Lettre au Ministre, du 14 février
blant de s'assurer que c'était l'absence de fond qui avait fait abandonner le mouillage de Macao. Le jeudi 15, le vendredi 16, aucune réponse n'était arrivée soit du gouverneur général, soit du Hai Kouan. Enfin, le samedi, un interprète vint demander ce que venaient faire ces vaisseaux. Sur la réponse qu'ils liaient des vaisseaux de l'Empereur de France, et ne faisaient pas de commerce, mais qu'ils venaient chercher de l'eau et des vivres, deux marchands hanistes, venus le dimanche 18, Tso Kola et Mong Koua, demandèrent à visiter le bateau, ce que d'Entrecasteaux refusa, après s'être enquis des précédents du commodore Anson et du capitaine anglais Panton, afin que ses bateaux ne fussent pas mesurés comme de simples navires de commerce. Malgré le jour de Fan chinois1 et les lettres du P. de Grammont et De Guignes au Pou-Tcheng-Che-Seu, les fonctionnaires chinois, qui ont peur des canons de nos vaisseaux, donnent l'ordre à nos commandants de déguerpir dans les cinq jours. Le lendemain mardi, d'Entrecasteaux s'empresse d'envoyer le P. de Grammont au Poii-Tclieag-Che-Seu l'assurer de ses sentiments amicaux. Ce haut fonctionnaire, ainsi que le missionnaire, se rendirent au palais du général lartare avec quelques collègues, et ces fonctionnaires, au nombre de huit, se décidèrent à envoyer l'un d'eux, le Nan Tche-Hien, chargé de la police du sud de la ville, pour rencontrer M. d'Entrecasteaux (liez Pan Ke Koua. A la suite de cette rencontre, ordre lut donné de fournir de l'eau et des vivres à nus vaisseaux, et il ne fut plus question de
1. Le premier jour de l'année chinoise, 52 année delà période K'ien lounj spond au dimanche 18 février 1787,
visites à bord de nos navires. D'Entrecasteaux eut la bonne fortune de trouver à Canton le P. de Grammont, qui avait été autorisé par la Cour de Pe-king à se rendre dans cette ville pour rétablir sa santé ; c'était un « homme de sens, très au fait des usages, sachant très bien la langue chinoise » ; Grammont s'était mis immédiatement en rapport avec son confrère de Pe-king, le P. de Venta von, de façon que la Cour fût instruite d'une mission que lui auraient laissé ignorer les autorités du Kouang-Toung. C'est ce missionnaire qui fut chargé de traduire et de porter, ainsi que nous l'avons dit, les lettres du chevalier d'Entrecasteaux au gouverneur général des Deux Kouang. Celui-ci étant absent, la lettre ne lui fut pas remise et elle fut laissée aux soins de M. de Grammont pour qu'il la fit parvenir à ce haut fonctionnaire ainsi qu'une copie à la Cour de Peking.
Au retour du vice-roi, ou tout au moins à son second retour, — et ce ne fut qu'à la fin de novembre 1787, — M. de Grammont put remettre la lettre de d'Entrecasteaux. Il n'obtint pas de réponse. Il paraîtrait d'ailleurs qu'il y avait à peu près égalité de dettes françaises et chinoises, que si nos nationaux étaient porteurs de billets chinois, les Chinois étaient porteurs de non moins nombreux billets français. Il aurait fallu, pour résoudre la question, des coups de canon, et l'on y était peu disposé à ce moment.
Enfin la lettre fut remise par le P. de Grammont au siuen-fou au lieu du tso/ig-tou absent, mais la guerre de Formose occupait trop les Chinois pour qu'ils pensassent à autre chose.
Desmoulins1, agent de la Compagnie française,