‹ Mélanges d'histoire et de littératureChapitre 10 sur 21 · iO Vieilles Gazettes · texte numérisé non relu

iO Vieilles Gazettes

Qui aimeraient si fort la mode D'n'ètre plus Canadiens !

Si rCanadien reste tranquille

Toutes ces bell's chos'-Ià S'en viendront tout à la file

Qu'ça s'ra beau d'voir ça !

Mais j'parierais cent j^istoles

Qu'y aura bien du train ; Qu'y aura bien, des paroles...

Et aut' chos' p't'ètre bien !

Il y a eu, en eflet, autre chose que des paroles avant que d'arriver au gouvernement responsable.

Dans un récent recueil de chansons, on trouve ces couplets sous le titre enigmatique de : Chouan. Faute d'avoir compris ce que veut dire le mot Chouayen, on a cru bien faire en lui en substituant un autre qui n'a aucun rapport, avec la chanson. Et c'est ainsi qu'on écrit l'histoire!

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C'est donc ce parti qui, au mois de janvier 1807, entreprit de publier le Courrier de Québec^ avec Jacques Labrie pour rédacteur, le même qui s'occupa tant de recueillir des matériaux pour l'histoire du Canada.

Le Canadien s'en alarma peut-être, car on voit que vers la fin de mai suivant, il lui arrive *' enfin une fonte de caractères neufs." Et il ajoute : " Nous pourrons à l'avenir recevoir des avertissements que nous imprimerons sur une feuille séparée."

La Gazette de Québec ne refusait pas les annonces en langue française. Elle en avait le monopole, puisque le Canadien s'attachait de préférence à débattre des affaires d'intérêt public. Le Mercury, sustenté par le commerce anglais, menait de front la réclame et la polémique, mais on ne voyait chez lui que de rares productions françaises. Le Courrier de Québec menaçait de s'emparer de la clientèle canadienne ; il fallait se mettre en défense sur ce point encore.

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La loi de la concurrence est inexorable. Yous imprimez un journal politique et votre voisin aussi. Mais votre voisin introduit des annonces dans sa feuille. Alors, sous peine de mort, vous devez avoir vos annonces. Il faut suivre l'adversaire sur le terrain oii il se place. Vous produisez de la sorte le journal moderne :" politique, commercial et d'annonces." Récemment an a adopté la formule : '* politique, littéraire, commercial et d'annonces," mais le mot ''littéraire " n'est là que pour représenter le feuilleton emprunté aux romanciers d'Europe. Rien d'étonnant, après cela, que les écrivains aient cherché à créer des Bévues et à s'y réfugier en dehors du brouhoura de la réclame et du monde des affaires.

Yoyons comment débuta Tannonce parmi nous :

A proiK)s de chapeaux de paille confectionnés par un nommé Bélanger, de Québec, le Canadien du 16 mai 1807 dit : " Cela montre avec quelle facilité les manufactures pourraient s'établir dans le pays et combien on y pourraient

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faire de choses qui occuperaient les personnes, surtout les femmes pendant l'hiver, et feraient gagner la vie à de pauvres gens."

On voit par là que l'industri^el " annonceur " entrait directement sous le patronage de la rédaction. Pourtant, il s'écoula trois mois avant que Ton vit paraître les premières annonces, et alors la concurrence n'était plus à craindre, car le Covrrier de Québec était mort.

Les pionniers de l'annonce dans le C^tnadien furent Jacques Leblond, épicier, de la basseville, et Joseph Mathon, qui possédait un *' secret" pour blanchir les chapeaux de paille. Peut-être cette nouveauté servit-elle à faire voir aux propriétaires du journal que leur atelier n'était point au complet, puisqu'ils s'empressèrent d'avei-tir le public qu'ils allaient y remédier sans retai-d.

J'ai remarqué la correction et la rectitude qui régnent dans le travail typographique du Canadien de 1806 à 1810 et dans celui de 1820 à 1823. Sous ce rapport, nous avons rétrogradé de beaucoup. Le plaisir de faire des coquilles

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semble dominer chez les imprimeurs ne nos jours. Plaignons ceux que le typographe assassine.

J'ai connu le malheur, et j'y sais compatir !

Le 2 juin 180Y, le Courrier de Québec descendit aux limbes, après six mois d'existence. Le Canadien s'était consciencieusement exercé à lui ménager ce sort, ce qui ne l'empêcha pas d'être digne et respectueux devant ses cendres. Ce décorum s'employe encore avec un certain succès.

Le Courrier de Québec avait bien, disait son adversaire, le défaut de s'exprimer en mauvais français, mais enfin il était bon diable, et pas si noir qu'on le représentait : " Tout le monde avoue que les éditeurs du Courrier, à leur grande louange, n'ont rien négligé pour rendre leur papier intéressant. On voit une histoire abrégée du Canada, qui, avec toutes ses imperfections, n'a pas manqué que de donner beaucoup de peine à la personne qui l'a rédigée. Un tel travail mérite d'autant plus notre éloge qu'il était entrepris dans la vue de nous instruire et

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de nous amuser... Sa politique n'a peut-être pas été aussi invariable qu'elle aurait dû l'être. Nous sommes néanmoins très-satisfaits de pouvoir dire que les paradoxes du Mercury^ qu'il a de temps en temps relevés, méritent certainement quelques égards (1).., L'éditeur du Mercury a manifesté une joie indécente à l'occasion de la chute du CoMmer... D'après ce qui a paru surtout en dernier lieu (dans le Courrier)^ on peut aisément en inférer que ses principes étaient les même que ceux du Canadien. Quant à la cause de sa chute, elle est due à une circonstance qui n'est que trop familière aux Canadiens : ie manque d'encouragement ! "

Le parti du juge De Bonne se rapprochait, comme on le voit, du véritable parti canadien, et celui-ci ne cherchait plus à lui faire la vie trop dure. Malheui^eusement, dès l'automne, sir James Craig débarqua en Canada,et les Chouayens retournèrent à leurs anciennes amours.

1 Ce qui mérite des égards, ce ne sont pas les paradoxes, mais bien le fait de les avoir relevés, il me semble.

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Après la mort du Courrier de Québec, plusieurs écrits destinés à ce journal sont envoyés au Canadien qui les publie, en les accompagnant de vertes critiques lorsque les auteurs s'écartent du programme du Canadien. Il y mêle aussi parfois une pointe de sarcasme — celle-ci par exemple: "Un penseur " reproche au Mercury d'avoir publié que le Canadien est un conteur d'histoires du temps du déluge. Là-dessus, le Canadien met en note au bas de la page: " L'auteur, qui ne parait pas aimer les déluges, devrait bien éviter ceux de mots ; le Canadien n'en a jamais été tant inondé qu'aujourd'hui."

La mention d'un abrégé d'histoire du Canada qui aurait paru dans le Courrier n'est pas sans intérêt à une époque où, entièrement occupés des besoins et des combats du moment, les Canadiens n'avaient pu se mettre à l'étude du passé et produire une œuvre de ce genre, de quelque valeur qu'elle put être. Je n'ai pas vu le Courrier de Québec ; mais si le travail en

question n'était pas du docteur Labrie, je croirai que, vu que M. J. F. Perreault suivait d'ordinaire en politique M. De Bonne, connaissant ses goûts pour l'histoire de son pays, on peut lui attribuer cette première tentative de révéler le passé de notre race dans un journal oi^i il devait avoir ses franches coudées. M. Perreault a réuni en volume ses travaux sur l'histoire du Canada, et pour avoir été dépassé par ceux qui l'ont suivi, comme cela arrive presque toujours, il n'en a pas moins un grand mérite. Cet honnête homme a j)ourtant eu le malheur de ne pas faire corps avec le parti canadien. Peut-être désespérait-il du salut de notre race. Ce sentiment, sans l'exonérer, lui vaudra l'indulgence des Canadiens-Français; car il était attaché à notre tradition française, son travail d'histoire le prouve. xA.h ! si tous les Chouayens eussent été comme lui !

Québec fit une perte dans la personne du docteur Labrie. Le 2*7 aoiit 1808 Le Canadien annonce que ce médecin, gradué à Edinbourg, en Ecosse, va se fixer à Montréal. Le 17 juin

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1809 le même journal imprime, sous la rubrique de mariage. " Marié, le 12 courant, à Saint-Eustache, par raessire Flavien Lajus, le Dr. J. Labrie, à mademoiselle Marie-Marguerite Gagnier." Jusqu'en 1831, époque de sa mort, ce patriote a travaillé, soit dans Tarône politique, soit dans le silence du cabinet, pour la cause canadienne. Ses précieux manuscrits ont été détruits, en 1837, dans le sac de Saint-Benoit.

A propos du travail de l'histoire du Canada, il faut noter que Mr. George Heriot, le même qui fut maître-de-poste à Québec, publia, à Londres, en 1804, deux volumes qui ne sont qu'une paraphrase de Charlevoix, pour n'en parler qu'avec modération. Ses Voyage en Canada, imprimés trois ans plus tard, sont dignes de place dans nos bibliothèques.

L'un des ex-rédacteurs du Courrier de Québec se plaint du peu d'encouragement que les Canadiens accordent à leurs journaux : " On aimait dit-on, le Courrier. Mais si on l'ai-

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mait, pourquoi ne pas prendre les moyens de le conserver ? Pourquoi ne pas y souscrire plutôt que de courir de maison en maison pour trouver et lire le numéro du jour ? "

Il ajoute que la j)lus forte liste du Courrier s'est élevée à trois cent souscripteurs.

" Tant que l'on verra les Canadiens préférer un tour de calèche au plaisir de lire une bonne feuille périodique, on pourra toujours affirmer qu'il sont incapables de remplir la part qui leur est assignée par la constitution."

La citation qui précède me remet en mémoire l'épigramme de Joseph Quesnel, écrite en 1803, alors que la Gazette de Québec et le Herald de Québec ( fondé en 1789) se j)artageaient les faveurs publiques, et qu'ils voyaient encore '' sur leurs antiques listes errer de loin en loin le nom d'un abonné " :

Pourquoi tous ces livres divers.

Ecrits en prose, écrits en vers, Et qui remplissent vos tablettes,

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Dirait au libraire Ménard Un certain noble campagnard.

Qui pourra lire ces sornettes !

— Des sornettes ! vous vous trompez ; Ce sont de nos meilleurs poëtes Tous les ouvrages renommés ; Vous devriez en faire emplette.

— Emplette ! à quoi bon ? Vous saurez

Que m'étant joint à deux curés,

Nous souscrivons pour la Gazette (de

Québec).

Sous le régime du gouverneur Craig, le Canadien joue un rôle assez marqué pour que je laisse ici le titre de Vieilles Gazettes, qui ne peut s'appliquer qu'aux commencements du journalisme. Je continuerai, plus tard, l'histoire des luttes qui vont de 1807 à 1810.

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