‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 11 sur 100 · Collection · texte numérisé non relu

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pensé qu'en chargeant un armateur de la Direction des nouveaux arméniens et en permettant aux particuliers de s'y intéresser, elle concilieroit la protection qu'elle doit à ses sujets avec les précautions qu'elle a cru nécessaires pour assurer les approvisionnemensen cette partie. Et Sa Majesté ayant lieu d'être satisfaite du choix qu'elle a déjà fait du sieur Grand Clos Meslé, elle a jugé à propos de lui confier encore la Direction des nouvelles opérations qu'elle a résolues, à quoi voulant pourvoir, ouï le rapport du sieur Lefevre d'Ormesson, conseiller d'État ordinaire, et au Conseil Royal, Contrôleur Général des finances. Le Roi, étant en son Conseil, a ordonné et ordonne ce qui suit.

Article premier.

Le Roi a accordé et accorde, pour l'avenir, au sieur Grand Clos Meslé, le privilège des expéditions et retours du Commerce de la Chine ; veut néanmoins Sa Majesté que ceux de ses sujets qui voudront .participer aux bénéfices de ce commerce puissent s'y interresser soit par actions, soit à la grosse, ou autrement.

Sa Majesté autorise ledit sieur Grand Clos Meslé à acheter ou à faire construire dès à présent les batimens convenables pour chaque Expédition ; l'autorise de même à acheter ou à faire fabriquer dès à présent les marchandises qui doivent former les cargaisons.

Le produit des cargaisons de retour, ensemble les Batimens, agrès et apparaux demeureront spécialement affectés aux remboursemens des capitaux et des bénéfices apartenant aux intéressés.

En conséquence des dispositions portées au présent arrêt et jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné par Sa Majesté, il sera sursis à la délivrance des permissions qui pourroient être demandées pour le commerce de la Chine.

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par des armateurs particuliers, soit en France, soit aux Isles de France et de Bourbon.

Fait au Conseil d'État du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 1783.

On put craindre dès 1785 que la paix de l'Europe ne tut de nouveau troublée; l'empereur Joseph 11 était en difficultés avec la Hollande; une guerre générale pouvait en résulter. L'Angleterre, en prévision d'une lutte qui lui fermerait les marchés de l'Extrême-Orient, à la grande inquiétude de la France, forçait ses approvisionnements de thé et laissait entrevoir d'alarmantes visées politiques. Sur 48 vaisseaux venus d'Europe en 1786, 29 étaient anglais, un seul français ; ces navires descendaient le Tigre, lorsque d'Entrecasteaux arrivait à l'embouchure de ce fleuve. Voici ce qu'était alors la valeur de ce commerce anglais comparé au nôtre :

Un tableau de balance fait monter l'importation des marchandises anglaises en 178G, sur 29 vaisseaux tant d'Europe que de la cote à 30,500,000".

Il a été exporté sur ces mêmes vaisseaux des marchandises de la Chine pour 49,612,500 u, d'où il résulte que la Compagnie anglaise est redevable aux marchands chinois de 19.102,560".

La Compagnie française n'a importé que pour 941,835" de marchandises sur un seul vaisseau. Sur 92 vaisseaux tant d'Europe que de cote qui ont paru en Chine, il y en a 52 anglais.

/Vvec une légèreté inconcevable* avant même que la liquidation de la Compagnie des Indes fût terminée, M. de Calonne fondait une nouvelle Compagnie le 1 I avril I 7S;>. Au dire de d'Entrecasteaux, une nouvelle Compagnie était créée « dans la vue de

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prévenir les abus qu'une liberté trop indéfinie dans le commerce pourrait occasionner ». C'était l'établissement de cette nouvelle compagnie, plus encore que le départ de notre représentant Vieillard, qui devait amener la transformation du consulat de Canton en simple agence du roi. Un traité de commerce et de navigation signé le 26 septembre 1786 entre la France et l'Angleterre, plus favorable aux Anglais qu'aux Français, n'améliorait pas notre situation commerciale.

D'Entrecasteaux ne me paraît pas autrement confiant dans notre commerce avec la Chine ; nos articles d'exportation ne peuvent entrer en balance avec les marchandises que nous venons chercher à Canton ; le nombre restreint de nos navires augmente les frais, l'inondation des produits anglais fait diminuer les prix; il faudrait déplacer notre commerce de Canton plus au Nord ; on ne songe pas encore à la vallée du Kiang, mais déjà Amoy, sur la côte du Fou-Kien, a permis aux Espagnols de faire un commerce relativement indépendant. Les Anglais qui, après les Portugais, se sont rendus maîtres du commerce de Canton, de façon à l'empêcher de se répandre dans l'intérieur, ne montrent aucune influence dans les autres points maritimes ; par suite, il était possible, soit par Amoy, soit par un autre point, de déplacer un centre commercial trop particulier.

La colonie française de Canton avait à sa tête le vice-consul Philippe Vieillard, fils d'un médecin de la Faculté de Paris, alors âgé de 42 ans. Il vivait avec une Portugaise, dont il avait cinq enfants et qu'il abandonna avec la plus grande désinvolture, sans avoir tenu un engagement de lui payer 2,000

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piastres1. On le retrouvera jouant un rôle comme électeur à Paris pendant la Révolution. Paul- François Costar, second de Vieillard, était d'un an plus âgé que lui : il était fils d'un secrétaire général de la Compagnie des Indes ; il avait reçu l'ordre de remettre tous les papiers de la Chancellerie à de Guignes, qui était tenu d'en faire un inventaire avant de les recevoir. On avait eu d'abord 1 idée d'embarquer Costar sur la Subtile pour le ramener en Europe, mais il avait des intérêts à Macao, et on laissa une lettre à M. de Montigny pour prier ce dernier de laisser monter le chancelier sur le premier bateau à destination de France. L'interprète, Jean-Charles-François Galbert, avait 30 ans; fils d'un ancien subrécargue de la compagnie, il parait un peu moins fou que ses compagnons. Le jeune de Guignes, âgé de 28 ans, fils d'un homme célèbre, membre de 1 Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, arrivait trop récemment pour être d'une utilité sérieuse; cependant, faute de pouvoir nommer deux autres Français de Canton, Sébire et Bourgogne, qui auraient été de meilleur choix, quoiqu'ils fussent criblés de dettes, d'Entrecasteaux nomma agent du roi de Guignes, qui, probablement fort surpris de la chose, demanda confirmation de son mandat au .Ministre, par lettre datée de Canton, le l mars 1787 ; il est vrai que d'Entrecasteaux ignorait à ce moment que La Pérouse avait eu à se plaindre de De Guignes à Macao, et le grand navigateur ne manqua pas de manifester son étonnement d'un choix semblable. Plus tard, on songea à réduire les attributions de De Guignes en lui laissant

I. Lettre écrite par Uostar à d'Entrecasteaux; Macao, 19 février

son simple rang* d'interprète et en confiant le rôle d'agent du roi aux agents mêmes de la Compagnie, c'est à dire aux premiers subrécargues, mieux placés pour avoir des renseignements.

D'autres Français se trouvaient à Canton, d'abord les deux subrécargues de la Compagnie, mais, nous dit La Pérouse : « Ils sont fous. Le premier, M. Thérieu, s'est brûlé la cervelle; et M. Desmoulins, le second, a fait plusieurs actes de folie qui, en Europe, l'auraient fait renfermer; néanmoins il reste chargé d'assez grands intérêts, parce que personne ne s'est cru suffisamment autorisé pour le destituer. » D'Entrecasteaux ne paraît pas avoir partagé l'opinion de La Pérouse au sujet de Desmoulins.

Bourgogne, autre Français, âgé de 37 ans, était passé subrécargue au service des Impériaux; il émettait d'ailleurs des prétentions de propriétaire de la factorerie française.

Laissons de côté deux ou trois domestiques, et nous aurons la liste à peu près complète de la colonie française à l'époque. C'était médiocre, et il était impossible à M. d'Entrecasteaux, en moins d'un mois, de rendre à cette colonie le prestige qui lui manquait totalement. Je laisse naturellement de côté les missionnaires. Je comprends donc fort bien que La Pérouse n'ait pas été enchanté de la réception des agents français, de Vieillard qui préparait son départ et de De Guignes qui restait à Macao, sans maison montée et presque sans argent. D'ailleurs, au moment de l'arrivée de d'Entrecasteaux, la colonie française était complètement désorganisée* Vieillard, malade ou se disant malade, avait demandé son rappel par la lettre suivante :

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Consulat de Chine.

Le Vice-Consul demande son rapel. N* 18. Canton, 5 janvier 1785.

Monseigneur,

Ma santé est* considérablement altérée par un séjour de seize années consécutives dans ces climats brûlants, elle ne me permet pas de prolonger ma résidence plus longtems, sans courir les risques d'une ruine totale; je pourrais encore alléguer à Monseigneur que mes affaires de famille nécessitent ma présence en Europe. Ces motifs que j'ai l'honneur de remettre sous vos yeux me sont un sûr garant que Monseigneur voudra bien m'accorder mon rappel. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour prolonger mon séjour jusqu'au moment où je dois espérer que Monseigneur voudra bien m'accorder la grâce que je prends la liberté de lui demander; mais si, contre mon attente, ma santé ne me permettait pas de prolonger mon séjour encore deux années, j'ai l'honneur de vous donner avis, Monseigneur, que dans la supposition de mon départ pour l'Europe, la saison prochaine, pour consolider les affaires du Consulat de Canton, je me propose d'adjoindre M. Sébire l'aîné fils, l'exemple de M. le Chevalier de Hobien qui a mérité le suffrage de Monseigneur de Sartine dans une nomination de cette nature, m'est un sûr garant que je ne suivrais en me conduisant de la même manière les règles de la prudence, et les qualités personnelles du sieur Sébire, son âge et son expérience me persuadent que je ne peux faire un meilleur choix et que ma conduite méritera l'approbation de Votre Excellence.

Je suis avec respect, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Vieillard.

Monseigneur le Maréchal de Castries.

\ leillard avait dû partir de Macao avant même l'arrivée de La Pérouse pour se rendre à Canton où

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il devait s'embarquer à bord du navire anglais, le Vansittart, cap. Lewin, le 15 février. L'arrivée de La Pérouse l'obligea de remonter à Canton avec son chancelier Costar qui l'avait accompagné. Vieillard craignait beaucoup l'impression que pouvait produire son retour soudain à Canton; il vit d'Entrecasteaux à bord de son vaisseau. De Guignes était resté à Macao avec les papiers de la chancellerie du consulat. Et, au milieu de ce désarroi, le principal agent de la compagnie à Canton, M. de Montigny, n'était pas en Chine. D'Entrecasteaux avait d'ailleurs écrit à Vieillard, à Canton, pour lui annoncer que M. Haumont du Tertre se rendait auprès de lui pour obtenir le remboursement des sommes dues aux Français ; le chevalier remarque qu'il n'a qu'un court séjour à faire en Chine, que l'affaire doit être brusquée, et que, malgré cette précipitation, le pavillon du Roi ne doit pas être compromis; l'établissement d'une nouvelle Compagnie n'exige plus la présence d'un consul; Vieillard pourra donc, ainsi que les officiers de sa chancellerie, rentrer en France ; Vieillard n'avait pas attendu la permission de d'Entrecasteaux pour quitter son poste. Il prendra même à son bord ses agents jusqu'à Pondichéry ; il ne restera plus à Canton qu'un agent et son interprète. Quel agent? Quel interprète? Que le vice-roi ne s'étonne pas de le voir entrer dans la rivière avant d'en avoir obtenu la permission : eau et vivres leur manquant, il leur était nécessaire de ne pas attendre. La hâte de d'Entrecasteaux ne lui permettait pas, pour monter de Macao jusqu'à la rivière de Canton, de discuter pour obtenir des pilotes ; aussi fit-il passer son bateau, la Résolution, pour la Reine, bateau attendu à cette époque de l'île de France, et la

Subtile fut baptisée Sainte-Anne : le stratagème était plus habile que digne.

Mais le but principal de la mission de d'Entrecasteaux était d'obtenir le règlement des sommes considérables dues par les Chinois aux négociants français, d'examiner les griefs nombreux du commerce étranger et, d'une manière générale, de recueillir tous les renseignements utiles à la France et de faire tout ce qui était en son pouvoir au mieux des intérêts de notre pays, suivant les circonstances. Les instructions, datées de Versailles, le 17 février 1786, furent envoyées à d'Entrecasteaux, à Pondichéry. D'ailleurs il devait être considéré par le consul de Canton comme commissaire du roi. Il est certain que d'Entrecasteaux n'avait pas le temps nécessaire d'examiner le bien fondé des créances françaises, pas plus qu'il ne pouvait, sans avoir recours à la force, c'està-dire sans engager le pavillon du roi, exiger des Chinois le règlement de leurs dettes.

Dans une lettre, écrite de Canton, le 31 décembre 1782, par Vieillard, qui faisait fonction de consul, à M. de la Croix de Castries, notre agent marquait la décadence du commerce et le peu de crédit des hanistes :

Monseigneur,

Je ne dois pas vous laisser ignorer les différentes révolutions que le commerce de ce pays a éprouvées depuis plusieurs années, sa décadence, son peu de sûreté depuis 1779. Jusqu'à ce moment, la guerre a occasionné des révolutions qui ont contribué à porter le coup mortel à plusieurs marchands hannistes de façon que le nombre de ces marchands privilégies par le Gouvernement, pour traiter avec les Européens, étoit réduit à cinq, dont deux d'une faiblesse si grande qu'il y avoit tout lieu de craindre une banqueroute totale. Les

principaux mandarins, pour pallier le mal, ont augmenté le nombre de ces hannistes jusqu'à dix; ils ont eu attention de choisir cinq nouveaux sujets dont la pluspart sont plus connus par leur richesse que par leur intelligence. Le commerce se fait donc avec plus de sûreté, plus de promptitude que les années antécédentes, mais Monseigneur, les Mandarins n'ayant pas renoncé aux extorsions pour lesquelles ils ont un goût aussi difficile à décrire qu'à éteindre, ce remède n'est que momentané, et il y a tout lieu de craindre pour les suittes les mêmes révolutions que le commerce a déjà éprouvées, l'avarice insatiable des mandarins qui exigent des marchands les mêmes droits sur quatorze vaisseaux que sur trente, qui arrachent des sommes d'argent pour les offrir à l'empereur, pour enrichir leur famille, pour achetter leur innocence, la Cour ne manquant pas de les trouver coupables s'ils sont riches, telle a été jusqu'à ce moment la cause des désastres que le commerce de la Chine a éprouvés, et la cause ne cessant pas il y a tout à craindre que les effets ne se fassent ressentir avant peu, surtout si les vaisseaux n'abordent pas plus par les suites que cette année et Tan dernier pour avoir toujours les mêmes sommes à offrir à l'Empereur. Le hopou ou intendant des Douannes de Canton a exigé des marchands hannistes une somme de six mille piastres par chacun d'eux et a doublé les droits d'entrée et de sortie sur les marchandises importées et exportées par les Européens. De toutes les nations commerçantes à la Chine, les Danois sont ceux qui ont tiré le party le plus avantageux des circonstances actuelles. Les Directeurs de cette Compagnie ont donné plein pouvoir aux premiers supercargues qu'ils envoyent sur leurs vaisseaux pour seconder ceux de résidence à Canton de traitler les affaires de leurs vaisseaux au plus grand avantage de leur Compagnie, de faire dans les mers des Indes toute opération qu'ils jugeraient avantageuse. Cette confiance s'étend sur les résidens à Canton, et a produit les meilleurs effets. Deux vaisseaux danois destinés pour Chine passant par Tranquebar ont été détenus au Cap par l'escadre françoise, un a vendu toute sa cargaison à un prix fort avantageux, l'autre instruit que la Compagnie hollandoise avoit interrompu tout commerce avec les Chinois, est allé à Batavia, et est arrivé à Canton immensément riche en calain, poivre, doux de

gerofle, muscades, ailerons de requain, nids d'oiseaux, Bitchos de mare, or et argent. Les résidents danois ayant vu, dez l'an dernier, que les matières d'argent étoient extrêmement rares ontdeleurcôlé fait une souscription de cinq cent mille piastres à Bombay payables en Europe en lettres de change, au change de cinq shillings 8. pennys, et les Anglois ont rempli cette souscription partie par les remises qu'ils ont faites en or, argent et marchandises par les vaisseaux de Macao, et par le reversement en partie dans la caisse danoise du produit de la cargaison des deux vaisseaux particuliers venus cette année de Bombay.

Voici d'ailleurs l'état du commerce des autres nations :

Le commerce suédois auroit été plus avantageux pour la Compagnie si elle n'étoit pas débitrice d'une somme de deux cent cinquante mille piastres qu'il a fallu solder cette année avec six cent mille piastres venues partie de Suède, partie de Hollande, pour former la cargaison de trois énormes vaisseaux, vu que d'ordinaire chaque cargaison sortant de Chine est estimée année commune de 250 à 280 mille piastres. Les emprunts en lettres de change n'ayant pas pu couvrir le defficit de fonds, la Compagnie suédoise a été encore forcée de recourir aux Chinois, mais si cette Compagnie suit ce même sistème plusieurs années, elle traitera nécessairement avec un desavantage si marqué qu'il y a tout lieu de craindre quelle ne soit forcée de restreindre ses arméniens pour Chine. La Compagnie angloise jusqu'à cette époque n'a expédié aucun vaisseau pour Chine en droiture, ou du moins aucun n'est arrivé, et nous n'avons pas de connoissance de leur départ d'Europe. Quatre sont arrivés de la côte de Malabarre, le Loko, capitaine Lawson, YEssex, capitaine Arower, VAsia, capitaine Maw, YOrteley, capitaine Bogers. Ces cinq vaisseaux ont passé par le détroit de Mala, ont essuyé le feu de ta frégatte La Pourvoyeuse, et ont eu le bonheur d'échaper, il- sont arrivés à Wampou, et sont sur le point de partir. Ces vaisseaux étoient extrêmement riches, ils ont versé au trezor de la Compagnie angloise la valeur de dix-huit cent mille piastres. Leurs cargaisons étoient faites et dans les magazins

de la Compagnie à Canton dez Tannée dernière et ils ont encore onze cargaisons en thé Bouy Camphou, Songlo et Tunkaie, suivant les ordres que le Conseil a reçus Tan dernier des directeurs de la Compagnie angloise.

Les Hollandois ont cessé leur commerce avec la Chine depuis la nouvelle des hostilités entre l'Angleterre et la République. Les Impériaux ont expédié deux vaisseaux pour Chine, les supercargues chargés de l'expédition de ces vaisseaux ont reçu une lettre dattée de la latitude de Palosapate par un vaisseau danois venu en compagnie avec ces mêmes Impériaux, par laquelle le Commandant annonce qu'il rebanquera probablement vers Malac s'il ne peut acoster la Chine, et jusqu'à ce moment comme ils n'ont pas paru il y a tout à présumer qu'ils auront pris ce dernier party.

Le Cte. Pierre de Proli a équipé àl'Isle de France un vaisseau pour Chine et fretté conjointement avec M.Darifat deux vaisseaux portugais également pour Chine, ces deux derniers vaisseaux passant par Manille. Le premier est arrivé après avoir entamé une opération des plus malheureuses, le second est attendu, et, si les apparences ne me trompent pas, cette opération doit être mise au rang de celles mal concertées et conséquemment très peu fructueuses, pour ne pas dire ruineuses.

L'interruption du commerce françois doit nécessairement influer sur les opérations futures ; il est donc de mon devoir, Monseigneur, de vous prévenir que les draps et autres lainages fabrique françoise sont à très haut prix à la Chine, les glaces sont montées à un prix exorbitant, et au retour de la paix, ces marchandises étant de bonne qualité, les négociants qui spéculeront sur ces objets feront le double bénéfice de procurer une exportation et plus grande pour les manufactures, et plus lucrative pour les acheteurs, ayant soin toutefois de n'importer que des lainages d'une bonne qualité chacun dans leur genre.

Les Portugais profitent des circonstances de la guerre pour forcer le commerce de Chine, mais les négociants sont assujettis à payer en Portugal des droits si énormes qu'il n'est pas probable qu'ils puissent continuer à pousser leurs opérations avec la même vigueur que les Compagnies du Nord. En tems de paix les Portugais expédient un vaisseau d'Europe, quel-

quefois deux, et très souvent point du tout ; des sept vaisseaux actuellement à Macao, trois seulement ont été expédiés d'Europe, un frété par les François et trois autres sont expédiés par les Anglois qui ont fourni les fonds partie à la grosse, partie à fret, et partie en action d'intérêt, le huitième attendu de Manille est fretté par les François.

D'ailleurs la situation des Français à Canton, fonctionnaires ou marchands, n'était rien moins que claire; la factorerie française avait été cédée à la Compagnie impériale (autrichienne) par notre viceconsul Vieillard, qui n'en était nullement dépositaire et me paraît avoir été un fort vilain monsieur. D'Entrecasteaux constata qu'il ne restait rien dans la caisse du consulat de Canton. Vieillard déclarait, au 15 janvier 1787, qu'il était « créancier pour ses dépenses jusqu'au 15 février d'une somme de dixsept cent quarante-quatre livres 16 sous 9 deniers ». Notre consul s'entendait secrètement avec Pan Ke Koua, et l'absence seule de preuves authentiques empêcha d'Entrecasteaux de porter plainte contre cet agent. D'Entrecasteaux avait dû se renseigner sur le prix de deux glaces arrivées sur la Dryade et vendues aux mandarins pour être envoyées en présent à la Cour de Pe-King. Or il semblerait que Pan Ke Koua aurait mis d'Entrecasteaux au courant de certains agissements de Vieillard. Il serait parvenu à sa connaissance que les deux glaces envoyées de France en 1783 et qui sont portées sur le compte de 1784 pour 11,416" ont été payées en Chine 81,000". Sur le même compte, il est porté 44,012", 14s comme remboursement au Cohang pour avoir été reçu de trop sur le prix des gravures représentant les Victoires de l'Empereur. M. d'Entrecasteaux a des raisons de croire que ce remboursement n'a pas eu lieu ;

il a laisse des ordres pour que l'on prenne à cet égard des renseignements de Pan Ke Koua, et il les transmettra au Ministre dès qu'il les aura reçus. 11 a également entrevu des manœuvres de la part du Sr Vieillard dans la cession qui a été faite de la Compagnie impériale du Hong ou factorerie française.

Un autre Français, Bourgogne, émettait la prétention d'être propriétaire du local ; la Compagnie impériale venant de faire faillite, il eût été facile à notre propre Compagnie d'en faire le rachat. En tous les cas, pour garder nos droits sur la factorerie, d'Entrecasteaux écrivait au P. deGrammont de prier le vice-roi de Canton d'en suspendre la cession à qui que ce soit jusqu'à l'arrivée de M. de Montigny, qui la réclamera s'il le juge à propos. La vérité est que, lorsque le privilège de la Compagnie des Indes avait été suspendu en 1769, le roi s'engagea à payer toutes ses dettes : les établissements, les objets mobiliers, etc., étant cédés. Le hong français appartenait donc au roi qui désirait le réserver pour la résidence des agents du commerce français. Par suite du manque d'installation à Canton, notre consul dut y demeurer, mais c'était bien propriété royale, et pas plus notre consul que toute autre personne n'avait le droit d'en disposer en faveur d'un tiers, que ce tiers fût même une nation amie ou neutre : le hong français aurait dû être cédé par Vieillard aux agents de Grand Clos Mêlé, lors de l'expédition de 1783. Notre consul prétendait avoir occupé le local avec plusieurs négociants, et ensuite pour son compte personnel, jusqu'en 1782. S'étant trouvé ensuite à court d'argent, il avait, disait-il, cédé sa propriété aux Agents de la Compagnie impériale.

L'un des objets de la mission de d'Entrecasteaux

Ki MÉLANGES ORIENTAUX

était de régler la question du consulat de Canton, Le départ de Vieillard et de Galbert ne laissait plus au consulat que le chancelier Costar et le second interprète de Guignes, qui touchaient l'un 2.000 livres, l'autre 1.000 livres. L'établissement d'une nouvelle Compagnie des Indes ayant le privilège exclusif du commerce à la Chine, on décida que l'on ne conserverait plus à Canton qu'un agent et un interprète tout à fait indépendants delà Compagnie. D'Entrecasteaux était chargé du choix de l'agent, dont le traitement ne pouvait dépasser 4.000 livres et l'interprète 2.000 livres. D'Entrecasteaux était autorisé à prendre de Guignes pour cette dernière position, s'il n'y voyait pas d'inconvénient. D'ailleurs, l'agent du roi ne devant avoir aucun point commun avec la Compagnie des Indes et n'ayant aucune action à exercer sur elle, son rôle devait se borner à renseigner le Gouvernement sur les agissements des subrécargues et officiers de cette Compagnie.

Parmi les choses secondaires sur lesquelles on attirait l'attention de d'Entrecasteaux étaient l'incident de la Lady Hughes1, les affaires religieuses, et enfin l'ordre déjà rappelé du gouvernement de Macao, interdisant le séjour dans cette ville à d'autres agents français que ceux du consulat.

D'Entrecasteaux s'adressait à trop de personnes à la fois officiellement et officieusement : Vieillard, Haumont, de Guignes, Desmoulins, le P. de Gramuiont, Pan Ke Koua ; il s'adressait, pour agir auprès du vice-roi de Canton, à des gens sans situation offi-

1. Un canonier de ce navire anglais, ayant été la cause involontaire de la mort d'un Chinois, fut remis par ses chefs aux Chinois qui l'exécutèrent (1784),

cielle, c'est comme si un ambassadeur étranger en France, cherchant à se mettre en rapports avec un ministre, s'abouchait avec un chef de bureau ou le président de la chambre de commerce du port auquel il accoste. L'erreur de d'Entrecasteaux fut d'ailleurs celle de ses prédécesseurs; on pourrait croire qu'il y a habileté à traiter avec des fonctionnaires subalternes plutôt qu'avec de hauts dignitaires pour arriver à un résultat pratique et ne pas être arrêté par de vaines démonstrations courtoises. L'expérience a démontré, en Chine comme en Orient, que pour frapper juste il fallait frapper à la tête. En 1842, à Nanking, les Anglais ; en 1860, à Péking, les Anglais et les Français, arrachèrent à la Chine ce que n'avaient pu obtenir des siècles de négociations et de patience. Aucun Européen n'est de taille à lutter avec un Asiatique en discours et en ténacité : l'Oriental le sait fort bien, il compte sur le temps, les drogmans et les belles paroles pour obtenir ce que la force ne pourrait lui donner. Il ne me coûte •rien de dire que c'est par le canon seul que l'on fait entendre d'une façon efficace sa voix dans l'Extrême-Orient.

Quel avait été le résultat de la mission de d'Entrecasteaux? Tout avait concouru à en abréger la durée à Canton : le changement prochain de mousson, le rendez-vous donné à Pondichéry en avril à tous les vaisseaux de sa station, l'absence du gouverneur général et du gouverneur de Canton, par suite l'impossibilité de traiter avec un fonctionnaire d'un rang suffisamment élevé. Le chevalier était donc obligé de remettre en d'autres mains les intérêts qu'il était obligé de représenter : au missionnaire Jean de Grammont il confiait le soin de faire connaître à Pe-King

ses renseignements sur les agissements supposés des Anglais, et de surveiller le règlement des créances des négociants français; au jeune M. de Guignes il laissait l'honneur et les difficultés du double poste d'agent et d'interprète du roi que la création d'une nouvelle Compagnie des Indes ainsi que le départ du vice-consul Vieillard et du chancelier Costar permettaient de remettre entre les mains d'un seul homme. Le commandant de la Subtile, le vicomte de la Croix de Castries, laissé par d'Entrecasteaux, devait présenter au gouverneur de Macao M. de Guignes comme agent du roi.

En quittant Canton, d'Entrecasteaux se promettait d'ailleurs d'envoyer une frégate à Canton à la prochaine mousson, pour savoir auprès de M. Desmoulins, agent de la Compagnie française, si toutes les questions en suspens étaient liquidées. Il recommandait au P. de Grammont de conserver le secret de toute cette affaire : « Pas un mot aux Portugais, aux Propagandistes, qui pourraient par leurs lettres la divulguer à Macao et à Canton. »

Le vicomte de Saint-Riveul restait commandant en chef de la station après d'Entrecasteaux.

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