Les certificats n'étaient pas joints
tions politiques et commerciales; se proposant de continuer à servir de même son roi naturel, en retournant dans le pays dont il ne s'est absenté qu'afin de venir prendre des instructions et fournir tous les renseignements désirables pour le faire désormais avec encore plus d'avantage, il pense même que cette décoration devant ajouter à la considération dont il jouit dans le pays, le mettra à même de mieux remplir son but.
Paris, le 2 juillet 1820.
J.-B. Chaigneau,
J.-B. Chaigneau, officier de la marine française, mandarin en Cochinchine.
A Son Excellence le Ministre de la Marine et des Colonies.
Monseigneur,
Votre Excellence a daigné me prescrire de lui présenter une petite note sur mes intérêts particuliers, dans le retour qu'il a été jugé utile que je fasse à la Cochinchine. Votre bonté m'enhardit à traiter un article pour lequel je ne dissimule pas que j'éprouve quelque répugnance, car, Votre Excellence n'ignore pas que j'ai trop négligé de m'en occuper, même relativement à la nombreuse famille qui doit me survivre.
Des lettres bien flatteuses que j'ai reçues, il y a deux ans, en Cochinchine, de Leurs Excellences le Président du Conseil des Ministres et de l'un de vos prédécesseurs, dans lesquelles on me témoignait de la satisfaction des services que j'ai rendus à la France
et à mes compatriotes, sans autre titre que celui de simple Français dont je me suis toujours honoré, en servant un souverain bien disposé pour nous. On me demandait aussi des renseignements sur cette belle contrée et sur les relations que l'on pourrait établir entre les deux Etats. Ces lettres, en me comblant de satisfaction me firent penser qu'il serait fort avantageux que je vinsse en France, où, j'avoue que je me sentais attiré par le désir si naturel aux Français, de revoir ma patrie et ma famille. Je sentais très bien l'utilité de mon retour à la Cochinchine,jene savais pas si on en jugerait de même. Je suis donc venu mettre aux pieds de Sa Majesté ellemême, et offrir à ses respectables Ministres, mon zèle et mon dévouement sans borne, et je m'estime heureux en voyant qu'ils les ont appréciés et que Ton juge convenable que je retourne mieux instruit de ce que l'on désire de moi et par conséquent plus à même de me rendre encore plus utile.
Dans l'incertitude de mon retour je n'ai ménagé que la bienveillance du Souverain pour moi et celle de quelques amis puissants dans le pays. J'ai abandonné ou aliéné à vil prix mes propriétés et tous les effets que j'avais et j'ai passé la mer avec toute ma famille. Mon âge déjà un peu avancé me portait à rêver le repos dans la médiocrité de mes moyens de fortune, je ne me fais pas un mérite de renoncer à ce projet. Je me félicite, au contraire, de pouvoir employer encore quelques années de force, de santé et d'activité à un objet, celui du bien de la Fiance et du bien-être de ma famille que j'attends de la générosité et de la bienveillance du gouvernement français.
Devant donc former un nouvel établissement à la
cour de Cochinchine, revêtu d'un caractère convenable à la dignité de la France et à ses intérêts j'aurai à me monter ma maison, à recevoir et traiter les Français qui, je l'espère, fréquenteronl désormais ce pays, encouragés par les sages mesures et les dispositions connues du gouvernement, j'aurai à figurer avec tous les principaux de la cour et à leur offrir des présents suivant l'usage du pays.
D'après cet exposé je soumets à la décision de Votre Excellence, la proposition de m'accorder un traitement annuel de dix à douze mille francs, avec une pareille somme une fois comptée pour me défrayer de mon nouvel établissement et de mes déplacements et autres dépenses, me référant d'ailleurs à la justice et à la bienveillance de Votre Excellence*
Daignez agréer l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.
J.-B. Chaigneau.
Paris, le 13 juillet 1820.
A Son Excellence Monseigneur le Ministre dos affairée
étrangères l.
Monseigneur,
Son Excellence Monseigneur le Ministre de la marine et des colonies m'a informé de la dérision du
conseil des ministres qui a décidé que je devais retourner à la Gochinchine. Je viens vous exprimer que c'est sans regrets que j'abandonne le projet que j'avais formé de me fixer en France et que je retourne à la cour de Cochinchine, où mieux instruit des intentions du gouvernement, je pourrai, sans doute plus fructueusement, employer les moyens que je me suis ménagés dans ce pays et satisfaire au désir dont j'ai toujours été pénétré de travailler à y établir des relations que je crois avantageuses à ma vraie patrie.
Je crois devoir déclarer à Votre Excellence que le long séjour que j'ai fait dans cette contrée éloignée, privé par la guerre maritime de relations fréquentes avec la France et des Français, j'ai un peu perdu l'usage de parler et d'écrire la langue, je viens en conséquence supplier Votre Excellence de vouloir m'accorder un aide de confiance et vous proposer de désigner à cet effet, sous le titre qu'il plaira à Votre Excellence, mon neveu Eugène-Louis Chaigneau, fils de mon frère, ancien officier supérieur au corps royal du génie, chevalier de St-Louis et de la Légion d'honneur. Ce jeune homme, âgé de vingtdeux ans, a fait de très bonnes études aux frais du gouvernement, dans un collège royal, et les a perfectionnées depuis en travaillant dans une célèbre maison de commerce de Nantes. Je demande à Votre Excellence de vouloir lui fixer au traitement annuel de douze ou quinze cents francs, avec une année d'avance pour le mettre à même de s'établir dans le pays. Les heureuses dispositions de ce jeune homme me portent à assurer qu'il ne pourra qu'être très utile dès le premier moment et bien davantage encore lorsqu'il aura appris la langue. C'est princi-
paiement sous ce rapport que je demande cette grâce à Votre Excellence.
Daignez agréer, etc.
J.-B. Ciiaigneau.
Paris, ce 25 juillet 1820.
J.-B. Chaigneau, officier de la marine française, mandarin à la cour de Cochinchine.
A son Excellence Monseigneur le baron Pasquier, Ministre des affaires étrangères*.
Monseigneur,
Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies m'ayant informé que le conseil des ministres avait arrêté que je devais retourner en Cochinchine etrecevoir de Votre Excellence les instructions dont je dois être pourvu et les lettres qui doivent me constituer ag*ent du g-ouvemement français dans ce pays, j'ai cru devoir attendre à Paris, sacrifiant à cet objet la principale partie du temps que je puis passer en France et donner à ma famille et à mes affaires ; la conviction confirmée par l'accueil flatteur et les assurances que m'ont données Vos Excellences que mes services peuvent être utiles dans cette contrée, m'ont déterminé à ce retour qu'il importe que j'exécute promptement. Voilù deux mois que je suis à Paris sans avoir pu être expédié. Ce séjour qui n'a d'autre but que de me rendre aux ordres de Vos Excellences, m'emploie un temps bien précieux et me constitue
dans des dépenses que je désire faire cesser promptement.
C'est pourquoi je viens supplier Votre Excellence de vouloir presser l'expédition des papiers qui doivent me constituer et me servir de guide dans mes fonctions suivant la demande que j'en ai adressée à son Excellence le ministre de la marine le 13 juillet dernier et à vous monseigneur le 25 suivant.
J'ose recommander à la bienveillance que vous avez daigné me témoigner, cette prompte expédition que je réclame afin de pouvoir me mettre à même de me préparer à repartir au moment favorable pour la navigation qui ne laisse désormais que deux ou trois mois disponibles.
J'ai l'honneur d'être, etc.
J.-B. Chaigneau.
Paris, ce 5 août 1820.
A son Excellence Monseigneur le Ministre des affaires étrangères à Paris1.
Monseigneur,
Jugeant qu'il importe pour le bien de la mission, dont V. E. veut bien me charger près de la cour de Cochinchine que j'arrive à cette cour avec la première expédition française, je crois devoir profiter de celle que préparent à Bordeaux MiM. Balguerie, Sarget et Cle par le navire le Larose, du port de sept cent cinquante tonneaux, qui doit partir sous un
1. Voir Ja lettre écrite à M. Chaigneau le 7 octobre 1820. — L. s.
mois. Quelque précipité que soit ce départ, je crois si indispensable d'être rendu sur les lieux en même temps que ce premier navire, que je me détermine à abandonner mes affaires en France, et à renoncer aux jouissances que je m'étais proposées dans ma famille et avec quelques anciens amis, pour profiter de cette occasion.
J'ai l'honneur de prévenir Votre Excellence que je me propose de quitter Lorient vers le 15 présent mois, et d'être rendu à Bordeaux du 20 au 25. Je la prie de vouloir bien m'y adresser ses ordres et ses instructions.
Comptant sur la bienveillance que Votre Excellence a biep voulu me témoigner, j'emmène avec moi mon neveu Louis-Eugène Chaigneau, qu'elle veut bien m'accorder comme chancelier de notre agence consulaire. La connaissance que je viens de faire de ce jeune homme me fait présumer qu'il sera pour moi un collaborateur fort utile, et me donne à regretter de n'avoir pu le présenter à votre Excellence.
Permettez-moi, monseigneur, de vous exprimer ici ma reconnaissance pour l'accueil flatteur et plein de bonté que j'ai reçu de vous. En stimulant mon zèle pour l'honorable mission dont je suis chargé, il m'a pénétré pour vous-même des sentiments de dévouement et de considération dont je vous prie d'agréer l'hommage.
J'ai l'honneur d'être, etc.
J.-B. Chaigneau.
Lorient, le 4 octobre 1820.