Voir Général Brune, p
est enfoncé dans la terre au moins de dix pieds. Cet édifice regarde les quatre points cardinaux. Un ruisseau passe à l'E. et découvre les fondemens d'un pilastre cpii devoit s'unir par un cintre à celui dont nous avons parlé.
A l'O. de la ruine génoise à la distance de 75 toises, je trouve une colonne de marbre d'une espèce de pudding. Elle est de la hauteur de 21 pds. sur 3 pds. de diamètre et de l'ordre corinthien ; le fût est entier ; le chapiteau mutilé se trou voit enfoncé dans la terre. A la distance de 21 pieds dans la direction de l'O. à l'E. on voit une autre colonne, mais cpii n'est que la moitié de l'autre. Nous ne pûmes en approcher à cause de la quantité de ronces et de broussailles qui environnaient l'endroit où elle se trouvait. Le jour commençant à baisser, nous regagnâmes le port et retournâmes à bord.
Le lendemain 6 vendémiaire nous descendîmes à terre, et n'ayant d'autres guides que nous-mêmes, nous gravîmes une montagne à l'O. S. 0. de la ville. Au quart de cette colline, nous découvrîmes un immense édifice, regardant l'O. : à gauche était, un portique percé au Sud par une porte latérale : le mur du premier étage est percé de deux fenêtres. La hauteur est de 55 pds. La longueur de l'édifice peut être de 60. Le côté du N. est couvert de broussailles qui semblent vouloir préserver ce monument des injures du tems. Nous vîmes une inscription latine sur un des murs, faite au mois de brumaire de l'an vin par un Ragusais nommé Kartizza, prisonnier avec les Français.
Sur la même ligne un revêtement d'environ 150 pieds de long conduit à un bâtiment symétrique à ce premier, dont il ne reste que le rez de chaussée, mais où l'on distingue un portique percé de ce côté au N. par une porte latérale ; ce qui nous a fait croire que ces deux ruines étoient les deux ailes de quelque grand édifice. Des arbrisseaux de toute espèce couvrent cette dernière ruine.
Vers le milieu de la montagne et à deux cents pieds de distance des ruines dont je viens de parler, nous apperçûmes un immense édifice. Nous grimpâmes et, arrivés à l'endroit, nous vîmes un mausolée de 24 pieds de haut, 26 à 30 de long et 18 de large ; une grande porte cintrée se présente sur la face qui regarde l'Orient ; on voit aux deux côtés dn cintrage deux inscriptions. A gauche en est une en grec, illisible
droite, j'en trouve une latine, que j'ai tâché de déchifrer du mieux possible, la voici :
0 | NACIANV | OSENER
O | HORXXX | II G R LE | GIONIS II. | GALLICAE SA | LAEVETE | RANAEGALLIC | NSIBIFECIT | *
Une plate-forme quarrée d'environ 26 à 30 pieds de largeur et de longueur est au devant de cet édifice.
L'après dînée nous descendîmes à terre dans l'intention de visiter le château. Nous y sommes entrés par deux portes qui ont encore les armes de Gênes. Mais à peine avions-nous fait quelques pas, qu'un Turc est venu nous dire de nous retirer parce que l'entrée en étoit deffendue aux étrangers. Le peu que nous vîmes n'étoit qu'un amas de ruines, au milieu desquelles les Turcs ont bâti de vieilles baraques. Le château se trouve à l'entrée de la presqu'isle du côté de l'E., il est flanqué de tours presque entièrement ruinées.
Le [7] sic vendémiaire, n'ayant pu mettre à la voile à cause du mauvais tems, nous descendîmes à terre pour parcourir encore le pays. Nous nous fîmes accompagner par deux Turcs ; ils nous conduisirent dans un vallon où nous n'avions pas encore été, et où nous vîmes un piédestal d'un marbre magnifique à moitié cassé, sur lequel étoient de deux côtés des inscriptions grecques bien distinctes, mais que le tems ne nous permit point de transcrire. Sa hauteur pouvoit être de 5 pieds, son épaisseur de deux et demi, auprès étoit un autre morceau de colonne enfoncé dans la terre avec une inscription grecque que nous ne pûmes pas lire. Nous passâmes de là à une ancienne ruine qui se trouve à l'entrée de la ville. Ce bâtiment en pierre de taille nous a paru avoir eu plusieurs distributions. A l'angle S. E., sur deux assises, nous lûmes deux inscriptions grecques surmontées de deux couronnes murales ; le tems ne nous permit point de transcrire ces inscriptions, ayant dû nous rendre à bord parce qu'on allait mettre à la voile.
1. Voir la reproduction de cette inscription et le plan du mausolée, Général Brune, p. 58, et la transcription, p. 57.
VOYAGE DE PIERRE DUPRÈ fc7
Je serais bien embarrassé de dire quelque chose sur le commerce d'Amastra. Il n'y a rien absolument sur le pays d'abondant, que des pommes que l'on charge sur des Saïques, et que l'on porte à Constantinople. Le gouverneur du pays achète quelquefois du fer et autres objets des bâtimens qui viennent relâcher, et l'envoyé à Constantinople avec deux petits Saïques qui lui appartiennent. Le pays n'a tout au plus que 600 âmes. On y voit une quantité de tourneurs qui font des quenouilles et des mortiers qu'ils envoient dans la capitale.
Latitude N 41°4G' 3"
Longitude Oue*t (MM) 2 h h. 0' 19" 30° 4'45"
Les cartes que j'ai entre les mains la mettent 30' de plus environ vers le Sud. La variation est aussi de 9°30".
Le 6 vendémiaire, nous levâmes l'ancre à 4 heures après midi d'Amastra, avec un vent très frais de S. O. Nous souffrîmes extraordinairement pendant la nuit, nous naviguions avec la misaine seulement ; les vagues enlevaient notre navire ; le ciel était couvert, la pluie continuelle. Le 7 au matin, le temps étoit aussi mauvais, le pilote profita d'un moment où les nuages de la côte se dissipèrent, et à on/e heures et demi il reconnut le cap Judgé. Nous fîmes voile aussitôt pour aller à Sinope, où nous ne mouillâmes que le soir vers les 7 heures, le vent contraire nous ayant obligés de louvoyer pour entrer dans le port.