‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 108 sur 115 · Expéd. en Mésop,, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Expéd. en Mésop,, 1. 1, p

2. C'est ce qui serait directement confirmé par les textes, s'il était Trai, comme le dit M. Oppert, « que la cité royale de Ninive, les rues de la ville (Rekohnt-Ir de la Genèse) ou la partie rurale de Ninive, les localilés des alentours jusqu'à Calah furent appelées ensemble par les rois d'Assyrie le.ur ville d'Assur «. (Op. cit., 1. 1, p. 348.) Mais nous n'avons trouvé dans les inscriptions rien qui justifiât cette affirmation générale. La ville d'Assur des inscriptions [Ellasar de Gen., xiv, 1, 9. Vulg. Ponti?) est tout à fait distincte de Ninive et de Gélah et située beaucoup plus au sud.

3. Cette interprétation de Gen, \, 12 et deJonas m, 3 est admise.

le livre de Jonas; mais alors Ninive, la première nommée dans la Genèse, a pris une telle importance, acquis un telle célébrité que son nom sert à désigner tout Tensemble. L'histoire peut, dans une certaine mesure , nous expliquer cette différence.

Si on s'en tenait aux constructions trouvées dans l'enceinte de Ninua, qui datent toutes de Sennachérib ou de ses successeurs, on pourrait croire que Ninive ne remonte pas au delà du VII® siècle avant Jésus-Christ. M. Oppert observe même : (c Nous n'aurions aucune notion des prédécesseurs de Sennachérib si ces monarques n'avaient pas construit des palais à Kala-Shergat, à Nimrud.et à Khorsabad » (p. 288). Là, dans leurs inscriptions, ils nous parlent de Ninua, et, plusieurs, comme de la ville où ils ont résidé. Bien plus, au delà de toutes les données assvriennes, nous avons les inscriptions de rois égyptiens de la dix-huitième dynastie, ThotmèsIII et Âmenhotep II, qui, dans le récit de leur campagne en Mésopotamie, mentionnent Ninive comme un des foyers de la résistance à l'invasion égyptienne * ; ce qui nous reporte au

mais seulement indiquée par le P. Knabenbauer, dans son Comment, in Prophet, Min. (Paris 1886, t. 1, p. 381).

1. Lenormantet Babelon, Histoire ancienne de r Orient y t. IV, p. 180; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, cil. y.

XVr OU XV® siècle avant notre ère, à une époque antérieure à Moyse et à Texode qui n'eut lieu que sous les successeurs de Ramsès II de la dixneuvième dynastie. La présence de Ninive dans le document de la Genèse, la place même qu'elle y occupe se trouvent déjà expliquées. Cependant, au temps du premier empire assyrien, ce n'est pas Ninive, mais Asur (aujourd'hui ruines de Kala- Shergat) qu'habitent de préférence les rois de cette période ; là, on retrouve les débris de leurs palais, et, en particulier, celui du plus fameux d'entre eux, Teglathphalasar I (v. 1110). Après lui, la puissance assyrienne éprouve une défaillance de deux siècles. Or, quand elle rentre dans la voie des conquêtes et reparaît en Syrie et jusque sur les bords de la Méditerranée, quand elle se trouve pour la première fois en contact, avec les Israélites, nous voyons les rois du moyen empire résider d'abord à Ninua; ainsi Assurnasirhabal (883-858) se met de là en marche pour ses campagnes et là retourne avec le butin jusqu'à ce qu'il se bâtisse un palais à Calah. Son fils et successeur, Salmansissar III, n'en revient pas moins résider à Ninua pendant une grande partie de son règne ; c'est précisément de Ninua qu'il part pour l'expédition dans laquelle il rencontre et bat les troupes d'Achab d'Israël unies àl'armée de Bénadad de Damas (854). Ainsi, quand les Hébreux commencent à connal-

tre de près et à leurs dépens la domination assyrienne, Ninive était la résidence rovale ! Le dernier grand conquérant de cette période, Rammamiirar^ construisit un palais dans Tenceinte de Ninua, comme l'apprend Tinscription de briques trouvées à Nebbi-Yunus. Avec le règne de ce roi (812-783) nous touchons à l'époque de Jonas, contemporain de Jéroboam II (vers 790-750). Le nom de Ninive était alors devenu assez célèbre pour qu'un écrivain hébreu le donnât à la vaste tétrapole, à « la grande cité ».

Un demi-siècle après Jonas, elle s'augmentait d'une nouvelle dépendance, la ville royale de Sargon, Dur-Sarrukin (Khorsabad). Avec cette partie septentrionale de « la grande cité » on a évalué le périmètre du champ total de ruines à 90 milles, anglais, près de 145 kilomètres. Si la donnée du livre de Jonas eût aussi compris Dur-Sarrukin, ce ne serait pas trois, mais bien cinq jours de marche qu'il eût fallu dire ^

1. E. Schrader [Die Keilinschriften und das A, Test, 1872, pp. 20-24, 286), reconnaît que la grande cité de Gen, x, 11-12 et de Jonas comprend les différentes enceintes ruinées; que, par conséquent, la note du livre de Jonas renferme une donnée vraie; mais il n'y voit pas moins un anachronisme, Tévaluation à 90 milles supposant Tadjonclion de la cité du Nord « qui ne fut bâtie que cent ans après Jonas a (il faudrait dire : environ cinquante ans après Jonas). — Il n'a pas remarqué que les 90 milles dépassent de beaucoup les trois journées de marche de Jonas et que dès lors celles-ci représentent précisément l'étendue de a la grande

Entre les cités royales de Ninive et de Dup-Sar rukin, il y avait des groupes d'habitations très rapprochés et presque contigus, comme le montre rinscription des rochers de Bavian. Sennacherib y parle d'abord de ses travaux dans l'enceinte royale ; mais il s'est occupé aussi des habitants qui sont « dans les environs », dans la banlieue de Ninive. Il a fait creuser dix-huit canaux pour apporter l'eau potable à dix-huit localités qu'il énumère; la mention du Khussur, le Khausser actuel (petit cours d'eau entre Koyuiidjick et Khorsabad), vers lequel sont dirigés tous ces canaux, montre qu'on doit chercher ces dix-huit localités dans un rayon très étroit autour de Ninua. Il y avait donc entre les résidences princières une agglomération de villes dont les tumulus actuels ne sont que les vestiges; mais aucun mur d'enceinte n'enveloppait ces divers groupes : aussi n'en délimitera- t-on jamais l'étendue d'une façon exacte, comme on a pu le faire pour Babylone. La « grande cité » assyrienne avait confiance dans les trois ou quatre poinfs fortifiés qui la défendaient au nord et au sud et aussi dans les fleuves et les anciens canaux qui l'entouraient presque de trois côtés. Plus d'un

cité » ayant l'addition de Dur-Sarrukin. Âa lien d'un anachronisme^ il y a une remarquable coïncidence, qui pourrait même ser?ir à déterminer l'époque à laquelle a été écrit le livre ou tout au moins fixée la tradition qui i'y est déposée.

siècle après Jonas, Nahum, en prédisant la ruine définitive de Ninive, fait allusion aux rivières qui devaient la protéger, et qui deviennent contre elle des agents destructeurs : « Les portes des fleuves

« s'ouvrent : le palais se pâme. C'en est fait!

« Ninive était une piscine pleine d'eaux depuis le « jour de son existence, et maintenant elles se ré- « pandent! » (ii, 3, 9). Le même prophète reproche vivement à Ninive ses rapines; les campagnes de ses rois, annuelles à certaines périodes, ne sont que de vastes razzias qui expliquent la formation rapide de pareils centres de populations. Voici, par exemple, les dépouilles que rapporte Sennachérib de son expédition contre la Chaldée et qu'il énumère dans une inscription : « 208,000 personnes, hommes et femmes, 7,200 chevaux, ânes et mulets, 5,300 chameaux, 70,000 bœufs, 600,800 moutons. » V antre ^ où se partageait un tel butin, selon l'expression du prophète, ne pouvait qu'être immense.

Le développement invraisemblable de « la grande cité » n'est pas un fait isolé dans l'histoire de ces contrées : Babylone, longtemps la rivale de Ninive et qui lui succéda dans la domination de l'Asie occidentale, présente un terme de comparaison remarquable. Ni par la durée, ni par la grandeur,

Page 1