généreuse, emporter à la colère et à la vengeance. »
Des deux époux, c'était encore Béatrix qui se lançait avec le plus d'ardeur dans les chances de l'aventure. « Grandement vertueuse et magnanime, elle avait la passion d'être reine », et l'aurait toujours eue, même si Marguerite et Eléonore n'eussent pas porté la couronne. Et elle voulait être reine pour de vrai, non comme Sancia, qui avait épuisé en un jour toutes les joies de la souveraineté.
Charles et Béatrix entrèrent en Italie séparément, l'un par la voie de mer, l'autre par la voie de terre. Ils se rejoignirent à Rome. Béatrix traversa les Alpes dont son oncle, le comte Pierre
LES QDATRE FILLES DE RATKOKD-BAIIAHGBII S89
de Savoie, et le marquis de Montferrat en bons rapports avec la Provence, ne défendaient pas les passages, k la tâte d'une belle armée de 20.000 hommes, ayant à sescAtés son jeune gendre, le comte de Béthune, accompagné du connétable de France, Gilles la Brun, et son dernier fila Robert, âgé d'une douzaine d'années. Les deux autres fils, Charles et Philippe — l'aîné avait dix-sept ou dix-huit ans — devaient être avec leur père, car s'ils s'étaient trouvés dans l'armée de Béatrix, les choniqueurs, ayant fait mention du gendre, auraient nommé aussi les fils. Quant au petit Robert, comme il mourut dans le Piémonten 1265, qui est la date à laquelle Béatrix le traversa avec son armée, on peut en conclure qu'il était bien, en effet, avec sa mère. L'enfaot fut enseveli au monastère de Notre- Dame de la Roque. Ainsi , le premier pas dans la conquête était marqué par une cruelle afiliction. Du Piémont, on passa dans le Milanais qui avait toujours été hostile à la maison de Souabe. Béatrix fut conduite par Martine délia Torre, seigneur du peuple à Milan, jusqu'à l'Oglio, où le marquis Obizzo d'Esté et le comte Saint- Boniface de Mantoue vinrent la prendre pour l'amener à la frontière des Etats de l'Eglise (1).
(1) Jules Zeller, Butoirt iTAllemagju.y., 472. — Le Nain de Tillemont {Hiiloire dt Sainl'LouU) ne dit pas que Béalrii prit la route dfl tan« ; mali, *" '■nnt"»" mi'ail. -«i^t ^o. «... k. .
Cependant, le comte Charles avait fait équiper à Marseille quarante galères. Echappé aux vaisseaux de Manfred et à la fureur d'une tempête, il aborda à Ostie ; l'entrée du Tibre était obstruée par des poutres que Manfred y avait fait enfouir. Charles se jeta dans une barque et entra dans Rome où il fut acclamé comme un héros. Son voyage avait duré six jours. Cette arrivée en coup de foudre jeta la terreur dans le sud de l'Italie : l'armée de Manfred commença de s'éclaircir.
Charles d'Anjou ne fut pas reçu par Urbain IV, mais par son successeur, Clément IV, encore mieux disposé en sa faveur : Clément IV, Français, ancien archevêque de Narbonne, avait été ministre de Louis IX. Le comte lui dut le secours qui lui était le plus nécessaire : l'argent, en partie donné par le clergé, en partie avancé par des banquiers de Gênes et de Florence sur bonnes hypothèques romainLes. Béatrix avait déjà
compagnée, aborda vers la fin de septembre à Ostie et fut conduite à Rome, où Charles .était depuis quatre mois, avec beaucoup de magnificence. Mais Jules Zeller donne comme très certaine la présence de Béatrix à la tête de l'armée de terre : armée qui,an témoignage de Le Nain de Tillemont, arriva à Rome an moment où lui-même y fait arriver Béatrix par la voie de mer. — La documentation de Jules Zeller doit être encore plus sûre que celle du docte Le Nain de Tillemont, outre que la mort de Robert d'Anjou en Piémont s'accorde avec elle. Il n'y a pas d'apparence que la mère aurait mis cet enfant dans une armée où ses alhés ne se trouvaient pas, si elle n'y eût été elle*méme. C'est aussi l'opinion d'Honoré Bouche, II, 280.
.^1ÊMÀiki>!'.'rt:
LES QUATRB FILCES DE RATMOI
vendu ou engagé toutes ses pîer ter son mari. C'est easeptembi Rome. Charles y avait pris p dignité de sénateur; du conseï et des Romains, et reçu l'invei des Deux-Siciles dans le palaii
Le 6 janvier 1266, jour des furent sacrés et couronnés à l quatre cardinaux, dont Raou prélat français, sénateur de R nier de l'Eglise (1). Les quara nées à Rome dès que l'entrée rendue libre complétaient nol de la ville en fête.
La campagne commença qi tard, et s'acheva le 12 février ] Bénévent. En trois semaines, conquis et Manfred tué. Naple tes sans résistance. Lç roi et une entrée très magnifique : C toutes pièces, suivi de son arm un superbe carrosse, revêtu i l'extérieur de velours violet p de lys d'or et traîné par quatre En cet état, Leurs Majestés ail en l'église de Sainte-Restitute,
292 LES QUATRE FILLES DE RATMORB^BÉRAIIGER
cipale de la ville, et elles rendirent grâce à Dieu d'un si heureux succès.
Charles donna la liberté à tous les prisonniers guelfes enfermés au chftteau de Capoue, et trouva là le trésor, en or monnayé, de Manfred. Il en voulait récompenser, sans rien prendre pour lui-même, ceux qui l'avaient servi, et se fit apporter des trébuchets pour faire la distribution ; mais un seigneur provençal monta sur le monceau d'or, le partagea avec les pieds en trois parts, et s'adressant au roi : « Sire, il y en a une pour vous, une autre pour la reine et la troisième pour vos chevaliers. » Et c'était justice : la vaillance des troupes avait été moins utile au succès que la décision, l'activité, l'esprit de suite des deux époux, et que leur commune et très noble ambition.
L'Italie n'était pour eux qu'un jalon sur le chemin de Constantinople retombée au pouvoir des Grecs depuis cinq ans; ils marièrent bientôt — ceci est significatif — leur seconde fille à Philippe de Courtenay, fils unique de l'empereur latin Baudouin II. Au profit de leur gendre ou au leur, mais surtout, — car les questions personnelles disparaissaient dans ce beau dessein — pour rétablir l'unité de la Foi, pour arracher l'Orient chrétien aux Musulmans et préserver l'Europe de leur souillure, les souverains des
us QDATHE FILLIB DS RATHOND-BiRinOIR 293
Deux-Siciles projetaient de détrôner les Paléologues; et s'ils l'eussent pu faire, un chapitre bien misérable aurait été retranché de l'histoire de Byzance. Charles était de taille à reprendre l'œuvre des empereurs latins : Baudouin I" et Henri, et à la mener à bien, si l'Italie, avec ses divisions, n'avait consommé sa vie entière.
Au lendemain de Bénévent tous les espoirs étaient permis; des deux côtés du détroit, à Palerme comme à Naples, le vainqueur entrait en maître, etPlorence acceptaitsa loi. D'ailleurs, les douleurs privées n'étaient pas épargnées aux glorieux souverains ; frappés en 1265 par la mort du jeune Robert, ils perdirent en 1266, peu de temps après l'entrée à Naples, leur second fils, Philippe, qui se tua par accident en bandant une arbalète : il était fiancé à la Bile unique du prince d'Achaïe, union propre à servir les desseins du roi Charles. Philippe fut enseveli à Trani dans la Fouille.
Sa mère le suivit de près. Charles arrivait de Florence où il avait passé huit jours, reçu en qualité de seigneur, avec une grande magnificence, « quand il fut accueilli par le décès de sa très chère épouse, uniquement aimée, la reine Béatrîx, qui jouit fort peu de temps de cette royauté si désirée ; car, après qu'elle eut confirmé en 1266son premier testament, fait en Pro-
294 us QUàTRB filles DB RAmOlVD-BéRARGER
vence en 1261, par lequel son fils aine, Charles, était institué héritier de tous ses états, elleren* dit l'esprit à Dieu, à Nocera, près de Naples, au mois de juillet 1267, pour aller recevoir du Ciel une couronne de plus longue durée ».
Clément IV fut très affligé de sa mort; il écrivit au roi Charles en l'exhortant à faire porter le corps de sa femme aux Hospitaliers de Saint- Jean d'Aix « où elle avait choisi sa sépulture, à cause que son père, Raymond-Béranger, y était ». Ce qui fut fait, dit-on; mais ce n'est pas certain, car d'autres prétendent que Béatrix repose à Notre-Dame de la Roque, en Piémont, près de son fils Robert. Toutefois, Charles, si scrupuleux, n'aurait passé outre au vœu de la morte que pour la faire enterrer royalement en l'église cathédrale de Naples où lui-même devait avoir sa tombe. Le corps a pu être déposé à Notre-Dame de la Roque, puis transféré à Saint- Jean d'Aix, car on y voit, dit Honoré Bouche, une eflSgie couronnée en reine qui ne peut être que Béatrix.
Charles fut très vivementaffecté decette perte, ce qui ne l'empêcha pas de se remarier l'année suivante ; mais il n'avait guère plus de quarante ans, le veuvage n'était pas ordinaire aux princes, et il avait besoin d'alliances. Il épousa Marguerite de Bourgogne, unejeuneettrès pieuse princesse
LES QUATRE FILLES DE RAmOND-B^RiNGER 29S
qui n'eut pas d'enfants, et ne compte pas dans l'histoire, si ce n'est dans celle de la charité. AnrÀn In mnrt de son mari. elle set fît In sArvantn
m QUATU PILLES DE RiTIfORD-BfBABGEl
I et Béatrix avaient été enlevées dans de l'âge ; Marguerite et Eléonore moueines de jours ayant vu naître et grans petits-enfants. Une épreuve, bénie 1 principe et chrétiennement supportée I rigueurs, rapprocha encore les deux ambiant l'une et l'autre pour ce qu'elles le plus cher; mais Eléonore n'eut que snsion des catastrophes, Marguerite en I réalité.
IX avait reprit la croix. Il partit pour ec Philippe, le prince héritier, qu'aclait sa jeune femme, Isabelle d'Aragon, duc de Nevers, Jean-Tristan, l'enfant 9tte,avec Pierre, duc d'Alençon, né en ). Marguerite ne gardait auprès d'elle lernier de ses 6Is, Robert, trop jeune ter les armes; de ses quatre filles, la lui prenait l'alnée, Isabelle, reine de qui suivait son père et son mari.
la princesse née à Jaffa, avait épousé
en grande pompe, à Burgos, l'année précédente, Ferdinand de Castille, fils atné d'Alphonse X, et Marguerite, que sa mère portait lors du péril sur mer et du vœu à saint Nicolas de Warangeville, venait de se marier dans le Brabant. Agnès, plus tard duchesse de Bourgogne, était, avec le jeune Robert, la seule compagnie de la reine.
En Angleterre, Eléonore avait vu ses deux fils prendre la croix des mains du légat, à la suite d'un voyage qu'Edouard avait fait en France,en août 1269. Louis IX avait mandé auprès de lui sonneveu qu'il aimait beaucoup. Edouard s'empressa de passer la mer ; le roi, le tenant étroitement embrassé, lui dit qu'il le souhaitait ardemment pour compagnon dans la croisade ; le prince répondit : « Messire roi, les ressources de l'Angleterre sont épuisées, et mes propres ressources sont trop minces pour entreprendre une si grande affaire en compagnie d'un si noble seigneur. » — « Je te prêterai 30.000 marcs, ou même je te les donnerai, pourvu que tu acquiesces à mes désirs », répondit Louis IX.
Edouard avait une taille imposante, une force extraordinaire; son intrépidité avait fait ses preuves, et ses trente ans révolus étaient une présomption de sagesse. Comme sa piété était grande, il souhaitait aussi beaucoup d'entrer
9(Ht LIS QUATRE FILLtS M lAIHOND-BillAHeEB
cette belle voie de perfection. H retourna igleterre, et obtint sans peine l'agrément 1 père qui, vieux, en versa pourtant des
iS.
èleauBystèmed'écartersa femmedes affai- 1 royaume, Louis IX laissa pour régents à nce l'abbé de Saint-Denis et le seigneur de s, et le 16 mars 1270, il partit du château incennes, d'où il se sépara de la reine aerite qui n'était plus assez jeune pour der les fatigues de l'expédition. Elle était e trempée dans les larmes», rapportent les iqueurs ; la séparation était également le à son époux; car, peu de temps avant >rt, il disait à ses enfants : « Voyez quel ice j'ai fait pour servir Dieu : j'ai quitté mère ! »
retard des vaisseaux génois recula l'emlement jusqu'au l*'juillet, et le 8, la flotte, avoir essuyé une violente tempête, relâu port de Cagliari en Sardaigne, lieu du tz-vous général des croisés. Là, Béatrix Igleterre retrouva Isabelle de France, reine ivarre ; les deux cousines étaient exactedu même âge, contemporaines de la guerre lintonge ; mais Isabelle était sans enfants, 9 que Béatrix avait une nombreuse famille, qu'elle eut pris la croix à Paris, où Louis
LIS QUATRE FILLES DK HAYHOND-BEllilllGBB 299
300 LIS QDATRB FILLI8 DB RAYMOHD-BÉlUHCTB
en Sicile, il perdit son beau-frère, le vaillant Thibaut, roi de Navarre, et en Galabre, sa femme, Isabelle d'Aragon, « très aimée de Dieu et des hommes » et adorée de son mari.
Un nouveau malheur l'attendait à Viterbe.
Henri de Cornouailles, qui avait renoncé à l'expédition de Palestine à cause de l'état de santé de son père, fut assassiné par les deux fils survivants de Simon de . Montfort, ses cousins : véritable ^endetta pour laquelle ils n'avaient pas demandé l'assentiment de leur mère, la religieu^e de Montargis. Il est certain que la défection d'Henri de Cornouailles, d'abord très engagé dans le parti des barons anglais, avait été fatale à Simon de Montfort. Henri avait épousé une fille du comte de Béarn : celui-là qui savait si bien^ aidé de sa mère Garsende de Provence, vider les coffres d'Henri III, à Bordeaux. Il ne laissait pas d'héritier.
Philippe III rentra à Paris le 21 mai 1271, rapportant cinq cercueils .v il en manquait un, celui de sa sœur, la reine de Navarre, morte à Hyères en Provence, de fatigue et de douleur, quelques semaines après le trépas de son mari.
Marguerite aurait dû être écrasée par une si extraordinaire série d'infortunes, auxquelles s'ajouta, l'année suivante, la mort, à dix-huit ans, de sa fille mariée en Brabant; mais^ telle était
LIS QCATBK FILUS DE ]liniOI(D-B<KAIIGIR 301
la trempe de son caractère, qu'elle s'attacha très activemeot à la reprise d'une vieille querelle avec son beau-frère, Charles d'Anjou, roi de Naples. Après la mort de Béatrix, Louis IX, par l'intermédiaire du pape et du légat de Sicile, s'était procuré secrètement, pour ne pas froisser son frère, une copie du testament de la comtesse reine. Marguerite y vit que son neveu, Charles le Boiteux, était héritier de la Provence, et trouva mauvais que Charles d'Anjou en conservât l'usufruit sur l'autorité de quelques jurisconsultes.
Il se pourrait que Louis IX, en son for intérieur, n'eût pas approuvé, sur ce point, la conduite de son frère; mais, dix ans plus tdt, il n'avait pas été satisfait que Marguerite se fût fait céder par le roi d'Aragon les droits que celui-ci, chef de la maison de Barcelone, prétendait avoir sur la Provence. Cette affaire avait fort irrité Béatrix et Charles contre leur sœur, la reine de France. Louis IX, l'infatigable pacificateur, prit beaucoup de peine pour rétablir les bonnes relations de famille ; il n'y réussit pas aussi bien qu'il avait fait, lors du différend des souverains de Provence avec Béatrix de Savoie.
Marguerite avait cédé au désir ou à la volonté de son mari ; dès qu'elle fut libre, le cœur pour-
tant déchiré par tous ses deuils, elle réclama la Provence en vertu de ses droits d'aînée et de la cession que le roi d'Aragon lui avait faite de ceux qu'il disait avoir. Or^ le testament de Raymond-Béranger était formel (1) : Marguerite manquait à la piété filiale en le tenant pour non avenu, et à la piété conjugale en l'attaquant lorsque son mari n'était plus là pour l'en empêcher. Son plus grand tort fut d'intéresser l'empereur Rodolphe de Hapsbourg à ses revendications, ce qui ne lui donna pas la Provence, et obligea Charles d'Anjou et son fils à des formalités humiliantes (2).
Le pape Nicolas III mit fin au conflit, heureusement pour Philippe III, qui avait assez d'embarras avec la Gastille pour n'en pas souhaiter du côté de la Provence.
Les troubles de Ja Gastille comblèrent la mesure des épreuves infligées à Marguerite, car
(1) Raymond-Béranger avait désigné quatre catégories éventuelles d'héritiers : 1* la postérité mâle de Béatrix ; — 2* la postérité mâle de Sancia ; — 3* la postérité mâle du roi d'Aragon ; — 4** la postérité féminine de Béatrix. Sa volonté était assez claire : il ne voulait pas que Marguerite ou Eléonore, la France ou l'An» gleterre, fussent maltresses de la Provence.
La cession des droits que ce testament donnait au roi d'Ara- > gon était nulle en fait puisque Béatrix et Sancia avaient eu une postérité mâle ; elle était très discutable en droit et contraire aux intentions du testateur. Mais il est vrai que Marguerite n'avait pas touché toute sa dot gagée sur des villes provençales, ni sa part d'héritage. Là^dessus, ses réclamations étaient justes.
(2) Rodolphe de Hapsbourg fut élu après la mort de Richard de Gornouailles.
LES QCAT» FILUS DE lATMailD-nEninGtK 303
c'est sa 611e, et les enfants de sa iîlle, qui en furent les victimes. Blanche de France resta veuve de Ferdinand de Castil' six ans de mariage. Le vieux vivait encore, mais Recomptait fils, Sanche, s'empara du trd de ses neveux malgré Topposi mère, la reine de Gastille, réd Aragon avec ses petits-fils, tai était renvoyée en France. Di entamée par Philippe III pour v La jeune princesse, veuve enfants, accablée d'afflictions, sa mère. Toutes deux allèrei faubourg Saint-Marceau une t son, tout près du couvent des Clarisses — que Marguerite avE maison avait été donnée aux reine, en nue propriété, l'usul à sa fille. Marguerite n'y habi ment; maïs, avec les années, se bourg Saint-Marceau se firent finit par s'absorber tout à fait i de piété et les œuvres de cl faisait, de l'autre côté du détri nore.
304 LBS QUATBB FILLIS DE RATMOHD-BélUHGKR
La reine d'Angleterre avait eu la joie de voir revenir d'outre-mer tous les siens, sauf Henri de Cornouailles, dit Henri d'Allemagne, à cause de la dignité de son père. Le corps, ramené par le roi Philippe, fut dirigé sur l'Angleterre, et Richard, très frappé de la mort de son fils aine, le fit ensevelir dans l'abbaye de Haies qu'il avait fondée à grands frais, et dont il avait fait faire une solennelle dédicace en 1251 : le roi et la reine et presque tous les prélats et seigneurs du royaume étant présents. « Plût à Dieu, dit Richard, ce jour-là même, à Mathieu Paris, que j'eusse aussi salutairement employé tout l'argent que j'ai dépensée mon château de Wallingford ! » Il avait fixé à Haies le lieu de sa sépulture; le corps de Sancia, la comtesse, reine des Romains, y avait certainement été déposé. Sancia n'était pas morte en Allemagne, mais en Angleterre, où Henri et Eléonore avaient voulu pour elle des funérailles d'impératrice.
Le comte de Cornouailles était retourné trois
LBS QUATBI PILLES Dl nATMOKtWBÉHAIIGEK 30S
fois dans son royaume d'Allemagne, et ce fut une fois de trop ; car, lors de cette dernière visite, en 1269, il s'éprit d'une jeune Allemande, fille du baron de Falkenstein, et l'épousa. Richard avait la soixantaine; ce mariage disproportionné ne lui réussit pas mieux que, plus tard à Louis XII, roi de France, son union avec la jeune Marie d'Angleterre ; Ba santé déclina rapidement : la perte de son Sis hâta sa fin. 11 mourut, le 2 avril 1272, paralysé depuis plusieurs mois.
Edmond, fils de Sancia, qui avait vingt-deux ans, hérita de tous les biens de son père et du titre de comte de Comouailles. Il parait avoir eu de sérieuses qualités car, à diverses reprises, il fut chargé du gouvernement de l'Angleterre lorsque son cousin Edouard, devenu roi, passait sur le continent. Parmi les lettres de la reine de France au roi d'Angleterre, il s'en trouve une au sujet d'Edmond de Comouailles, leur commun neveu, qui nous renseigne sur la tendre affection que Marguerite portait à l'enfant de sa défunte sœur. Le roi des Romains venait de se remarier en Alfemagne où Edmond se trouvait aussi. Marguerite, apprenant que son neveu avait été malade, écrit à Henri III : « Je désire vivement l'avoir auprès de moi ; sa santé se remettrait bien plus promptement ici qne dans ce pays inconnu et lointain. Je ctains qu'il
QDAIIB PILUtS DB llATIIOnD-BéllHGBB
in peu isolé, et cela, sans doute, est . » Il est impossible de faire entendre ilus discrète que Richard, tout occupé relie épouse, devait, momentanément, ion fils (1).
Edmond, second 61s d'Henri IH et e, arrivé avec la croisade anglaise à i-d'Acre, au printemps del'année 1271, l'année suivante et rentra directement erre, un mois trop tard pour assistera rieux roi. La guerre civile, la défaite de honte d'une captivité déguisée, le danrt qu'il avait couru à Evesham où Moutt obligé de paraître dans les rangs et ser aux coups de ceux-là mêmes qui ent pour lui : tant de traverses avaient forces. Lorsqu'à la faiblesse du corps nt les angoisses de l'esprit : l'inquiéses fils absents, l'horreur de l'aesassineveu et la perte de son frère Richard, ;non de toute sa vie, Henri 111 se sentit I reçut les sacrements avec dévotion, que ses dettes fussent payées et que i son argent fût distribué aux pauvres, à Westminster, le 16 novembre 1272, ixante-sixième année de son âge et la
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cinquante-septième desonrègne. L'église abbatiale, qu'il avait reb&tie depuis les fondations, fut choisie pour le lieu de son repos ; on le mit dans la tombe d'où il avait fait enlever le corps d'Edouard le Confesseur pour le placer dans une châsse d'or.
« Prince incapable, sa nullité fut plus dommageable à lui-même qu'àsessujets; car, sous son règne, la richesse de la nation augmenta rapidement. Des règlements salutaires encouragèrent l'esprit de commerce, et, à peine y eutil un port, de la cdte de Norvège jusqu'aux rivages d'Italie, qui ne fût annuellement visité par des marchands anglais. •» (1) Henri aimait beaucoup sa famille et en fut sincèrement regretté.
Les petits-enfants étaient la consolation et l'occupation delà reine. L'on sait par les livres de compte qui ont été conservés qu'elle habitait souvent Windsor avec eux et qu'ils la suivaient dans ses déplacements. L'aînée des enfants d'Edouard I"avaitdizans;EléonoreIesconduisit tous au-devant de leurs parents qui abordèrent à Douvres, le 2 août 1274, après une longue absence que le séjour en Palestine n'avait pas remplie tout entière.
Le couronnement d'Edouard I" tut célébré
(1) Lingard, HUloire d'Angleterre.
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avec une extrême magnificence, le 19 août suivant. Eléonore y jouit de la société de tous ses enfants. Béatrix et son mari Jean de Bretagne qui, en revenant de Saint-Jean-d'Âcre, avaient voyagé en Grèce, étaient présents, ainsi que le roi d'Ecosseetlareine, Marguerite d'Angleterre. Les deux sœurs étaient, parait-il, fort belles : c'est donc qu'elles tenaient de leur mère plutôt que de leur père. Le roi d'Ecosse et ses cent chevaliers, en arrivant pour le festin au palais d^ Westminster, laissèrent leurs chevaux libres à la disposition de la foule, « et ainsi en usèrent le seigneur Edmond comte de Cornouailles, fils du feu roi des Romains, les comtes Pembroke, Glocester et Warren, chacun d'eux ayant cent chevaux » (1). C'était un genrç de libéralité qui devait plaire au public, mais qui devait aussi causer bien du désordre.
Edouard était populaire et admiré; à son prestige personnel s'ajoutait celui du pèlerin de Terre Sainte : seigneurs et bourgeois, aussi bien que
(1) Marj-Anne Ey«rett Green. (Livei of ihe prineette* ofEngland.) Nombre de détaili sar lei enfants d'Eléonore ont été pris dans eet ouvrage très solidement docnmenté — Dans on antre récit da couronnement, le « seigneur Edmond » est donné ponr le propre frère da roi ; il était deyenn comte de Leicester, les biens des Montfort lui ayant été attribués. La reine Marguerite, sa tante, l'ayait marié ayec Blanche d'Artois, nièce de Saint-Louis. Il mourut en 1296 dans la guerre de Guyenne que Philippe IV mena si rudement contre les Anglais — Edmond de Cornouailles épousa la fille du comte de Glocester. 11 mourut en 1300.
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le menu peuple, l'avouaient joyeusement pour leur mattre.Et il n'y avait pas dixans qu'Henri III servait de mannequin aux barons, i reine, réfugiée en Flandre, y rassem armée et une flotte pour tenter l'in^ l'Angleterre !
Cette journée paya Eléonorede tout bulations passées ; mais, « pour rapi mortels qu'il n'y a point de contin le bonheur », la reine fut promptemei dans ses aff'ections maternelles. Le '.
1275, elle perdit sa Bile Marguerite mars suivant, sa fille Béatrix : elle i plus, la dernière étant la petite Cathe le trépas avait failli causer le sien par chagrin qu'il provoqua. Mais, àprésent, était grand'mère, et donc mieux arm< le désespoir.
Marguerite, la reine d'Ecosse, aVait él par la phtisie, comme sa tante, la reini sœur d'Henri III. La mort de son père, l'abattit extrêmement ; le retour de frère Edouard et la gloire du couronn rendirent une vigueur factice ; biei s'éteignit, laissant deux fils, héritiers ment de la phtisie maternelle, car ils n assez jeunes pour que la reine Eléon tes pleurer.
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'ix mourut à trente et un ans avant d'avoir ) titre de duchesse de Bretagne. Son mari, I Richemont, succéda à son père, mais il is de « duchesse », car il conserva jusqu'à I sa vie le deuil de l'épouse que Louis IX ine Marguerite lui avaient choisie. Les de Béatrix furent, sur sa demande, es en Angleterre et son cœur fut déposé ye de Fontevrault en Anjou. Elle laissait fants dont trois filles, que leur grand' leva et qui la rattachèrent à l'existence, ■e avait une prédilection pour la dertommée comme elle; près de sa pieuse Eléonore de Bretagne prit des habitudes ition, et dans le monastère d'Ambres- L la vieille reine faisait de longues et tes retraites, le goût très vif de la vie re- . Ses sœurs ainées étaient élevées à Amy; sa jeune cousine, Marie d'Angleterre, ;s nombreuses filles d'Edouard 1" (1), vorite de la grand'mère, fut destinée ice de Dieu dans la même abbaye, malréclamations de l'abbesse de Foaterès mécontente qu'Ambresbury, « mem- 9 Fontevrault, eût l'honneur dénié à », 'et, le couvent bénédictin d'Ambresbury
ard I" «ut oDie fillei. Plnsiears mourareat an ha» fl^e.
dans le Wiltshire, fondé en 980 par la reine saxonne Ethelfride, ayant été vidé au xii® siècle pour cause de désordres, Henri II Plantagenet en avait fait une branche de l'illustre abbaye de Fontevrault, laquelle envoya à Ambresbury une prieure et vingt-quatre religieuses. Fontevrault, nécropole de la maison des Plantagenets, se réclamait encore de la protection des rois d'Angleterre, même après que l'Anjou leur eut échappé. L'abbesse ayait à Londres ses avoués, régulièrement constitués, |}Our veiller sur ses terres et ses revenus et soutenir ses procès. En plus des dons exceptionnels, elle recevait une subvention annuelle de Téchiquier royal.
L'abbesse écrivit donc au roi pour le supplier de lui envoyer la petite princesse; mais, « la reine mère avait plus de pouvoir sur le cœur d'Edouard que l'abbesse de Fontevrault ». Eléonore venait d'être fort malade au cours d'une visite à Ambresbury; à cette occasion, sans doute, elle avait résolu de s'y fixer tout à fait, d'y prendre le voile, et ne voulait pas laisser sa petiterfille partir pour Fontevrault, souhaitant passionnément de finir ses jours entre ses deux bien-aimées : Eléonore de Bretagne et Marie d'Angleterre.
Edouard répondit à Tabbesse que « la destination de sa fille ne dépendait pas de lui, mais
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ne reine, sa mère ». En Anjou, la royale ittrès regrettée : on se flattait, du moins, Daortde la reine mère, Marie passerait k ault.
ébats retardèrent la cérémonie de vôeut lieu le jour de l'Assomption 1285 :
avait sept ans. Il va sans dire que les éfinitifs n'étaient pas prononcés & cet
ée suivante, Eléonore, avant de s'enga- -méme dans une vie strictement monast au printemps un dernier voyage sur aent, pour prendre congé de sa famille ce et visiter sa très chère sœur, Mar-
qui venait de perdre son fils, le roi ) III. Pierre, duc d'Alençon, était mort , précédé au tombeau par ses deux jeuints, et Robert de Clermont, le dernier Marguerite, frappé rudement sur la tête
tournoi était tombé en démence, durent beaucoup pleurer dans la petite
du faubourg Saint-Marceau en mêlant uvenirs, et prier plus encore, ores'en retourna au mois de mai. Touletites-filles, y compris les deux convenl'attendaient à Douvres pour lui souhaiter drtvelcome, et elle alla s'enfermer k Amy où elle o remplitses jours avec la prière
et avec les aumônes ». Eléonore était religieuse depuis quatre ans lorsque la reine, sa belle-fille, mourut. Aussitôt après les funérailles, Edouard vint à Ambresbury chercher auprès de sa mère « les consolations de la terre et celles du ciel ». Il quitta le monastère le 20 février 1291, et bientôt, y fut rappelé, car Eléonore mourut le 24 juin, âgée de soixante-huit ans. Son corps fut embaumé et conservé jusqu'au 15 août, jour fixé pour les funérailles. A la fin de la cérémonie, Edouard prit le cœur enfermé dans une boîte d'or et le donna au supérieur général des frères mineurs en lui disant : (c Ma mère a aimé plus que tout au monde les fils du Bienheureux d'Assise. A toi donc, comme au plus proche de ses parents, je te donne la garde de ce cœur, le plus cher de mes trésors. Ensevelisle avec honneur à Londres dans ton église. »
La translation en fut faite le jour de Saint- André, 30 novembre, anniversaire de la naissance d'Eléonore de Provence.
A la mort de sa grand'mère, Eléonore de Bretagne quitta, non sans résistance, Ambresbury pour Fontevrault dont elle fut abbesse pendant trente-huit ans. La jeune princesse Marie persévéra dans la vie religieuse, et elle dfsmeura fidèle au monastère où la reine Eléonore était morte en odeur de sainteté.
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Marguerite vécut jusqu'au 21 décembre 1295, ayant atteint sa 75® année. Contrairement à l'ordinaire loi de nature, c'est l'aînée qui partit la dernière : elle eut à prier pour ses trois sœurs. Sans avoir fait profession religieuse, Marguerite termina sa vie aussi pieusement que la reine d'Angleterre, ne sortant plus de la petite maison du faubourg Saint-Marceau où sa fille Blanche et les religieuses cordelières lui rendirent les suprêmes devoirs. Le corps de la reine fut déposé à Saint-Denis près des restes vénérés de Louis IX dont la canonisation était proche.
En Angleterre, on pria dans toutes les églises pour le repos de l'âme de la reine Marguerite : ainsi l'ordonna le roi Edouard dont il semblait, tant sa douleur était vive, qu'il eût perdu une seconde mère. La reine de France avait tendrement aimé sa famille anglaise qui conserva toujours le souvenir des services rendus au temps de l'adversité.
Marguerite eut le rare privilège de voir sa
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troisième génération. Pourtant, elle aurait pu envier à la reine d'Angleterre le gracieux essaim de petites-filles qui fut la parure d'Elêonore et mit de la joie jusque dans les aus-
" térités du cloître. A la cour de France, il ne naissait guère que des garçons, et ce n'est pas de l'impassible Philippe IV que Marguerite dut tirer beaucoup de réconfort (1).
Blanche tenait fidèle société à la vieille reine ; noua savons qu'en 1295, ayant peut-être déjà pris la voile chez les religieuses leurs voisines,
^ elle n'avait pas cessé d'habiter avec sa mère la maison du faubourg. Mais Blanche était une victime de la vie. Elle avait quarante-trois ans et sa gaieté s'était enfuie bien longtemps avant sa je]
Les filles de Raymond-Béranger furent toutes les quatre avides d'autorité ou de gloire ; maïs cela ne messeyait ni à leur rang ni à leur temps. Fières devant les hommes, elles étaient hum-
(1) Philippe le Hardi eut cinq fila el deax filles nées de son ■econd mariage. L'nne épousa le duc d'Autriche; l'autre, Uargaertle, le roi Edouard I" veuf depuis dix ani et «eiagénaire. Elle ■e fit beaucoup aimer en Angleterre,
Pierre d'Alençon eut deux fils.
Robert de Clermont-Bonrboa eut quatre fils et trois filles lesquelles étHient [ort jeunes h la mort de leur grand'mire. L'une d'elles, religieuse b Poisij', mourut 77 ans après la refne Hargne-
v.l> 'fil^v
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bles devant Dieu ; princesses au vrai sens du mot, c*est*à-dire premières en beauté, en savoir, en piété et en courage ; dignes du siècle — le treizième — où leur vie s'était écoulée tout entière : siècle de foi, d'activité, d'érudition, ' de poésie et d'art, le plus beau moment du moyen âge.
Sa Api fi Pu Lia
U J— J tT"
FAU8. — > IMF, LBTi, mUB CA88ITTB, 17. — 8.