‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientales (volume 2)Chapitre 59 sur 65 · Hené Martineau, /. c, p · texte numérisé non relu

Hené Martineau, /. c, p

Edouard Chavannes est mort le mardi 29 janvier 1918, enlevé dans la force de l'âge, en pleine activité scientifique ; sa perte est la plus cruelle que pouvaient subir les études chinoises dans lesquelles il occupait le premier rang- aussi bien à l'étranger qu'en France.

Emmanuel-Edouard Chavannes est né le 5 octobre 1865, à Lyon, d'une excellente famille originaire de Charmoisy, hameau de la paroisse d'Orsier, situé à deux lieues au sud de Thonon, dans le Chablais. La religion réformée fut introduite dans cette région, en 1536, par les Bernois; à la fin du xvie siècle, Charles-Emmanuel de Savoie expulsa les protestants et il est probable que parmi eux se trouvait Bernard Chavannes, qui aborda à Territet, dans la paroisse de iNlontreux, en 1602 et fut admis à la naturalisation le 3 décembre 1618 par Niclaus Manuel, bailli de Vevey et capitaine de Chillon; Bernard, ancêtre de la famille, périt misérablement écrasé par une avalanche ; il avait épousé Suzanne Prost de Genève, qui lui donna un fils André, dont descendent les membres actuels de la famille. Le grand-père de notre collègue, Edouard-L., était un botaniste distingué, auquel on doit une Monographie des antirrhinées, publiée à Paris en 1833; né en 1805, il

* Extrait du Journal Asiatique, Mars-Avril 1918, pp. 197-248.

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mourut le 30 août 1861, dans sa campagne du Jardin, au-dessus de Lausanne; par sa femme Marianne- Françoise, dite Fanny Dltoit, il eut un fils, F.- Emile, né le 6 août 1836, qui, après de brillantes études d'ingénieur à Lausanne et à Paris, devint directeur technique des ateliers de La Buire, à Lyon ; c'est là que naquit le 5 octobre 180o son second fils Emmanuel-Edouard Chavannes, dont la naissance parait avoir coûté la vie à sa mère Blanche Dapples, qui mourut un mois plus tard le 22 novembre 1865. Emile Chavannes, s'étant remarié avec Laure Poy, eut huit autres enfants; il est mort le 14 mars

Chavannes passa quelques années de son enfance chez sa grand-mère, à Lausanne, puis étudia au lycée de sa ville natale, d'où il vint à Paris suivre les cours du lycée Louis-le-Grand pour préparer les examens d'entrée à l'Ecole Normale supérieure où il fut reçu.

Georges Perrot, alors directeur, qui le prit en grande affection, l'engagea à orienter ses études vers la Chine, et lorsque Chavannes sortit de l'établissement de la rue d'Ulm et eut passé son agrégation de philosophie1, il vint me voir de la part de Gabriel Monod pour me demander conseil ; il songeait à faire de la philosophie chinoise l'objet de ses principales recherches ; je lui fis remarquer que le champ était vaste, niais que le Dr James Lkgge y avait déjà marqué sa forte empreinte avec ses Chinese Classics, et qu'il serait préférable, avec sa grande préparation scientifique, d'aborder 1rs études historiques, assez négligées alors, de choisir par exemple une des vingt-quatre grandes histoires dynastiques, de la traduire et de la commenter en

entier; le conseil, comme on le verra, ne fut pas perdu. Affecté au lycée de Lorient, à la sortie de l'Ecole Normale, Chavannes, sur la recommandation de Perrot, et avec l'appui de René Goblet, ministre de l'instruction Publique, obtint d'être envoyé à Pe King en qualité d'attaché libre à la Légation de France. Il avait suivi les cours de Chinois de Maurice Jametel, à l'Kcole des Langues Orientales vivantes dont il obtint le diplôme, et du marquis d'HERVEY de Saint-Denys au Collège de France, mais c'est pendant son séjour'dans la capitale de la Chine qu'il acquit sa profonde connaissance de la langue cl qu'il accumula les matériaux qui devaient lui servir à édifier ses travaux ultérieurs. Le 24 janvier 1889, Chavannes partait pour la Chine avec un jeune élève interprète Georges Lallemant-Dumoutier, fraîchement sorti de l'Ecole des Langues Orientales, qui devait mourir prématurément à Chang liai neuf ans plus tard. Arrivé à Pe King le 21 mars, il m'écrivait le 12 juillet 1889 : « Ou éprouve, en arrivant à Pe King, une impression d'ahurissement dont je commence seulement à me remettre. Les trois mois et demi qui se sont écoulés depuis notre arrivée ont passé avec une rapidité dont je suis étonné. J'ai un peu hésité dans le début sur le travail que je voulais entreprendre. J'ai abordé le Yi Li, donfje vous avais parlé à Paris; mais cette traduction présente des difficultés si sérieuses que j'ai dû y renoncer. Je me suis rabattu sur Se-ma Ts'ien et je me propose de faire une traduction de la première partie de l'ouvrage, celle qui présente une histoire des dynasties chinoises depuis Chen Noung jusqu'aux Han. Ne croyez-vous pas que ce travail pourrait avoir quelque intérêt? »

Chavannes avait ainsi trouvé un point de départ solide; il avait d'autant plus raison d'abandonner le Yi Li qu'à ce moment même M*r de Harlez préparait à Louvain une traduction de ce rituel. En même temps, pour ne pas perdre l'habitude d'écrire, il envoyait une correspondance mensuelle au Temps sur des questions d'Extrême-Orient2.

Plus tard, il précisait le but de ses recherches (10 novembre 1889) : « Je continue à lire Se-ma Ts'ien; mais je vois mieux maintenant ce que j'en veux faire; j'ai l'intention de faire un livre sur Sema Ts'ien lui-même, de raconter sa vie et de retracer son caractère, de fixer quels sont les livres qui ne sont pas de lui dans le Che Kij enfin de montrer le plan et la valeur historique de cet ouvrage; si rien ne vient m'empècher dans mes études, je pense pouvoir réaliser ce projet avant deux ans. » Dès 1890, il put donner au Journal of the Peking Oriental Society la traduction de l'un des huit Traités (Pa Chou) formant le vingt-huitième chapitre des Mémoires historiques de Se-ma Ts'ien consacré aux sacrifices fouag et chan qui furent institués par les Ts'in et les Han 3.

En 1891, Chavannes fit un court séjour en Fiance et épousa la fille du doeteur Don, le distingué oculiste de Lyon ; elle fut pour lui la compagne dévouée des heures pénibles où l'état de sa santé précaire réclamait des soins incessants. En même temps qu'il préparait son Se-ma Ts'ien, Chavannes réunissait les éléments d'un ouvrage d'un tout autre caractère sur la Sculpture sur pierre en Chine 4, consacré à l'explication des bas-reliefs des deux dynasties Ilan, conservés dans la province de Chan Toung ; cet ouvrage se compose de deux chapitres; le premier,

plus considérable, décrit les sépultures de la famille Wou, le second, les bas-reliefs du Hiao T'ang chan et la pierre du village de Lieou. Une introduction précède les explications et une série de planches donne le fac-similé des estampages pris sur les monuments. Les sépultures de la famille Wou, qui datent de Tan 147 de notre ère, se trouvent dans la province de Chan Toung; elles ont été découvertes en 1786, dans la période K'ien Loung, par un nommé Houang Yi; ces sculptures ont été représentées dans l'ouvrage chinois intitulé Kin Che souo, qui date du commencement du xixe siècle. Comme Commissaire du Comité des Travaux historiques et scientifiques, j'ai eu l'honneur de suivre l'impression du livre de Ghavannes qui parut de la manière 1b plus opportune en 1893.

Le marquis d'Hervey de Saint-Denys mourut le 3 novembre 1892; il était le troisième titulaire de la chaire du Collège de France : Langues et littératures chinoises et tartares mandchoues, inaugurée le 16 janvier 1815, par Abel Rémusat, qui eut Slanislas Julien pour successeur. On pouvait penser que Gabriel Devéria serait candidat à cette chaire, mais le Ministère des Affaires Etrangères ne lui permit pas de quitter son cours de l'Ecole des Langues Orientales vivantes. Les candidats ne manquèrent d'ailleurs pas; il y en eut huit à ma connaissance. Le maintien de la chaire étant décidé, le dimanche 12 mars 1893, à la réunion des professeurs au Collège de France, Ghavannes, alors à Pe King, fut présenté en première ligne, et Ed. Specht, en seconde ligne ; ces choix furent ratifiés le 29 mars par 29 voix sur 33 votants par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. En conséquence, Chavannes fut

nommé professeur de la chaire de ehinois le 29 avril 1893 par un décret rendu sur la proposition du Ministre de l'Instruction publique : il avait 28 ans. 11 débuta le 5 décembre 1893 par une leçon qui obtint le plus vif succès5.

Cependant Chavannes poursuivait la publication de son Se-ma Ts'ien qui devait comprendre dix volumes; dans sa séance du 11 mai 1894, la Société Asiatique lui accordait une subvention, el dans la séance du 20 juin 1895, Barbier de Meynard présensentait le premier volume de ce grand ouvrage.

Ce fut le grand astrologue Se-ma T'an, mort en HO avant J.-C, à Lo Yang, qui eut l'idée du Che Ki et commença de réunir les matériaux nécessaires qu'il légua, sur son lit de mort, à son fils Se-ma Ts'ien, qui lui succéda dans sa charge; il avait, par des voyages, acquis une grande expérience. La date de sa naissance à Loung Men, sur la rive droite du Houang Ho, est inconnue; quelques-uns la placent en 163 av. J.-C. Pour avoir défendu le général malheureux Li Ling, il fut condamné à la castration (98 av. J.-C). Il mourut probablement au commencement du règne de l'empereur Tchao (84-74 av. J.-C). Il avait, après son malheur, continué d'amasser les matériaux, à les mettre en œuvre et donna la rédaction définitive du Che Ki. « Le mérite, dit Chavannes, qu'on ne saurait dénier à Se-ma T'an et à Se-ma Ts'ien, c'est d'avoir les premiers conçu le plan d'une histoire générale. Jusqu'à eux, on n'avait eu que des chroniques locales. » Se-ma Ts'ien a su mériter le surnom de Père de l'Histoire, comme Hérodote, et son œuvre a servi de modèle à celle de ses successeurs.

Les « Mémoires Historiques » (Che Ki) s'étendent

depuis Houang- Ti, Tchouen Hiu, K'ou, Yao et Chouen jusqu'à 122 avant notre ère. Ils comprennent 130 chapitres divisés en 5 sections. I. Annales principales (Ti-Ki), 12 chapitres, depuis les Cinq Empereurs jusqu'à l'Empereur Hiao Won; II. Tableaux chronologiques {Nien piaou), 10 chapitres; III. Les huit Traités (Pa Chou), 8 chapitres (rites, musique, harmonie, calendrier, astrologie, sacrifices foung et chan, le fleuve et les canaux, poids et mesures); IV. Les maisons héréditaires [Che Kiao), 30 chapitres ; V. Monographies (Li Tchouen), 70 chapitres. On voit quelle partie importante de l'histoire de la Chine embrasse l'ouvrage de Se-ma Ts'ien. Elle couvre une période de trois mille années qui remonte au-delà des temps historiques, au-delà même de la première dynastie, la dynastie Hia, pour continuer sous les Chang-, les Tcheou, les Ts'in, et se terminer sous les Han. Sous la dynastie des T'ang-, Se-ma Tcheng- écrivit les Annales des Trois Souverains (P'ao Hi, Niu Koua, Chen Noung- ou Yen Ti) que l'on place en tête du Che-Ki.

Successivement parurent, de 1895 à 1901, cinq tomes sur dix6 (dont l'un en deux parties) de cette grande œuvre dont le second volume obtint, en 1897, le prix Stanislas Julien à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Nous écrivions en 1898 : « C'est un véritable monument que M. Chavannes élève à la mémoire du célèbre historien Se-ma Ts'ien ; les volumes paraissent à intervalles suffisamment rapprochés pour nous permettre de voir achevée une œuvre dont l'ampleur nous faisait craindre qu'il ne fût pas permis à un seul homme de la mener à bonne fin*. » Hélas! nos craintes n'étaient que

* T'oung Pao.

trop justifiées; Chavannes, sollicité par tant de travaux nouveaux et intéressants, n'a pas vu la fin de sa tâche, qui sera, je l'espère, terminée quelque jour. Sur les 130 chapitres qui composent le Che K/y il en a publié 47; il reste à donner les chapitres 48-60 de la quatrième section (Maisons héréditaires) et toutes les Monographies (chap. 61-130); nous avons en entier les Annales principales (chap. 1-12 |, les Tableaux chronologiques (chap. 13-22), les huit Traités (chap. 23-30). A sa traduction, Chavannes a ajouté des dissertations du plus vif intérêt, par exemple : Les Chants du Bureau de la Musique. Des rapports de la musique grecque avec la musique chinoise, dans le tome III, 2e partie. Il se livra également à des recherches approfondies sur l'ancienne chronologie chinoise7; c'est un sujet qui l'a toujours intéressé et nous le verrons plus tard s'occuper du Cycle turc des Douze Animaux8.

Une autre branche importante d'étude avait sollicité l'attention de Chavannes : les voyages des pèlerins bouddhistes. Il est probable que le bouddhisme fut introduit en Chine par les Ta Yue-Tche sous l'empereur Ngai (2 av. J.-C). Dans le but de rechercher les écritures saintes de cette religion, des religieux chinois, dont le plus célèbre est Hiouen Tsang^ entreprirent la longue route qui devait les conduire aux sanctuaires sacrés de l'Inde, particulièrement dans les pays de Gandhara et d'Udyâna. En dehors de la religion, on sait quelle vive lumière ont projetée ces voyages sur la géographie du Nord de l'Inde, de l'Asie centrale et des îles de la Sonde. Abel Rémusatest le véritable initiateur de ces études par la publication posthume, en 1836, de sa traduction du Fo Kouo A7, relation du voyage exécuté à la

fin du iv* siècle par Fa Hian ; il fut suivi par Stanislas Julien avec sa traduction de Hiouen Tsang-. Chavannes, suivant les traces de ses devanciers, donna, dès 18949, la traduction de l'ouvrage de Yi Tsing, qui lui valut la même année le prix Stanislas Julien, qu'il partagea avec De Groot pour son Code du Mâhàyana.

Quatre ans après le retour (645) de Hiouen Tsang-, un jeune religieux de quinze ans, enthousiasmé par les résultats du voyag-e du célèbre pèlerin, se promit d'imiter son exemple : il se nommait Tchang Wenming-, en relig-ion Yi Tsing, né en 634, à Fan Yang-, dans le Tche Li. 11 était entré au couvent à sept ans; grâce à un fonctionnaire éclairé de Yang Tcheou, Foung Hiao-ts'iouen, dont il fit la connaissance en 671, Yi Tsing- trouva les ressources nécessaires à l'accomplissement du voyag-e qu'il projetait depuis 649. Il s'embarqua avec un seul compag-non sur un bateau persan à Canton, et vingt jours plus tard, il abordait à Çri Bhôja, le Zabedj des Arabes, que Chavannes place au sud de Sumatra ; il y séjourna six mois et se rendit en bateau au pays de Mouo louo yu, Palembang-, où il resta deux mois; passa à Kie Tcha (Atjeh), aux Nicobar (672), et l'année suivante débarqua à Tanralipti, à l'embouchure de l'Hoog-ly, où il résida et fit la connaissance d'un relig-ieux chinois, Ta-tch'eng- teng- qui avait long-temps habité Ceylan, d'où il s'était rendu aux Indes il y avait une douzaine d'années; ils formèrent le projet de joindre une caravane pour visiter l'Inde centrale et en particulier le Bihar, dont la partie au sud du Gange formait l'ancien royaume de Magadha, célèbre dans l'histoire du Buddha comme le pays où il commença sa prédication. A dix jours de marche du temple de

Mahâbodhi (Bodh Gayâ), Yi Tsing tomba malade, resta en arrière, fut complètement dépouillé par des brigands, réussit néanmoins à leur échapper et à rejoindre ses amis. Il visita divers lieux de pèlerinage, en particulier Kapilavastu; il séjourna dix ans au célèbre temple de Nâlanda. En 685, il prit la résolution de rentrer en Chine et, par la même route, revint à Canton, chercher de l'aide pour ses travaux; après quatre mois de séjour, il repartit avec ses aides pour Çri Bhôja, où il rédigea ses notes. Il rentra définitivement en Chine en 695 et arriva l'été à LoYang; l'impératrice Wou, ancienne concubine <le T'ai Tsoung et femme de Kao Tsoung, gouvernait alors. Yi Tsing continua ses nombreux travaux et mourut en 713 à 79 ans. Après Yi Tsing, Chavannes étudie successivement Wou K'oung10, Soung Yun41,Ki YeH, Gunavarman*3, et Jinagupta**.

Wou K'oung est loin d'avoir la valeur de la plupart de ses coreligionnaires; né en 730, à Yun Yang, <Jans le Chen Si, il fit partie d'une mission d'inspection envoyée par l'empereur Hiouen Tsoung en 751, sur la demande du roi de Kipin ; le Kipin et le Cachemire (Kia che mi lo) étaient à l'origine identiques, mais sous les T'ang, ils semblent avoir été séparés ; en effet, Wou K'oung, après avoir passé par Ngan Si, Kachgar (Sou Lei), traversé les montagnes et divers royaumes, arriva en 753 au royaume de K'ien-to-lo, prononciation correcte du sanscrit Gandhara. « C'est là qu'est la capitale orientale du Kipin. » Wou K'oung distingue bien le Cachemire du Kipin (Gandhara et région environnante); notre çramana rentra en Chine par Kachgar, Khotan, Kou Tcha, Ngan Si, après une absence de quarante années et était de retour à Tch'ang Ngan en 790.

Ce fut l'impératrice Hou qui, dans son zèle religieux, envoya en mission dans les régions de l'Ouest (Si Yu)j en 518, pour y recueillir des livres et étudier la discipline, le çramana Houei Cheng, accompagné de Soung Yun, originaire de Touen Houang, et d'autres bonzes qui rentrèrent à Lo Yang, dans l'hiver de 522, rapportant 170 volumes de sïïtras et de castras traitant tous de l'enseignement du Grand Véhicule (Mahayana).

Ki Ye faisait partie d'un groupe de trois cents çramanas envoyés en 904 ou 966 aux Indes ; il partit de Kiai (Kan Sou) sur la rive gauche du He Chouei> se rendit à Ling Wou, près de Ning Hia. d'où il se mit en route pour sa destination par Leang Tcheou, Kan Tcheou, Sou Tcheou, Cha Tcheou, Hami, Tourfan, Karachahr, Aqsou, Kachgar, Khotan, arrivant au royaume de Poulou (Gilghït), Cachemire, Gandhara, Magadha. 11 rentra en Chine par le Népal. Ayant présenté les livres et les reliques qu'il avait recueillis à l'empereur T'ai Tsoung (976), il se fixa au temple de Nieou Sin (Cœur de Bœuf) au nord du mont Omei, au Se Tch'ouan, consacré au culte de Samantabhadra ; il s'y construisit une hutte dans laquelle il mourut à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. 11 avait pris des notes de voyages à la fin de chacun des 42 livres d'un exemplaire du Nirvana Sutra qui furent recueillies au xne siècle par Fan Tch'eng-ta et insérées dans son ouvrage Wou tcKouan lou. La relation de Ki Ye a été traduite par G. Schlegel puis par Ed. Huber.

Gunavarman (367-431 ap. J.-C), de la caste des Ksatriyas, descendait des rois héréditaires de Ki Pin (Cachemire); il dédaigna ce haut titre qui lui avait été offert, quitta le monde et se mit en roule; il se

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rendit à Ceylan, puis à Che P'o (Java î) dont le roi se convertit et fit construire un monastère pour Gunavarman dont la réputation se répandit au loin : les çramanas Houei Kouan et Houei Ts'oung- vantèrent les vertus du pèlerin auprès de l'empereur Wen, des Soung* (424-454) et lui demandèrent de le faire venir à la capitale Kien Ye (Nan King). L'empereur accéda à leur désir et ordonna au préfet de Kiao Tclieou (Hanoï) de conduire les çramanas à Che P'o ; mais Gunavarman avait déjà quitté ce pays pour Canton, d'où il se rendit à Chao Tcheou, puis à Nan King où il fixa sa résidence, terminant sa vie dans la prédication et la traduction des livres saints ; il mourut âgé de soixante-cinq ans.

Jinagupta qui a vécu quatre-vingts ans (525-605 ap. J.-C.) était originaire du royaume de Gandhara et demeurait à Peshawar ; il se rendit de Kapiça à Tch'ang* Ngan où il arriva en 559 ou 560, allant du Lob Nor au Kou kou Nor (Si Ning) sans passer par Touen Houang; il est connu comme l'un des religieux hindous qui ont le plus travaillé à faire connaître le bouddhisme à l'étranger par ses traductions en chinois d'ouvrages bouddhiques, en particulier de la vie du Buddha intitulée Buddhacaritra. Des pèlerins bouddhistes, Chavannes passe à d'autres voyageurs chinois.

Il nous révèle les noms des voyageurs chinois qui, du xe au xne siècle de notre ère, se rendirent, les uns à la cour des souverains Khitan de la dynastie Leao (937-1119 ap. J.-C), les autres à la résidence des empereurs Jou tchen de la dynastie Kin (1115-1234 ap. J.-C.) ; nous avons ainsi la relation de Ilu K'angtsolng, originaire de Lo P'ing* dans le Kiang Si, qui, chargé de féliciter le second empereur de la dynas-

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lie Kin de son accession au trône, partit le 2 mars 1125 et revint le 4 septembre 1125 15. Dans les Guides Madrolle16, il parlera de divers voyageurs chinois à l'étranger et il nous fera le récit d'un voyage fait dans le Nord sous les Soung par Tcheou Chan17. M. Sylvain Lévi a raconté les Missions dans Tlnde de Wang Hiuen-ts'e 18, « ce personnage, nous dit-il, contemporain de Hiouen Tsang, qui partit en simple porteur de présents officiels avec une escorte de trente cavaliers, vint se heurter à une armée entière, s'improvisa diplomate et général, coalisa le Tibet et le Népal contre l'Hindoustan, et ramena prisonnier à son empereur un roi du Magadha ». Chavannes a ajouté au récit une traduction des deux inscriptions élevées, l'une le 28 février 645 sur le Grdhrakûta, l'autre au pied du Bodhidruma le 14 mars 645 par Li I-piao et Wang Hiuen-ts'e19.

Le 9 novembre 1888, Chavannes entrait à la Société Asiatique et, dès le 1 1 janvier 1895, il devenait secrétaire à la place de James Darmesteter. Se conformant à la coutume établie par ses devanciers, Chavannes lisait un rapport annuel à la séance du 20 juin 189520, plein de faits, rempli d'aperçus nouveaux; ce fut le dernierdes rapports annuels lu à la Société; l'étendue toujours grandissante du champ des recherches, la difficulté de se procurer des renseignements à l'étranger, la multiplicilé des rapports spéciaux à chaque branche de l'orientalisme, semblaient rendre inutile la continuation d'une tradition établie par Jules Moiil et Ernest Renan. Outre un grand nombre d'articles que je cite à leur place et de comptes rendus d'ouvrages 2i, Chavannes a donné au Journal de la Société une notice sur Gabriel Devéria22. Le 8 janvier 1904, il était nommé membre de la Commission

du Journal ; il représenta la Société au XIVe Congrès des Orientalistes tenu à Alger et au 350e anniversaire de la fondation de l'Université de Genève (1909). Enfin le 11 novembre 1910, il était élu Vice- Président à la place du regretté Rubens Duval. En 1916, il fut élu membre d'honneur de la Royal Asiatic Society ; il était déjà membre correspondant de l'Académie des Sciences de Pétrograd.

M. A. Foucher, chargé d'une mission scientifique en Inde, envoya à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres les estampages et les photographies de <ûnq inscriptions chinoises découvertes à Bodh Gayâ" sur l'emplacement du célèbre temple Mahïïbodhi, dont quatre sont conservées dans l'Indian Muséum à Calcutta ; la cinquième était restée à Bodh Gayâ dans la résidence du Ma liant ou supérieur des prêtres çivaïtes. Elles représentent, à quelques fragments près, la totalité des textes lapidaires chinois trouvés en Inde; elles furent érigées, l'une par des religieux de la petite dynastie de Han qui ne purent guère revenir en Chine qu'au commencement des Soung, et les quatre autres par des religieux qui vivaient sous les règnes du troisième et du quatrième Soung. Les estampages ayant été confiés à Chavannes, il publia le premier une traduction des cinq inscriptions, devançant ainsi Schlegel qui publia la sienne dans le Young Pao et suscita une polémique dans laquelle le savant de Leyde apporta son âpreté coutumière22. Elle causa de grands ennuis à Chavannes souffrant déjà du mal qui devait le tenir absent de Paris pendant deux ans.

En 1894, Chavannes présentait au Congrès des Orientalistes de Genève des estampages de la célèbre inscription hexaglotte (sanscrit, tibétain, mongol

en caractères 'phags pa, ouighour, chinois et Si Hia) de l'année 1345 qui orne les deux parois de la porte voûtée sous laquelle passe la route de Pe King à Kalgan au village de Kiu Young Kouan, dépendant de la préfecture secondaire de Tch'ang p'ing, province de Tche Li24; grâce à la munificence du Prince Roland Bonaparte, ces inscriptions ainsi que les divers documents de l'époque mongole sont rendus accessibles aux investigations des savants de tous les pays25. Chavannes a traduit les inscriptions chinoises et mongoles, M. Sylvain Lévi, les inscriptions tibétaines, M. W. Radloff, les inscriptions ouighoures, le docteur G. Huth, les inscriptions mongoles et M. Drouin a étudié les monnaies mongoles du Recueil. L/épigraphie fut l'objet constant des études de Chavannes.

11 étudia dix inscriptions chinoises de l'Asie centrale d'après les estampages recueillis par M. Ch.-E. Bonin au cours de la mission scientifique dont il avait été chargé de 1898 à 190026; elles représentent la presque totalité des inscriptions anciennes de l'Asie centrale connues des érudits chinois et en ajoutent d'autres qui étaient jusqu'ici complètement inédites; c'était tout un chapitre de Pépigraphie chinoise qu'elles permettaient de reconstituer. Ces monuments peuvent être répartis en trois groupes : 1. Le lac Barkoul et Koulcha; II. Le temple du Grand Nuage à Leang Tcheou ; IIï. Les grottes de Mille Buddhas, près de Cha Tcheou. Nous le verrons étudier successivement les inscriptions des Ts'in27, une inscription du royaume de Nan Tchaos^ trois inscriptions relevées par M. Sylvain Charria29, l'inscription joutchen de K'ien Tcheou30, quatre inscriptions du Yun Nan rapportées par le Comman-

<lant d'Ollone31; nous avons vu qu'il avait traduit celles qui se rapportaient à Wang Hitien-ts'e.

Son activité inlassable lui permettait de collaborer à la Revue de Paris 32, à la Revue critique'*, à la Revue de Synthèse historique 3i, à la Revue de l'Histoire des Religions2*, à la Grande Encyclopédie v>, aux Annales de Géographie 36his.

Un nouveau champ d'études s'ouvrait aux Orientalistes. En 1890, Nicolas Yadrintsev découvrait dans le voisinage de l'Orkhon, affluent de la Selenga, qui se jette dans le lac Baïkal, des inscriptions qui furent l'objet de missions considérables, finlandaises et russes, dans les régions de l'Iénissei et de l'Orkhon, dont les principaux résultats furent le déchiffrement des inscriptions Kôk-turques de cette région par l'illustre philologue de Copenhague, Vilh. Thomsen, et l'établissement de l'emplacement exact de Kara Koroum. D'autre part l'exploration des oasis de l'immense désert de sable mouvant (Lieou Cha) à l'ouest de la Grande Muraille dans le Kan Sou allait nous révéler les documents qui permettraient de dévoiler le secret du passé historique de la vaste région occidentale que les Chinois appelaient le Si Yu. Parmi les voyageurs qui ont exploré ces contrées difficiles se place au premier rang Sir Aurel Stein dont nous avons retracé les travaux dans deux articles du Journal des Savants. Il devait trouver en Chavannes le plus zélé des collaborateurs. Jadis Stanislas Julien avait recueilli un certain nombre ée renseignements sur les peuples du Si Yu et en particulier sur les Ton Kioue (Turcs) *. Chavannes reprit la question en entier et dans un remarquable

* Journal asiatique, 1064.

travail édité par l'Académie des Sciences de Saint- Pétersbourg*, il nous fit connaître tout ce que, d'après les sources chinoises, on savait de ces Tou Kioue occidentaux, qui après avoir été la grande puissance de l'Asie centrale de la première moitié du vie siècle au milieu du vne siècle furent subjugués par les Chinois en 659 37.

Le docteur (depuis Sir) Aurel Stein, à la suite de son voyage en Asie centrale au cours des années 1900-1 901, avait confié à Chavannes le déchiffrement des nombreux documents chinois qu'il avait rapportés de son exploration; ceux qui furent trouvés à Dandân-Uilîq, dont les dates s'échelonnent de 768 à 790, se rapportent à la période où l'influence chinoise subsistait encore dans tout le Turkestan oriental, bien qu'il n'eût déjà presque plus de communications avec le Gouvernement central; un certain nombre de documents chinois écrits sur des fiches minces et étroites de bois trouvées à Niya, se rattachent au début de la dynastie Tsin, qui commença de régner en 265 ap. J.-C. ; enfin quelques graffitti et documents chinois de bien moindre importance furent trouvés au fort d'Endere. Les traductions et les notes de Chavannes ont été insérées dans le grand ouvrage publié par Stein sous le titre de : Ancient Rhotanz%. L'étude de ces fiches lui suggéra sans doute le sujet de son curieux mémoire sur Les Livres chinois avant Vinvention du papier®.

A la suite de ses explorations en 1906-1908, Stein confia naturellement à Chavannes l'examen des documents chinois trouvés dans cette nouvelle campagne et le résultat en a été publié en 1913 à Oxford40 en un gros volume. C'était sans doute un grand honneur pour notre compatriote, mais il était redou-

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table : « Je n'ai pas tardé à m'en apercevoir, écrit Chavannesdans son avant-propos, lorsque je nie suis trouvé en présence de 2,000 pièces environ qu'il a fallu d'abord examiner à la loupe une à une pour faire le départ entre celles qui étaient inutilisables et celles qui étaient susceptibles d'être déchiffrées. Une moitié des fiches qui constituent la grosse masse de ces textes ayant été ainsi éliminées, j'ai dû lire celles qui restaient, les classer et les traduire. »

Les documents, qui vont de 98 av. J.-C. à 137 ap. J.-C. sont les plus anciens manuscrits chinois qu'on connaisse jusqu'à ce jour; les fiches en bambou du Tchoit chou ki nien qui devaient remonter à l'an 300 av. J.-C. et furent exhumées en 281 ap. J.-C. ont maintenant complètement disparu; l'importance paléographique de ces fiches est donc considérable; elles donnent des renseignements sur l'origine des Chinois de garnison, moitié du Chan Si et du Ho Nan, moitié recrutés sur les lieux, qui gardaient la barrière; sur les signaux de feu; les soldats de garnison entretenaient les feux, assuraient le ravitaillement des ambassades chinoises se rendant vers l'Ouest et faisaient par conséquent des approvisionnements; des colonies militaires mentionnées pour la première fois en 101 av. J.-C. avaient été établies dans l'Ouest; les soldats qui les composaient devaient fabriquer des briques non cuites, pour construire ou réparer les bâtiments; ils étaient armés d'épées et d'arbalètes. Deux fiches sont consacrées à des traités de divination; sur d'autres sont écrites des recettes médicales; des débris renferment des fragments du Ki tsieou chang, petit vocabulaire où les mots sont rangés par catégories, sans d'ailleurs qu'aucune explication de leur sens soit don-

née. On trouve également des fragments de calendriers qui permettent d'établir avec une certitude absolue le calendrier des années 63, 59, 57, 39 av. J.-C; 94 et 153 ap. J.-C. On voit donc la richesse d'information que nous apportent ces documents dont l'examen fatigua grandement la vue de Chavannes.

D'autre part, les documents trouvés dans l'Asie centrale ouvraient également à Chavannes un nouveau champ de recherches. En effet un mémoire de Chavannes inséré au Journal asiatique de 1897 sur le Nestorianisme et l'inscription de Kara Balgasoun 41 est l'origine des recherches de Devéria sur les Mo ni w dont il fit très ingénieusement des Manichéens et non des Musulmans. Chavannes devait reprendre avec M. Pelliot cette question du manichéisme en traduisant un fragment d'un ouvrage manichéen chinois recueilli en 1908 dans les grottes de Touen Houang par le second et publié à Pe King en 1909 dans le Touen Houang che che yi chou; les deux savants ont joint à leur travail un commentaire qui jette un nouveau jour sur cette religion à laquelle Saint-Augustin n'a pas peu contribué à donner de l'intérêt *3.

Moni est la transcription de Mani, appelé aussi Manès, le fondateur chaldéen de la religion qui .porte son nom empruntée à celle des Chaldéens et des Perses, ou tout simplement au mazdéisme avec un bien faible apport, et encore est-il douteux, de christianisme. Mani fut mis à mort vers 274, mais sa doctrine se répandit rapidement non seulement en Perse mais aussi en Asie centrale. La découverte de documents à ldiqut Chahri par von Lecoq et à Touen Houang par Pelliot a jeté un jour nouveau sur l'ex-

•pansion du manichéisme de l'Asie orientale et a permis de juger de la beauté d'un art qu'on croyait perdu. Le savant chinois Tsiang Fou pense que le Manichéisme a commencé de pénétrer en Chine sous les Tcheou du Nord (558-581) et sous les Souei, pendant la période K'ai houang (581-600), mais il me semble que cette doctrine n'est mentionnée pour la première fois qu'au vn° siècle par le célèbre pèlerin Hiouen Tsang. En 631, un mage nommé Ho lou ou Ha loi] arriva en Chine, et il est alors question des Moni, mais il paraîtrait que les allusions faites alors à une religion étrangère s'appliquent plutôt au mazdéisme, qui florissait au Chen Si dès le ier siècle de notre ère, qu'au manichéisme. En tout cas la première mention certaine du manichéisme se rapporte à l'arrivée d'un fou-to-tan persan qui, en 694, fait connaître à la capitale le Eut Tsoung Ki.n g ou Livre des Deux Principes. Nous notons l'arrivée d'un astronome manichéen en Chine en 719, et sa science eut certainement une grande influence sur le développement de sa religion, qui ne paraît pas avoir souffert d'un édit de Hiouen Tsoung* en 732, qui déclara il perverse la doctrine de Moiii se dissimulant sous le nom de bouddhisme. Les Ouighours connurent le manichéisme lors de leur occupation de Lo Yang en 762-763.

Obligé de renoncer à la publication de la Revue de V Extrême-Orient, faute de caractères chinois, drs que je me fus assuré le concours de l'imprimerie orientale de E.-J. Brill de Leyde, je créai un nouveau périodique consacré à l'Extrême-Orient et je m'associai, comme co-directeur, le docteur Gustave Sehlegel, professeur de chinois à l'Université de cette ville : ce fut le Toung Pao, dont le premier numéro

parut le 1er avril 1890. Schlegel mourut le 15 octobre 1903 et je restai seul à la tête du Toung Pao. Spontanément, Chavannes, oubliant la controverse^ qu'il avait soutenue contre Schlegel me proposa sa collaboration comme co-direcleur que j'acceptai avec empressement : « Je ne doute pas, m'écrivait— il, le 22 février 190i, que nous ne puissions faire, en réunissant nos efforts, une œuvre fort utile, et je crois qu'avec le Bulletin de l'Ecole d'une part et le T'oimg Pao de l'autre, la sinologie française tiendra une place honorable dans le monde scientifique. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que vous n'ayez jamais à regretter de m'avoir associé à l'œuvre dont vous êtes le fondateur. » Depuis le 1er janvier 1904, Ghavannes a donc travaillé avec moi à la rédaction d'une revue dont la guerre même n'a pas interrompu la publication; pendant près de quinze ans nous avons collaboré à l'œuvre commune sans que jamais la moindre divergence d'opinion causât le moindre arrêt dans l'unité de nos efforts. Les débuts furent durs, car le caractère agressif, personnel, autoritaire de Schlegel avait éloigné du T'onng Pao tous ses collaborateurs; pendant quelques mois le labeur fut incessant, mais, à force de travail et de persévérance, nous avons surmonté les difficultés de la première heure. Ce que fut la collaboration de Chavannes, on en jugera par les nombreux et importants articles que j'ai cités au cours de cette notice44; ses nécrologies45, ses 170 comptes rendus de livres46.

Tant de travaux méritaient une récompense ; d'ailleurs, depuis la mort de Devéria, aucun sinologue n'appartenait à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui, le 20 février 1903, élut Cha-

vannes membre ordinaire à la place d'Alexandre Bertrand. Le 29 avril 1904, il lisait une notice sur la vie et les travaux de son prédécesseur47, et la même année, le 18 novembre, il obtenait à la séance publique annuelle de l'Académie un véritable succès avec un intéressant travail sur les Prix de Vertu en Chine48. Lorsqu'il devint, en 1915, Président de l'Académie, il sut parler le langage patriotique qui convenait aux circonstances graves que traversait la France et ses confrères garderont toujours le souvenir des paroles vibrantes qu'il prononça à diverses reprises49. Comme membre de la Commission du Prix Stanislas Julien et de l'Ecole d'Extrême-Orient et du Comité du Journal des Savants, il apporta à l'Académie une précieuse collaboration ; il portait à l'École fondée à Hanoï par M. Paul Doumer le plus vif intérêt qu'il lui témoigna en collaborant à son excellent Bulletin.

Outre l'itinéraire de Soung Yun et ses notes sur Ki Ye, Cliavannes a donné au Bulletin de V École française d* Extrême-Orient deux curieux mémoires sur des estampages de monuments conservés à Si- Ngan Fou dans le musée épigraphique connu sous le non) de « la Forêt des Stèles, », Pet Lin. Le premier est consacré à deux cartes géographiques dont les originaux sont gravés sur pierre et remonteraient à l'année 1 137 ; ils seraient les deux plus anciens spécimens de la cartographie chinoise50; l'autre sont les Instructions de l'empereur Houng Wou (1368- 1398) publiées en 1537 et illustrées par Tchoung Houa-min, contrôleur du thé et des chevaux dans le Chan Si et autres lieux, renfermant six maximes du premier empereur Ming, prototype des seize maximes du Saint Édit publié en 1071 par l'empereur K'ang Hi

et paraphrasé en 1724 par son fils l'empereur Young Tcheng34. Au même recueil il a donné, d'après une stèle de 1488, un troisième article sur les neuf neuvaines de la diminution du froid**.

Le 15 janvier 1903, paraissait sous les auspices de l'Institut le premier numéro d'une nouvelle série du Journal des Savants auquel l'Etat cessait de s'intéresser. Chavannes y débutait cette même année par un compte rendu de la Geschichte der Chinesischen Litteratur de Wilh. Grube et une note bibliographique sur le Compte rendu analytique des séances du Premier Congrès international des Etudes d'Extrême-Orient tenu à Hanoï en 1902. A partir de janvier 1909, le Journal des Savants passant sous la direction exclusive de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Chavannes fut un des six puis des einq membres du Comité qui, avec le Bureau assurèrent la publication. Toutefois, ses multiples travaux ne lui permirent pas d'apporter une active collaboration au Journal dans lequel je ne relève de lui que deux notes bibliographiques en 1909 et

Ce fut grâce à l'initiative de Chavannes que l'Académie entreprit, en 19 13, cette belle série de Mémoires concernant l'Asie Orientale5'*, dont le troisième volume est sous presse avec un article de lui heureusement terminé ; le quatrième volume devait contenir un mémoire de Petrugci revisé par Chavannes sur les grandes peintures de la Collection Aurel Stein ; espérons que cette publication, arrêtée deux fois par la mort, ne sera pas abandonnée.

Son désir de reprendre et de compléter les recherches qu'il avait jadis commencées en Chine le détermina à entreprendre un grand voyage archéo-

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logique dans le Nord de la Chine. Ce ne fut pas sans une grande appréhension que je le vis partir; un plein succès a couronné ce que je considérais comme un acte de témérité.

Chavannes quitta Paris le mercredi 27 mars 1907 à 10 heures du soir, et par le chemin de fer sibérien il arriva à Moukden le 14 avril; il resta dans cette ville jusqu'au 22 ; il y visita le palais impérial et y prit les moulages de plus de soixante miroirs métalliques qui y sont conservés; ces moulages sont aujourd'hui au Musée Guimet ; il se rendit à la tombe impériale du Nord (pei ling) et en allant à la frontière coréenne à la sépulture impériale de l'Est {toung ling55; il profita en effet de son séjour dans cette région pour étudier à T'oung Keou sur le Yalou une stèle du ve siècle56 dont l'inscription a été publiée par M. Courant (J. As., 1898, I, p. 210-238), sur l'emplacement de la capitale de l'ancien royaume de Kao-Keou-li un groupe important de tombes et le vieux rempart nommé Chang tch'engseu, « le rempart dans la montagne ». De Mandchourie il se rendit à Pe King qu'il quitta le 29 mai avec un jeune privat-docent de l'Université de Saint-Pétersbourg, M. Alexeieff57, dont il avait fait la connaissance à Paris. Ils visitèrent ensemble le Chan Toung, puis se rendirent au Ho Nan. A Koung Hien ils visitèrent les sépultures des empereurs de la dynastie Soung, Jen Tsoung et Houei Tsoung; de Ho Nan fou ils allèrent à Loung men où ils restèrent douze jours, du 24 juillet au 4 août, mais où Chavannes, en nettoyant les grottes, eut un panaris malencontreux à l'index de la main droite; le 30 août il était à Si Ngan fou, qu'il quitta le 6 septembre pour visiter, à K'ien Tcheou, la sépulture de l'empereur Tang Kao

Tsoung ; à Li Ts'iuan, celle de T'ang Taï Tsoung, où il photographia les six chevaux en bas-relief qui sont un des monuments les plus importants de l'art des T'ang, et à Pou Tch'eng, les tombes de Jouei Tsoung et de Hien Tsong des T'ang. Il se rendit ensuite à Han tch'eng hien, au lieu de naissance de Se-ma Ts'ien, puis, ayant traversé le Houang Ho, arriva à T'ai Youen fou ; il visita le massif du Wou T'ai Chan, où sont les temples consacrés au culte de Manjuçri ; il revenait par Siouen houa fou à Pe King où il était de retour le 4 novembre. Au cours de son voyage, Chavannes avait visité le T'ai chan58, la montagne sacrée du Chan Toung, dont il devait étudier le culte dans une savante monographie; le temple funéraire de Confucius et celui de Me n ci us ; la forêt des stèles à SiNgan fou, etc. Les deux points extrêmes du voyage que Chavannes a accompli du 29 mai au 4 novembre 1907 ont été T'oung Keou, sur le haut Yalou, le fleuve qui sépare la Corée de la Mandchourie, à l'est, et K'ien Tcheou à l'ouest, à trois jours de marche au delà de Si Ngan, capitale de la province du Chen Si; il a donc parcouru la province mandchourienne de ChengKinget les provinces chinoises de Chan Toung, de Ho Nan, de Chen Si et de Chan Si. Il était de retour à Paris le 5 février 1908 59. Un volume en deux parties et deux cartables renfermant 488 planches nous donnent les premiers résultats de cette mission fructueuse qui ont été chaudement accueillis dans le monde savant60; je reviendrai sur ce volume, consacré à la sculpture. Que de regrets ne devons-nous pas exprimer de ce que le commentaire entier de ce grand voyage archéologique n'ait pu paraître !

Chavannes avait débuté en 1893 par un ouvrage

sur la sculpture sur pierre en Chine dans lequel il avait étudié les monuments du Chan Toung- qu'il visita le 27 janvier 1 81) J . Ce fut toujours pour lui un sujet de prédilection. Il retourna dans cette province en 1907 et put ainsi compléter ses premières recherches. L'ensemble des monuments formant le groupe de Wou Leang- ts'eil est le plus considérable des sculptures de l'époque des empereurs Han ; ils sont situés dans Pouest de la province de Chan Toung-, au pied d'une colline, au sud de Kia siangbien. Le temps et les hommes, les hommes surtout, ont détruit les chambrettes funéraires dont remplacement est signalé par des piliers existant encore aujourd'hui, érigés en 147 de notre ère par quatre frères Wou en l'honneur de leur père et de Wou Pan, mort prématurément, fils de Wou K'aiming", le dernier d'entre eux. Cinq inscriptions appartiennent à ces tombes et sont datées 11 et 21 avril 147, 14 décembre 148, 4 juillet 151, et 167. Chavannes allait pouvoir étudier cette sculpture dans une autre partie de la Chine, où l'on retrouva le chaînon qui reliait l'art du Gandhara, l'Inde, à l'Extrême-Orient : les sculptures bouddhiques qui ornent les grottes de Yun Kang- à une quinzaine de kilomètres de la ville de Ta T'oung-, dans la partie septentrionale de la province du Chan Si. D'un texte historique, sig-nalé par Chavannes dès 1902, il appert que ces monuments ont été exécutés au ve siècle de notre ère, sous la dynastie des Wei du Nord, de race toba, c'est-à-dire non chinoise, qui emprunta très probablement ses modèles à Tourfan. En 494, l'empereur Wei, Kao Tsou, transféra sa capitale plus au sud, à Lo Yang-, dans la province de Ho Nan. Avec ce déplacement de -capitale, il y eut un déplacement de l'art, et le défilé

de Loung Men (Porte du Dragon) remplaça lesgrotles de Yun Kang, comme dépositaire de l'art des Wei qui avait atteint son apogée et devait désormais décliner. Le défilé de Loung Men ou I-K'iue « Piliers du I » est formé par deux montagnes entre lesquelles coule la petite rivière I, affluent de la. rivière Lo, qui elle-même se jette dans leHouaugHo ;. cette localité se trouve à une trentaine de li au sud de Ho Nan fou ; en 1899, l'ingénieur des mines Leprince-Ringuet prit des photographies des excavations creusées dans les parois rocheuses du défilé et Chavannes étudia l'âge des excavations et des hauts reliefs61. Depuis il a visité Loung Men et nous en a rapporté la description détaillée ; on y comptait, à l'époque des Wei, huit temples dont les deux premiers furent construits en 500 par l'empereur Che Tsoung en l'honneur de son père Kao Tsou et de sa mère. Peut-être pensera-t-on toutefois que les plu& beaux spécimens de l'art sculptural chinois sont les grandes dalles sur lesquels sont sculptés en relief de dix centimètres d'épaisseur, à plus de demi-grandeur naturelle, les six coursiers favoris de T'ai Tsoung, le célèbre empereur des T'ang (627-649), dont ils ornent la tombe à Li ts'iuan bien, province de Chen Si ; Chavannes nous en a rapporté de fidèles reproductions photographiques d'autant plus précieuses que ce monument paraît avoir été endommagé depuis.

Le plus ancien monument de la sculpture chinoise date de 117 av. J.-C. ; c'est l'un des chevaux de pierre qui ornaient la tombe d'un général chinois. En dehors de sa valeur comme document d'histoire, il faut avouer que la sculpture sur pierre en Chine,, sauf quelques exemples, n'offre vraiment qu'un,

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intérêt de curiosité, et forl peu de satisfaction artistique. Certes la peinture de la Chine et de l'Asie centrale a infiniment plus de valeur au point de vue de l'art. Chavannes n'eut garde de négliger cette branche de l'art chinois qu'il a étudiée depuis Kou K'ai-tche, le célèbre peintre de la seconde moitié du ive siècle de notre ère dont on conserve une œuvre au British Muséum, jusqu'à la période éclectique et décadente, de la période K'ien Loung62.

Nous avons dit quel intérêt Chavannes prenait à l'étude du boudhisme lorsqu'il racontait les pérégrinations des pèlerins en quête des livres sacrés. Du Tripitaka chinois, dès 1905, il tirait quelques fables et contes dont il donnait communication au Congrès des Orientalistes d'Alger63 ; quatre ans plus tard, il donnait une notice sur le Sogdien Seng houei64 qui avait traduit en chinois vers le milieu du 111e siècle de notre ère deux recueils de contes bouddhiques et était un de ceux qui, les premiers, ont répandu en Extrême-Orient le folklore de l'Inde. En 1910-1911, parut, puisé à la même source, son grand recueil de cinq cents contes formant trois volumes ^, dont le quatrième comprenant les notes et les tables terminé en manuscrit sera imprimé par les soins de ses amis dévoués MM. Sylvain Lévi et A. Foucher ; le 13 novembre 1908, la Société Asiatique avait accordé une subvention pour l'impression de ce grand ouvrage; enfin il donnait la version chinoise du conte bouddhique de Kalyânamkara et Pâpamkara66. Il avait été précédé dans ce champ d'études par Stanislas Julien qui, en 1859, sous le titre de Les Avadànas, avait donné en trois petits volumes une collection de contes et apologues indiens. Jusqu'au dernier moment, peut-on dire, Chavannes s'occupa

du bouddhisme67, et il laisse à son ami M. Sylvain Lévi le soin de terminer deux mémoires qu'ils avaient commencés ensemble.

Un heureux hasard — la découverte en 1899, dans le Ho Nan, dans- le lôss, de milliers de fragments d'écaillés de tortues et d'os d'animaux couverts de caractères — a jeté une petite lueur sur l'histoire ancienne de la Chine. Ce qui fait le grand intérêt de cette découverte, c'est que, au dire de Chavannes, on retrouve sur certaines de ces écailles des noms tels que Ta Kia, Tsou Sin, Tsou Ting, P'an Keng, Tsou Keng, etc., qui sont ceux d'empereurs de la dynastie des Yin. « Ces documents, écrit Chavannes, malgré leur aspect fragmentaire, présentent un grand intérêt. Tout d'abord, ils paraissent bien être les plus anciens monuments écrits de la Chine et ils permettent de remonter à une étude de l'écriture (jue nous ne pouvions atteindre jusqu'ici ; pour suivre les évolutions des formes graphiques des caractères, ils apportent des indications toutes nouvelles68. »

Nous donnons les titres69 de quelques mémoires qui n'ont pas été signalés dans ces pages, en attirant particulièrement l'attention sur l'important travail sur la Chancellerie chinoise à l'époque des empereurs mongols de la dynastie des Youen, travail capital pour l'histoire du xine et la première moitié du xive siècles70.

S'intéressant également aux recherches des savants et des voyageurs, l'exploration de M. Jacques Bacot chez les populations Mo-sos du Yun Nan lui donne l'occasion de reconstituer l'histoire de Li Kiang, leur ancienne capitale71, tandis qu'une mission archéologique au Tche Kiang de M. Henri Maspero lui

fait écrire la chronique du royaume de Wou et de Yue fondé près de Hang Tcheou par un certain Tsien Lieou, né en 852 n. Il ne négligeait pas non plus les questions d'actualité et nous le verrons consacrer des articles à l'empereur Kouang Siu73, lors des graves événements de 1900, ainsi qu'aux Boxeurs74, et plus tard aux chemins de fer en Chine75.

Au sujet des Boxeurs ou plutôt de la Société / ho tfiuen 'U5 fn ^ « 'e poing de la concorde publique », Chavannes publia deux documents officiels insérés dans le journal chinois Houei Pao (2 $* , imprimé par les PP. Jésuites de Zi-Ka-wei (nos 185-188, des 11, 14, 18 et 21 juin 1900), qui prouvent que cette association existait dès le commencement du xixe siècle. — Dans un autre mémoire, Chavannes nous montre par des exemples que « le décor dans Part populaire chinois est presque toujours symbolique; il exprime des vœux ». Il a consacré un travail à l'histoire du royaume Clian, appelé par les Chinois Nan Tckao jg |g qui a existé au Yun Nan depuis 738 et qui a été détruit en 1252 par les Mongols.

Chavannes avait accompli en vingt-cinq ans une tâche qui aurait demandé une longue vie d'homme ordinaire. Il était surmené. Lorsque la guerre éclata à sa lassitude s'ajoutèrent ses angoisses patriotiques 11 avait au plus haut degré le sentiment du devoir, craignant toujours de ne l'avoir pas accompli entièrement. Il se privait du lait nécessaire à sa santé sous prétexte qu'il devait être exclusivement réservé aux vieiljards, aux enfants et aux malades, comme si lui-même n'était pas un malade. Trois fois par semaine il venait à Paris pour s'entretenir en chinois avec déjeunes indigènes, cherchant ainsi à se rendre utile à son pays dune autre manière. Dès la

première heure de la guerre, avec le concours dévoué de MmeChavannes, il s'occupa à Fontenay-aux-Boses, où il avait établi sa résidence depuis son retour de Suisse, d'un refuge pour les Belges et les réfugiés du Nord de la France, qui fut pour les deux époux une source de fatigues et de grands ennuis. En 1915, sa présidence de l'Académie des Inscriptions à laquelle il apporta le plus grand zèle fut pour lui une nouvelle période de fatigue. La mort de son ami Petrucci, le 17 février 1916, fut un nouveau coup; il dépensa ses forces à classer les papiers du regretté savant avec une ardeur et un dévouement qui achevèrent de l'épuiser. Il faut joindre à tous ces motifs de préoccupation ou de chagrin l'anxiété que lui causait un fils unique, faisant bravement sur le front son métier périlleux d'aviateur. Quand la maladie le frappa, la mort le guettait et saisit avec brutalité une proie trop facile, hélas!

Depuis vingt ans les études chinoises ont subi deprofondes transformations. Bossuet a pu oublier la Chine tout en parlant longuement des Scythes dans son Discours sur l'Histoire Universelle. Tout en s'étonnant qu'un esprit aussi ouvert que l'était celui de Benan ait pu croire qu'on pouvait écrire l'histoire de l'humanité en laissant de côté un bon tiers de la population du globe, on a pu lire encore dans la préface de VHistoire dit Peuple d'Israël : « Pour un esprit philosophique, c'est-à-dire pour un esprit préoccupé des origines, il n'y a vraiment dans le passé de l'humanité que trois histoires de premier intérêt : l'histoire grecque, l'histoire d'Israël, l'histoire romaine. Ces trois histoires réunies constituent ce qu'on peut appeler l'histoirede la civilisation, la civilisation étant le résultat de la collaboration alterna-

tive de la Grèce, de la Judée et de Rome. » Renan ne pourrait écrire cette phrase aujourd'hui. Les découvertes des inscriptions de l'Orkhon et de Hénissei, les fouilles dans l'Asie centrale, l'ouverture des grottes de Touen Houang, l'étude de la sculpture sur pierre, des textes chinois plus nombreux rendus accessibles aux savants ont donné à la Chine sa place dans l'histoire du monde qui comprend désormais l'universalité du globe et non plus quelques territoires de l'Europe et de l'Asie antérieure, dont les habitants avaient confisquée leur profit tout le passé de l'humanité. Beaucoup de sinologues, prisonniers de leur spécialité, faute d'une culture générale suffisante, doués de peu de curiosité scientifique, manquent de points de comparaison et ont par suite une tendance à restreindre le champ de leurs investigations. Chavannes, grâce à une forte instruction première, grâce à l'éducation classique indispensable pour aborder sérieusement toute étude scientifique, a pu donner à ses recherches l'ampleur qu'elles comportaient, tout en se refermant volontairement dans son domaine des études chinoises dans lequel il était sans rival. Sauf la linguistique, il en a cultivé les diverses branches, mais c'est surtout dans l'histoire et dans l'archéologie qu'il a laissé sa trace profonde. La réputation de Chavannes, déjà grande à l'étranger aussi bien qu'en France, ira en augmentant avec le temps et il laissera le nom du premier sinologue de son temps.

1. — Premiers principes métaphysiques de la science de la nature... accompagnés d'une introduction sur la philosophie de la nature dans Kant, par Ch. Andler et Éd. Chavannes. — Paris, 1891, in-8.

2. — Les articles de Chavannes ont paru dans les numéros du Temps des 4-25 juillet, 12-22 septembre et 2 novembre 1889.

3. — Le Traité sur les sacrifices Fong et Chan de Se ma Ts'ien traduit en français par Edouard Chavannes. — Extrait du Journal of the Peking Oriental Society. — Péking, Typographie du Pei-T'ang, 1890, in-8, pp. xxxi-95.

4. — La Sculpture sur pierre en Chine au temps des deux dynasties Han par Edouard Chavannes. Ouvrage publié sous les auspices du Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts (Comité des Travaux historiques et scientifiques, section de Géographie historique et descriptive). — Paris, Ernest Leroux, 1893, in-4, pp. xl-88, pi.

5. — Edouard Chavannes. — Du rôle social de la Littérature chinoise. (Revue Bleue, LU, 1893, II, 16 décembre 1893, pp. 774-782).

Leçon d'ouverture faite au Colloge de France le 5 décembre 1893

Tirage à pari : Paris, aux bureaux de la Bévue Bleue, 1893, br. in-8, pp. 31.

6. — Les Mémoires historiques de Se-ma Ts'ien traduits et annotés par Edouard Chavannes, Professeur au Collège de France. Publication encouragée par la Société Asiatique. — Tome premier. — Paris, Ernest Leroux, 1895, in-8, pp. ccxlix-367.

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