‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 5 sur 100 · Intendant de Pondichéry · texte numérisé non relu

Intendant de Pondichéry

à Macao1, mais on ne pouvait considérer cette occupation comme une véritable possession de colonie, car les Chinois y exerçaient des droits absolument suzerains. Les Portugais, depuis 1582, jusqu'à l'assassinat du gouverneur Amaral, le 22 août 1849, payaient aux Chinois une redevance ou, si Ton veut, un loyer nominal de 1000, puis de 500 taëls par an. — En dehors de la douane portugaise, il y avait aussi une douane chinoise à Macao. Les douanes chinoises imposaient aux Portugais eux-mêmes des droits, inférieurs, il est vrai, à ceux des autres pays occidentaux, puisque c'étaient les mêmes payés par les Chinois, mais no les exemptaient ni du droit d'ancrage, ni de mesurage. Les Portugais, d'accord en cela avec les Chinois, empêchaient les Européens, sauf les Espagnols de Marseille, de faire le commerce à Macao même : Canton était, lui, le lieu de commerce ; Macao n'étant que le point de relâche, à l'aller comme au retour, du port chinois en même temps que le séjour des étrangers entre deux expéditions dans la capitale du Kouang-toung. L'hospitalité portugaise ne s'exerçait pas toujours d'une façon aimable, et un conflit entre le gouverneur portugais de Macao et les Français venait justement d'éclater peu de temps avant l'arrivée de d'Entrecasteaux.

En 1785, le gouverneur portugais Bernardo Aleixo Lemos de Faria, de Macao, avait, de son autorité privée, prohibé aux subrécargues français le séjour pendant l'hiver de la colonie qu'il administrait. Mais son supérieur, le gouverneur de Goa2, avait heureu-

1. L'arrivée des Portugais en Chine, par Henri Cordier (Extrait du T'oung-pao, vol. XII), E. J. Brill, Leide, 1911, in-8°, p. 63.

2. Le secrétaire d'État de llnde portugaise était, depuis 1776, Féliciano Ramos Nobre Mourao, qui fut remplacé en 1786 par Sébasti a o José Ferreira Barroco.

sèment suspendu la mesure arbitraire de son subordonné ; aussi lorsque M. de Vergennes adressa des représentations au comte de Souza, ambassadeur de Portugal à Versailles, celui-ci put lui répondre que la Cour de Lisbonne, approuvant le gouvernement de Goa, avait remis les choses en état. L'affaire était donc réglée, ainsi que l'avaient prévu ses instructions, et d'Entrecasteaux n'eut pas à s'en occuper.

11 s'assura, à Macao, que les Français jouissaient de la même liberté que les autres nations dans cet établissement, et qu'il n'avait que des comptes satisfaisants à rendre à cet égard.

Quel était le vrai but de sa mission à Canton? Entre les instructions écrites et les avis officieux donnés verbalement, il y a des nuances ou mieux des lacunes :

Le but réel de la mission de d'Entrecasteaux et la seule partie secrète de sa mission était de faire connaître à la Chine les futurs desseins des Anglais contre ce grand empire : c'est ce que nous montre une lettre du P. de Grammont1, adressée de Canton le [5 lévrier 1787, à Péking, au P. deVentavon2, que son confrère charge de prévenir le gouvernement de la capitale.

Dès 178.'), ainsi que l'avons vu plus haut, lorsque d'Entrecasteaux, alors capitaine de vaisseau, fut envoyé en station aux Indes orientales, ses instructions lui enjoignaient d'examiner surtout les positions militaires anglaises et françaises au Cap de Bonne-Espérance et à l'île de France, de se rendre

1. Jean-Joseph de Grammont, s. J., né au château de Grammont, commune de Boucagnères, près Auch, le 18 mars 173G;~1808à Pe-King.

2. Jean-Mathieu de Ventavon, né à tfap, 1 1 septembre 1733,-;- ?7 mai 1787, à Pe-King,

compte des forces navales de la Grande-Bretagne dans l'océan Indien, de visiter les îles Andaman, de reconnaître Mergui et le détroit de Malacca, de pousser même jusqu'à Manille, lui recommandant d'agir partout avec conciliation et cependant avec fermeté. Nous avons vu qu'il ne reçut que plus tard ses instructions pour la Chine.

Le but apparent et le seul qui pût avoir, en somme, un résultat pratique était le règlement des dettes des Chinois envers les Français. En 1783, les sommes dues aux négociants français s'élevaient à 617,480 piastres ou 3,334,362 livres tournois*.

D'autres questions sont également à débattre : assurer la vitalité d'une nouvelle compagnie de commerce rétablie à la légère par M. de Calonne par arrêt du conseil rendu le 14 avril 1785, faire une enquête sur la moralité plus que douteuse de nos agents à Canton, sur nos droits de propriété sur la factorerie française dite Impériale, Tune des plus grandes et des plus commodes, dont on avait disposé en faveur d'étrangers et que convoitaient les Anglais ; la besogne ne manque pas. Il y avait aussi un côté un peu glorieux dans la mission du chevalier d'Entrecasteaux : il était bon de montrer dans ces mers lointaines le pavillon du roi de France dont le prestige ne pouvait que s'accroître avec un homme d'aussi grande valeur que le célèbre navigateur.

Et cependant le temps manque : les instructions se font attendre ou se contredisent; il faut de la fermeté et de la sagesse, exiger le respect dû au pavillon du roi, tout en ayant l'ordre de ne pas l'engager. Il

1. Henri Cordier, Les Marchands hanistes de Canton, 1902, p. 22.

n'est donc pas étonnant que M. d'Entrecasteaux luimême ne se soit fait aucune illusion sur le succès (Tune mission qu'il devait savoir fatalement échouer.

Ajoutez, pour compléter les difficultés de la situation — ce que d'Entrecasteaux ne pouvait savoir d'avance — que le gouvernement provincial de Canton éiail en complet désarroi, par suite du départ des principales autorités appelées au loin par la guerre de Formosei. Le gouverneur général (Tsongtou) s'était rendu à Tch'ao tcheou pour venir au secours de son collègue du Fou-Kien qui était chargé de réprimer cette rébellion de Formose qui avait éclaté en 1786, pris des proportions formidables et ne fa t réprimée qu'en 1788.

Le gouverneur Fou-Cai% -^ou Siun-fou% Hélait à Péking, et, comme le dit le P. de Graxnmont*: « Parmi les grands qui restent aujourd'hui à Canton, il n'y a pas une tête, ce sont. tous gens timides, embarrassés, peu versés dans les affaires., incapables d'en saisir et d'en terminer aucune sans prendre conseil, et à qui par conséquent la prudence ne permettoit pas que I'qu communiquât les vrais motifs de l'arrivée des deux frégates. »

Il ne restait à Canton que le trésorier, Pou-Tchen- Che-Seu*, que visita le P. de Grammont le troisième* jour de l'an chinois.

Enfin l'un des desiderata de l'Entrecasteaux était la création d'un établissement à Emouy (Amoy), sur la côte du Fou Kien, en face de Formose, où les Espagnols trafiquaient assez librement. C'est un des points qui attirèrent l'attention du ministère.

1. Cf. € Imbault-Huart, L'île de Formose. Paris, 1893, m-4°, p. 118 et

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