Bévue des questions historiques^ octobre
vant le genre plus familier aux auteurs sacrés, encore moins de nous peindre avec précision l'attitude que prirent dans cette évolution décisive les principaux personnages de TÉglise primitive. Nous trouvons cependant des traces manifestes de la lutte qui fit le fond de cette épreuve , nous en avons des vues fragmentaires, tantôt dans des récits qui s'y rapportent plus ou moins directement, comme certains morceaux épars à travers les Actes des Apôtres y tantôt dans des écrits de polémique qui eurent une part active dans la mêlée, comme telles Épltres de saint Paul, TÉpltre aux Galates en particulier. Avec ces éléments on doit reconstituer la suite du débat, son développement, sa vraie portée, le rôle que jouèrent chacun des auteurs engagés : travail délicat où Ton court le risque de se méprendre sur les témoignages ou de tirer et échafauder des conclusions qui dépassent les indications et les faits sur lesquels on s'appuie.
Ces faits eux-mêmes se présentent d'une façon étrange. Quand dans le recueil du Nouveau Testament on vient de lire les Évangiles ^ où certaines paroles de Jésus conviant à Lui sans distinction toutes les nations de la terre, sont mises en si haut relief, et que Ton passe au livre des Actes y n'est-on pas surpris que saint Pierre, même après les lumières reçues au jour de la Pentecôte hésite en-
core à s'approcher d'un Gentil et à le recevoir dans rÉglise? Après les explications données par Pierre en cette circonstance & TÉglise de Jérusalem et agréées par elle sans réserve , comment les difficultés sur Tadmission des Gentils renaissent-elles bientôt à Antioche et à Jérusalem? La question semble définitivement tranchée par la décision des Apôtres et des anciens : les Gentils sont reçus sans être soumis à la loi mosaïque; et voilà que peu après, à Antioche, il y a de nouvelles divergences de vues sur les observances légales, et cette fois entre les Apôtres saint Pierre et saint Paul ! N'est-on pas étonné de voir Pierre mériter, de la part de Paul, ce reproche : « Comment forces-tu les Gentils à judalser? « Cela est si étrange que, pour expliquer ces paroles, on a donné du différend d'Antioche les interprétations les plus singulières. Si saint Paul blâme saint Pierre de se conformer aux observances, pourquoi en plusieurs circonstances, d'après les Actes, les pratique-t-il publiquement lui-même? Pourquoi à Jérusalem s'oppose-t-il si énergiquement à la circoncision de Tite et pourquoi peu après prend-il l'initiative de la circoncision de Timothée? N'y a-t-il pas là incohérence dans les faits ou au moins dans les récits et les témoignages? Comment dans les Églises fondées par saint Paul, en Galatie par exemple , rencontre-t-on un élément qui lui est si
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hostile et qui se prévaut contre lui de la pratique sinon de la doctrine des grands Apôtres, des Apôtres de Jérusalem? Comment, en fait, trouve t-on à Jérusalem, protégée par saint Jacques et par les anciens, une Église toujours dévouée à la Loi, des fidèles innombrables que Von présente avec complaisance comme zélateurs de la Loi^?
Ces questions ont de tout temps préoccupé à des titres divers les interprètes anciens et modernes; il serait naïf de prétendre qu'on les pose ou qu'on essaie de leur donner réponse pour la première fois. Mais le plus souvent ^ on les a envisagées séparément à mesure que dans les commentaires on rencontrait les textes qui les soulèvent. On ne s'est pas assez préoccupé de l'ensemble ; on n'a pas taujours établi avec soin la suite des faits et dès lors on en a méconnu la portée. Le différend survenu entre saint Pierre et saint Paul, par exemple, a une bien autre importance suivant qull a lieu avant ou après la réunion des Apôtres à Jérusalem.