‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 70 sur 100 · Copie · texte numérisé non relu

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sans avoir éprouvé d'autres contrariétés que quelques calmes ou vents défavorables. Durant le cours de cette traversée, on n'a reconnu qu'une fois le pavillon français, vers le cap de Bonne-Espérance; mais la différence des routes respectives du Larose et du navire en vue, dans ces parages critiques, ne permit point de se rapprocher assez de ce dernier pour le reconnaître ou pour savoir le lieu de sa destination.

L'état sanitaire et politique de l'île Java, et de Batavia surtout pendant le court séjour que j'y ai fait, n'était nullement satisfaisant pour les Hollandais. Depuis un an, disait-on, la maladie habituelle y avait fait d'affreux ravages, et malgré que son influence fût devenue beaucoup moindre, je fus témoin moi-même d'exemples très fréquents de ses cruels effets.

Cependant au milieu des mourants et des morts, les Hollandais ne laissaient pas de faire de grands préparatifs pour une troisième expédition contre le sultan de Palimbam, et se flattaient qu'elle aurait une meilleure issue que les deux premières. J'ai vu se réunira Batavia une partie de leurs forces navales, et toutes les troupes destinées à opérer le débarquement. Il paraît que les sujets du Sultan, encouragés par leurs premiers succès et soutenus par de forts approvisionnements d'armes d'Europe, étaient devenus pour les Hollandaisde puissants adversaires. Ceux-ci donc, quoiqu'ils fussent beaucoup, ne pouvaient être sans quelques craintes; le capitaine du Larose, arrivé depuis peu de Manille, m'apprend qu'il a su là que l'expédition des Hollandais leur a complètement réussi ; il a vu arriver à Manille, il y a un mois, le navire français le Jean-Jacques, parti de Bordeaux à la fin de janvier dernier, et venant de

Batavia, où son capitaine a appris le succès des Hollandais.

Les troubles survenus à Manille, il y a un an, et dont Votre Excellence ne peut manquer d'être instruite, puisqu'il s'y trouvait des navires français, seraient aujourd'hui totalement apaisés si l'on en croit ce que mandent les négociants de ce pays-là, mais les rapports du capitaine du Larose semblent être en opposition à l'égard de plusieurs circonstances.

L'état de choses actuel en Cochinchine n'offre à la France et à son commerce qu'une perspective peu favorable; mais peut-être est-il encore permis d'entrevoir dans l'avenir une situation plus heureuse. Je m'en flatte du moins, et c'est là ce qui me détermine à tenter encore quelques négociations auprès du roi. L'empereur Gialong, mort peu de temps après mon départ pour la France, se trouve depuis cette époque remplacé par son fils ; mais il s'en faut beaucoup qu'il ait été remplacé à l'égard des Français. Le nouveau prince, jeune encore et ébloui peut-être de sa puissance, a donné jusqu'à ce jour ses premiers soins à des choses fort indifférentes. Il a opéré des changements que n'approuvent aucun des anciens mandarins de son père, en disgraciant les plus zélés serviteurs de l'ancien roi, ef appelant à leurs places ses agents particuliers et même ses anciens domestiques dont il s'est fait des sujets dévoués. Il affecte du reste de ménager le peuple; mais s'occupe réellemenl de ses plaisirs privés plus que de l'intérêt général. Depuis plusieurs mois, il veille à ce qu'on prépare avec pompe la suite qui va l'accompagner dans un voyage au Tonquin, où il va être sacré et reconnu par les ambassadeurs de l'empereur de

Chine. Tous ces préparatifs dont il se fait des affaires fort importantes, ne contribuent pas peu en ce moment à le détourner de toute décision favorable qu'il eût pu prononcer en faveur de la France. Je compte, à son retour du Tonquin, le trouver plus traitable, et j'attends tout d'une bonne occasion pour en obtenir quelque chose. Son caractère exige tous ces ménagements, et j'ai jugé plus convenable en ce moment d'agir de prudence que de trop brusquer les choses.

Le retour des ambassadeurs cochinchinois de Chine pourra procurer ici quelque connaissance certaine de l'état présent de la Chine, tant à l'intérieur qu'en ce qui concerne ses relations politiques.

Je m'em presserai, dans ce cas, d'en dresser communication à Votre Excellence, et de la tenir instruite plus spécialement de ce qui pourra concerner les relations politiques ou commerciales entre la France et ce pays-ci.

21 octobre 1821.

.4 Son Excellence le Ministre de la Marine *.

Le 16 juin dernier, le brick la Constance, Cd[ntd'ine A. Doret, ex-officier de la marine royale et chevalier de la Légion d'honneur, est arrivé en Cochinchine et a mouillé à l'embouchure de la rivière qui conduit à cette capitale. Ce navire venait des lies de France et Bourbon qu'il avait quittées le 12 mars précédent, et se trouvait muni d'expéditions délivrées dans le premier lieu, et signées par le consul M. Kbalanec.

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