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LE CANON OE BRONZE

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Quel est celui de nos archéologues qui ne sait par cœur l'article de M. Amable Berthelot ; Le Canon de Bronêe^-^troUyé (le canon) en 1826, dans le fleuve, sur une batture de sable devant la paroisse de Champlain ? Il a fourni matière â controverse dans le temps. M. Berthelot n'était pas le premier venu et une.thôse marchait bien sous sa plume.

Cet arme était d'un modèle si primitif qu'on ne voulut pas même la supposer contemporaine du fondateur de Québec et que l'on rétrograda jusqu'à Cartier et à Vérazani j^our en fixer l'existence active. On argumenta pour prouver qu'elle avait dû tomber des vaisseaux de l'un ou de l'autre de ces navigateurs.

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L'histoire du Canada, dit en terminant M. Berthelot, ne mentionne aucun naufrage dans ces temps si reculés, d'où Je conclus, &c.

Commençons par citer un naufrage bien constaté, entre Québec et les Trois Eivières, dans le cours du dix-septième siècle, plus de cent ans après Vérazani et Cartier :

"Le 21 novembre 1040, arriva à Québec la nouvelle assurée du plus grand désastre qui fut encore arrivé en Canada, savoir : la perte ou débris du brigantin qui allait de Québec aux Trois-Eivières, dans lequel était une bonne partie de ce qui était nécessaire pour le magasin et habitants des Trois-Eivière."

Ce bâtiment non-seulement fut perdu avec toutes les marchandises qu'il portait, mais aussi neuf hommes, passagers ou employés à. sa manœuvre. Le naufrage eut lieu, dit le registre de Québec, " vers le Cap-à-1'Arbre."

En 16-10, il n'}' avait pas d'habitations françaises entre Québec et les Trois-Eivières, sauf celle de M. de Chavign^- à Sillery et celle de M. de la Potlierie à Portneuf; en remontant il y

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ivait deux endroits connus des mariniers et des ;^oyageurs généralement : le Cap-à-l' Arbre, au )as de la seigneurie de Saint-Jean d'Eschaillon, it l'Arbre-à-la-Croix dans la seigneurie du Cap ie la Madeleine. Ce dernier endroit (fief Hertel) mouvait être habité alors; on y avait opéré des iéfrichements et bâti une maison.

En disant que la catastrophe eut lieu vers le lîap-à-r Arbre, le Journal ne désigne certainement Das un site compris entre le Cap-à-l' Arbre et Québec, puisqu'il y avait Portneuf et même Billery que l'on pouvait aussi nommer dans un t^oisinage peu étendu. C'est plutôt entre le Jap-à-l'Arbre et les Trois-Eivières qu'il faut chercher le théâtre du désastre en question. Il n'en est pas de plus proche, croyons-nous, que a batture de Champlain, et c'est là que fut trouvé, deux siècles plus tard, la pièce de bronze jui nous occupe.

A quelle époque, cette arme a-t-elle été en usage et par conséquent transportée jusqu'en Canada où elle s'est perdue ?

Ce canon, d'un modèle répandu dès le temps

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de François I, 1525-1530, devait-ètre en effet semblable à ceux dont Yérazani et Cartier se servaient, mais il ne s'en suit pas qu'il ait été perdu par l'un ou l'autre de ces découvreurs. La trace de Yérazani nous échappe dans le golfe Saint-Laurent en 1525 ; tout ce que l'on peut dire après cela se résume à la probabilité d'une visite de ce marin dans le haut du fleuve. Cartier dont les écrits sont si bien remplis do détails de navigation, ne mentionne pas qu'il ait subi des avaries ou même des contretemps entre Québec et les Trois-Rivières. Kicn ne nous invite à rattacher à ces voyages la trouvaille de 1826.

Donc, ni le naufrage de Yérazani, qui est tout-à-fait problématique, ni les expéditions de Cartier ne peuvent nous renseigner à ce sujet. Mais la perte du brigantin de 1646 vient à propos fixer l'attention, parceque ce vaisseau a péri non loin du lieu où le canon de bronze a été repéché.

On dira qu'il y a plus de cent ans entre François I et l'année 1646. Selon nous, cela

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importe peu, car si la fabrication des bouches à feu de large dimension a été créée, en quelque sorte, durant cette période, on est assuré par de bonnes autorités que les canons de petit calibre, comme celui qui nous occupe, n'ont pas changé du tout et que l'on s'est contenté de les reléguer sur de moindres bâtiments.

Dès l'année 1600, ou même auparavant, les Français remontaient le fleuve jusqu'aux Trois- Eivieres, sinon au delà, pour traiter avec les sauvages. De Tadoussac, oii ils laissaient ordinairement leurs navires de mer, ils naviguaient au moyen de chaloupes ou barques montées par une demie douzaine d'hommes au plus, et armées de un ou deux canons légers que l'on trouve souvent cités sous les noms depierriers ou espoirs. Ces bouches à feu étaient d'un maniement facile, commodes par leur forme et leur poids, et montées sans frais sur des pivots à l'avant ou à l'arrière des embarcations. Après la fondation de Québec (1608), des Trois-Eivières (1634), de Sorel et de Montréal (1642), on s'en servait encore journellement, et ainsi pendant nombre

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d'années plus tard. Le fait est incontestable. On sait aussi, qu'à cette époque, les mêmes canons n'étaient plus employés en France que pour les bâtiments côtiers et dans les ports ; les navires de long cours en emportaient avec eux afin de les placer sur des chaloupes pour opérer des descentes. Que leur modèle ait été dès lors suranné, cela est évident, mais on s'en servait en divers lieux et surtout on devait s'en servir dans les rivières d'une colonie où l'on avait besoin de se précautionner contre les Sauvages, sans se mettre en peine d'édifier ces barbares par la montre d'armes de prix ou améliorées dont ils ne comprenaient pas la valeur artistique. Si, toutefois, il existait alors des pièces perfectionnées de cet ordre dans la marine française, nous serions encore prêts à soutenir que les intéressés dans la traite et la colonisation du Canada n'allaient pas jusqu'au point de se les procurer et qu'au contraire ils se trouvaient bien aise d'obtenir au rabais celles d'une autre époque dont ils pouvaient faire bon usage, i:>uisqu"ils n'avaient à Içs utiliser quo

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contre des hordes bien inférieures dans l'art de la guerre aux nations européennes.

Les brigantins, comme celui dont il est parlé en 1646, étaient des bateaux de transport pour le service des côtes et des rivières, portant basbord, voiles et rames et cinq ou six hommes d'équij^age. C'est de l'une de ces barques que le " canon de bronze " a àù choir dans le fleuve.

Depuis 1826 on a retiré de l'eau deux ou trois autres joetites j^ièces du même genre entre Montréal et Québec ; et ce qui fait bien voir qu'elle appartenaient à la navigation fluviale, au cabotage, c'est qu'elles ne peuvent être comparées par la forme et par les dimensions aux grandes pièces trouvées j)lus bas que Québec où règne la navigation océanique.

Disons, à propos, comment était fait le ''' canon de bronze."

Longueur: trois j^ieds quatre pouces et demi. Bouche ou âme: trois pouces de diamètre. Au lieu du bouton, une cheville ou levier en fer de dix pouces trois quarts placé à la culasse pour pointer. Un pivot en fer appelé " chandelle,"

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divisé en deux branches comme une fourche, servait de monture ; c'est le support des pierriers. et cela va de soi puisque le canon de bronze étaitde la classe des pierriers. Le bronze de l'arme était d'un beau métal, irrégulièrement travaillé ; c'est l'enfance de l'art de la fonderie des canons. On en voit la preuve en la comparant avec les descriptions et les gravures des pièces du seizième siècle que l'on rencontre dans les ouvrages sur l'artillerie. Mais où il est curieux de s'arrêter devant ces premiers produits d'un génie évoqué par l'invention de la poudre, c'est en ce qui concerne leur mode de chargement. La gargousse entrait par la culasse, n'eu déplaise à nos modernes qui croient avoir trouvé cela. A l'endroit où est la '' lumière" de nos canons et la '' cheminée" de nos fusils (mettant de côté les innovations des dernières quinze années) le " canon de bronze," comme tous ceux de sa classe en son temps, possédait une ouverture dans laquelle on glissait une boîte ou chambre mobile qui y était retenue solidement par une cheville de fer. Le coujd

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parti, on enlevait la cheville, on retirait la boîte dans laquelle se plaçait une charge nouvelle — et le tout était remis en place pour un second feu.

Cette relique ne nous a pas été conservée. Le musée LeChasseur qui la contenait a été détruit par le feu à Québec.

Que sont devenues les autres pièces trouvées plus récemment dans le fleuve et que l'on dit semblables au '' Canon de Bronze ? "

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