‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 19 sur 115 · Math. XV · texte numérisé non relu

Math. XV

de Jérusalem, si fidèle aux prescriptions de la Loi et gagnant les cœurs par son obéissance, entrer en communication directe et régulière avec les Gentils, n'est-ce pas exciter le judaïsme à une nouvelle persécution, le pousser à bout , légitimer l'accusation de rebelles et d'impies? N'était-ce pas, en tous cas, éloigner les autres Juifs, arrêter le mouvement des conversions parmi eux, et cela pour gagner quelques Gentils?

Dès qu'on envisagea, au point de vue judaïsant, la conversion du centurion Corneille comme un cas exceptionnel dans lequel Dieu avait parlé, les alarmes se calmèrent. Ce ne fut pas pour longtemps ; quelque palliatif que l'on imaginât, l'événement de Césarée était un exemple, un précédent, et on ne tarda pas à le suivre. Si les Gentils se trouvaient attirés à la foi du Christ, on ne devait pas les repousser; cette ligne de conduite fut suivie pour la première fois sur une grande échelle, non à Jérusalem où Tétat des esprits n'aurait pas permis cette déviation, mais à Antioche ; le centre du . mouvement religieux se déplaçait ^ et passait de la métropole juive, incapable de le diriger, à la métropole de la Syrie, d'où le rayonnement chrétien

1. Ce déplacement coïncide avec le moment où les Apôtres quittent Jérusalem et aussi avec celui où la tradition place le séjour de saint Pierre à Antioche.

se produirait librement. A Antioche la nouvelle religion reçut son nom *.

En apprenant ces faits, l'Église de Jérusalem envoya un délégué à Antioche : c'était Barnabe. Ce choix montre par lui-même que la majorité de cette Église n'était pas hostile au mouvement. Loin de l'entraver, le délégué en prit la direction et appela pour le seconder celui qui devait en être le plus ardent promoteur : Paul de Tarse.

La persécution d'Hérode Agrippa détourna l'attention des judaïsants; le soulagement que l'Église d' Antioche envoya aux frères de Jérusalem pendant la famine ^^ eût rendu de nouvelles récriminations bien inopportunes. Mais quelques années après, quand on apprit la rapide extension du christianisme à Antioche et le succès du récent voyage de Barnabe et de Paul 3, on ne se contint plus : il devenait évident que la religion du Christ ne resterait plus la forme la plus pure du judaïsme ; elle se découvrait comme une religion nouvelle où Juifs et Gentils seraient indistinctement reçus, où le judaïsme serait peu à peu absorbé et perdu. Cette révolution apparaissait au monde de Jérusalem comme une rébellion contre tout ce qu'on lui

i. Act.Xl, 20-26.

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