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misère, mais considéré dans son quartier comme un patriote de marque (faut-il que ce beau mot dont Saint-Simon força l'usage en Thonneur de Vauban ait tant de fois servi d'étiquette au crime et à la stupidité !), et protégé par Ghaumette, procureur de la Commune, auquel revenait la surveillance du Temple où le Roi et sa famille avaient été enfermés après la journée du 10 août 1792. On pourrait voir aussi dans cette nomination la main de Marat, mais non pas celle de Robespierre ainsi que l'a prétendu Beauchesne. Ce n'estpasunNéron (Robespierre), c'est un Homais (Chaumette) qui a choisi le gardien du Dauphin (1), ce qui signifie que Chaumette, en sa qualité d'Homais, prétendait seulement faire de l'enfant royal un parfait sans-culotte, tandis que Robespierre l'aurait voulu supprimer.
Entre ce Néron et ce Homais, le choix est à pile ou face. Al,lons plus loin : il aurait infiniment mieux valu pour le Dauphin et pour Thonneur de la France qu'un Tyrrel eût été envoyé au Temple pour y dépécher la victime plutôt qu'un Simon qui procéda, par ordre et inclination naturelle, à une dégradation morale, intellectuelle et physique telle qu'on n'en connaît point d'autre exemple et conduisant fatalement à la mort.
(1) Lenôtre, p. 17.
Smoa n'était point nn méchant homme, assure M. Lenôtre ; c'était ua rustre ayant les façons du milieu auquel il appartenait et l'esprit tourné par les déclamations égalitaires de l'époque. Nul mauvais vouloir prémédité de la part du gouverneur ; seulement, il était inapte à comprendre son élève. Les trois pièces au second étage de la Tour «ainsi que l'étroit préau planté de maigres arbres » constituaient pour Simon une résidence princière au prix du logement de la rue des Cordeliers qu'il venait de quitter, et il ne concevait pas que l'enfant pût s'y déplaire. De même, il ne pouvait entrer dans les dégoûts qui soulevaient le cœur de ce petit aristocrate réduit à un compagnonnage incessant avec des gens bassement élevés. De cette incompatibilité absolue d'humeur et d'habitudes, «delà rencontre de ces deux contrastes résulta la barbarie du mentor et le calvaire de l'enfant ; mais, aux tortures, aux coups de trique et de chenets, rien ne fait croire » (1).
Pourtant, l'on possède, touchant la brutalité de Simon, un certain nombre de témoignages dont un de première valeur et qui est accablant pour le geôlier : celui du docteurNaudin. Appelé au Temple pour soigner la femme Simon, il
(11 LenCtre, p. 20.
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vit le mari enlever l'enfant par les cheveux et le menacer de mort. Naudin lui arracha le pauvre petit qui, le lendemain, offrit au docteur deux poires en disant : « Je n'ai que cela, vous m'avez défendu hier, vous me feriez bien plaisir de les accepter. » Le docteur Naudin était un homme fort honorable et supérieur à tout parti pris, puisqu'il a déclaré aussi que la femme Simon était humaine (1).
Ce jour-là, Simon était ivre,dira-t-on; c'est possible et même probable, vu qu'il l'était presque toujours ; cela peut dans une certaine mesure atténuer la culpabilité de Simon; mais les coups étaient-ils moins rudes à ce petit martyr parce que son geôlier, s'il eût été à jeun, se fût coQtenté de l'injurier et de le bousculer?
Les commissaires, journellement délégués pat la Commune, pour visiter les prisonniers du Temple, n'étaient pas, pour la plupart, gens à s'effaroucher des procédés du gouverneur^ et si qvelques-uns d'entre eux eurent le courage d'dn dire leur avis à Simon directement, ou au conseil général de la Commune, il leur en coûta, tout au moins, d'être exclus du conseil. Un maître de pension. Le Bœuf, sur la plainte de Simon et la dénonciation de son ami Chaumette,
(1) Voir Eckard (Mémoireê kUioriqueê êur LouU XVII) ou G^antelanze, p. 227. <
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fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, et c'est miracle qu'il n'y ait point laissé sa téte(l). « II est avéré, dit encore M. LenAtre, que Simon n'exerça ses fonctions qu'à contre-cœar. » Si cette affirmation repose uniquement sûr la note adressée à lord Granville par un agent du gouvernement anglais de séjour à Paris en 1794, il est permis de ne pas l'estimer très certaine. « Simon qui, d'abord, avait été très utile à la cause royale, si effrayé du danger qu'il court, ne travaille plus qu'à sortir de cette place. »(2) Telle est la note, à laquelle la date de 1794 s'ajuste à grand'peine, Simon ayant donné sa démission dès le 5 janvier de cette année-là. Quant à l'opinion que Simon avait été d'abord très utile à la cause royale, c'est l'une de :es innombrables fantasmagories nées du tremblement de la faction triomphante et des espérmces du parti vaincu, aussi tenaces que chimériques. Les uns voyaient partout des tralties et des indices de complots monarchistes; les autres tenaient pour favorables les pires symptômes etpour gagnés les gens les plus dangereuc. Que l'agent étranger s'y soit laissé tromper, rim
(1) Un détail relaré dan* 1« procèt'Terbel ds la léailct où l'tn s'occupa de l'affaire Le Bœuf (conseil de la Commune, S8 anât 1793) donne la mesure de l'inaptle ipéciale & cette ipoçpie : Télémaqae ait considéré comme le fils d'un roi laDi-cnlotte.
(2) LenAtre, p. 21.
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de plus naturel; mais nous savons, nous, par des pièces authentiques et dont on aimerait mieux ne point parler, car il est peu glorieux pour une nation d'en posséder de semblables dans ses archives, nous savons exactement ce que Simon a fait pour la cause royale.
Le 6 et le 7 octobre, par deux fois, un enfant de huit ans fut amené — par quels nioyens ? des coups préalables, tout au moins des menaces; très certainement un jeûne prolongé, rompu par des libations forcées (1) — fut amené à accuser sa mère, à accuser sa tante de crimes dont la seule compréhension échappait complètement à son âge.
N'insistons pas sur Pache, maire de Paris pour avoir été le désorganisateur de la victoire ; sur Chaumette, ce Homais à tout faire ; sur Hébert, l'immonde Père Duchesne ; sur David, l'illuatre peintre ; sur Daujon, le scribe de cette ignominie ; tous, et d'autres encore, ont participé au forfait. Mais prenons garde que, sans l'intervention de Simon, il n'était pas exécutable. Lui seul était auprès de l'enfant, nuit et jour; lui seul pouvait le cuisiner de manière à assurer le succès de la plus infâme invention qui soit jamais sortie d'une cervelle humaine. Et quel en était le but, sinon de déshonorer et de
(1) Voir Fnnck-Brentano {La mort de la Reine),
perdre plus sûrement la veuve et la sœur de Louis Xyi ? Si c*est là être utile à la famille royale, on se demande ce que Simon aurait bien pu faire pour la desservir !
Encore pourrait-il être allégué, à la décharge de Simon, qu'en cette horrible affaire il a eu la main forcée par Chaumette et son digne acolyte Hébert; mais, d'une part, Simon s'est trop bien acquitté de sa besogne pour bénéficier de la moindre indulgence; d'autre part, nous le voyons, à la fin d'octobre et au commencement de décembre, faire du zèle en machinant con-» tre Madame Elisabeth (la Reine n'est plus depuis le 16 octobre) de prétendues révélations « que le petit Capet se tourmentait beaucoup de faire, attendu qu'elles importaient au salut de la République ». En travaillant le pauvre enfant — comme ci-dessus — Simon lui fit répéter cette absurdité, et ajouter que « les détenues (il était rigoureusement séparé d'elles depuis cinq mois) cachaient de faux assignats qu'elles faisaient passer à des affidés, qu'elles communiquaient avec quelqu'un et que sa tante était celle qui exécutait le mieux les complots. » (1)
Cette intrigue porte, sans conteste, la marque personnelle de Simon. Plus gredins, Hébert
(1) La pièce o£Scielle a été publiée inextenêo par Beauchesne. Tome 11, 162.
$a MOIS AU TEMPLE AVEC LOUIS XVH 11
et Chaumette auraient été moins bétes. Telle quelle, on en fit usage au procès de Madame Elisabeth. Et voilà de quelle manière Simon servait la famille royale.
Laissant de côté les coups de trique et de chenets, insuffisamment établis, il a brutalisé le Dauphin, il l'a avili par Tivrognerie, les conversations, chants et lectures ignobles : sur ce point, pas Pombre d'un doute ; il a soufflé à cet innocent des blasphèmes... C'est beaucoup plus qu'il n'en faut pour que sa mémoire demeure méprisée et honnie.
Depuis cent seize ans, les crimes dans lesquels Simon a joué son rôle pèsent sur nous, inexpiés.
La brusque démission de Simon, qui se produisit le 5 janvier 1794, parait à M. Lenôtrefort mystérieuse, car « on ne troque pas volontairement, dit-il, une place de dix mille livres, sans compter la nourriture, le chauffage et l'entretien, contre un dénuement assuré » (1). En