Minute
chine est de la langue française et qui ne lui a pas permis de prendre connaissance de la lettre que vous avez été chargé de lui remettre. Le gouvernement du roi n'a pas cru en conséquence devoir s'y arrêter et S. M. a agréé les présents qui lui ont été offerts.
La mort de l'empereur Gia-long est un incident malheureux qui paraît avoir rendu votre position moins favorable ; mais j'espère que cet effet n'aura point été de longue durée. Je ne doute pas que votre expérience et votre habileté ne vous aient promptement mis à même de vous concilier la faveur du nouveau souverain et que vous ne vous soyez ainsi trouvé en état de poursuivre avec succès la négociation qui vous est confiée. La permission que ce prince s'est empressé de donner à quelques Français de s'établir dans ses Etats semble à cet ég*ard d'un augure favorable pour l'avenir. D'ailleurs les demandes que nous formons sont d'une nature si modérée qu'il vous aura probablement été facile, aussitôt que vous aurez eu trouvé la possibilité de traiter de semblables affaires, de détruire dans l'esprit de l'empereur toute incertitude sur la pureté de nos intentions et de le convaincre que les relations que nous cherchons à établir avec son pays ne peuvent qu'être également utiles aux deux peuples et qu'il est de son intérêt comme du nôtre de les voir prospérer. Dans le cas où l'expérience qu'il en a faite ne lui aurait pas suffisamment démontré les inconvénients des spéculations commerciales auxquelles il paraît disposé à se livrer pour son propre compte, vous ne devriez pas manquer de lui présenter toutes les considérations qui doivent le porter à y renoncer. Du reste, il ne me parait nécessaire d'apporter aucun changement aux instructions que vous avez reçues
en partant de France et je vous invite à vous y conformer exactement.
Vous ne devez négliger aucun moyen de vous ménager l'amitié des personnes qui ont de l'influence sur l'empereur, et puisque vous pensez qu'il peut être utile d'employer quelques présents pour parvenir à ce but, je vous autorise à disposer annuellement jusqu'à la concurrence de 4,000 francs, tant pour cet objet que pour toutes les autres dépenses que vous seriez dans le cas de faire dans l'intérêt du service. Cette somme vous sera remboursée sur les états que vous en fournirez à mon Ministère, à la fin de chaque trimestre. Je vous ferai observer que vous ne devrez porter sur ces états aucune dépense qui, comme celle de votre loyer et de vos fournitures de bureaux, au sujet desquelles vous me consultez dans votre dépêche du 20 octobre dernier, vous sont propres et restent à votre charge.
J'ai été surpris de l'opinion que vous émettez sur la nécessité de limiter le nombre de nos expéditions pour la Cochinchine. Elle semble, au premier abord, en contradiction avec l'extension que nous désirons donner à nos relations commerciales avec cet empire ; je vous engage en conséquence à me soumettre les considérations qui vous ont porté à l'adopter, ainsi que les faits sur lesquels elles s'appuient.
J'ai communiqué aux Ministres des finances et de l'intérieur vos observations sur l'élévation des droits qui pèsent sur les marchandises provenant de la Cochinchine à leur introduction en France.
J'ai lu avec intérêt les nouvelles que vous m'avez transmises sur Manille et Java. Je vous serai obligé de continuer à m'adresser avec exactitude tous 1rs
détails qui viendront à votre connaissance sur ces pays et sur les autres contrées qui vous avoisinent.
Je désire que vous portiez une attention particulière sur la Chine et sur les facilités que nous pourrions rencontrer à établir un entrepôt des marchandises de cet empire dans le pays que vous habitez; la proximité des deux Etats et les relations qui existent déjà entre eux paraissent favorables à l'exécution de ce projet. Cet objet n'est pas un des moins importants que nous ayons à nous proposer dans la formation d'un établissement en Cochinchine. Je vous invite en conséquence à me fournir tous les renseignements convenables sur la manière dont ce commerce indirect devrait se faire et sur son importance probable.
J'ai été très sensible à l'assurance que vous me donnez des bons sentiments qui animent M. Vannier et qui le portent à seconder vos efforts. Je vous prie de lui en témoigner toute ma satisfaction.
Je crois superflu, Monsieur, de vous recommander de ne laisser échapper aucune occasion de me faire parvenir de vos nouvelles.
Agréez, etc.
Paris, le 27 juin 1822.
M. Chaigneau, Agent et Consul en Cochinchine1.
J'ai l'honneur de vous adresser, Monsieur, une lettre qui vous est écrite par M. Rémusat, membre