‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 10 sur 100 · Fouqueux des Moulins · texte numérisé non relu

Fouqueux des Moulins

paraît avoir été l'homme qui ait rendu le plus de services à d'Entrecasteaux dans cette mission : « Je n'ai pas laissé ignorer au Ministre, Monsieur, les services que vous avez rendus aux bâtiments de Sa Majesté; je lui rendrai compte également du zèle avec lequel vous voulez bien vous charger de procurer les divers éclaircissements qu'il désire. Mes ordres sont, Monsieur, de les demander à la personne la plus digne de confiance. C'est pour me conformer à ses sentiments que je me suis adressé à vous. »

Après son départ, d'Entrecasteaux écrivait à M. Desmoulins, agent de la Compagnie française, qu'il eût « à prendre des renseignements sur le fait du remboursement de 8.500 piastres, ordonné par le Ministre, laquelle somme avoit été payée de trop par le Cohang, pour la confection des gravures représentant les victoires de l'Empereur; il est nécessaire de savoir si le remboursement a été fait en entier ou en partie, afin d'en compléter le payement ».

Les jours qui suivirent la visite du Tche hien n'offrent aucun fait intéressant. Il ne parait pas qu'il y ait eu beaucoup de difficultés soulevées de la pari des autorités de Canton, et que, seul, Pan Ke Koua, chef des hanistes, eût intérêt à voir partir noire vaisseau pour pouvoir régler ses affaires avec ses associés anglais. 11 paraît au contraire que les hauts fonctionnaires chinois voyaient sans déplaisir l'arrivée <l<"s Français faisant concurrence à la nation anglaise qu'ils redoutaient par-dessus tout. Le 23 février, un vendredi. Pan Ke Koua et son comprador, intéressés dans la question comme nous venons de !'• vuir. déclaraient à M. d'Entrecasteaux et à M. de

Castries que leurs vaisseaux devaient partir dans trois jours. Nos officiers répondirent qu'ils n'avaient rien à discuter avec des marchands ; que les mandarins seuls pouvaient traiter avec eux; enfin, les vivres étant fournis, le chevalier d'Entrecasteaux rejoignit son bord le mercredi 28 février, et le 4 mars les pilotes embarquaient.

Ainsi cette mission dura, dans les mers de Chine, du mercredi 7 février au 4 mars.

Malgré la grande pression qu'il exerçait sur les Chinois, le commerce anglais vivait surtout de crédit et n'était rien moins que florissant. Si, au lieu des vaisseaux de d'Entrecasteaux, c'eût été la Reine qui fût arrivée à Canton ; si elle n'avait pas manqué son voyage, plusieurs navires anglais fussent partis sans fret : les Français payant argent comptant, tandis que les Anglais prenaient à crédit. Les Anglais désiraient non seulement augmenter leurs expéditions annuelles, mais encore, peut-être pour les éviter, accumuler en magasin les marchandises pour une année au moins d'avance.

La question d'un autre port que Canton était pour eux fort importante, — je l'ai montré ailleurs, — mais Formose paraît avoir été l'objet de leurs convoitises. L'Angleterre cherchait par des demandes exagérées de marchandises à surélever les prix de telle façon que les nations rivales fussent obligées d'abandonner un commerce qui n'était plus lucratif. Il y avait double jeu, dû à une crise temporaire, par suite de l'augmentation des prix d'achats : rebuter les autres étrangers d'un négoce peu rémunérateur, maintenir les Chinois, à l'aide des avances que leur faisaient les Anglais, par des dettes qu'ils contrac-

taienl devers leurs Compagnies, forçant de la sorte les achats des produits anglais à un prix exagéré, obtenant de forts rabais sur l'achat des produits indigènes. C'est la loi de l'offre et de la demande, mais c'est aussi celle de l'usure.

Il ne faut pas oublier que l'Angleterre était en concurrence non seulement avec la France, l'Empire, la Suède, mais aussi avec la Russie, dont les draps étaient, comme aujourd'hui, fort recherchés des Chinois. Les Anglais visaient le commerce exclusif de la Chine, et le nombre de leurs navires était d'un tiers plus considérable à Canton que celui des autres nations réunies. C'est par les subrécargues des Compagnies suédoise et hollandaise que nous étions renseignés sur la situation de la Compagnie anglaise.

La lutte entre les Anglais et les Français se marquait d'une façon très intéressante par les rumeurs qui se propageaient en Asie, mais que dire du peu de renseignements de nos agents? La Pérouse ignorait la venue prochaine de d'Entrecasteaux à Canton, et d'Entrecasteaux, tout en connaissant l'importance de la Cochinchine, ignorait, en arrivant à Canton, l'appel fait à la France par Ngûyen-anh.

« J'ai appris, à mon arrivée à Canton, que le bruit s\ était répandu que nous allions former un établissement à la Cochinchine. L'inquiétude qu'en ont eu l«s Anglais m'a bien confirmé dans l'opinion où lis déjà de l'importance du port de Tourane. »

H est curieux de noter combien on était hypnotisé par l'idée qu'une ambassade anglaise était en préparation. L'ambassade était en effet en préparation, niiiis l'inquiétude était fort peu justifiée, témoin l'insuccès de la mission de Lord Maeartney.

D'Entrecasteaux écrivait de l'île de France, le 21 juin 17891 :

Vous y verrez également que l'annonce que j'avois faite de Tenvoi d'un ambassadeur anglois, et ma conjecture sur le lieu où il me paraissoit vraisemblable qu'il mettrait pied à terre pour être plus à portée de Pékin, et effrayer par cette apparition inattendue, ou du moins inusitée, une nation aussi timide que celle des Chinois, sont également confirmées par le rapport des supercargues de la Compagnie. Une nouveauté aussi importante à l'égard d'une nation si servilement attachée à tous les anciens usages, et que le moindre changement effarouche, cette nouveauté, dis-je, couvre nécessairement de grands projets; il ne peut pas être douteux que l'Angleterre ne se propose de demander de grands avantages pour son commerce, qu'elle représentera avec raison comme double de celui de toutes les autres nations réunies, et plus sûrement encore demandera-t-elle un établissement sur les Côtes chinoises; car il est impossible qu'une nation aussi éclairée sur ses véritables intérêts puisse consentir, pour des objets devenus pour elle de lre nécessité, à rester dans la dépendance d'une nation ombrageuse, dont le gouvernement tyrannique et arbitraire peut d'un instant à l'autre arrêter l'extraction d'une denrée dont l'Angleterre ne peut plus se passer. La preuve la plus évidente des vues de la Grande Bretagne, c'est l'approvisionnement de thé qu'elle a fait et qu'elle continue de faire pour une ou plusieurs années; elle pense, sans doute, que ses demandes peuvent n'être pas bien accueillies, et dans la crainte d'une suspension de commerce pendant la durée de cette négociation, elle s'est munie de tout ce dont elle a besoin afin de pouvoir parler avec la hauteur que tout semble annoncer qu'elle se propose d'y mettre. Les conjectures que j'avais eu l'honneur de mettre sous vos yeux se trouvent confirmées par toutes les lettres de Macao et de Canton. Je me fais un devoir de vous les rappeler comme dignes de fixer l'attention du Ministère.

La crainte de voir les Français obtenir des avan- 1. Collection H. C.

tag-es commerciaux défavorables pour eux avait, en effet, poussé les Anglais à envoyer une ambassade en Chine. Le colonel Cathcart, qui dirigeait cette ambassade envoyée à Peking, mourut dans le détroit de la Sonde, et le navire qui le portait, la Vestale, reprit la route d'Europe :

Du 20 décembre 1788, Macao.

Monseigneur,

La frégate anglaise la Vestale qui devait venir à Quanton n'y est pas arrivée, l'ambassadeur qu'elle portait étant mort dans le détroit de la Sonde vers le 15 juin; après l'y avoir déposé, elle en est repartie sur le champ pour l'Europe. Les Suédois qui ont parlé à la Vestale ont rapporté que cette frégate leur avait dit que la Cour d'Angleterre n'envoyait cet ambassadeur que parce qu'elle avait appris que les Français, par le moyen d'un missionnaire de Peking, avaient fait un traité de commerce avec les Chinois.

Les emploies de la Compagnie anglaise ont paru très satisfait de ce que l'ambassadeur n'ait pu parvenir à Quanton; ils craignaient que son arrivée n'arrêtât leur commerce et n'empêchât l'expédition de leurs vaisseaux.

M. Galbert, ancien interprète du roi au Consulat de Quanton, était sur la Vestale.

Je suis avec respect, etc.

De Guignes1.

Quelle était la situation des étrangers à Canton, la seule ville de Chine où ils fussent autorisés à faire le commerce?

11 faut reconnaître tout d'abord que la présence des étrangers à Canton n'était tolérée qu'à titre précaire; aucun traité, aucun acte officiel ne l'autori-

1. Chrélien-Loais-Joseph de Guignes, né à Paris le 25 août 1759, f à Paria le 25 mars 1845; auteur du grand Dictionnaire chinois; fils du membre de l'Académie des inscriptions el Belles-Lettres.

sait. Ce n'était donc que le bon plaisir du gouvernement chinois ou plutôt celui des autorités de Canton qui réglait les rapports entre les Européens et les indigènes : c'est dire que ces rapports furent presque toujours médiocres, souvent mauvais, rarement bons. Le canon seul a ouvert à l'Occident le commerce dans les temps modernes, mais, au xvme siècle, dans ces parages lointains, on ménageait les coups de canon, beaucoup plus utiles ailleurs.

Naturellement, il n'y avait pas comme aujourd'hui des droits d'exterritorialité qui garantissaient les étrangers contre la rigueur des lois chinoises, des usages locaux ou même contre des tortures fortuites; aussi ne se privait-on pas d'employer toutes sortes de vexations à leur égard, suivant les circonstances ou les besoins.

La province de Kouang toung, dont la capitale Kouang-tcheou est notre Canton, est administrée par un gouverneur général (tsoung-tou), qui régit en même temps la province limitrophe du Kouang-si. Pour ceux qui connaissent l'administration chinoise, mélange intéressant de centralisation dans la capitale et de décentralisation dans les provinces frontières, on se rendra compte de l'importance considérable du rôle du vice-roi des Deux Kouang (c'est ainsi que l'on désigne le Kouang-toung et le Kouang-si) quand on saura que toutes les affaires des pays limitrophes ou venant par mer du Sud- Ouest, c'est à dire l'Annam, et les pays d'Occident, c'est à dire l'Europe, devaient lui passer par les mains, et que la défense maritime aussi bien que terrestre de ces deux provinces lui incombe. Il est donc extrêmement important aujourd'hui pour nous,

possesseurs ou protecteurs du Tong-King ou de la Cochinchine, d'avoir à Canton un agent consulaire intelligent et bien renseigné. Ce gouverneur général est aidé par un gouverneur fou-t'ai), un trésorier (/aa-t\ii), un juge (niè-t'ai), un contrôleur de la gabelle et un contrôleur d'impôt sur les grains : je laisse de côté les fonctionnaires d'un ordre moins important.

En dehors de ces grands fonctionnaires, celui qui avait à traiter directement avec les étrangers ou plutôt avec les Chinois, leurs intermédiaires, était le chef des douanes : le Yuê-ffaï-Kouan-Pou, que les étrangers désignaient sous le nom, dont l'origine nVst pas exactement connue, mais qui est probablement le nom même du ministère du cens ou des finances, Hou-pou, de « Hoppo » ou de Houpou. Ce fonctionnaire pouvait appartenir à différents grades, tantôt c'était un intendant (tao-t'aï); tantôt il était d'un grade moins élevé; on aurait pu faire remplir ce poste comme à Fou-tcheou par le général des troupes tartares. Il était désigné directement par la Cour de Pe-King.

C'était, en réalité, le Hoppo qui était le distributeur des grâces ou plutôt des droits et des charges dont était accablé le commerce étranger. Il ne faudrait pas croire, toutefois, qu'en se mettant simplement d'accord avec ce fonctionnaire, le commerce fût libre. En 1702, un seul Chinois qu'on désignait sous le nom de Négociant de VEmpereur fut choisi pour être le seul agent d'exportation et d'importation du commerce à Canton; c'était, en vérité, un directeur du commerce, mais qui ne put suffire à la besogne. On créa donc un certain nombre de négociants ayant seuls le privilège du commerce étran-

ger, désignés en français sous le nom de marchands hanistes, et en anglais sous le nom de « hong merchants ».

L'assemblée de ces marchands hanistes que présidait le hoppo, constituée en 1720, se nommait le Co-hanç; le nombre de ses membres a varié suivant les époques : il était de 10 en 1787. lors du voyage ded'Entrecasteaux; de 12 en 1793, de 14 en 1808; il n'était que de 13 en 1834, lorsque cessa en Chine le privilège de l'East India Company.

L'un de ces marchands hanistes était généralement responsable au point de vue chinois du navire dont il était le consignataire. Aussi des habitudes se formèrent, chaque nation différente choisit comme correspondant commercial tel marchand haniste plutôt que tel autre; c'est ainsi qu'au commencement du xixe siècle, le plus célèbre de ces marchands, Houqua, était l'intermédiaire préféré des expéditeurs des Etats-Unis d'Amérique*.

La tyrannie du Co-hang l'avait fait dissoudre en théorie en 1771 et à l'époque de la visite de d'Entrecasteaux, c'était Pan-ke-Koua qui était le représentant le plus important et le plus autorisé de ces marchands privilégiés.

Naturellement, le privilège de ces hanistes comportait des droits et — disons-le — des pots-de-vin considérables payés au mandarin. Le gouverneur général et ses subordonnés, à court d'argent, avaient recours au hoppo, qui, obligé de faire face aux besoins de ses supérieurs, pressurait les hanistes : ceux-ci mettaient à contribution les

1. Cf. Henri Cordier, Les Marchands hanistes de Canton, Leide, 1902, in-8-.

étrangers pour couvrir par des emprunts intéressés les emprunts forcés auxquels ils étaient obligés de consentir. De là, de la part des nations étrangères, de formidables créances sur les marchands hanistes, qui s'abritaient autant que possible derrière les mandarins. Telle est l'origine des missions spéciales comme celle du chevalier d'Entrecasteaux.

Quelle était, d'autre part, la conduite du commerce du côté des étrangers?

Pour toutes les nations, sauf pour le Portugal, le commerce étranger était représenté par de grandes compagnies. La Couronne portugaise s'était réservé le monopole du commerce de l'océan Indien, quelle n'abandonna qu'une seule fois en 1731, pour permettre à un navire national de se rendre à Surate et à la côte de Coromandel. En 1752, le monopole royal cessa d'exister.

La Compagnie des Indes Orientales néerlandaises avait été constituée à la Haye, le 20 mars 1602, par la fusion de nombreuses associations particulières, de marchands de Zélande, de Rotterdam, d'Amsterdam, etc.

La première charte anglaise pour le commerce des Indes Orientales fut donnée le 31 décembre 1600 à la compagnie qui porta le nom de The Governor and Company of Mer chants of London trading to the East Indœs. Une première expédition anglaise, qui avait été organisée aux frais de sir Robert Dudley en 1596, périt en route, mais en réalité leur premier effort commercial en Chine date du voyagea Canton du capitaine Weddell en 1634. D'ailleurs leurs différentes compagnies de commerce, réunies EU une seule dans lesannées 1702-1 708-1709, allaient

devenir la plus importante de toutes sous le nom populaire à'East India Company.

Les Danois créèrent des compagnies en 1612 et en 1670; leurs comptoirs de Tranquebar et de Serampore furent cédés par eux à l'Angleterre en 1845.

Les Espagnols avaient transporté presque toute leur activité aux Philippines, où une première Compagnie royale avait été créée le 29 mars 1733; une autre porta le nom de Compagnie du Rosaire; enfin une dernière Compagnie des Philippines, établie le 10 mars 1785, par Charles III, dura jusqu'en 1830. Ce fut à Amoy, dans le Fou-Kien, plutôt qu'à Canton, qu'ils témoignèrent d'une velléité de commerce en Chine qui périclita jusqu'au jour où l'émigration des coolies donna de l'importance au mouvement des passagers de l'Extrême-Orient à l'île de Cuba.

La Suède avait également son comptoir qui hérita d'un grand nombre des officiers de la Compagnie d'Ostende. Ce fut le roi Frédéric Ier qui accorda à Stockholm, le 14 juin 1731, une charte à la compagnie fondée par un sieur Henry Konig.

La charte de la Compagnie de Suède, renouvelée quatre fois, ne fut pas continuée après 1814; nous ferons remarquer qu'elle rendit les plus grands services à nos agents, et en particulier à La Pérouse. Souvent, pendant nos difficultés avec l'Angleterre, ce fut sur des vaisseaux neutres suédois que nous embarquâmes à Cadix l'argent destiné à notre établissement de Canton1.

La Prusse, avec sa Compagnie d'Embden, faisait aussi des voyages à Canton; mais, des puissances

1. Henri Cordier, Les débais de la Compagnie royale de Suède en Extrême-Orient au XVI 11* siècle. 1889, Paris, in-8\

allemandes, ce fut l'Autriche qui montra le plus d'activité avec ses deux Compagnies impériales. Celle d'Ostende, incorporée le 17 décembre 1722, cessa d'exister en 1793, après différentes péripéties, dont une faillite en 1784 ; l'autre était celle de Trieste. C'était à la Compagnie impériale que venait d'être cédé le comptoir français, lorsque le chevalier d'Entrecasteaux fut chargé de sa mission à Canton avec Tordre de faire une enquête sur cette opération qui avait donné lieu à' de fâcheux commentaires.

Les Américains étaient naturellement arrivés les derniers en Chine, et leur commerce, qui plus tard devait faire une si rude concurrence à celui de l'Angleterre, s'ouvrit par l'envoi à Canton du vaisseau Empress of China, commandé par John Green, qui mit à la voile de New-York le 22 février 1784, c'est à dire huit ans après la déclaration de l'Indépendance des Etats-Unis. Le major Samuel Shaw fut le premier consul américain à Canton. Les Américains y furent extrêmement bien reçus par nos compatriotes, et je trouve, dans la Correspondance des Affaires étrangères, des lettres de Thomas Jefferson remerciant le Cabinet de Versailles poyr le bon accueil fait par les autorités françaises de Canton à ses nationaux '.

Les étrangers ne pouvaient résider d'une manière permanente à Canton; leur séjour était limité à la durée de leurs opérations commerciales; ils ne pouvaient amener leur famille avec eux ; il leur était interdit de franchir les limites du quartier des fac-

1. Henri Cordier, Américains et François à Canton au XVIIIe siècle. l'aria, l»y«, pièce in-4°.

toreries, c'est à dire de pénétrer dans la ville ou les faubourgs indigènes; il était défendu de leur enseigner la langue chinoise, etc. Après chaque expédition, les étrangers retournaient à Macao, qui se trouvait être ainsi le port d'attente de Canton.

Il y avait donc en quelque sorte vie double et, par suite, dépenses doubles, pour un agent étranger en Chine. Dès que l'expédition des navires était terminée à Canton, il était obligé par les Chinois de descendre à Macao. On peut dire qu'il passait la moitié de l'année à Canton et l'autre moitié à Macao; d'où nécessité d'une maison à Canton, d'une autre à Macao; par suite, obligation d'avoir deux gardiens. Il fallait tenir compte du double voyage annuel de Canton à Macao et de Macao à Canton. Avec les frais de nourriture, etc., on arrivait facilement à un chiffre de 15.000 livres tournois.

Examinons maintenant quelle était la situation de la colonie et du commerce français à Canton.

Lorsque la Compagnie des Indes fut dissoute le 6 avril 1770, la création d'un consulat à Canton fut décidée; une ordonnance royale du 3 février 1776 fut rendue en conséquence : le sieur Vauquelin fut nommé consul, et le sieur Philippe Vieillard, chancelier ; Vauquelin étant mort le 23 septembre 1782, Vieillard devint vice-consul1.

Malgré des circonstances souvent adverses, une direction parfois ignorante et négligente à Paris, des agents médiocres, pour ne pas dire plus, à Canton, le commerce de l'ancienne Compagnie des Indes fut toujours fructueux en Chine.

La guerre d'Amérique avait porté un coup funeste

1. Le Consulat de France à Canton au XVIIIe siècle, par Henri Cordier. Leid* 1908, in-8°.

à notre commerce en Chine ; les autres nations avaient pris notre place dans les rares marchés d'Europe que nous laissait comme un os à ronger l'Angleterre, pour y porter des produits de Chine: par exemple, la Flandre, à laquelle nous fournissions le thé, où les Impériaux s'étaient substitués i nous.

En Chine, les glaces, les draps et lainages venus de France avaient augmenté considérablement de prix ; la guerre avait l'ait le bénéfice des Portugais ainsi que de la Compagnie suédoise, mais les droits prélevés par la Couronne de Portugal étaient si considérables qu'ils ne pouvaient lutter avec leurs concurrents.

Immédiatement après la signature du traité de Versailles en 1783, le roi de France chercha à renouveler son commerce de Chine, dont il avait accordé le privilège, par arrêt du Conseil d'Etat, au sieur Grand Clos Meslé ; voici d'ailleurs le projet de cet arrêt1 :

L<- Roi s'élant fait représenter l'arrêt de son Conseil, du deux février dernier, qui a autorisé le sieur Grand Clos Mesle* 6 emprunter, pour le compte de Sa Majesté, soità la grosse, soit de toute autre manière convenable, jusqu'à concurrence d'une somme de Lrois millions, pour être employée à faire le fond d'une expédition de commerce pour la Chine : Sa Maji -il a reconnu que cette première expédition, dont elle a contié la direction audil sieur Grand Clos Meslé, ne remplissoit qu'imparfaitement ses vues el que, si elle laissoit la liberté indéfinie d'expédier des navires pour la Chine, les armateurs se ruineraient réciproquement par une concursans bon iimoins, dans l'intention où est Sa

Majesté de laisser à ses sujets tous les avantages qu'Us pourroient trouver dans cette branche de commerce, elle a

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