Cfr. AcL XX, 21. Rom, I, 10, 11; XV
2. Rom. XV, 25 : vwl $è itopeuo(jLai el; 'lT)pov(raXifi(jL. La portée de ce présent, si précieux pour indiquer le moment où il écrit la lettre, est perdue dans la traduction latine : Nunc igitur proficiscar in lerusalera.
chaudement aux fidèles de Rome (Rom., XVI, 1-2) ; d'Église à Église, de la capitale de TAchaïe, de la Macédoine ou de TAsie à la capitale de Tempire, devançant nos réseaux de communication rapide, par les lettres apostoliques un courant nouveau de charité circule à travers le monde.
Saint Paul passa de nouveau par la Macédoine ; « après les jours des Azymes, » il quittait Philippes (Act. XX, 6). De Néapolis, « sur la côte d'Europe, » à Troade, « sur la côte d'Asie, » la traversée fut lente * ; et le long de l'Asie on n'avança pas avec plus de rapidité. Désirant se trouver à Jérusalem pour la Pentecôte (Act. XX, 16), saint Paul ne put s'arrêter à Éphèse et visiter son Église; il profita d'une relâche à Milet pour en faire venir les Anciens. Arriva-t-il à Jérusalem pour la fête? c'est probable. Nous savons quel accueil il reçut de saint Jacques et des Anciens et quelle conduite il dut tenir pour dissiper les préventions répandues contre lui. S'il réussit par un bel acte d'humilité à calmer les alarmes des frères de Jérusalem, rien n'empêcha la colère des Juifs incroyants de se déchaîner contre lui : seule la puissance romaine fut capable de le mettre à l'abri des mauvais coups. Les « faux frères » eurent-ils quelque part aux
1. Dans le deuxième voyage apostolique, de Troade saint Paul était arrivé le second jour à Néapolis {Àct. XYI, 11); cette fois la traversée faite en sens inverse dura cinq jours, (ic^. XX, 6.)
troubles soulevés contre lui? Quelque vraisemblable que ce puisse être, rien ne l'indique dans le récit des Actes. Ce qui est certain, c'est que ni les enseignements de l'Apôtre , ni ses anathèmes , ni ses malheurs et ses épreuves ne ramenèrent vers lui un groupe obstiné de judaïsants. Près de quatre ans après son arrestation, encore prisonnier à Rome, il parle de « certains » qui prêchent le Christ poussés par une hostile émulation et suscitent à « ses liens » de nouvelles vexations (Phil. I, 15-17). On voit qu'il s'agit des judaïsants, à la manière dont il met en garde contre eux les Philippiens (III, 2 sqq.); il les désigne par des termes d'une vivacité extrême * comme gens qui forment une fraction déjà réprouvée. Dans les autres Épitrès de la captivité, il n'est plus question des judaïsants. Les Églises étaient averties ; elles ne couraient plus le même danger. Des erreurs d'un autre caractère attirèrent du reste l'attention de l'Apôtre dans les Églises d'Asie, en particulier dans la région phrygienne de la vallée du Lycus ; et si saint Paul insiste encore sur l'unité de l'Église, dans laquelle s'effacent toutes les anciennes distinctions , Juif et Gentil, circoncis et incirconcis, barbare, esclave ou libre (Col. III, 11), s'il rappelle avec so-
1. Phili. III, 2 : BXÉTceTe toùç xuvo^, ^Xs^rere toi; xaxoùc êp^àTac, pxiiccTE v^ xaTttToiJLiQv... L'exprcssioD xaTaToiAV) mutilation^ est prise comme terme de mépris opposé à nepiTO|i.iQ.
lennité ^ comment dans le sang du Christ s'est opérée entre circoncis et încirconcis la réconciliation et s'est eflfondré le mur de séparation qui les divisait (Ephes. II, 13-15), c'est que la nouvelle erreur menaçait aussi l'unité ; elle était le ferment d'une distinction plus subtile, alléguant non plus une division de race et de nationalité, mais une prétendue inégalité des âmes, les unes disposées à la gnose et sûres de leur salut, les autres de condition inférieure. On attribuait à la gnose les privilèges que Terreur judaïsante attachait à la descendance d'Abraham et aux observances légales : tant il est et sera difficile de faire pénétrer et de fonder, à traver les barrières réelles ou imaginaires que les hommes trouvent ou établissent entre eux, une re-
1. Dans les £p. aux Col. et aux Éphés/Vég^sAe participation des Gentils à la promesse et à la vie du Christ (elvai Ta ëOvii auyxX7)povd(jia xal auvorcoixa xai (TuvjieTOxa xi); èTfaYyeXiaç év X(>i<7T<{) 'Iiiaoù. . . £ph, ni, 6) n'apparaît plas comme une vérité contestée que l'Apôtre ait besoin de défendre, mais elle domine sa pensée comme sujet d'admiration et d'action de grâces, comme le mystère par excellence, caché aux siècles passés révélé maintenant aux saints Apôtres du Christ [Eph, III, 5; Col, I, 26-27), que saint Paul a connu par révélation spéciale {Ephes. III, 3-6), qu'il a reçu mission de prêcher et pour lequel il est enchaîné {Col. I, 25;iy, 3; Ephes. ni, 2, 7-8; YI, 19), le mystère dans lequel Dieu a surtout déployé les richesses de sa grâce {Ephes. III, 8 ; Col. I, 27 ; II, 2-3). Arrivé presqu'au terme de sa carrière, saint Paul jette un coup d'œil d'ensemble sur la réunion, dans l'Église, des éléments précédemment divisés et sur la part que Dieu a bien voulu lui accorder dans la réalisation de cette œuvre. Il nous en donne l'admirable théologie dans tout le morceau : Ephes. II, 11 — III.
ligion vraiment une et par cela même universelle ! Après rÉpitre aux Philippiens, aucun autre document de Tàge apostolique ne nous éclaire sur les menées des judalsants; les efforts de saint Paul ne furent pas sans résultat; ils parvinrent, sinon à éclairer tous les obstinés, du moins à arrêter les progrès de Terreur et à la réduire à un champ d'action limité. On ne renouvela plus sans doute de quelque temps la tentative de propagande qui avait déterminé la vigoureuse résistance de saint Paul. Quand les monuments ecclésiastiques nous parlent des judaïsants au siècle suivant , nous les retrouvons dans la situation où nous les a montrés saint Paul, comme une fraction condamnée et rejetée hors de la grande Église : ce sont des dissidents, des hérétiques qui se divisent eux-mêmes en diverses sectes. A la fin du IV siècle , au début du IIP^ un nouvel essai de propagande n'eut guère de résultat, mais il nous a valu quelques monuments littéraires, émanés d'eux, en particulier les Clémentines. Cependant, à côté de ces rejetons directs des judaïsants du I" siècle, quelques données fournies par les écrivains ecclésiastiques posté-
1. Sur la lentalive de propagande, à Rome, d'un certain Alcibiade, appartenant à YEbionisme essénien, sous le pontificat de Gallixte (217-222), cfr. les Philosophumena^ (IX, 13) qui nous fournissent des détails sur le liTre sacré de la secte, le livre d' Elkasaï.
rieurs*, nous montrent, dans la région transjordanienne où avaient émigré les chrétiens au moment de la guerre juive, un groupe de chrétiens qui, tout en restant fidèles à la loi et aux observances , gardent la foi commune aux autres Églises et acceptent l'autorité de saint Paul et ses épitres. Ce groupe ne descend-il pas en ligne directe de l'église de Jérusalem^ gouvernée par Jacques*? Son existence
1. Les témoignages des auteurs de la fin du 1V« siècle, de saint Épiphane {Haer, XXIX, 7) de Philastrius deBrescia(^aer. XXX Vil), de saint Jérôme surtout (De vir, inlustr,, n* 3 — !n Isaiam, IX, 1) sur les Nazaréens ou judéochrétiens orthodoxes, sont confirmés : 1** par des indications d'auteurs antérieurs : de saint Justin surtout (milieu du ir* s. — DiaL c. Thryph. 47-48); au siècle suivant, d'Origène (c. Cels. II, I, cfr. cependant V, Gl, 65, où il distingue deux classes d'ébionisme, mais attribue aux deux l'hostilité contre saint Paul); de Jules Africain (ap. Eus. H. £.1, 7) qui parle en bons termes des églises transjordaniennes et de leurs dignitaires : 6E(ncô<Tvvot, prétendant à une parenté avec N. S. ; 2o part Vexistence même de judéo-chrétiens célèbres orthodoxes, comme l'auteur du Dialogue de Jason et de Papisque (cfr. Eus. H. E. I, 22), Ariston de Pella et Hégésippe. — Signalons encore le Testament des douze Patriarches (Fabricius, Cod, pseudep. V., T, t. I), écrit après la ruine de Jérusalem en 70, mais avant la révolte de Bar-Kokeba, sous Hadrien. Dans son état actuel, c'est l'œuvre (de première ou de seconde main? peu importe) d'un judéo-chrétien qui joint au zèle de la Loi une foi pure en N.-S. J.-C. et le respect de saint Paul.
2. On n'a aucun droit de regarder ïébionisms ou les vrais judaïsants comme représentant le type primitif de l'église de Jérusalem; et cela, non seulement parce que nous trouvons à l'âge suivant un type concordant avec celui que les inductions, tirées d'une façon indépendante d'autres documents, nous ont permis d'attribuer à l'église apostolique de Jérusalem, fidèle à la Loi, sans repousser l'église des Gentils et en reconnaissant Tapostolat et l'au-
même suffit à montrer quelle était la foi, quels étaient à Tégard de saint Paul les sentiments de la partie saine de l'ancienne église de Jérusalem. Après la guerre juive, et surtout après la révolle de Bar-Kokeba sous Hadrien, les conversions parmi les Juifs devinrent de plus en plus rares; faute de nouvelles recrues, ces églises, d'ailleurs séparées
torité de saint Paul ; mats encore parce que des témoignages, convergents, quoique venus de divers côtés, présentent l'apparition de l'ébionisme comme postérieure à l'âge apostolique. Quelles que soient les tendances préexistantes de certains membres de l'église de Jérusalem, il suffit, pour empêcher une identification arbitraire par rapport à l'ensemble, surtout par rapport aux premiers chefs, de constater une solution de continuité, dont les écrivains ébionites ont eu conscience tout en se couvrant des noms des apôtres Jacques et Pierre. En bonne critique, il faut tenir plus de compte de ce qu'ils laissent échapper à leur insu, que de ce qu'ils mettent en avant en vue de défendre leur système. — Ainsi d'une part les Homélies Clémentines (II, 17, cfr. I, 37, 64; III, 61) d'une façon générale placent l'apparition de ce qu'elles appellent a le véritable évangile » après la destruction du Saint lieu ; d'une façon plus précise, le livre d'Elkasaï (ap. Philosophumena IX, 13) donne la révélation, qui en est l'objet, comme faite d'abord dans la 3" année de Trajan (a. 100). D'autre part, le judéo-chrétien orthodoxe, Hégésippe (milieu du \l^ s.) dit que c'est après la mort de Siméon, le successeur de saint Jacques sur le siège de Jérusalem, arrivée sous Trajan, que se manifestèrent des erreurs qui avaient jusque-là travaillé à l'état latent (ap. Eusèbe, H, £., III, 32; cf. IV, 22). Ce témoignage donne à entendre que saint Jacques et son successeur, loin d'entretenir et de favoriser les tendances extrêmes, avaient eu assez d'ascendant pour les contenir et les modérer. — En tous cas, il est remarquable que ces témoignages, partis de divers points et de données différentes, coïncident pour rattacher l'apparition de l'ébionisme à peu près à la même époque et pour le présenter comme une chose nouvelle et qui, pour ainsi dire, n'avait pas eu existence publique et officielle à Tâge apostolique.
ET DE LITTëRATURE RELIGIEUSE. 187
de leurs sœurs par la langue et par des mœurs spéciales, allèrent s'éteignant. De plus, beaucoup de Juifs convertis , surtout ceux qui vivaient dans un milieu plus ouvert , furent pleinement éclairés par la catastrophe de l'an 70 : ils entrèrent franchement dans le courant où, plus que tout autre, saint Paul avait dirigé les Églises.
Nous pouvons maintenant nous représenter dans ses traits généraux et ses principaux moments la crise par laquelle l'Église se dégagea peu à peu des observances légales et de ses attaches juives, mais en gardant ce qu'il y avait de vérités essentielles, religieuses et morales, dans le fonds de Tancienne alliance. Le divin Maître avait appelé à lui toutes les nations de la terre et donné à ses Apôtres la mission de leur prêcher TÉvangile; mais comment devaient-ils accomplir cette mission? A quel moment irait-on aux Gentils? Leur apporterait-on la nouvelle du salut avec les antiques formes religieuses de la vie juive? La prédication apostolique ne contribuerait-elle qu'à l'extension de TÉglise nationale d'Israël ou bien en réaliserait-elle la transformation? — Autant de questions et de problèmes pratiques dont les Apôtres devaient chercher la solution sous l'inspiration
du saint Esprit et sous la pression des circonstances. Jamais, même à Tépoque des origines où le surnaturel se manifestait d'une façon plus écla- ' tante, la révélation n'a dispensé ceux qui la transmettent ou la reçoivent de penser et de réfléchir. Bien que Notre-Seigneur dans son enseignement eût toujours élevé* Tesprit au-dessus de la lettre, sur la durée des observances légales comme sur l'époque du second avènement, il n'avait pas donné aux Apôtres d'instructions précises et spéciales, qui auraient coupé court aux hésitations et aux discussions ultérieures; des indications nou-. velles venues d'en haut et les événements devaient les éclairer. Il était indispensable que l'Église prit suffisamment racine dans le sol juif avant de s'étendre au dehors et de s'épanouir librement avec ses caractères distinctifs; mais ensuite la nécessité de se répandre suivant les ordres du Maître, la poussée du monde Gentil amenèrent à comprendre que la Loi mosaïque n'était plus la condition normale et nécessaire de la vie religieuse... Au début, les Apôtres et les disciples, confinés au milieu palestinien, observent dévotement les pratiques du culte mosaïque. A la Pentecôte, un premier mouvement vers l'expansion se produit, mais sans sortir de la race d'Israël ; c'étaient des
1. Saint Paul a largement suivi cette direclion. Cf. Rom, VII, 5; II Cor. III, 6 6qq.
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Juifs de la dispersion, venus de tous pays pour la fête, qui avaient entendu la prédication de Pierre et accepté la foi du Christ avec le baptême. La persécution gui donna à l'Évangile son premier martyr, Etienne , dispersa les disciples « à travers les régions de la Judée et de la Samarie » (Act. VIII , 1) ; à rencontre des préjugés juifs on franchit une première barrière; on s'approcha des Samaritains; ici l'exemple et le souvenir de Jésus s'imposaient : sans difficultés les Apôtres Pierre et Jean donnèrent la sanction de leur ministère à celui de Philippe, l'un « des sept ». A ce moment, tandis que le Seigneur Jésus faisait sur le chemin de Damas la conquête du pharisien Saul de Tarse, Pierre, par la conversion du centurion Corneille, ouvrait la porte de l'Église aux Gentils. Peu après, une persécution nouvelle coûtait la vie du premier Apôtre martyr, Jacques, fils de Zébédée, et amenait la dispersion* des autres. Leur contact inévitable
1. Le départ de saint Pierre est seul expressément mentionné (Act, XII, 17); mais, quand Barnabe et Paul viennent à ce moment porter l'offrande des chrétiens d'Antioche, le langage des Actes donne à entendre qu'ils ne trouvèrent à Jérusalem que a les Anciens ». On est dès lors autorisé à regarder la persécution comme la cause de leur départ. — Une autre indication nous ramène avec une suffisante approximation à l'époque de la persécution d'Hérode- Agrippa. D'après Apollonius, écrivant à la fin du II» siècle, qui dit le tenir d'une tradition èx iToipoi86(rea>; (ap. Ëusèbe, H. E. V, 18); d'après la Prédication de Pierre, (ouvrage perdu) que cite Clément d'Alexandrie (Strom. VI, 5), les Apôtres auraient reçu Tordre de quitter Jérusalem douze ans après la mort du Sauveur :
avec le dehors , non moins que leur départ de Jérusalem, qui enlevait en partie à l'Église de cette ville son prestige et son influence prépondérante, préparaient les voies à Taffranchissement futur. A Antioche, où les Gentils étaient entrés en masse, leur admission soulève la question des observances légales. Paul, l'Apôtre des Gentils, par sa vocation est appelé à se prononcer plus promptement et avec plus d'ardeur que les autres Apôtres contre ceux qui veulent engager l'Église dans une impasse. Les Apôtres, en la personne de Jacques, de Pierre et de Jean, approuvent l'enseignement et la conduite de Paul, et à la réunion générale la liberté des Gentils est reconnue; sur ce point, rien n'indique chez les Apôtres aucune divergence de vue ni dans la doctrine, ni dans la pratique.
Le second pas à faire, plus difficile, plus périlleux, c'était V affranchissement des Juifs chrétiens euxmêmes. Si on admettait que la loi n'avait par ellemême aucune valeur pour la justification et que toute espérance de salut était dans le Christ, la Loi cessait d'être un principe de distinction entre Juifs et Gentils dans l'Église; elle ne portait plus atteinte à la pleine suffisance de la mort du Christ pour la
c'est alors que la direction de l'Église de Jérusalem fut laissée à Jacques, le frère du Seigneur; c'est h celui-là que saint Pierre, avant sa fuite précipitée, fait annoncer sa délivrance miraculeuse (,Acf.. XII, 17).
rédemption. Reconnaître ces vérités, c'était reconnaître en principe l'affranchissement des Juifs. Nous avons vu qu'il était arbitraire et gratuit de supposer sur tous ces points une opposition radicale entre saint Paul et les autres Apôtres, et que nous avions plutôt des indications positives du contraire. Mais ce fut saint Paul qui, à la rencontre (TAntioche^ fut amené à proclamer explicitement W^vonchissement de tous vis-à-vis de la Loi, et plus tard encore davantage dans sa polémique contre les judaïsants ; et comme ceux-ci ne pouvaient répandre les observances légales parmi les Gentils que parce qu'ils leur attribuaient la vertu de conférer certains privilèges, saint Paul va de l'avant et déclare que quiconque parmi les Gentils cherche la circoncision est déchu de la grâce du Christ.
Proclamer en principe l'afiFranchissement, c'en était assez pour faire tomber le mur de séparation, mais ce n'était ni exiger que le Juif converti renonçât à ses usages traditionnels, ni même cesser en •fait de garder la Loi; et ici les Apôtres pouvaient différer entre eux, non seulement par la pratique et suivant les milieux dans lesquels ils se trouvaient, mais encore par les sentiments intimes dans lesquels ils se conformaient à la Loi, les uns comme sait Paul ne l'observant plus que par condescendance, les autres lui demeurant attachés de cœur et en quelque sorte d'instinct ; telle était la com-
munauté de Jérusalem qui dirigeaient saint Jacques et les Anciens.
La cessation en fait de la Loi était surtout une question de temps. La ruine de Jérusalem en 70 ne fut pas seulement le châtiment de la parole déicide : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » mais aussi Tévénement providentiel qui éclaira bon nombre de judéo-chrétiens sincères et les détacha à jamais du culte mosaïque : de ce côté il n'y avait plus d'espérance ; il fallait se tourner pleinement et saus arrière pensée vers l'Évangile nouveau. De ceux qui persistèrent dans une fidélité dont le principe pouvait être respectable, quelquesuns gardèrent la Loi sans méconnaître la vérité de l'Évangile, sans repousser ceux qui suivaient une autre voie ; l'isolement, qui devait les conduire à une extinction lente, fut en partie la conséquence de cette conduite. Mais un plus grand nombre s'obstina dans des voies moins pures, s'enferma dans un exclusivisme plus étroit et se perdit dans les diverses sectes ébionites.
Heureux ceux qui avaient accepté l'enseignement inspiré, donné quelques années avant la prise de Jérusalem, sinon par saint Paul lui-même, du moins par un de ses disciples — lequel ? Dieu seul le sait , répondrons-nous avec Origène * ! — Heureux ceux
1. Ap. Eus. H, E.y VI, 25. Dans les églises d'Afrique, l'Ëpitre aux Hébreux circulait sous le nom de Barnabe. Cf. Tertullien, de Pu-
qui avaient appris à ne considérer le sanctuaire de Jérusalem que comme une ombre, une copie, une figure! (axià, uxiBstYP-a» TuapaêoXi^, Hebr. VIII, 5; IX 9; X, 1.) Il pouvait disparaître; la réalité demeurait ; ceux-là étaient prêts à comprendre la portée de la transformation qui s^opérait. Â la lueur sinistre que projeta sur le monde juif l'incendie qui dévorait le temple « fait de main d'homme, » ils aperçurent sur ses ruines fumantes le sanctuaire céleste où le Christ accomplit à jamais les rites du seul vrai et réel sacrifice. La figure cessant de voiler la réalité, le Clyist, souverain prêtre, unique victime, assis à la droite du Père, toujours vivant
die. 20 et la sUchomélric du codex Claromontanus. En Occident elle demeure même longtemps en dehors du canon, en particulier dans l'Église de Rome. Les affirmations d'Eusèbe {H. E, lil, 3, Cf. VI, 13) et de saint Jérôme {Ep, ad Paulin. 20; — Ep. ad Dardan. 120 n. S\ — Deviris inlustribus 59; — in Is. VIII, etc.) à cet égard sont confirmées par ce que nous savons des temps antérieurs. Cf. canon de BCuratori, saint Hippolyte ap. Phot. Cod, 121, le prêtre romain Caius (ap Eus. B, Ë, VI, 20 ; saint Jérôme, De vi' ris inluslribiLS 59) saint Cyprien, etc.. Dans l'Ëglise d'Alexandrie elle-même, dont le témoignage sur la canonicité de l'Épitre, si ancien et si ferme, a dû exercer au IV» siècle une influence prépondérante pour lui faire ouvrir en Occident la porte du recueil sacré, il y a des hésitai ions sur l'origine ; et on l'attribue aussi à saint Clément de Rome ou à saint Luc. Cf. Origène, l, c. L'absence de nom en tête de la lettre explique ces variations. Mais l'incertitude sur l'auteur laisse intact le jugement de l'Église par rapport à la canonicité. Que de livres de l'Ancien Testament dont les auteurs nous sont tout à fait inconnus et que l'Église reconnaît comme inspirés! La question d'origine et de composition est alors matière de libre recherche.
pour intercéder pour nous, apparaissait seul dominant les siècles : « Jésus-Christ hier et aujourd'hui, lui aussi à jamais! » 'Ir^aouç Xptcrbç è^Oèç xal orifÀSpsv 5 a\i'zhç rai eiçTOuç alcovaç (Hebr. XIII, 8).
Cette devise de VÉpître aux Hébreux, Jacques, Pierre, s'ils eussent survécu comme Jean à la catastrophe, l'auraient répétée de grand cœur; aucun ne peut être compté parmi les dissidents. Hais si nous avons constaté que la division ne fut pas entre eux et saint Paul, il n'en demeure pas moins vrai que les premiers moments de l'Église furent troublés par un débat terrible ;^ toute autre institution eût peut-être péri. Dès l'origine, c'est bien V Église militante. « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive, » a dit le Maître, et sa parole se réalise non seulement dans la persécution venue du dehors, mais aussi à l'intérieur dans l'épreuve qui recommence à chaque âge. Tandis que la vérité morale et religieuse, dont l'Église a le dépôt, demeure toujours lamême, autourd'elletoutchange et se renouvelle : les peuples, les mœurs, les institutions sociale, et dans l'ordre intellectuel les doctrines ou systèmes philosophiques, les procédés et les méthodes scientifiques. Le contact est inévitable : quelle attitude le croyant doit-il prendre vis-à-vis des nouveautés qui se présentent? Suivant que la vérité révélée parait plus ou moins intéressée ou atteinte, des divergences de vue se produisent
parmi les fidèles,et même plus haut : il y aura toujours Pierre! il y aura toujours Jacques! il y aura toujours Paul! Mais, pendant qu'élevés dans une^région sereine, Pierre, Jacques, Paul se donnent la droite en signe d'union, autour d'eux il y a des partisans qui outrent les divergences, exagèrent les doctrines, font application maladroite des principes ; et on entend résonner ces cris comme à Corinthe : « Moi je suis de Paul! Et moi d'ApoUo! Et moi, de Cephas! Moi, je suis du Christ! » Chacun se délivre un diplôme d'orthodoxie aux dépens des autres. Puisse la voix de l'Apôtre dominer ces cris et se faire toujours mieux comprendre : « Le Christ est-il donc divisé? »