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Mélanges d'histoire et de littérature

Au commencement, dit l'Ecriture, l'esprit de Dieu flottait sur les eaux. Il n'y avait pas de terre visible.

La croiite solide qui retient captifs les feux du centre de la boule n'avait pas encore subi la pression des forces renfermées dans ses flancs.

Quand les secousses, les déchirures, les étirrements se produisirent, une déformation eut lieu dans cette enveloppe. Des plateaux, des pitons apparurent au-dessus de la mer universelle.

C'est l'Amérique qui surgit la première des profondeurs de l'abîme, n'en déplaise au "vieux" continent d'Europe.

Le Canada possède dans les Laurentides les

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indications les plus manifestes et les plus anciennes de ces bouleversements.

Notre pied-à-terre en ce monde réputé " nouveau " est d'une date qui fait pâlir la géologie du reste des continents.

Alors, pourquoi le sol d'Amérique, préj^aré de si bonne heure, n'aurait-il pas été peuplé sans retard par les premières familles qui se détachèrent du groupe primitif? Ce qui s'est fait si aisément plus tard ne devait pas être impossible au fils d'Adam qui se partagaient le monde.

Qu'une branche soit venue en Amérique et qu'elle y ait prospéré, rien en cela qui puisse surprendre.

L'Asie et l'Amérique ont pu, et ont dfi. être unies autrefois. KUe se tiennent cncoio dt- si près, malgré les tremblements de terre et les cataclysmes de l'eau et du feu, que le point de jonction n'est 2:)resque pas rompu.

Si des peuples anciens n'ont pas habité notre continent, expliquerons-nous la provenance des monuments remarquables qui s'y ti'ouvcnt sur tant de lieux divers ?

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Les plaines de l'Ouest, la Californie, le nouveau Mexique et l'isthme de Panama .sont les dépositaires de ces merveilles des temps oubliés. Des villes étendues, des constructions géantes, des travaux d'une origine fabuleuse nous offrent les traces d'une civilisation qui n'a pas laissé d'annales ni d'histoires, mais c'est de l'histoire que ces amas de pierres sculptées dont le voyageur cherche vainement la cause autour de lui, et que les Sauvages découverts par Colomb, Cortez et Cartier ne pouvaient expliquer.

Les enfants de notre premier père avaient de ces allures de fondateurs. Ils en ont donné des preuves en Asie. Pourquoi pas également en Amérique, puisqu'ils pouvaient y atteindre ?

Ce qui montre qu'ils sont venus en ce dernier pays directement du berceau du genre humain, par conséquent de l'est à l'ouest, c'est qu'ils n'ont occupé que la moitié ouest de notre continent. Leurs travaux n'existent que là.

Les Florides, Panama et le Mexique, ouverts sur l'Atlantique, sont riches aussi en vestiges archéologiques, mais ces ruines témoignent d'un

autre genre de goût, de civilisation, de peuples postérieurs aux ouvriers de l'ouest.

Le versant de l'Atlantique n'a pas dû être habité par les Américains de l'âge adamique.

Ces hommes, prédécesseurs assez rapprochés de ceux qui construisirent la tour de Babel, ne devaient être privés ni des talents ni des moyens d'exécution que l'on reconnaît aux contemporains de Noé. Ils ont pu bâtir les palais étonnants qui sont encore sous nos yeux.

En ce cas, la marche des peuples autour du monde n'aurait pas commencé dans le sens de la course du soleil, mais à l'inverse.

Le déluge est venu anéantir ce mouvement.

Qu'est-il arrivé ensuite ? On le sait, l'espèce humaine dût se remettre à croître. Des années et des siècles se sont écoulés. C'est vers le bassin de la Méditerranée que les peuples les plus connus se sont avancés ; mais une forte branche, Noé lui-même probablement, a pris racine en Chine et s'y est maintenue à l'aide d'un système de gouvernement admirable, incarnation d'une pensée qui surpasse celle des législateurs les plus célèbres parmi nous.

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Pour repeupler la terre, la famille humaine prenait deux chemins diiférents : l'un à droite, l'autre à gauche. Ils devaient se croiser en Amérique.

Depuis Platon, qui vivait il y a deux mille trois cents ans et qui nous entretient des choses devenues alors très-anciennes, jusqu'au lieutenant Maury qui vient de s'éteindre, on s'est occupé d'une île, ou de plusieurs îles, ou peutêtre d'un continent qui aurait existé entre l'Europe et l'Amérique, en plein Atlantique. De nos jours, les traces en sont visibles. Notre pauvre terre à été tant secouée, tant bosselée, tant ratatinée, même après le déluge, que tout est croyable.

Au Pérou, à Panama, aux Florides, au Mexique, se voyent des monuments nombreux qui ont surtout un air de parenté avec l'architecture égyptienne. Ont-ils été construits par des gens de la Méditerranée ? C'es^ à peu près certain , car sans cela, d'où viendrait leur ressemblance avec une architecture aussi distincte que l'est l'art égyptien entre tous les autres ? Prenons,

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par exemple, l'époque du roi David ou de Saiomon son fils qui envoyait des vaisseaux dans les mers lointaines, il y a trois mille ans ; prenons les navi^gateurs de la Méditerranée et supposons que d'une île à l'autre, à travers l'Atlantique, ou mieux, à l'aide du continent décrit par Platon, ils aient atteint les rives de notre continent américain, quoi d'étrange ? Un climat superbe les retenait dans les Florides, le golfe du Mexique et au Pérou. L'amour des aventures pouvait les amener à s'y établir tout autant, pour le moins, que nous autres Européens, qui avons peuplé le Canada il y a deux siècles et demi en des conditions biens moins favorables.

Les courants océaniques qui ont porté Cabrai sur le Brésil, l'année 1500, et dont on tire parti pour abréger la traversée d'Europe en Amérique, n'étaient peut-être pas inconnus des pilotes des Pharaons. Un accident a pu jeter un vaisseau, une flotte entière dans ces courants. Revenir, par exemple, n'était pas la même chose.

Si l'on ne nous dit pas au juste la date de l'ef-

fondrement de V Atlantide comme l'appellent les anciens, on pense que cela eut lieu il y a près de trois mille ans. Les chroniques de l'Egypte, entrevues par Platon, nous le donnent à supposer. Il n'est pas impossible que les communications entre l'Amérique et l'extrémité orientale de la Méditerranée aient été soudainement interrompues depuis ce cataclysme et qu'une terreur superstitieuse ait retenu les marins en dedans des colonnes d'Hercule. A quoi, du reste, peut-on attribuer la répugnance qu'eut à vaincre Christophe Colomb pour décider les hommes du métier à franchir ce redoutable passage et à faire voile sur la mer de l'Ouest qui, selon la croyance populaire, engloutissait ceux qui voulaient en sonder l'étendue et les mystères ?

Nous avons donc, avant Jésus-Christ, deux émigrations successives, toutes deux civilisées. L'une d'Asie en Amcricj^ie avant le déluge ; l'autre d'Europe en Amérique, entre l'époque d'Abraham et celle de Platon.

La 2>remièi'e vient par le Pacifique, au nord.

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élève des édifices, construit des villes et disparaît dans le déluge, laissant ses travaux pour attester de son existence et des forces qu'elle possédait.

La deuxième arrive par l'Atlantique, organise des sociétés, bâtit des villes, ouvre des routes, dresse des lois, et subsiste avec éclat jusqu'au débarquement de Christophe Colomb après deux mille ans et plus peut-être.

Mais, dira-t-on, vous laissez de côté une population immense qui n'a aucun rapport apparent avec ces royaumes dont quelques uns remonteraient à près de cinq mille ans. N'y avait-il pas à l'époque de la découverte du Nouveau- Monde, outre les peuples extraordinaires du Pérou et du Mexique, des races à l'état sauvage ?

Oui, mais sans parenté avec ces autres peuples, si ce n'est qu'elles étaient descendantes d'Adam et d'Eve.

D'oii venaient-elles ?

Il ne faut pas regarder les Sauvages comme ayant tous passé par le même sentier pour venir en Amérique. Il ne faut pas non plus poser en

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principe que leur présence sur ce continent est un fait inouï dont l'explication dépasse la portée de l'entendement humain.

Les deux sources déjà mentionnées ont pu fournir leurs contingents pour les i-aces sauvages comme elles ont fourni les éléments des nations civilisées du Pérou et du Mexique.

De tous temps ce contraste a existé sur la terre. On a vu des Sauvages non loin des cités de Jérusalem, de Babylone, de Troie ; on en a vu près de la Grèce artistique, non loin de Eome conquérante, dans le voisinage de l'empire de Charlemagne — bref, il suffit de lire l'histoire pour apprendre à ne pas s'étonner de ces choses si souvent les mômes.

Cinquante émigrations peuvent avoir peuplé l'Amérique de Sauvages. Ça et là, une catastrophe, un besoin de déplacement y ont amené des colonnes plus fortes les unes que les autres. Une grande crise n'est pas étrangère à ces mouvements habituels des flots de l'humanité.

Une date se présente — la destruction de l'empire romain il y a quatorze siècles. Le

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coup est parti des hauteurs qui confinent l'Europe à l'Asie. Un débordement de hordes féroces et incultes s'est abattu sur l'univers éclairé par la civilisation. Non seulement Home et la Grèce ont été dévastées, éteii^nant ainsi le flambleau des arts, des sciences et des lettres, mais un ébranlement courut par toute l'Asie, qui trembla sous les j^as des barbares. Ne peut-on pas supposer que des races alarmées ont cherché refuge en x\mérique par le détroit de Behring ? La route devait leur en être connue. Qui sait encore si de?» peuplades considérables n'étaient pas déjà rendues à la Colombie Britannique, la Californie, les plaines de l'Ouest ? On s'accorde à reconnaître chez les Sioux et les Iroquois les traits de la race tartare. Il n'y a pas plus de deux cents ans, un missionnaire du Canada retrouva en Tartarie une Sauvagesse qu'il avait baptisée à Montréal. Elle lui dit que ses parents l'avaient amenée par le détroit de Behring, selon l'itinéraire habituel de ces familles nomades.

Quand au mouvement d'émio;rati(m de l'est à

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l'ouest à travers l'Atlantique, on le croirait moins facile à cause d-e l'immensité de cet océan. C'est l'effet trompeur d'un premier coupd'œil. L'histoire nous affirme que depuis dix ou douze siècles les pêcheurs de l'Europe fréquentent les côtes de l'Amérique. En voilà assez pour donner naissance à vingt peuplades diverses, illettrées, se refaisant une langue à mesure que la leur se corromprait et que des besoins nouveaux se présentaient. Puisque des langues si différentes les unes des autres ont pu se former en Asie et en Europe parmi des races qui se trouvaient en contact, à plus forte raison des groupes isolés comme Téf aient i(i('vit;ihleni<Mif A l'origine ceux <lcs Sauv.Mges aiiK'i'ii-niiis se ^ont-ils fnit clint-mi les ci-ô.Mlciirs fliine langue ])arficuliôre, opération lente si l'on veut, mais qui n'est pas en désaccord avec ce que l'on connaît du reste de la famille humaine par tout le globe.

Certains ethnologistes pensent que les barbares ravageurs de Eome et de l'Europe ont laissé sur le littoral de l'Espagne et de la France

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des détachements qui" s'y sont fixés d'une manière permanente et qui, poussés par l'esprit aventureux de leur race, ont équipé des navires pour la guerre, la flibusterie, le commerce — les Basques, par exemple, dont il est impossible de rattacher l'origine ni le langage à aucune nation connue. Les Basques ont devancé de plusieurs siècles Colomb et Cartier.

Si, d'une part, on admet que les Asiatiques ont pu traverser en Amérique par le détroit de Behring — ce qui ne saurait être mis en doute — on peut soutenir avec non moins de raison que les Européens ont pu franchir l'Atlantique sur cinq ou six points et jeter sans le vouloir les germes des nations sauvages que nous avons trouvées en Amérique il y a près de quatre cents ans.

Rien d'étonnant si ces colonies perdues n'ont pas repris le chemin de leur patrie. Rien d'étonnant qu'elles se soient développées dans des conditions qui les transformèrent avec le temps. De pauvres pécheurs peuvent ainsi devenir des Sauvages. Notons bien que la plupart des

Indiens n'avaient de barbare que le costume. Des mœurs simples, un caractère doux et craintif sont les traits qui nous les signalent presque tous. Les races guerrières, comme les Iroquois, les Sioux et les Algonquins, se vantaient de n'avoir jamais eu rien de commun avec les tribus timides qui les avoisinaient — et cela paraît véritable. Les origines différaient complètement. Tout peuple chassé de ses foyers, tous les coureurs d'aventures qui vont prendre possession d'un pays nouveau ne ressemblent pas au malheureux naufragé qui tombe isolément sur la côte de ce même pays et que l'impossibilité du retour force à vivre en ce lieu. La trempe de la race comme celle de l'individu ne saurait s'altérer notablement sous ces circonstances.

Une peuplade tartare aborde en Amérique et marche droit devant elle les armes à la main selon sa coutume, ravage, conquiert, écrase tout ce qui lui fait obstacle et va s'établir sur un site de son choix.

Un certain nombre de familles, débris d'an-

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ciens postes de pêche sur la côte, ou égarées à la suite d'un naufrage, se constituent, avec le temps, en tribus, en un peuple, pour tout dire — croit-on que ces gens ressembleront aux premiers ? Cela ne semble guère plausible.

Et maintenant, poui-quoi l'Amérique n'a-t-elle pas renfermé que des Sauvages ? Pourf[uoi trois ou quatre sièges de civilisation y ont-ils fleuri à côté de la barbarie et de la décadence de j^euples nombreux ?

Parce que ces divers groupes d'immigrants sont venus ici dans des conditions contraires les unes aux autres.

Les vigoureux enfants cliassés du Para<lis Têi'j'estro rlnM'cliaieiit à s'tMinoblii*. Le ti-.Mvnil ♦-r.-iif i-«*g:ir<l<- |t;ir rii.N ••«•m «lovoircl liomiciir.

Ja^uks iiistiiirts les jMM*raivnt à établir, bâtir, prospérer. Avec de tels hommes s'édifient «les empires: Palanqué, la Californie, le nouveau ^lexique.

Plus tard, des navigateurs, des explorateurs, envoyés par les chefs instruits de nations puissantes formèrent sur les rivages de l'Atlantique

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des établissements durables. La discipline, la civilisation, l'orgueil des arts, le sentiment d'un progrès général les animaient. D'eux sont sortis les Incas au Pérou, les Montézuma au Mexique, sans compter la puissance, inconnue même de nom, qui ne se i-évèle à nous que par les ruines semées dans la Floride.

Cela ressemble-t-il aux tristes épaves de peupies persécutés et ignorants, ou aux ravageurs stupides abordant une contrée lointaine, se trouvant dépourvus de ressources et <à la merci d'une existence si peu propre à les relever ? De là naissent les sauvages — -ceux que nous avons découverts. C'est la thèse renversée de *' l'homme delà nature;" car, au lieu d'être l'expression du commencement de la société, le Sauvage présente le spectacle de sa décrépitude morale.

Il appartient à la science d'approfondir

toutes ces questions. Depuis quelque années,

les théories les plus diverses sont mises au jour.

Toute le monde a la parole. Si quelqu'un prouve

que j'ai fait erreur, tant mieux ! c'est qu'il aura

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en main des renseignements que bon nombre de curieux ne connaissent pas encore.

Même en se trompant^ il est agréable de remonter le cours des siècles oubliés et^ à l'aide des jalons dispersés dans ce vaste espace, de refîiire par la pensée la marche et l'existence d'une partie des enfants d'Adam,

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