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Archives de la Chambre de Commerce de Bordeaux

2. Vincent Marie Viénot, Comle de Vaublanc, né à Saint-Domingue, 2 mars 1756; f à Paris, 21 août 1845 ; ministre de l'Intérieur, 21 sept. \$U> ; remplacé le 8 mai 1816, par M. Laine.

3. Louis-Emmanuel, Comte Corvetto, né à Gênes en 1756; f dans cette ville en 1822; ministre des finances 28 sept. 1815, à la place du Baron Louis.

et qu'elle a été l'objet d'un amendement à la loi sur les Douanes, concerté entre le Directeur Général de cette administration et la commission de la Chambre des Députés, chargée de l'examen du budget. Il ne vous reste donc qu'à attendre la détermination qui pourra intervenir.

A son tour, le Ministre de la Marine et des Colonies, Comte du Bouchage1, donne des renseignements sur l'indemnité qui devra être payée pour un navire de guerre :

Paris, 30 juillet 1816.

Messieurs, Vous m'avez répondu, le 26 juin dernier, qu'il deviendrait impossible de réaliser le projet d'une expédition en Chine, dont vous vous êtes occupés, si les actionnaires appelés à s'associer à cette entreprise, qui vou< parait d'ailleurs présenter beaucoup de difficultés, n'étaient pas dispensés <lu payement de la moindre somme pour cause de dépérissement, au retour du Bâtiment.

Je vous ai fait observer, le 11 juin, et vous devez le juger vous-même, que, dans les circonstances présentes, la con< sion que je prierais le Roi de faire au commerce, ne pouvait (Mie absolument gratuite ; or, au lieu de mettre les frais d'armement à la charge des actionnaires, comme vous vous y êtes attendu jusqu'ici, je vous proposerais que le Bâtiment que Sa Majesté se déterminerait à vous faire prêter fut complètement armé au compte de la Marine ; et voici alors quelles seraient les conditions à souscrire pour les actionnaires, en\ mon Département.

1° Le BAtiment armé et pourvu de ses agrès et rechange serait estimé par 1.' conseil d'administration du Portoù il serait fourni ; cette estimation servirait de base à la police d'assurance dont le montant je ne parle pas de la cargaison) appartiendrait au Roy, La prime serait payée par les actionnait

2° Les frais de levée, de conduite au retour, la solde des

1. FrançoU-Joteph de CJratkt, Vicomte lu Boi i b igb, né à Grenoble, le 1" avril 1749; f à Paris, !<• iv avril 1821 : chargé du portefeuille «le

a Marine du 24 sept. lsK> su 23 juin 1817.

équipages, le traitement de l'État-major, seraient à la charge des actionnaires, pendant la durée de l'armement, du voyage et du désarmement.

3° Il en serait de même des vivres de journalier et de campagne ; et, si les actionnaires demandaient qu'ils fussent fournis, soit en totalité, soit en partie, par les magasins du port, le prix en serait fixé par le Conseil de Marine, et il serait payé immédiatemment en argent comptant.

4° Si, pour mettre en état le bâtiment qui serait cédé par le Roi, le port était obligé à des dépenses de main d'œuvre et à des achats, l'état de ces dépenses serait arrêté par le conseil de marine; les actionnaires verseraient les fonds nécessaires dans la caisse du payeur de la Marine, et le montant de ces fonds, ainsi versés, serait déduit de l'indemnité à payer par les actionnaires, au retour du Bâtiment.

5° Cette indemnité serait fixée, suivant le bâtiment qui sera cédé, à la somme çi-après pour une année qui commencera le jour de la revue de départ.

130000 francs pour un vaisseau de 74.

80000 francs pour une frégate de 18.

50000 francs pour une flûte de 800 T*. 40000 francs pour une gabarre de 4 à 500 Tx.

Ces fixations seront augmentées d'un 12° par mois de campagne excédant un an, et jusqu'au déchargement complet.

Pour arrêter le décompte de cette indemnité, un procèsverbal constatera le jour de la revue de départ et le jour où la cargaison de retour aura été mise à terre, et où le Bâtiment aura été remis à la disposition du Commandant de la Marine.

Le 31 octobre 1816, la Chambre répondait à cette lettre :

« Nous n'avons à faire aucune objection à ces conditions, elles nous paraissent fondées sur la plus exacte équité, et cependant nous pensons qu'une expédition de cette importance que nous voyons, malgré tout, entourée de tant de dangers et exposée à tant de vicissitudes, n'offrirait pas un grand attrait à ceux qui seraient tentés de s'y intéresser si le Gouvernement ne l'encourageait par un généreux sacrifice ».

« Mais la reconnaissance nous reste, et nous n'oublierons jamais que c'est en faveur du commerce de Bordeaux en général que Votre Excellence a daigné écouter les propositions de M. Nairae, les soumettre à notre opinion el les faire couronner s'il est possible par la munificence royale1 ». . .

Enfin M. de S1 Crigq, Conseiller d'Etat, Directeur général des Douanes, annonce une réduction de* droits connue encouragement des premiers essais faits pour rétablir le commerce avec l'Extrême- Orient :

Paris, le 8 octobre 1817.

\os relations commerciales avec la Chine et la Cochinchine étant, Monsieur, interrompues depuis longtemps le Gouvernement a jugé qu'il convenait d encourager les premiers essais que l'on ferait pour les rétablir. Dans cette vue, d» js facilités spéciales ont été, par ordre du Roi, accord' pour les chargements que rapporteront plusieurs bâtiments partis de Bordeaux à ces destinations.

Jusqu'à leur retour, on est fondé à considérer comme problémaliques les succès que le commerce peut obtenir dans des contrées lointaines où il n'a plus l'habitude de trafiquer, et comme l'incertitude des chances à courir pouvait empêcher de nouvelles entreprises qu'il importe d'accélérer dans l'intérêt de la navigation nationale, S. M. a décide le 2 de ce mois, <jue les faveurs déjà autorisées pour quelques navires seraient ('tendues à tous ceux qu'on expédierait pour la Chine et la Cochinchine avant que les retours aient commencé et fait connaître aux négociants ce qu'ils doivent espérer de semblables spéculations.

Cet encouragement consiste dans une réduction des droits lixes à la moitié de ceux du tarir général, en exceptant, toutefois, de cette considération pour ce qui concerne les cargaisons importée- de la Chine, les nankin- et autres tissus, les sucres, cafés, cacao, poivre, piment, girofle, cannelle,

l. Chambre <l<> Commen rdeaux, <'.<>[. i<- de lettres, o ma

1815-6 avril lsis.

(autre que de la Chine), muscade, macis, cochenille, écaille et les bois de teinture et d'ébénisterie.

Les mêmes exceptions auront lieu pour les retours de la Cochinchine avec cette différence pourtant que les sucres qui, pour l'ordinaire, en forment la partie principale jouiront de la réduction de moitié.

. Pour être admis à profiter de cet avantage, les intéressés devront, au surplus, justifier par un rapport du capitaine, affirmé par les principaux officiers et matelots, puis vérifié au Ministère de la Marine, que le navire a pris son chargement dans un des deux pays que désigne la décision du 2 de ce mois.

Je vous prie de donner aux armateurs connaissance de ces dispositions qui sont une nouvelle preuve de la constante sollicitude de S. M. pour le développement du Commerce.

Des Moulins, Directeur des Douanes royales à Bordeaux, transmit cette pièce qui lui était adressée, le 14 octobre 1817, à la Chambre de Commerce de Bordeaux.

Des demandes de renseignements sur les moyens de procurer à notre Commerce maritime, toute l'extension dont il était susceptible, étaient adressées par le Ministre de l'Intérieur, qui recevait l'intéressant rapport suivant :

Ministère

de l'Intérieur

Bureau du Commerce

Sur le moyen de donner

de l'extension à notre Commerce

intérieur et extérieur.

A son Excellence Monseigneur le Ministre Secrétaire d'État au Département de l'Intérieur.

Monseigneur.

La Chambre de Commerce de L'Orient a reçu la Lettre que Votre Excellence lui a fait l'honneur de lui adresser le

6 Mars dernier, pour obtenir des renseignements sur h -s moyens de procurer à notre Commerce Maritime, toute l'extension dont il est susceptible, soit dans nos colonies, soit dans les possessions coloniales étrangères.

Nous n'entretiendrons Votre Excellence que des Colonies Orientales, notre Place n'ayant eu jusqu'à présent que trèa peu de rapports avec les Colonies Occidentales.

Quelque tardives que soient les observations que nous allons présenter à V. E., nous nous persuadons cependant qu'elles seront favorablement accueillies : dans cette confiance nous nous permettrons de lui faire connaître quelques unes des causes qui jusqu'à présent ont entravé et même souvent ruiné les opérations maritimes les mieux combinées. Une des principales, est le peu de stabilité du système des Douanes pour la quotité du Droit d'entrée à percevoir sur les Denrées d'outre-mer.

Dans une expédition de longue haleine et dont la durée (du départ au retour) est souvent de 15 à 18 mois, un armateur ne peut calculer les chances de son opération que d'après les droits existans au moment où il l'a commencée. Toute augmentation de droits pendant la durée du voyage devient une charge non prévue pour l'expédition et la constitue souvent en perte. Tel est le cas dans lequel s'est trouvé le navire le Nancy de Nantes, expédié pour traiter des Poivres à Sumatra, antérieurement à la Loi du '28 avril 181(». Le droit d'entrée qui lors du départ, était à /'. 80 les 100 kilogrammes a été élevé à /. 140, ce qui, sur la cargaison d'un navire de 300 tonneaux, a produit une augmentation de charges de/. 1*20.000, et a pour ainsi dire annuité les bénéfices auxquels avaient droit de prétendre les Armateurs de ce navire.

Nous nous bornerons à citer ce seul exemple persuadé qu'il déterminera le Gouvernement à modifier un système qui tendrait à détourner nos Armateurs d<- tenter des entreprises lointaines et de longue durée.

Nous appelerons également l'attention du Gouvernement sur les interprétations souvent forcées que l'on se permet de donner à la Loi, par des Instructions particulières. Déjà plusieurs places de commerce ont fait entendre des plaintefondées sur les entraves qu'apportent toujours dans les oj rations commerciales, <\v< instructions qui, n'étant pas cou-

signées dans la Loi, ne peuvent être connues officiellement. Il est à espérer que ces plaintes seront accueillies et que l'on fera disparaître toutes ces formalités minutieuses qui, sans tourner au profit du trésor, ne servent qu'à dégoûter le véritable négociant et l'empêchent même souvent de se livrer à des entreprises utiles.

Une autre entrave qu'éprouve journellement le Commerce est l'envoi à Paris des échantillons de Denrées, pour y être statué par l'Administration supérieure des Douanes, sur leur classification. Il en résulte des retards toujours préjudiciables au Commerce, et même souvent des pertes occasionnées par les variations que peuvent éprouver les Denrées en attendant les décisions de l'Autorité supérieure. Il serait à désirer, qu'en cas de contestations sur la véritable classification d'une denrée, le différend soit jugé sur les lieux mêmes par des Experts, ce qui éviterait au Commerce les retards auxquels entraine toujours un référé à l'Administration générale.

Le Gouvernement doit percevoir des droits pour subvenir à ses charges. Plus ces droits seront modérés, moins la fraude se soutiendra parce qu'elle manquera d'aliment pour corrompre. Le bon, l'honnête Négociant ne frustera jamais le Gouvernement des droits qui lui appartiennent, et considérera toujours le fraudeur, comme le destructeur principal de son industrie.

Il serait encore à désirer que les formalités à remplir vis à vis des douanes, fussent moins compliquées : Plus elles seront simples, plus faciles elles seront à exécuter et l'on évitera par là des discussions toujours préjudiciables à ceux qui sont forcés de les soutenir.

Après avoir fait connaître à V. E., une partie des entraves que le système suivi jusqu'à présent a pu apporter au succès de nos opérations commerciales, nous lui présenterons quelques viies sur les moyens à employer pour donner de l'extension à notre industrie intérieure et à notre Commerce extérieur, principales sources de la prospérité d'un État.

Un des plus puissants et qui tiendrait à favoriser les expéditions ayant pour but d'ouvrir de nouvelles branches de Commerce à la France, serait d'assimiler les denrées qui proviendraient des Pays hors de la domination européenne, aux

mêmes droits d'entrée que paient celles que nous tirons «!•* nos possessions d'Amérique et d'Afrique, ce serait pour nos Armateurs un faible dédommagement des fortes mises hors et les grands frais auxquels sont toujours assujeties les expéditions qui se font pour les mers de l'Inde et de l'Asie.

I ii autre moyen auquel l'Angleterre doit tout»* l'influence dont elle jouit depuis si longtemps, serait d'établir des Consuls ou Agents de commerce sur tous les points susceptible de présenter un aliment au Commerce. Quelque partie du globe que l'on parcoure, on y trouve un Agent anglais qui tout en servant de point d'appui au Commerce, enrichil patrie du fruit de ses découvertes et de ses travaux. Sous un Couvernement qui veut réparer les maux qui ont pesé sur la France pendant tant d'années, le Commerce doit espérer qu'il trouvera un appui partout où il se présentera pour ouvrir de nouveaux débouchés à notre industrie.

L'Établissement de Consuls ou Agents de commerce français dans certains Pays de l'Asie, entraînerait sans doute le (iouvernement dans quelques dépenses qui cependant pourraient n'être pas très-considérables quant aux armements, si l'on profitait des expéditions qui se font annuellement à Bourbon et à Pondichéry pour transporter les Agents français aux lieux de leur destination. Le Gouvernement serait indemnisé des dépenses, par l'extension que prendraient noire industrie intérieure et notre commerce extérieur, par une plus forte perception de droits de douanes produite par des importations françaises, en lin par l'accroissement de notre marine marchand»' qui devra toujours être considérée comme la pépinière de la Marine militaire.

La Révolution et les résultats de vingt-cinq années de guerres maritimes, ont totalement changé les bases sur lesquelles s'exploitait autrefois le commerce de l'Inde <'t de l'Asie.

Les Progrès qu'oui lait en Europe les manufactures de coton joints aux prohibitions à L'entrée de tous tissus, ne permettent plu- de songer a en former des cargaisons «le retour. Nous devons donc nous borner au commerce des matières premières el de rechercher quels sont le- pays qui peuvent nuih le- procurer en plu- grande abondance et aux prix les plu- modérés, en même temps qu'ils offriraient un

:plus grand débouché aux Produits de notre sol et de notre industrie.

La Gochinchine nous paraît être le pays où l'on pourrait réaliser ce double but. Voisine de la Chine, du Cambodge, du Tonquin, du Siam et des Philippines, elle offrira toujours par ses productions et celles des Pays qui l'avoisinent, des ressources précieuses au Commerce et un débouché important à tous les articles d'Europe qui s'exportent pour les Mers de l'Inde et de l'Asie.

Le Gouvernement cochinchinois accueillerait favorablement un Agent de Commerce français institué et soutenu par l'Autorité Royale, car on ne doit pas perdre de vue que le Souverain actuel de ce pays a été élevé par l'évêque d'Adran, qu'en 1786, il est venu en France sur la frégate la Méduse, que c'est à des Français qu'il est redevable des progrès que l'industrie et les arts ont fait dans ses États.

Au nombre des Français qui ont servi et servent encore le Roi de la Cochinchine, on peut citer M. Dayot aîné de Redon (Parent de M. Rorne Ronet, l'un des Membres de notre Chambre) mort Prince Mandarin de la Cochinchine qu'il a enrichie d'un atlas précieux contenant dans le plus grand détail et dans la plus grande perfection les Plans de toutes les côtes, baies, rades et ports de ce Royaume. Un des originaux de cet Atlas dont M. Rorne Ronet a reçu des copies qui lui ont été envoyées par M. Jh. Dayot de l'Ile de France, (frère de celui mort à la Cochinchine) est resté enfoui dans la poussière du Dépôt des Cartes de la Marine à Paris. Le dernier Gouvernement sur 'le rapport d'une Commission spéciale nommée pour en examiner le travail, en ayant reconnu tout le mérite, ordonna que ces cartes seraient gravées à ses frais. Il faut que quelque motif et intérêt particulier, se soit opposé à l'exécution de cet ordre, et ait ainsi privé la Marine française de Documents d'autant plus précieux que jusqu'à présent les parages de la Cochinchine ont été peu fréquentés par les Européens.

11 est d'autres Français, tels que MM. Olivier, Chaigneau, Rarisy, Roissonneau, etc., qui par leurs talents ou leurs connaissances ont porté L'industrie et les arts au point où Us le sont aujourd'hui eu Cochinchine et qui pour récom-

pense de leurs serviees ont été élevés aux premières fonctions du Royaume.

Si le Gouvernement français se décidait à former un Établissement à la Cochinchine, M. Borne Bonet lui offre services : Muni de recommandations de la famille Dayot et d'autres qu'il peut se procurer, il concourra de tous moyens à obtenir des concessions favorables au Commerce français et d'un grand intérêt pour son gouvernement.

La Cochinchine produit à très-peu d'articles près tout ce que fournissent la Chine, le Bengal, les Côtes de Malabar, d'Orixa et du Coromandel : Tous les articles d'Europe qui s'exporlent pour ces derniers pays obtiendraient un débouche d'autant plus certain et avantageux que jusqu'à présent les Cochinchinois n'ont traité qu'en seconde et troisième main avec les seuls Chinois. Il nous paraît donc essentiel de former un établissement dans un pays où nous pouvons acquérir la suprématie du commerce et nous tirer de la dépendance et de la trop grande concurrence que nous éprouvons en Chine et dans les autres possessions de l'Asie et de lTnde.

Un établissement à la Cochinchine pourrait encore être considéré comme un point d'appui pour nos missionnaires qui dans tous les tems ont rendu des services éminents à la Religion et à leur Patrie.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur la nécessité d'ouvrir des relations directes avec la Cochinchine pour apprécier les effets qui pourraient en résulter, il suffit de consulter les mémoires de M. Poivre, intendant du Roi à l'Isle de France, qui pendant deux ans a résidé à la Cochinchine, ceux de M. Charpentier de Cossigny, Ingénieur du Roi à l'Isle de Fiance, ceux de M. Blancard, de Marseille, enfin le discours que M. Louis Monneron, député de Pondichéry, prononça le 15 octobre 17(.>o à l'Assemblée nationale. Ces estimables citoyens ont bien démontré de quelle importance serait pour la France un commerce direct avec la Cochinchine pour que nous insistions davantage sur ce point. C'est sur un prospectus que M. Borne Bonet rendit public en Décembre 1815, que la place de Bordeaux a expédié cette année trois grands navires pour la Cochinchine et qu'elle prépare d'autres expéditions. Deui navire- de Nantes vont prendre cette direction, et il est à présumer que l'exemple de

ces deux places, sera bientôt suivi par nos autres villes maritimes. Ce serait donc pour le Gouvernement français, un motif de former un Établissement dans un pays qui peut offrir au Commerce toutes les ressources dont il a besoin pour prospérer, et qui peut en même temps enrichir nos Colonies de ses nombreuses productions.

Nous terminerons cette lettre, Monseigneur, en suppliant V. E. de fixer les regards paternels de Sa Majesté sur notre malheureuse ville : elle fut autrefois le Berceau et le Centre du Commerce de l'Inde. Les malheurs produits par la révolution et les guerres maritimes, l'ont privée de toutes ses ressources et iorcé une partie de ses habitants à fuir un sol qui ne leur présente plus que le Tableau effrayant de la Misère. L'Orient créé par et pour le commerce de l'Inde, possède tous les établissements nécessaires au dépôt de ce grand commerce; ne peut-il espérer, sous le Gouvernement de son Roi légitime, de rentrer dans les prérogatives dont il a constamment joui sous le règne d'un Bourbon? Un tel bienfait ramènerait la prospérité dans une ville qui donne toujours l'exemple de la soumission et du dévouement à la cause de ses souverains légitimes et la Population entière de la Bretagne en ressentirait les heureux effets.

Nous avons l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre Excellence

Monseigneur

Les très-humbles et très-obéissants serviteurs

(sig.) Monistrol Aîné, Maire et Président, Bouilly, Du-

GRAY, ROTINAT, VaLLIEE, GaLABERT, BOURDON, DeLA-

rive, J, L. Borne Bonet, Bijotat, Membres et Secrétaire de la Chambre.

L'Orient, le 15 Octobre 1817.

Pour copie conforme à l'Original,

Le Secrétaire de la Chambre de Commerce de Lorient,

Bijotat.

Borne Bonet, l'un des signataires, envoyait le 25 octobre 1817 une copie de ce Mémoire, au

Ministre de la Marine et des Colonies, offrant de passer à la Cochinchine en qualité d'agent du Gouvernement français :

Les services que l'un de mes parents, Monsieur Dayot aîné de Redon mort Prince Mandarin à la Cochinchine a rendu à ce Pays me permettent d'espérer que je rendrais fructueuse la mission qui me serait confiée par sa Majesté.

Mes seuls titres à sa bienveillance sont mon dévouement entier à sa personne, le désir d'être utile à ma patrie, enfin les pertes que j'ai éprouvées tant par la Révolution que par la loi des finances sur l'arriéré.

J'ai été le premier à donner au commerce français l'idée de diriger ses expéditions sur la Cochinchine, et n'ai pu profiter pour moi-même des notions que j'avais sur ce pays, parce que tous moyens se trouvaient entre les mains du Gouvernement pour subir les effets de la loi sur l'arriéré.

La faiblesse de ma vue ne me permettra pas toujours de suivre avec assiduité le travail du Cabinet. Je solliciterai la faveur d'être accompagné de mon fils aîné âgé de vingt-six ans, possédant toutes les connaissances nécessaires à un bon négociant. Secondé par lui je crois pouvoir espérer de réaliser les vues paternelles de Sa Majesté pour la prospérité du commerce de ses États.

Si Votre Excellence avait besoin de plus amples renseignements sur mon compte et celui de mon fils je me ferais un devoir de lui faire parvenir ceux qu'Elle jugera convenable d'exiger.

La requête de Borne Bonet qui était accompagnée du certificat suivant ne paraît pas avoir reçu de suite :

Je certifie que M. Borne Bonnet, négociant à Lorient jouit en cette ville d'une très-grande considération, tant sous les rapports d'une rigide probité et honnêteté que sous ceux de beaucoup d'expérience et de connaissances dans Les opérations commerciales; qu'enfin il est à tous égards digne de mériter la confiance du Gouvernement pour remplir la mis-

sion qu'il sollicite de son Excellence le Ministre Secrétaire d'État au département de la Marine et des Colonies.

A Lorient, le 25 octobre 1817.

Le Commissaire-général, Ordonnateur de la Marine, par intérim

Maublanc1.

Un autre candidat est recommandé comme Agent au choix du Ministre des Affaires étrangères par le Sieur Gabriac qui écrit au Duc de Richelieu au sujet de son protégé Janssaud :

Marseille, le 25 Septembre 1817.

Monseigneur,

Votre Excellence m'a reçu avec tant de bonté lors de mon voyage à Paris cet hiver, que je me sens encouragé à lui soumettre quelques idées sur le commerce de l'Inde; je désire qu'elles puissent mériter votre attention.

Le long séjour que j'ai fait dans l'Inde, ramène souvent ma pensée vers ces riches contrées. La navigation française, malheureusement fort réduite par les événements fâcheux qui nous ont dépouillés d'une grande partie de nos possessions coloniales, est sans doute l'objet de la sollicitude du Gouvernement.

Vous protégez, Monseigneur, de tout votre pouvoir, les efforts du commerce, et je puis compter sur votre puissant appui, si les idées que j'ai l'honneur de vous soumettre vous paraissent utiles.

Les Français sont bien reçus à la Cochinchine par le Souverain qui y règne aujourd'hui. Votre Excellence sait qu'il a été élevé par un évêque français dont les vertus seront longtemps révérées dans l'Inde.

Il reste peu d'anciens armateurs français qui lésaient autrefois le commerce de l'Inde. Parmi ceux qui figurent aujour-

1. Archives de la Marine el des Colonies. — Cochincmim: 17(J2-1818, No. 5.

d'hui dans nos ports, peu ont les connaissances et les moyens de se livrer aux opérations au delà du Cap de Bonne Espérance. Par sa distance, le commerce de la Cochinchine présente à la très grande majorité des armateurs français les plus grandes difficultés.

Cependant, Monseigneur, encouragé par le Gouvernement, le commerce français pourrait retirer de grands avantages de ses rapports suivis avec ce pays là.

Pour parvenir à des résultats satisfaisants, il sui'lit de quitter la vieille routine des anciens armateurs. Dans l'ancien tème, le voyage de la Cochinchine aurait duré dix-huit mois et souvent deux ans, aujourd'hui des capitaines instruit-, avec des vaisseaux fins voiliers, consultant les saisons, peuvent exécuter ces voyages dans dix ou douze mois.

Un commerce ouvert entre la Cochinchine et la France, serait d'autant plus utile qu'en servant à former des matelots, il procurerait le débouché des produits de notre sol et de noire industrie.

On peut importer à la Cochinchine un assortiment des draps de Carcassonne, un assortiment d'étamines ras de castor et de camelots; quelques étoffes légères de Lyon; des coraux; des fusils de munition, des laines de sabres, des glaces; du souffre raffiné, des montres, des pendules, desgrapins; du vin; du savon, et plusieurs autres articles qu'il serait trop long de détailler. Ces assortiments doivent être faits, sans doute, avec choix, et non pas en grande quantité. L'expédition doit être en outre complétée par dv< piastres fortes d'Espagne.

On peut rapporter de la Cochinchine. du sucre à 8 ou 9 francs le quintal; des soies écrues à 8 ou c.) francs la livre; du poivre, de l'indigo, de l'ivoire et plusieurs autres artic etc.

Malgré les dispositions bien connues du Roi de la Cochinchine, je pense que le Gouvernement français y esl encore sans protection.

Votre Excellence ne penserait-elle pas, Monseigneur, qu'un agent du Roy accrédite auprès de ce Souverain serait infiniment utile aux intérêts du commerce et de la Navigation. Le Roi de la Cochinchine verrait, sans doute, avec beaucoup d'intérêt un envoyé du Gouvernement français auprès d< personne. 11 ne pourrait Noir qu'avec plaisir flotter

côtes le pavillon d'une nation pour laquelle il montre dans toutes les occasions une affection marquée.

Sans doute un Agent intelligent saurait entretenir cette préférence pour les Français, employant, en même tems, tous ses moyens pour fortifier et accroître le goût des Cochinchinois pour les productions de noire sol et de notre industrie.

Si telle était votre pensée, Monseigneur, j'oserais recommander à Votre Excellence un homme qui serait, je crois, capable de remplir dignement cette mission.

J'ai l'honneur de connaître depuis longtemps Monsieur Janssaud, fils d'un avocat estimable qui fut longlemps maire de Forcalquier dans les Basses-Alpes. M. Janssaud a parcouru l'Inde en négociant éclairé; il parle l'anglais, il entend le malais, langue familière aux Cochinchinois. Ses principes et son caractère seraient des garants sûrs de sa conduite. M. Janssaud sera heureux, Monseigneur, d'être honoré de votre choix pour aller à la Cochinchine comme Agent du Roi pour y soigner les intérêts du Gouvernement et du Commerce.

Le Roi va avoir dans le port de Toulon plusieurs flules sans emploi et condamnées au dépérissement : Si Votre Excellence voulait m'en accorder une d'environ 300 tonneaux pour un temps limité et à des conditions encourageantes pour moi, je prendrais avec plaisir rengagement de l'expédier pour la Cochinchine avec un chargement convenable et cette expédition servirait en même temps à conduire l'Agent français à cette destination.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Alexis Gabkiac !.

Gabriac écrit encore au Ministre :

Marseille, le 5 octobre 1817.

Monseigneur,

Permettez-moi de me référer a la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire sous la date du 28 du passé.

Il sera peut-être agréable à Votre Excellence d'apprendre

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