Pièce autogr. signée
Cette donnée générale embrasse trois grandes questions :
La question de Chine, plus particulièrement dans ses rapports avec l'Angleterre, l'Amériqueet la Russie;
L'état actuel et l'avenir probable des Indes Néerlandaises;
L'état politique actuel des Indes Anglaises en général et l'avenir probable du commerce de ces contrées, surtout par suite de l'ouverture de la navigation de l'Indus.
Dans la situation présumable des affaires de Chine, d'après les derniers avis reçus, le premier point et le plus important à visiter semble être Macao. Je croirais cependant utile que la Frégate s'arrêtât 48 heures à Singapour, point intéressant situé sur la route, où nous avons un Consul et où il serait possible, à la rigueur, qu'on trouvât des nouvelles qui me d-élermineraient à me diriger de préférence sur Manille, ou sur un point des côtes de Chine autre que l'embouchure de la rivière de Canton. — En tout cas (et indépendamment des considérations qui rentrent plutôt dans le domaine de la Marine), cette courte relâche à Singapour aurait l'avantage de me placer à l'ouverture de la campagne dans une position intermédiaire entre l'Inde anglaise et la Chine : et, en prenant la précaution d'expédier, dès à présent, par la voie d'Egypte, des instructions précises à notre Consul à Calcutta, il est présumable que je trouverais en arrivant à Singapour une ou plusieurs dépêches de ce Consul me renseignant sur l'état des affaires politiques ou commerciales au Bengale au mois de mai ou commencement de juin prochain et me transmettant les journaux de Bombay et de Madras.
De Singapour, la Frégate ferait voile, selon les circonstances, pourMacao ou directement pour Manille. — Si elle touchait d'abord à Macao, elle ne s'y arrêterait que le temps strictement nécessaire pour s'assurer du véritable état des choses et pour que je pusse conférer avec notre agent consulaire à cette résidence. Elle se dirigerait ensuite sur Manille où je remettrais au Consul général les dépêches du gouvernement et m'entendrais avec ce fonctionnaire sur le but ultérieur de la mission en ce qui touche aux affaires de Chine.
Il serait à désirer que la Frégate pût ensuite me transporter sur les divers points qui ont été successivement atteints par l'expédition anglaise ou du moins dans les parages voisins, de manière à ce que je pusse m'assurer des traces que cette expédition a laissées, de l'impression qu'elle a faite, des résultats politiques et commerciaux qu'elle a obtenus ou qu'elle est en droit de se promettre. — Je devrais, autant que les circonstances le permettraient et dans les limites d'une circonspection rationnelle, me mettre en rapport avec les autorités chinoises et avec des personnes appartenant aux diverses classes de la population aux points principaux de la côte dans le but spécial d'obtenir des renseignemens précis sur le commerce, les ressources, l'état politique du pays et sur la possibilité d'établir, par suite, des relations utiles à notre commerce. — 11 serait du dernier intérêt de pousser cette exploration rapide jusqu'à l'embouchure du Pei-ho et jusqu'au pied de la Grande Muraille afin de faire comprendre aux Chinois, dès à présent, que ce que l'Angleterre a fait dans ces mers lointaines, la France pourrait aussi le faire un jour, si les intérêts de sa politique
ou de son commerce lui prescrivaient d'y faire flotter son pavillon.
Cette exploration de l'Est et du Nord des côtes de Chine terminée, la Frégate reviendrait à Manille et de là, selon les circonstances, ferait voile de nouveau pour la Rivière de Canton ou se dirigerait immédiatement vers le sud pour me mettre à même de visiter les principaux comptoirs des Indes néerlandaises.
Cette partie de ma mission embrasserait Bornéo et Célèbes, où les Hollandais ont des établissements qu'il est intéressant de reconnaître avec soin; Java et Sumatra, où les progrès de la puissance et du commerce néerlandais sont assez rapides pour exciter à un haut degré les susceptibilités et la jalousie des Anglais. — Sumatra, en particulier, sous le rapport des intérêts commerciaux, mérite une attention et appelle une investigation spéciales. (J'ai entendu parler de renseignements précieux recueillis tout dernièrement à cet égard par la Marine et que je vais tâcher d'obtenir.)
Après avoir visité les îles de la Sonde, je voudrais toucher de nouveau à Singapour où je m'arrêterais une ou deux semaines pour recueillir des renseignements précis tant sur l'état politique et commercial de la presqu'île que sur le développement actuel ou probable de l'organisation politique et des ressources des principaux Etats de l'Indo-Chine par suite de la solution qu'aura reçue la question de Chine. De Singapour, je ferais voile pour l'île de Ceylan, touchant en passant à Malacca et à Poulo-Pinang. Je m'arrêterais quelques jours à Colombo d'où je me dirigerais sur Pondichéry. — Je séjournerais à Pondichéry assez longtemps pour m'assurer du véritable état
des affaires dans cette colonie, et de Pondichéry, je me rendrais à Madras, laissant la Frégate libre de ses mouvements ultérieurs.
Je me proposerais de faire une halte d'une quinzaine de jours à Madras où je pense qu'on peut recueillir des renseignements d'un grand intérêt, non seulement sur l'état politique de la Péninsule, mais sur les productions et les ressources commerciales du pays. Je me rendrais de Madras à Bombay, traversant le Dekkan dans une direction oblique et visitant Hyderabad, Pounah et d'autres points où nous avons eu longtemps des relations actives et importantes et où nous avons laissé des souvenirs que les changements qui surviennent de temps à autre dans la politique pourraient nous faire penser à exploiter un jour.
La durée de mon séjour à Bombay serait réglée par des considérations qu'il n'est pas nécessaire de détailler ici et au premier rang- desquelles il faut placer la nécessité de profiter de la saison favorable pour pénétrer avec les caravanes dans le Sindh et dans l'Afg-hanislan. — En effet, l'un des buts les plus importants de ma mission, au retour, étant de constater l'état actuel et le développement probable du commerce dans le bassin de l'Indus, je devrais me placer dans la position la plus favorable pour voir de mes propres yeux et pour suivre dans leurs détails les opérations commerciales dont les caravanes et la navig-ation de l'Indus et de ses affluents sont les principaux véhicules. — J'irais donc dans le Sindh, et de là, si les circonstances me le permettaient, à Kandahar, et à Kaboul, d'où je me dirigerais sur Peshawar, passerais dans le Pandjab et après avoir constaté l'état politique et commercial
de cette riche contrée dans les circonstances nouvelles où Ta placée la mort inattendue du fils et du petit-fils de Randjît-singh, je m'embarquerais à Firozepour, descendrais le Sutledge et le bas Indus et reviendrais à Bombay où, suivant les instructions que le Gouvernement m'y aurait adressées ou l'exigeance des circonstances, je repasserais en Europe par le golfe Persique et la ligne de l'Euphrate ou par l'Egypte, ou enfin, par le Cap de Bonne Espérance.
(Sign.). A. dB. de Jancigny.
Paris, 24 Mars 1841.
Le 30 mars, M. Dubois de Jancigny, avec l'autorisation et par le désir exprès du Ministre des Affaires étrangères, se mettait à la disposition du Ministre de l'Agriculture et du Commerce dans le cas où celuici jugerait convenable de lui confier des instructions spéciales en ce qui touchait les intérêts prochains ou à venir de notre commerce.
Le 6 avril, le Ministre des Affaires étrangères écrivait au comte Duchatel, Ministre de l'Intérieur, pour obtenir qu'au cours de sa mission, M. de Jancigny fût autorisé à porter l'uniforme de colonel de la Garde nationale, et au Ministre du Commerce pour lui demander s'il avait des instructions à donner à M. de Jancigny. Ces instructions, écourtées à cause du peu de temps, furent envoyées le 13 avril ; quant au Ministre de l'Intérieur, il répondit le 19 avril qu'aux termes de la loi du 22 mars 1831 il ne pouvait accéder à la demande de M. de Jancigny; que tout ce qu'il pouvait faire, c'était de l'autoriser à porter hors de France l'uniforme de capitaine de la
Garde nationale; si Ton voulait qu'il fût pourvu d'un grade d'officier supérieur d'étal-major de la Garde nationale, il fallait en conférer avec le maréchal Comte Gérard.
Une difficulté se présentait dès le début de la mission : mettre d'accord les deux départements de la Marine et des Affaires étrangères ; ce dernier s'occupait du but de la mission de Jancigny, le premier seulement de la campagne de XErigone ; l'amiral Duperré finit par reconnaître que ce bâtiment seul était insuffisant pour cette double mission et il adjoignit à cette frég-ate la corvette la Naïade dont il ordonna l'armement immédiat (11 avril 1841).
Voi.ci comment est exposé le double but de la Mission au point de vue des deux départements ministériels :
Ministère des Affaires
étrangères.
Mission de M. Dubois de Jancigny.
Le but des Affaires étrangères est d'obtenir des renseignements exacts et précis sur les affaires de la Chine et sur celles de l'Inde ang-laise.
L'itinéraire proposé
Ministère de la la Marine et des Colonies.
Mission de la frégate VErigone.
Le but de la Marine est de faire visiter les points que nous possédons dans les mers de l'Inde, et ceux où nous avons eu dernièrement quelques démêlés, puis de faire apparaître le pavillon français dans les mers de la Chine au milieu de Pescadre anglaise.
L'itinéraire que la ma-
par M. de Jancigny se di- rine trace à la frégate vise naturellement en diffère beaucoup de celui deux périodes. M. de J. que propose M. de Janvoudrait tout d'abord se cigny pour la première rendre directement dans période de son voyage. La les mers de Chine, en fai- Marine veut bien que sa sant à Singapour une re- frégate se rende d'abord lâche de quelques jours dans les mers de Chiner seulement, aller mouiller mais elle exige comme à Manille, puis à Macao, condition indispensable ne séjournant en cesdeux que cette frégate soit lolieux que le temps néces- géedansun portsùravant saire pour s'y procurer le i5 octobre; elle désigne des renseignements gêné- Manille de préférence à raux, puis s'élevant dans Macao, « à cause des le Nord, y suivre pas à soupçons qu'inspire gépas la trace de la grande néralement aux Chinois expédition anglaise; et, la présence prolongée cette exploration ache- d'un navire de guerre vée, revenir hiverner, se- dans leurs ports ». La Ion les circonstances, soit Marine tient surtout à à Macao, soit à Manille. éviter que sa frégate se
trouve sous voiles dans les mers de Chine au moment de l'équinoxe ; elle sait qu'à cette époque de fréquents typhons ont englouti ou désemparé bien des navires : les annales des sinistres de mer citent particulièrement les 21 et 22 septembre comme des jours néfastes .
11 ne faut pas tenir non
plus la mer au moment où la mousson du N. E.
s'établit ; c'est une époque critique, les mers de Chine alors sont souvent balayées par des tempêtes ou de violents coups de de vent. — De Manille, où elle resterait pendant tout le moisde novembre, la frégate se rendrait à Macao dans les premiers jours de décembre ; mais il lui seraitcomplètement impossible de s'élever dans le Nord, le veut régnant s'y oppose. Si donc on tenait à cette partie de la mission de M. de Jancigny, il faudrait que la frégate attendit la mousson suivante, c'est à dire qu'elle doublât son temps de station dans les mers de Chine, ce qui n'entre point dans les plans de la Marine.
De plus la Marine demande qu'en se rendant en Chine la frégate touche à Bourbon, ce qui écarte la relâche à Singapour indiquée par M. de Janci-
La seconde période de la mission de M. de Jancigny embrasserait l'exploration des comptoirs néerlandais à Célèbes et Bornéo, celle des îles de la Sonde, donnant une -attention particulièreaux nouveaux comptoirs de Sumatra , et s'arrêtant une semaine environ à Singapour. De là M. de Jancigny propose de se rendre à Malacca et Poulo-pinam, puisa Colombo où il désirerait séjourner trois semaines, enfinaller à Madras ou à Pondichéry et laisser aller alors la frégate entièrement libre de ses mouvements.
La Marine indique Batavia comme point de relâche à sa frégate, lui trace sonitinérairelelong de la côte de Sumatra pour gagner ensuite Ceylan au mois d'avril et Pondichéry au commencementdemai. Seulement il serait possible qu'au lieu de Colombo, le Commandant de la (régate préférât se rendre à Pointede-Galles ou Trinquemaie, à cause des vents régnants et de la position de Colombo relativement à Madras ou Pondichéry.
Mais il est évident que si les instructions de la Marine laissent au Commandant la latitude de profiter des circonstances éventuelles pour que M.
de Jancigny puisse remplir sa mission le plus complètement possible, il sera facile de choisir les escales et de les combiner de telle sorte quela seconde période du plan soumis aux Affaires étrangères reçoive un accomplissement presque entier.
N. B. — Pour la rég*ularité du service du bord, la Marine prie les Affaires étrangères de lui indiquer en quelle qualité M. de Jancig-ny devra être considéré et de combien de personnes sa suite sera composée ; et si ces personnes devaient prendre rang* parmi les officiers, la Marine désire en être avertie.
Double Mission dans les mers de lx Chine
La Frégate YErigone,
1841 (mai), part de France ; — fait voile vers les mers de l'Inde; — s'arrête à Bourbon quelques jours seulement, de manière à se trouver à Singapour au commencement de septembre ; — visite Macao en septembre ; — doit être rendue à Manille dans les premiers jours d'octobre ; — stationne à Manille pendant les mois d'octobre, de novembre et décembre.
iS42. — Part de Manille en janvier ; explore
La Corvette la Naïade,
1811 (mai), part de France ; — fait voile vers les mers de l'Inde ; — se rend à Bombay en septembre, y fait de l'eau et des vivres; — emploie les mois d'octobre, de novembre et décembre à l'exploration du golfe Persique; — part de là pour se rendre clans la mer Rouge.
181'2. — Parcourt la mer Rouge pendant les
les comptoirs néerlandais, les îles de la Sonde, et en particulier les nouveaux établissements de Sumatra; — touche une seconde fois à Singapour ; — puis choisit sa roule de manière à se trouver en avril à Pondichëry.
mois de janvier, février et mars, après avoir eu soin de compléter ses vivres et son eau, soit à Mascate, soit à Aden; — quitte cette mer et fait voile ensuite de manière à venir rejoindre, dans le mois d'avril, la frégate YÉrigone à Pond/chéri/.
Les deux navires ainsi ralliés en avril à Pondichéry, en partent au commencement de mai poulies mers de Chine.
1842. — La Frégate doit être mouillée à Manille dans les premiers jours de juillet, y faire ses vivres et son eau, et se trouver rendue à la Nouvelle-Zélande dans le courant d'octobre ; passer là le mois de novembre, puis quitter ces parages pour se rendre à Valparaiso, en touchant (si les bordées sont favorables), à Otaïti, aux Marquises, aux îles Gambier ; (1843) quitter le Chili en février et effectuer son retour en France par le Gap Horn.
1842. — La Corvette se montre en juin à Macao, explore la Mer Jaune et le golfe de Pe-Tche-li pendant les mois de juillet, août et septembre ; — revient en octobre à Singapour en suivant les côtes de la Chine; — emploie les mois de novembre, décembre, janvier, février et mars (1843) à explorer les Cèlèbes, Java et Sumatra ; arrive en avril à Pondichéry en passant par Ceylan et mouillant à Trinquemale de préférence ; — quitte Pondichéry en mai, et effectue
son retour en France par Bourbon et le Cap de Bonne Espérance.
En envoyant ses instructions pour M. de Jancigny, le Ministre de l'Agriculture et du Commerce, Cunin- Gridaine1, rappelait (13 avril 1841) à son collègue des Affaires étrangères « une question quia plusieurs fois occupé le Gouvernement, celle de savoir si pour pouvoir se rapprocher commercialement des contrées éloignées que baignent les mers de la Chine, la France ne devrait pas avant tout se procurer une station commode et sûre, une sorte d'abri militaire et de point de relâche vers le golfe de Siam ou sur les côtes de la Cochinchine ».
Cet objet ne fut pas perdu de vue lorsque fut organisée l'ambassade en Chine de M. Théodose de Lagrené peu de temps après.
En même temps, sur une demande du Ministre des Affaires étrangères, le Ministre de la Marine organisait une autre exploration ; en effet, le 17 avril 1841, l'Amiral Duperré écrivait à son collègue des Affaires étrangères :
Pour satisfaire à la demande que vous m'avez faite d'affecter une corvette à l'exploration du golfe Persique et du golfe Arabique, j'ai désigné la corvette la Favorite ; pour remplir cette mission importante, j'ai fait choix de M. Page-, capi-
1. Laurent Cunin-Gridaine, né à Sedan, en 1778 ; mort dans cette ville en avril 1859 ; ministre depuis le 29 octobre 1840 ; il l'avait été pour la première fois le 15 avril 1837, puis le 12 mai 1839.
2. Théogène François Page, né le 31 mars 1807 ; enseigne 1830 ; lieutenant 1836 ; capitaine de vaisseau 1845 ; contre-amiral le 12 août 1858 fit les campagnes de Chine et de Cochinchine ; vice-amiral le 10 août 1861 ; mort à Auteuil le 2 février 1867.
taine de corvette, à qui le Roi, sur ma proposition, a bien voulu confier le commandement de ce bâtiment.
Je ne puis donner à cet officier que des instructions nautiques. Mais, pour toutes les informations à prendre, pour tous les renseignements à recueillir et qui peuvent intéresser particulièrement votre département, je vous prie de m'adresser vos instructions.
A son retour de sa mission dans les golfes Arabique et Persique, M. Page devant parcourir les côtes N.-E. de la Chine, il serait bon qu'à tout événement, il fût pourvu d'instructions à peu près semblables à celles que vous donnez à M. de Jancigny. Je vous prie donc de vouloir bien m'en adresser pour lui.
Jancigny quitta Paris le 23 avril 1841, arriva à Brest le 25 avril au soir; il se rendit le 27 au soir à bord de YErigone qui devait appareiller le lendemain à la pointe du jour; le 14 juin, le bâtiment français mouillait, dans la soirée, devant Rio-Janeiro « après une traversée assez longue, mais sans accidens ».
En cours de route, Jancigny remettait les Instructions suivantes à M. de Chonski1 et à M. Alphonse Marey Monge, attaché aux Affaires étrangères, qui raccompagnaient, le premier comme secrétaire particulier, le second comme attaché ; ce dernier fut depuis attaché payé à l'ambassade de M. de Lagrené.
Instructions pour M. H. E. de Chonski.
Je crois nécessaire de résumer, par écrit, les instructions verbales que j'ai données à M. Chonski et j'entrerai dans quelques détails qui lui feront mieux comprendre quel est le
1. Henri de Chonski, né en 1801, à Kremenetz (Volhynie) ; venu en France après les désastres de la Pologne(1831), il se fit naturaliser français. Rentré à Paris en 1844, il fut attaché, puis rédacteur au Ministère de l'Agriculture et du Commerce.
rôle que je lui destine (indépendamment de ses fonctions ordinaires) dans la mission qui lui est confiée, quel est le genre de coopération que j'attends de lui dans le vaste champ d'exploration qui s'ouvre devant nous.
La mission dont je suis chargé par le Gouvernement du Roi a pour objets principaux :
1° De faire connaître le véritable caractère, les opérations, les résultats actuels et les conséquences probables de l'expédition que les Anglais ont envoyée dans les mers de Chine.
(Les questions de détail qui se rattachent à cette expédition, tant sous les points de vue politique et commercial que sous le point de vue ethnographique, doivent être étudiées avec soin.)
2° L'exploration des Indes néerlandaises, dont l'état de plus en plus florissant appelle une investigation spéciale et acquiert pour nous plus d'importance depuis que notre traité de commerce avec le Roi des Pays-Bas* peut nous faire espérer, dans ces contrées, des relations plus actives et plus étendues.
(A cette exploration se rattachent des considérations politiques, qui nous l'ont une loi d'étudier très attentivement les localités, le caractère des populations, les dispositions du gouvernement et des indigènes à notre égard, etc.)
3° D'éclairer le gouvernement du Roi sur l'état actuel, tant politique que commercial, de l'Inde transgangétique et plus particulièrement sur les ressources, l'attitude politique, les moyens d'échange, les intentions plus ou moins bienveillantes à notre égard, des peuples de Siam et de la Cochin chine.
(Il y a surtout à examiner si nous aurions intérêt à conclure avec le roi de Siam un traité semblable à celui que les États- Unis d'Amérique ont conclu avec ce prince et si nos relations avec la Cochinchine ont acquis ou peuvent acquérir un caractère tel que la conclusion d'un traité de commerce avec ce pays ne rencontre pas d'obstacles sérieux et présente des avantages certains.)
Parmi les questions secondaires à étudier, les plus impoN tantes sont celles qui se rattachent à l'état actuel des Philip-
1. Un traité de Commerce et de Navigation avait été conclu le 25 juillet 1840, entre la France et les Pays-Bas.
pines, aux moyens de développer notre commerce avec cet archipel et les autres îles ou archipel de F Indo-Chine et en général d'Inde en Inde.
J'invite M. Chonski à diriger plus particulièrement son attention et ses recherches sur le commerce et la statistique industrielle des divers pays que nous sommes appelés à visiter ou dans le voisinage desquels nous nous trouverons. Je désire également qu'il s'occupe de l'étude des langues (dans les limites que comporte notre mission) et qu'il recueille le plus grand nombre possible de vocabulaires usuels.
Je n'ai pas besoin d'engager M. Chonski à s'entendre toujours avec M. Monge sur tout ce qui peut contribuer au bien de la mission...
Sig. : A. dB. de Jancigny.
En mer, entre le Cap de Bonne Espérance et la Nouvelle Hollande, juillet 1841.
Itinéraire probable de la mission à dater de la relâche de Rio de Janeiro.
Singapour : Fin d'août 1841.
Manille, du 15 sept, au 25 nov.
Macao. Hongkong, Canton, etc. du 5 au 31 déc. Côtes de Cochinchine, — Chamkolao, Poulo Condor, etc. (s'il est possible), du 10 janvier 1812 au 25 du même mois. Batavia, du 5 au 20 fév. 1842.
Sumatra et îles voisines, du 20 fév. au 25 mars. Singapour, du 25 mars au 5 avril.
Pondichérv, du 20 avril au 1er mai 1842.
En 1842-43.
Singapour, 15 mai environ ; relâche de 48 h. Macao, Canton, etc., de la fin de mai au 10 juin.
Côte S. E. de Chine, île Formose ? Iles Chusan, golfe de Pe Tché-li, Corée, etc., du 10 juin au 31 août.
Singapour, 15 sept, à la fin d'octobre.
Manille, Célèbes, Bornéo et Java, du 1er nov. au 31 janvier Sumatra et îles voisines, du 1er fév. au 31 mars. Geylan (Trinquemale), du 25 mars au 10 avril. Pondichéry, 15 au 20 avril 1843.
Cet itinéraire est seulement probable, les circonstances politiques ou commerciales peuvent le modifier ainsi que les circonstances de la navigation.
M. de Chonski muni d'une lettre du Consul Général pour M. Challaye quitta Manille le 8 novembre
Instructions pour M. Marey Monge.
...Les faits que nous sommes appelés à recueillir se rangent naturellement dans deux classes : faits politiques, faits cornmerciaux. Je désire que M. de Chonski s'occupe plus particulièrement des derniers ; j'engage M. Monge à diriger de préférence ses investigations sur tous les points qu'intéresse plus spécialement la politique.
11 est indispensable de s'occuper, avant tout, de recueillir des renseignements sur la grande expédition envoyée par les Anglais dans les mers de Chine...
Jancigny adressait de Macao le 5 juillet 1842 une lettre au Ministre des Affaires étrangères relatant la campagne de M. de Chonski qui avait quitté Manille le 8 novembre 1841 pour Macao, sur le bateau à vapeur Médusa à fond plat, de 70 à 80 chevaux, armé de deux canons de fort calibre; il essuya un gros temps à l'embouchure du Tchou-Kiang-, rivière de Canton, et fut chassé le 18 novembre jusqu'à la baie de Camranh1, ce qui lui permit de donner des renseignements qui ont pour nous un intérêt particulier maintenant que nous occupons ce point de la côte d'Annam.