‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientales (volume 2)Chapitre 46 sur 65 · Ch. àsselini m , p · texte numérisé non relu

Ch. àsselini m , p

dans tous les cas son succès fut plus que médiocre, puisque aucune revue, sauf la Reçue de Paris, n'en parla. En réalité c'est comme on dirait aujourd'hui une tranche de vie dont la source est l'histoire de son mariage avec une jeune femme originaire de Bénarès dont il fit la connaissance à Londres.

États de service d'Eusèbe de Salles

1796 (17 Xbre) — Né à Montpellier (Hérault).

1816 — Docteur en médecine de la faculté de Montpellier.

1817-1830 — Élève de l'École des Langues orientales à Paris.

1830-1833 — Interprète principal, puis interprète en chef de l'Armée, premières campagnes.

1835 — Nommé professeur titulaire de la chaire d'arabe à Marseille.

1837-1839 — Chargé d'une mission scientifique en Orient avec le simple traitement de sa place, son remplaçant à ses frais. Ce voyage d'Orient pendant trois ans coûta 40 mille fr.

1835-1855 — Professeur communal de littérature de géographie et de langue arabe.

Titres accessoires, littéraires, civiques

Eusèbe de Salles est auteur d'Aly le Renard, ou la conquête d'Alger 1830. Roman historique en 2 vol in 8° ;

des Pérégrinations en Orient ou récit du voyage officiel, 2 vol. in-8° ;

de la Philosophie Ethnographique ou histoire génle des races humaines, 1 vol. ;

des nouvelles idées sur les Pyramides ;

Sur la décadence des nations (1848-49) ;

Analyse critique du discours de J. J. Rousseau sur l'Origine de l'inégalité des conditions parmi îes hommes ;

Quelques leçons de littérature sur le goût, sur Y accent du midi, &c.

Ces cinq derniers ouvrages sont des fragmens de l'EnseignementCommunal de Marseille. C'est pendant une leçon d'histoire qu'eut lieu la fameuse attaque des clubs le 13 janvier 1 849.

Mémoire sur la peste. Le voyageur en rencontra six épidémies à Alexandrie, le Qaire, Damiette, Heyrout, Jaiïa, Jérusalem. Ce mémoire est le fonds du grand rapport de l'Académie de Médecine devenu ensuite base de la législation quarantenaire.

Eusèbe de Salles a fait gratuitement service médical pendant les épidémies cholériques de Paris et de Marseille. Il a été honoré de diplômes et de médailles d'honneur.

Eusèbe de Salles est chevalier commandeur de plusieurs ordres étrangers ; il est chevalier de la Légion d'honneur depuis 1843.

Le présent État certifié.

Marseille, 17 may 1855.

Eusèbe de Salles.

En 1835, il est nommé à Marseille à la chaire -d'arabe1. Grâce à l'amabilité de M. Fouknier, archiviste-bibliothécaire de la Chambre de Commerce de Marseille qui a pris la peine de rédiger pour moi la note suivante, je puis donner pour la première fois l'historique de cette chaire :

« Un décret du 31 mai 1807 établit à Marseille un <;ours d'arabe vulgaire et nomma Gabriel Taouil, réfugié d'Egypte, professeur titulaire de cette chaire aux appointements de 4.000 francs.

Les actes officiels qualifiaient de communaux ces cours dont le département faisait pourtant les frais et don! le professeur était nommé par l'Etat. Bien qu'établie près le Collège Royal, celle chaire n'était pas dépendante de l'Etablissement.

M. Taouil jouissait d'un traitement avantageux et relativement important pour l'époque en considéra-

1. En 1837, il habitait 21 rue il n .Musée ; eu 1866, chemin des Chartreux, d'après M. René M \i:i i\i:ai\ I. e., |>. 7 I!».

tion de ce qu'il avait fui sa Patrie par suite de dévouement à la cause de l'Armée française. 11 fit régulièrement son cours depuis 1807 jusqu'au 18 octobre 1834.. A partir de cette date, son état de santé ne lui permettant plus d'exercer ses fonctions, il se fit suppléer par M. Georges Sakaklm.

Les cours d'arabe qui pendant un certain nombre d'années avaient été assez peu suivis, avaient pris cependant une certaine extension et une trentaine de personnes les fréquentaient à cette époque. Les affaires d'Orient et la prise d'Alger avaient permis d'intéresser aux choses d'Orient un public nombreux. Des familles du Levant envoyaient même leurs enfants faire leurs études à Marseille.

M. Taouil mourut le 24 février 1835, aussitôt les élèves du cours de langue arabe réclament l'intervention de la Chambre de Commerce aux frais du Gouvernement pour la conservation de cette chaire en demandant que M. Georges Sakakini en soit définitivement nommé le titulaire. La Chambre de Commerce écrivit au Ministre du Commerce pour appuyer celle pétition, et, sur un rapport du 22 mars 1835, du Proviseur du Collège royal, le Préfet fit de même le 30 du même mois.

Ces demandes ne furent pas suivies d'effet car elles arrivèrent à Paris alors que le Ministre de l'Instruction Publique avait déjà nommé le Docteur Eusèbe de Salle, Professeur d'arabe vulgaire à Marseille.

A peine connue dans cette dernière ville, cette nomination souleva la protestation des élèves du Cours d'arabe, ceux-ci assuraient que M. de Salle connaissait très bien l'arabe littéraire et les langues barbaresques mais était incapable d'enseigner l'arabe

vulgaire. La Chambre de Commerce à qui une protestation dans ce sens avait été adressée décida de ne pas donner suite à ces doléances, la décision ministérielle étant irrévocable.

Le cours professé par M. de Salle ne paraît pas avoir eu beaucoup de succès car le nombre des élèves diminua rapidement. Une lettre écrite par M. de Salle, le 28 septembre 1837 pour dénoncer à la Chambre de Commerce « les basses manœuvres » qui se trament contre lui en indique les raisons générales. Le Professeur reconnaît qu'il ne sait pas l'arabe vulgaire, mais ajoute qu'il possède parfaitement la grammaire arabe ce qui, d'après lui, suffit pour enseigner la langue. 11 fait ressortir tous les services qu'il rend au Public Marseillais comme traducteur d'arabe et comme médecin. 11 joint à sa lettre une longue dissertation imprimée — où il expose ses idées sur la littérature, le roman moderne, les sciences, l'art, l'accentméridional, etc.. — un alphabet arabe, un certificat de l'administration des Postes, et un autre d'un groupe de négociants marseillais attestant sa science et les services qu'il rend ».

Au surplus voici la lettre intéressante d'Eusèbe de Salle que je dois également à l'obligeance de M. Four nier :

A Messieurs les Membres de la Chambre de Commerce.

Messieurs,

Le Ministre de l'Instruction Publique dans une audience que j'obtins de lui le 11 Août dernier me dénonça de basses manœuvres dont ma chaire était le point de mire. Confiant dans l'ordre légal qui règne en France, je voulais rester impas-

sible, je n'ai pu empêcher mes amis et ceux de l'Abbé Barges d'être plus inquiets, peut-être plus prudents que moi.

Les pièces principales de l'intrigue étaient m'a-t-on dit une pétition déposée à votre Chambre et deux copies adressées au Ministre et à la députa tion. Les accusations contenues dans ces pièces sont trop absurdes et trop lâches pour que nos amis aient pris la peine d'y répondre en détail, d'ailleurs la rédaction louche et le mauvais langage n'y laissant apercevoir avec évidence qu'une avidité sans aucun titre, pas même celui de citoyen français.

Un simple exposé des circonstances au milieu desquelles j'ai fonctionné depuis ma nomination et de celles qui ont dirigé l'autorité qui m'a donné M. l'Abbé Barges pour suppléant pendant ma mission au Levant, voilà ce que nos amis ont cru devoir exposer et attester à la Chambre. La vérité, affirmée par des hommes loyaux et instruits, suffira pour des hommes qui ne se sont jamais laissés surprendre par des intrigants.

En affirmant la compétence spéciale du titulaire et du remplaçant, nos amis, qui sont pour la plupart juges fort compétents eux-mêmes, ont surtout voulu prêter main-forte à l'autorité souveraine, sanctionner la chose jugée par les juges les plus éclairés. Ils n'ont pas prétendu, comme d'autres négociants moins réservés, s'ériger en Sorbonne de grammairiens et d'arabisants. Ils ont encore moins voulu induire l'aptitude à l'enseignement de l'habitude de pratiquer une langue. Ils savent trop bien qu'en France tous ceux qui parlent bien français ne sont pas pour cela capables d'enseigner le français. Que serait-ce s'ils le parlaient incorrectement ! S'ils ne l'avaient appris que dépaysés et au sein d'une famille ignorante !

Enseigner, Messieurs, est un art difficile ; son instrument est la méthode. Or, c'est surtout par la rapidité, par la certitude de la méthode, que l'Europe est aujourd'hui supérieure à la vieille Asie. C'est pénétrés de ces vérités que nos amis ont voulu empêcher de se reproduire le scandale d'un enseignement qui outrageait la méthode autant que l'honneur européen. Un cours payé par l'argent français dans une ville française, et officiellement destiné aux jeunes français, ce cours était monopolisé par quelques étrangers. Le moyen était simple et infaillible pour mettre les français à la porte : on leur parlait arabe dès la première leçon.

Ce procédé, j'en suis fâché pour sa mémoire, G. Taouil l'a pratiqué toute sa vie, faute de savoir la Langue franc Pendant les derniers mois, il a eu un remplaçant qui a continué le procédé, faute de savoir la grammaire française. Loin donc de se plaindre aujourd'hui qu'il n'y ait pas un seul français arabisant dans les comptoirs de Marseille, cet individu ferait mieux de ne pas réveiller un méfait dont il fut complice et témoin ; et nos amis pourront lui apprendre que j'ai fait en deux ans plus d'élèves que Gabriel Taouil n'en a lait en trente. Mais, je n'ai pu lancer dans les comptoirs de Marseille des enfants de 15 et 16 ans. C'est pourtant de cet honorable précédent que l'individu argue comme d'un service rendu et d'un engagement pris envers lui par le Gouvernement. Le Gouvernement, Messieurs, défère toujours aux vœux d'un titulaire. Pendant que celui-ci est empêché ou absent, un remplaçant qui n'aurait pas sa confiance toute entière, qui ne serait pas lié par la reconnaissance serait un ennemi domestique dont il aurait à redouter les manœuvres. Un commencement de possession pousse incessamment à souhaiter la possession entière. Mon remplaçant devait être choisi par moi, payé de mes fonds. J'aurais pu présenter l'individu en question aussi bien que M. l'Abbé Barges ; mais il ne m'avait fait connaître ni son aptitude spéciale, ni le degré préeis de son éducation Européenne. Aujourd'hui, je connais parfaitement sa moralité, il m'en a donné la mesure en attaquant ténébreusement un homme qu'il croyait parti. Quand M. le Baron Sylvestre de Sacy conseilla au Ministre d'accorder à cet individu l'intérim de G. Taouil, il ne le connaissait que sur la recommandation du titulaire. Lorsqu'il s'est agi de me donner un intérimaire, M. de Sacy connaissait mieux l'individu. II connaissait fort bien aussi les titres littéraires et spéciaux de M. l'Abbé Bargks et c'est en toute connaissance de cause qu'il a préféré ce dernier.

A chacune des assertions de nos amis nous pouvons joindre les pièces officielles qui la prouvent. La fréquence plus grande des leçons est un fait connu de tous les Marseillais habitués des cours communaux. Le cours de littérature et de langue arabe de la rue d'Aubagne a été donné en sus du coins obi du collège royal.

Enfin, l'on a fait grand bruit des services rendus à la ville

et au commerce de Marseille. Cela traduit en fait, veut dire que trois ou quatre maisons se servent d'un Égyptien pour leur correspondance arabe. Mais un commis employé et payé pour cette traduction n'est pas plus un fonctionnaire rendant des services à une ville, que trois étrangers ne sont le commerce marseillais.

Je ne prétends pas être plus désintéressé en faisant le cours du collège royal, mais le cours communal auquel je ne suis nullement tenu est donné gratis à la ville. La traduction des adresses orientales pour l'administration des postes, l'interprétation de pièces arabes que divers négociants m'ont fait l'honneur de me confier, voilà aussi des fonctions gratuites.

Je ne me suis pas contenté de donner mon temps et ma science, j'ai fait, dans l'intérêt de l'enseignement qui m'est confié, d'autres sacrifices auxquels j'étais encore moins tenu. Je vous envoie ci-joint plusieurs imprimés dont j'ai fait les frais à 500 et à mille exemplaires et que j'ai distribués gratis à tous les auditeurs de mes cours. J'ai pris ces dépenses sur des appointements fort mesquins qu'un logement entièrement à ma charge réduisait déjà de plus de moitié.

Enfin, Messieurs, le Maire et le Préfet pourront vous apprendre que toutes les fois que le choléra s'est déclaré à Marseille, je me suis souvenu de mon titre de médecin ; deux fois les administrateurs des bureaux de secours m'ont remercié de mes soins médicaux, par des lettres flatteuses que je puis communiquer, mais dont je ne voudrais à aucun prix me dessaisir.

Tout cela, Messieurs, pourrait à plus juste raison compter pour des services rendus au commerce et à la ville de Marseille ; vous ne le saviez peut-être pas : les hommes loyaux n'ébruitent pas ces choses-là, il a fallu avoir à repousser des attaques calomnieuses pour que je me permisse de le révéler.

Donc, Messieurs, avant de vous occuper de ma demande relative au prochain voyage d'Orient, je vous prie de vous occuper de la pétition que vous adressent mes amis. La pétition à laquelle celle-là sert de réponse est une injure dont je dois obtenir satisfaction. Le Ministre a connu l'attaque, il est de votre justice de lui faire connaître votre avis sur la défanse.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération la plus-

distinguée et- du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être :

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Eusèbe De Salle,

Professeur et Lecteur royal

à l'École Spéciale des langues orientales,

Succursale à Marseille.

21, Rue du Musée.

28 Sept. 1837*.

« La Chambre de Commerce se contenta d'informer verbalement M. de Salle qu'elle n'avait reçu jusqu'alors aucune pétition dirigée contre lui.

Le 13 avril 1837 M. de Salle sollicita du Ministre un congé de deux ans pour exécuter en Asie et en Egypte, un voyage qui, disait-il, serait des plus profitables pour son enseignement. Le Ministre accorda €e congé et décida que son traitement serait payé à M. de Salle durant ce temps-là, à charge par ce dernier de rémunérer son suppléant qui n'était autre que l'orientaliste abbé Barges2.

Par une pétition du 8 janvier 1838 un groupe de notables négociants marseillais attira l'attention de la Chambre de Commerce sur le cours d'arabe vulgaire en faisant valoir « que le départ du professeur titulaire laisse vacante une chaire dont la nullité se fait sentir depuis que M. Georges Sakakini en a été injustement éloigné ». Les pétitionnaires réclament en même temps la nomination d'un pro-

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