Cf. Ronu IV, 11 ; Cf. III, 2; II
elle est toujours une coutume nationale respectable, mais à laquelle on ne doit plus attacher aucune valeur comme principe de justification.
Ces principes théoriques posés, il est facile de voir quelle règle pratique en découle. Si on considère avant tout les observances légales comme choses en soi indifférentes, on pourra s'y conformer comme à des usages anciens et vénérables, spécialement pour ne pas scandaliser les Juifs ou des frères faibles, mais seulement en maintenant la vérité de TÉvangile, c'est-à-dire pourvu que pareille conduite ne soit pas ou même ne paraisse pas inspirée par un principe judaïsant, pourvu qu'elle ne soit pas une faiblesse vis-à-vis de revendications judaïsantes et qu'elle ne mette pas en péril l'unité du corps du Christ. Or, dans ces limites, nous savons que saint Paul s'est conformé aux pratiques de la vie juive ; il nous le dit luimême et avec insistance dans la 1" Épltre aux Corinthiens, où tout en proclamant en principe sa liberté par rapport à la Loi, il ajoute : « Et je me suis fait pour les Juifs comme un juif, afin de gagner les Juifs ; » ce qu'il explique de la façon la plus significative : « Et je me suis fait pour ceux qui sont sous la Loi, comme si j'étais sous la Loi ^ »
1. ICor, JXf 19-20 : xat èYev6(&T)v toi; 'louSaîoi; (b; 'louSatoc tva lou$a(ovc xep6iQ<r(o* toi; Oiro v6[xov d>; ÛTrb v6(JL0Vf |j.f, a>v auTà; Otco vd(jLOv, Iva Toù; Otco vd^ov xepSi^db).
Le motif d'une telle conduite nous est donné; c'est ou le désir de gagner tous les hommes au Christ : Juifs et Gentils, ou celui d'éviter le scandale : « Appliquez-vous à n'être pas un sujet d'offense, même pour les Juifs^, » selon l'avis qu'il donne.
Or, dans les Actes, nous avons précisément quelques cas particuliers où se trouve appliqué ce que saint Paul lui-même nous présente comme sa ligne de conduite habituelle; le saint Paul des Actes agit donc d'une façon toute paulinienne. Ainsi, dans le récit du dernier voyage à Jérusalem (Act. XXI, 20, sqq.), nous voyons que, pour dissiper les préventions répandues contre lui, saint Paul, sur le conseil de saint Jacques, s'applique à être âTCpicjy.cTCoç xai 'Io'jBa(o;, et se conforme aux pratiques du culte juif, que les Apôtres ont conservées dans les premiers temps de l'Église chrétienne, et qui ne sont pas encore marquées du signe définitif de la réprobation.
Remarquons en passant combien les Actes, que l'on dit rédigés dans un but de conciliation paulinienne, ont représenté au vif et sans dissimuler la physionomie de l'Église de Jérusalem, son zèle persistant pour la Loi 2, ses préventions contre
1. I Cor, Xf 32 : ànpdaxoTcoi xat lovSaioiç y^^^^^^^"* x^O^CXÀycâ...
2. Act. XXI, 20. Saint Jacqneset les Anciens disent à saint Paul : Bsoipetc, àSeXçé, Tcdtrat {lupiàSsç tXah tûv 7C£iti(tteux6t(ov xal icàvTsc
saint Paul, le rôle de saint Jacques. On a répandu le bruit que saint Paul enseigne aux Juifs de la dispersion d'apostasier Moïse, leur disant de ne pas circoncire leurs enfants et de ne plus se conformer aux coutumes *. Ces bruits étaient faux; nulle part dans les Épltres antérieures à ce voyage à Jérusalem 2, qui sont Técho de ses prédications, saint Paul n'a enseigné Tapostasie de la Loi, n'a dit aux Juifs de ne pas circoncire l^urs enfants. Il a déclaré seulement que ces usages n'avaient pas de valeur pour la justification et le salut; il a réprouvé ceux dont renseignement ou l£|j pratique auraient supposé le contraire. Mais on comprend que sa prédication à cet égard, surtout si on se reporte à certaines expressions si vives de TÉpltre aux Galates en particulier, ait donné lieu à des bruits malveillants dans le monde de Jérusalem , où elle a pu être rapportée d'une façon plus ou moins fidèle. Dans tous les cas, les Actes ont parfaitement saisi et rendu l'impression qu'elle avait dû faire en pareil milieu.
1. Âct. XXI, 21 : xaTYJXTQQiQffav 8è iispl (toO ôti aTroaxajîav oiSàaxei; àirà M(i>u<rs(i>( toO; xaTà Ta êÔvT) uàvTa; 'louSaiouç, ^éycov (jli^ Tispt- T^livetv aÙToù; rà Téxva (JL7]Sè toîç é6s(riv TUEpiTuaxstv. Si disposé que l'on soit à accepter ces bruits et être choqué, l'expression caractéristique : xaTY)xviô'y}<7av Tcepl (toO, « ils ont entendu dire sur toi, )) distingue nettement la masse des fidèles de Jérusalem du foyer des accusations et de rhostililé.