Moi à mot : de m'aider de la force d'un bras
péennes et visiter les arsenaux, cette proposition nie semble excellente ; mais les mandarins chinois ne sont point accoutumés aux flots de la mer, et s'ils entreprenaient une navigation à travers un espace de 7.000 L, il est à craindre qu'ils n'arrivassent pas (qu'ils ne mourussent avant d'arriver). Les négociants chinois ont en général un esprit borné et lors même qu'ils iraient dans votre noble patrie, ils n'en retireraient pas grande utilité. La France, sous la dynastie des Ming, avait déjà des relations d'amitié avec les Chinois. A cette époque, les Anglais et les autres nations n'étaient point encore venus à Canton faire le commerce et déjà les Français étaient mentionnés avec honneur dans nos annales. De temps immémorial on ne sache pas que la Chine ait envoyé un ambassadeur en France et quoique, sous la dynastie des Ming, Tchingsi-ho (?) [Tcheng Ho] ait voyagé souvent dans les contrées occidentales il n'a cependant jamais pu parvenir jusqu'en France.
Si les Chinois n'envoyent pas un ambassadeur, y a-t-il d'autre raison que la vaste immensité des flots qui nous sépare ? Car nous autres Chinois en voyant cela nous reculons, nous ne sommes pas comme les hommes de votre illustre royaume qui ne craignent pas d'entreprendre des voyages de long cours. En un mot votre nation est fameuse entre toutes les nations européennes. La première, elle est venue en Chine, et son amitié avec les Chinois n'a jamais été interrompue. Les mandarins et le peuple ont eu toujours envers la nation Française une affection toute spéciale. On ne doit pas comparer ce peuple avec les autres pays qui ne viennent que pour faire le commerce. Nos relations d'amitié sont fondées sur la bonne foi et les vrais sentiments du cœur ; elles ne consistent pas seulement en vaines phrases, elles ne dépendent pas non plus de l'envoi, ou non, d'un ambassadeur.
Pour moi, accablé de fatigues et d'infirmités, je ne puis plus supporter le fardeau de ma charge. C'est pourquoi dans la 12e lune j'ai demandé ma démission à l'Empereur. J'ai déjà livré les sceaux au premier Préfet de Canton pour qu'il me remplace en attendant. Dorénavant je ne m'occuperai plus d'affaires publiques. J'ai fait un effort pour répondre au Commandant qui m'a témoigné tant de bienveillance. Je porterai toujours son souvenir comme le guerrier porte son épée au côté. Que mon Esprit arrive jusqu'en la présence du Commandant.
J'ai l'honneur de vous saluer. Je souhaite en même temps toutes sortes de félicités à vos bâtiments :
23e année de Tao Kouang, 28e jour du 12e mois.
On avait en effet désigné pour remplacer à Canton le Comte de Ratti-Menton, M. Charles Lefebvrb
de Bkcour1, consul de France de lre classe à Manille, gérant le Consulat général (18 mars 1843). Le commandant Fornier-Duplan, de VAlcmê/ie, écrit dans son Journal : « A Manille, dans les premiers jouis de mars 1844, M. Le Fèvre de Bécourt m'apprit que M. de R.-M. était rappelé. en France et que lui-même recevait Tordre de se rendre en Chine pour le remplacer provisoirement. Cet ordre, assez étrange, défendait à M. de Bécour de faire autre chose que les actes indispensables dans sa nouvelle charge. Ainsi, ce consul de lre classe, envoyé à Manille pour y gérer le consulatgénéral d'Indo-Cliine, allait à Macao remplacer provisoirement un autre consul de l™ classe, sous la condition qu'il ne ferait rien... Un semblable ordre eût rendu malades bien des gens qui eussent envoyé là leur élève consul. M. Le Fèvre avait entendu dire qu'il était question de placer le consulat général d'Indo-Chine à Canton; il crut le tenir et
1. Charles Lefebyri: de BécouR, né à Abbeville, le 25 sept. 1811 ; surnuméraire aux Archives des Affaires étrangères, 21 t\\ a la division politique, 23 sept. 1834 ; attaché au cabinet de Mole. 1836 : n teur à la division politique, 1842 ; consul de lre classe à Manille ; gérant le consulat général, 18 mars 1843 ; consul : rappelé le 14 avril 1848 ; à Calcutta, 3 mars 1849 ; sous-directeur à la division politique 1G janv. 1852 : ministre plénipotentiaire pris la République argentine, 2 fév. 1856 ; admis à la retraite. 7 n<>\ . | .nn.andeur de Ja Légion d'honneur, 11 août 1862. Collaborateur de la /. Dew Mondes, du Journal des Dt'bals, L. de B. a publié divers travaux d'histoire contemporaine.
partit avec moi1. » M. de Bécour quitta Manille le 10 mars 1844 sur la corvetle YAlcmëne et arriva le 16 à Macao où il était aussitôt descendu à terre; il descendit chez M. de Ratti-Menton qui l'attendait, déclinant l'hospitalité que lui offrait Jancig-ny. « En acceptant l'offre de M. Dubois de Jancig-ny, écrit-il le 27 mars, je me serais interdit toutes relations avec les officiers supérieurs de la Marine royale et le seul négociant français qui se trouve à Macao. » M. de Ratti-Menton partit le 20 mai suivant pour Calcutta, où il fut nommé Consul le 1er octobre 1846. Le 15 avril 1844, M. de Bécour écrivait au Ministère :
Sans accorder trop peu aux destinées de notre glorieuse Patrie, la France a tout à créer ici, intérêts, commerce, agens et éléments d'action, base d'opérations politiques et militaires, tout excepté la grandeur de son nom et la haine qu'on porte à ses rivaux.
Depuis le début de la guerre de l'Angleterre avec la Chine et surtout depuis la signature du traité de Nan King par les Anglais (29 août 1842), un mouvement en faveur d'une reprise active dès relations de la France avec la Chine avait eu pour résultat la remise de programmes d'une mission en Chine à M. Thiers, ministre des Affaires étrangères, Président du Conseil des Ministres. On se décida, pour obtenir des avantagées semblables à ceux des Anglais, à envoyer en Chine une ambassade spéciale. Le titre d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire fut donné à M. Théodose de Lagrené qui sig-na un traité le 24 octobre 1844 à l'embouchure de la rivière