Hép. le y mai. — L. a. s
citer celle d'être présenté au Roi comme un de ses plus fidèles sujets.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance du respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
J. B. Chaigneau.
Mandarin en Cochinchine.
PORTS Bordeaux, 2 mai 1820 ».
iV 158
Renseignements sur le Mandarin Chaigneau et sur la Cochinchine.
Monseigneur,
M. Chaigneau, mandarin de la Cochinchine, a répondu directement le 25 avril, à la question que Votre Excellence me charge de lui faire, par sa dépêche du 27, n° 21, en vous mandant, Monseigneur, que son intention est de se rendre à Paris, dès qu'il aura conduit dans sa famille, sa femme grosse de six mois et ses sept enfants.
M. Chaigneau avait le projet d'aller à Lorient où il est né, mais M. Rosières, ancien secrétaire général du ministère de la marine, beau-frère de ce mandarin, s'est rendu à Bordeaux pour le conduire à Alby, lieu de sa résidence. 11 compte partir du 10 au 12 de ce mois, et après avoir confié le soin de son intéressante famille à Mme Rosières, sa sœur, à Alby, il partira pour Paris, où dès son arrivée, il se pro-
1. Voir la lettre écrite le 9 mai à M. Chaigneau, à Alby. — Rép. le 16 niai.
pose de se présenter à Voire Excellence, et de vous communiquer, monseigneur, la statistique du royaume de la Cochinchine à laquelle il travaille de concert avec deux secrétaires intelligents de M. le comte de Tournon, préfet de la Gironde. Ce mémoire sera très intéressant et donnera une juste idée des mœurs, des productions, du commerce et de la force de la Cochinchine.
M. Chaigneau est marin depuis son enfance, il comptait dix ans de mer comme volontaire sur les bâtimens du roi, avant d'aller offrir ses services en 1793, au roi de la Cochinchine.
M. Chaigneau a le droit d'assister à tous les conseils du roi, ainsi que Al.. Vannier, autre Français également mandarin; mais pour ne pas exciter la jalousie des autres mandarins du pays, ils n'ont jamais voulu s'immiscer dans l'administration intérieure de la Cochinchine, ni entrer au conseil à moins d'y être appelés par le roi, dans des circonstances particulières. Par ce moyen ils se sont concilié l'estime des grands, et principalement celle du roi qui a une affection particulière pour M. Chaigneau.
M. Vannier revient également en France dans le courant de cette année; mais avec beaucoup de richesses, au lieu que M. Chaigneau, très désintéressé et achetant les cargaisons des navires français, sans en retirer aucune commission, n'est arrivé qu'avec un fonds de 30.000 fr. Le Commerce désire beaucoup qu'il retourne à la Cochinchine, parce qu'il y emploiera son crédit auprès du roi en faveur des navires français, et qu'il a réussi à faire fermer les ports de la Cochinchine aux Anglais. M. Chaigneau n'ayant plus retrouvé eu Fiance la fortune
dont jouissait sa famille avant 1793, est déterminé à retourner à la Cochinchine, à la fin de l'année, après avoir obtenu de la générosité du gouvernement français de placer son fils aîné, âgé de 18 ans, dans l'établissement oriental à Paris, et ses trois autres fils, moins âgés, dans des lycées.
Le roi de la Cochinchine envoya en France, avant la révolution, son fils aîné demander des secours pour reconquérir son royaume envahi par quelques sujets rebelles. Ce jeune homme, ami de la France, est mort, et son père est remonté sur le trône qu'il occupe encore. Si les secours eussent été accordés, il aurait donné à la France les ports de St-Jacques et de Touranne, qui peuvent chacun contenir plus de cent vaisseaux de ligne. M. le général Conway refusa de partir de Pondichéry Èvec les régiments suisses et irlandais que la France y avait envoyés pour cette expédition, et l'évêque d'Adran, mort depuis cette époque, qui avait présenté le prince de Cochinchine à la cour de France, ne put obtenir du général Conway que deux navires de commerce, avec quelques hommes de troupes; il se rendit auprès du roi de la Cochinchine avec ces faibles moyens, et contribua à faire remonter le roi sur son trône. C'est par suite de ces services que le roi affectionne particulièrement lesFrançais. Mais pendant la dernière guerre maritime il a été fort aise que la France ne lui ait pas fourni les forces promises, parce que les Anglais auraient pris ce prétexte d'attaquer les ports de St-Jacques et Touranne, comme possessions françaises, et d'après les différents entretiens que M. Chaigneau a eus avec le roi, il est fort aise de ne pas être obligé envers la France, et maintenant il est dans l'intention de ne faire aucune concession à
la France pour ne pas attirer contre lui les forces anglaises qui sont considérables dans l'Inde.
Je tiens ces différents détails, Monseigneur, de M. Chaigneau et j'ai cru devoir vous les transmettre.
Agréez, monseigneur, l'assurance de mon respect,
Le commissaire général de la marine, Auguste Bergerin.
Note relative aux expéditions faites pour la Cochinchine et à M. Chaigneau.
Juin 1820.
Balguerie Sarget et Cie~ de Bordeaux, conçurent les premiers le projet d'ouvrir des relations avec la Cochinchine et de rétablir entre ce royaume et la France, les liens d'amitié et d'intérêt qui existaient avant la Révolution entre ce monarque et la famille des Bourbons. Ils savaient que deux Français existaient encore dans ce pays, d'après les dernières nouvelles que l'on avait pu en avoir, et qu'ils y entretenaient l'affection que ce prince et son peuple portaient à la France.
Leur première expédition mit à la voile de Bordeaux le 12 mars 1817. Elle fut peu après suivie d'une semblable1, qui obtint les mêmes encouragements accordés à la première.
Après plus de vingt-cinq ans de communication d'aucune espèce, il était difficile de savoir ce qu'il fallait apporter dans ces contrées, qui depuis si longtemps n'avaient pas été visitées par des Fran-