‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientales (volume 2)Chapitre 51 sur 65 · L. a. s., une page in · texte numérisé non relu

L. a. s., une page in

Qaire, 25 Mars 1838.

Cher et bon compatriote, j'ai trouvé ici votre lettre au retour d'une petite course que je viens de faire dans le désert de Suez. Le plaisir de recevoir des lettres d'Europe et de mes amis est devenu rare et vous jugez que je l'ai savouré plus vivement encore à cause d'un correspondant tel que vous. J'ai trouvé en même temps une lettre de mon suppléant l'abbé Barges qui me fait part des tracasseries dont sa personne et ma chaire ont été l'objet depuis mon départ ; si vous êtes encore à Marseille au moment où ces lignes vous parviendront, vous aurez certainement à opiner sur la question, car toutes les personnes à qui vous parlerez de moi, Chambre de commerce, corps diplomatique, autorités ont pris couleur dans cette affaire dont je vous ai dit quelques mots au Qaire. Un Égyptien appelé Saccatini (Sakakini) l prétendait me remplacer pendant mon absence afin d'avoir droit plus tard à la chaire, car tout le monde pense à Marseille que j'ai peu de goût pour une position infime et pour le séjour de la province. Cependant on se trompe quand on croit que je ne sais pas me reléguer aux échelons inférieurs en attendant de monter plus haut. C'est une philosophie sans laquelle toute carrière serait fermée. Une fois en train de désirer, Saccatini a trouvé commode de dire que je n'étais pas capable de remplir la chaire non plus que mon remplaçant, et il a trouvé quelques juifs et quelques levantins qui ont appuyé la pétition où il nous dénonce comme trop savans pour enseigner l'arabe vulgaire Une première démarche de ce genre me fut dénoncée par Salvandy- lorsque j'allai prendre congé de lui en août dernier, mon absence en a encouragé d'autres, dans lesquelles les négocians se sont érigés en Sorbonne grammaticale et orientaliste, tandis que le préfet s'abstenait de consulter les hommes compétens du corps enseignant. Les Marseillais ont oublié mon

Page 1