‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 92 sur 115 · Rom. I, 13, 14; XV, 16; il Cor, XI · texte numérisé non relu

Rom. I, 13, 14; XV, 16; il Cor, XI

met à découvert des vérités qui intéressent toutes les générations chrétiennes. Il ne se contente pas de comparer les institutions du passé et celles du présent; c'est dans les profondeurs de l'être moral qu'il descend pour révéler à chacun, Juifs ou Gentils, le besoin d'être justifié; il montre comment le péché est entré dans le monde et s'y répand, quelle voix puissante il élève en chacun de nous, quel unique moyen de salut Dieu a préparé pour tous. Pour déterminer la situation respective des Juifs et des Gentils dans l'Église — ce qui fait le nœud de la difficulté du moment — il établit cette thèse qu'il développe méthodiquement : « L'Évangile opère le salut de tout homme qui croit, pour le Juif d'abord et aussi pour le Gentil*. » D'une part, chez tous, Juifs et Gentils, il y a égale culpabilité, égale nécessité d'une justification (Rom. I, 18; III, 27); d'autre part joowr tous^ le seul et suffisant principe de justification, c'est la vie de la foi que le Christ nous a méritée et communiquée par sa mort (III, 22- VIII). Sous ce rapport, Juifs et Gentils ne forment plus qu'un; toute inégalité disparait. Cependant le peuple juif n'a pas été en vain le peuple d'élection, comme l'énoncé de la thèse l'indique « aux Juifs d'abord et aussi aux Gentils » ; saint Paul scrute les mystères

1. Rom. I, 16 :5uva(jt.iç ifàp 6eou èariv e!; (ra)TT)pcav iravrl TconiaTeûovTi 'Iou8a{(|) xe np&Tov xal "LXXrivi.

de cette élection et ses conséquences pour l'avenir (IX-Xl). Il ne lui reste plus qu'à présenter le tableau de la vie de la foi , dont il a montré dans la première partie la source et le principe interne (XII-XIII)'. Ainsi, sans perdre de vue Terreur judaïsante qu'il a pénétrée jusque dans ses dernières racines, il en renverse le fondement premier par le seul exposé des plus hautes vérités; contre la tendance à s'attribuer un droit au salut par les observances légales, il met en lumière la gratuité absolue du salut du côté de Dieu : c'est une grâce, non une chose due ; contre la disposition à attacher aux observances quelque vertu pour la justification, il proclame la pleine et suffisante verlu de la mort du Christ; à la prétention de maintenir sous quelque forme la division préexistante entre Juifs et Gentils, il oppose l'unité de tous dans l'Église, ayant part à la même vie ; enfin contre l'accusation de donner pleine liberté au péché en s'affranchissant de la Loi, il insiste sur les devoirs de la vie chrétienne.

C'est encore pendant son séjour à Corinthe que saint Paul médite et compose cet exposé de sa doc-

1. Les ch. XIV-XVI de VÉp. avx Romaiixs n'ont plus ce caractère général; XIV et le début de XV se rapportent aux mutuelles concessions que doivent se faire les frères par rapport à certaines abstinences; XV, 13-33 s'adresse spécialement aux fidèles de Rome, auxquels saint Paul fait part de ses projets de yisite; XVI contient les salutations.

trine ; et nous le possédons dans VÉpître aux Romains. Était-ce un document destiné à plusieurs Églises et qui nous est arrivé dans l'exemplaire adressé aux fidèles de Rome? ou bien ne fut-il envoyé directement qu'à ces derniers? Nous n'avons pas à le rechercher ici. Rien dans YÉpiire n'indique que la situation de TÉglise de Rome ait spécialement exigé pareil exposé. Constatons ce fait contre ceux qui attribuent aux fidèles de cette Église des tendances judaïsantes. On n'est en droit de le faire ni en raison de leur origine — car en maints passages les paroles de saint Paul supposent que ce sont principalement des Gentils convertis*, — ni en raison d'un change-

1. Rom.l, 5-6, 13, 15; XI, 13-14. 25, 28-30; XV, 1 sq; 8 sqq. ; 15-16. — Au reste TÉglise de Rome aurail-elle élé composée de judéo-chrélions, que ce ne serait pas une raison de lui infliger la note dejudalsante ou ébionite. Il n'y a dans ÏÉp, aux Rom. aucun indice positif que l'Église à laquelle elle est adressée ait élé infectée de l'erreur judaïsante, et on n'arrive à le conclure qu'en faussant le ton général de la lettre et en lui attribuant des intentions cachées. — Les documents les plus anciens, qu'ils proviennent de l'Église de Rome comme l'Épitre de saint Clément aux Corinthiens (avant la fin du premier siècle) ou qu'ils lui soient adressés comme la lettre de saint Ignace (premières années du II* siècle, 106- 107?), supposent en cette Église une vénération égale pour saint Pierre et pour saint Paul, une foi pure de toute alliage ébionite ; le témoignage rendu à cette foi par l'évéque d^Antloche a d'autant plus de poids qu'il vient d'un adversaire déclaré des tendances judaïsantes (cf. Ep, ad Magnes. 8, 10; ad Pfiilad, 6). Contre des témoignages aussi graves et touchant de si près aux temps aposto'^ tiques, que y^leni et Vinduction tirée de l'origine romaine des Clé' mentines — origine très contestable — et les indications vagues

ment survenu, comme chez les Galates, car nous retrouverions alors le ton de reproche et non Téloge pur et simple de leur foi (Rom. I, 8, 12; XV, 14). Quand saint Paul se décide'à écrire à TÉglise de Rome pour lui annoncer sa visite projetée depuis longtemps *, son esprit est plein du grave sujet sur lequel la défection des Galates vient d'appeler son attention; et, pour prévenir le péril qui peut menacer les plus florissantes communautés, il lui communique l'enseignement qu'il a le plus à cœur, sachant bien qu'adressée à cette Église, « dont la foi est connue du monde entier, » sa parole aura partout écho. L'Apôtre était sur le point de quitter Corinthe et partait pour Jérusalem ^ quand il trouva occasion d'envoyer sa lettre aux fidèles de Rome. Une affaire appelait dans cette ville Phœbée, « diaconesse de l'église qui est à Cenchrées, » le port de Corinthe sur le golfe Saronique. Il lui confia sa lettre où il la recommande

d'un commentaleur «^6 la fin du /F® 5tèc/« (Pseudo-Ambr., in Ep. ad Rom., praef.)? Od accorde confiance au diacre Hilaire (engagé dans le schisme luciférien) comme étant du clergé de Rome; mais l'attribution du commentaire à cet Hilaire n'est pas certaine; et l'on a tout Tair de ne trouver si sagaces les vues de ce problémati* que diacre sur les origines de son église que parce qu'on peut les accommoder au système préconçu.

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