‹ Mélanges d'histoire et de littératureChapitre 15 sur 21 · AU SIEUR DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

AU SIEUR DE CHAMPLAIN

géographe du roy.

Un roi Numidien poussé d'un beau désir Fit jadis rechercher la source de ce fieuve Qui le peuple d'Egypte et de Libye abreuve, Prenant en son pourtrait son unique plaisir.

Champlain, ja de longtemps je vois que ton loisir, S'employe obstinément et sans aucune treuve A rechercher It-s flots, qui de la Terre neuve Viennent, après maints sauts, les rivages saisir.

Que si tu viens à chef de ta belle entreprise. On ne peut estimer combien de gloire un jour. Acquerras à ton nom que dès ja chacun prise .

Car d'un fleuve infini tu cherche l'origine, Afin qu'à l'avenir y faisant ton séjour Tu nous fasse par là parvenir à la Chine.

410 Jean Nlcolet.

Dès 1G03, un poëte, du nom de la Fi*anchise, avait écrit au sujet de Cliamplain :

Il nous promet encore de passer plus avant, Réduire les Gentils et trouver le Levant, Par le nord ou le sud, pour aller à la Chine. C'est charitablement tout pour l'amour de Dieu. Fi ! des lâches poltrons qui ne bougent d'un lieu ! Leur vie, sans mentir, me jmraît trop mesquine.

En 1876, deu.\eent soixaiite-et-treize ans plus tard, nous ne sommes pas encore rendus à la Chine.

A quand la premiôi-c locomotive du " Paci* lique Canadien ? "

C'est en 1015 que (-hamplain réussit à s'embarquer pour l'Ouest, mais déjà il avait renoncé à remonter le Saint-Laurent et il avait plus d'espoir d'arriver à la baie d'Hudson qu'au Pacifique.

Il prit la voie de la rivière dite des Algon» quins (l'Ottawa) et fut conduit successivement par se> <.ciii<les sauva<^es jusqu'à l'île des Allumotte^. au lac N'ij^issiii^ue, à la baie Cleorgienne,

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au lac Simcoe, au lac Ontario qu'il traversa, puis 8ur le territoire de l'Etat de New- York. Ce n'était là ni ht route du nord, ni celle de l'ouest, cependant, le fondateur de Québec en vit assez pour comprendre qu'il avait devant lui un pays immense à donner à son roi dès l'instant où il pourrait le parcourir et y faire connaître son nom.

La Nouvelle-France, coiuposée de deux ou trois postes de traite dans le golfe Saint-Laurent et d'un demie douzaine de maisonnettes accrochées aux flancs du cap de Québec, ne pouvait pas encore se donner le luxe d'annexer ses voisins. Champlain le savait ; mais en homme de génie qui prépare l'avenir, il voulut, sans tarder, faire étudier les pays nouveaux par ses fidèles vo3'ageurs et interprêtes et par les missionnaires. A quelque temps de là, il eut la bonne fortune de prendre à son service le jeune Nicolet ; nous verrons qu'il sut mettre à pi'Ofit ses qualités.

418 Jean Nicolet.

Jean Xicolet était né à Cherbourg, en Normandie, du mariage de Thomas Xicolet, messager ordinaire de Charlebourg à Paris et de Marguerite De la Mer. Sous les auspices de Champlain, à ce qu'il paraîtrait, il arriva dans colonie en 1(318. Etant jeune, d'un caractère heureux, doué d'un sens religieux profond et d'une excellente mémoire, il donnait dès lors les plus belles espérances.

On l'envo^^a immédiatement hiverner chez les Algonquins de Tlsle (l'île des Allumettes, plus loin que la ville d'Ottawa) pour y apprendre leur langue qui était d'un usage général dans rOuest et sur la rive gauche du Saint- Laurent.

Il resta deux années consécutives chez ces peuples, les suivant dans leurs courses, partageant leurs fatigues et leurs dangei*s avec courage, sans voir aucun Français durant tout ce temps. Il eut occasion de passer plusieurs fois sept ou huit joui-s sans rien manger, et une fois il fut sept semaines entières sans autre nourriture qu'un peu d'écorce de bois.

Jean Nicolet. 419

Devenu familier avec la laiig-ue (vers 1622), il fut chargé à la tête de quatre cent Algonquins, d'aller négocier la paix chez les Iroquois, et il s'en tira heureusement. Il demeura ensuite huit ou neuf années au milieu des Nipissiriniens (gens du lac Nipissing) qui étaient aussi de race algonquine. " Là il passait pour un de cette nation, entrant dans les conseils fort fréquents à ces peuples, ayant sa cabane et son ménage à part, faisant sa pêche et sa traite." En un mot, il devint presque aussi sauvage que ses compagnons, disent les mémoii-es du temps.

Une idée qui n'est pas assez admise c'est l'étendue des rapports que les tribus sauvages avaient entre elles pour l'échange des produits particuliers à leurs diiïérents pays. Des bords de l'Atlantique au centre du continent il existait de la sorte des communications suivies. Du Mexique à la Colombie britannique un autre courant d'aifaires s'employait. Entre ces deux mouvements, on connaît celui qui allait du golfe Saint-Laurent au golfe du Mexique, en remontant notre fleuve, traversant les grands lacs et

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descendant le Mississipi. Jacques Cartier mentionne les peuples lointains qui trafiquaient avec ceux du St. Laurent. Les coquillages, notamment, dont se paraient nos Indiens venaient du golfe du Mexique.

Yers 1625, le Frère Sa^ard, en mission dans le voisinage de la baie Géorgienne, mentionne que les Nipissiriniens allaient chaque année en traite chez une nation éloignée de cinq ou six semaines de marche du Nipissing. Cette nation passait pour avoir commerce avec un autre peuple encore plus éloigné, qui venait par mer sur de grand canots de bois ; on ajoutait certains détails de costumes et de mœurs qui sont particuliers à la race tartare.

Cette mer, pensait-on, devait être le Pacifique par où l'on espérait pouvoir se rendre à la Chine. Le Frère Sagard forma même le projet de ce voyage, mais les circonstances l'emjDêchèrent de l'exécuter.

A cette époque, Nicolet, qui habitait avec les Nipissiriniens, devait aussi avoir connaissance des rapports des Sauvages sur le même sujet ;

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s'il ne Ta pas écrit comme a fait le Frère Sagard^ il l'a suffisamment prouvé par son voyage daDS le sud-ouest en 1634,

L'apprentissage de Nicolet était chose accomplie, lorsque en 1629, les Anglais s'emparèrent de Québec, et ne lui laissèrent, comme aux autres interprêtes, que Talternative de se livrer à eux, ou de s'enfoncer dans les forêts, en compagnie des Sauvages ses amis.

C'est peut-être durant l'époque critique de 1629 à 1633 que nos voyageurs jettèrent le» plus forts germes d'amitié parmi les tribus algonquines et huronnes. Séparés tout-à-couj) de leur base d'opération, tombée aux mains de l'ennemi, on les aurait cru enlevés à jamais au monde civilisé, sinon à la vie même. Cependant il n'en fut rien. Il arriva plutôt le contraire de ce à quoi l'on aurait pu s'attendre. Jusque là^ le trafic des pelleteries pour des articles de fabrication européenne avait servi au commencement d'alliance qui nous permettait de remonter

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l'Ottawa et de visiter la baie Géorgienne, mais il s'en fallait de beaucoup que nous fussions à Taise sur ces territoires. Cela, du reste, se passait au moment où les colons anglais débarqués en même temps que nous sur les plages de l'Atlantique, n'avaient pas encore osé se risquer à dix arpents de leurs cambuses. Nous avions déjà franchi des centaines de lieues de paj's et attiré la traite, en larges proportions, dans la vallée du Saint-Laurent. Les interprêtes,— les '^ voyageurs " selon le mot con sacré, — se refusaient à quitter leur conquête ou à y introduire les Anglais. Ils ne craignaient pas de retourner au fond des bois reprendre la vie d'aventure et s'appliquer plus que jamais à agrandir l'influence du nom français vers l'ouest. Sans pouvoir compter avec certitude sur le retour du drapeau blanc à Québec, ils se mirent en travers des projets que les marchands anglais auraient pu concevoir de se répandre de ce côté. Ainsi pour compenser efficacement les fautes d'une administration mal éclairée, cinq ou six pauvres hommes du peuple, prenant l'ennemi

Jean Mcolet. 423

|mr derrière, nous pi^paraient avec ardeur une revanche éclatante en rapprochant tout- à-fait de îios intérêts les nations éparses qu'un accident ordinaire, ou simplement un abandon de quelques années, pouvaient faii-e peneher contre I10U8 d'une manière désastreuse.

Soit que Nicolet fût de i-etour à Québec en

1629 et qu'il en repartit aussitôt^ ou qu'il n'eut

pas encore eu occasion d'y j-etourner, on sait

qu'il vécut avec les peuples de TOuest de 1618

à 1628 et tant que dura l'occupation du Canada

par les Anglais, de 1629 à 1632,

Vers 1634, on le rappela au sein de la

colonie, oii Champlain venait de reprendre

la direction des aftaii*es. Les renseignements

dont il fit part à ce dernier, touchant les

contrées de l'ouest et du sud-ouest, ne pouvaient

manquer de fixer l'attention du fondateur de

Québec, qui dans ses découvertes n'avait ^n

, s'avancer assez loin lui-même pour reconnaître

-^ les lacs Micbigan et Erié, mais qui cependant

424 Jean Nlcolet.

en avait entendu parler, Champlain^ le premier et le pins entreprenant de ceux qui tentèrent après Jacques Cartier la découverte de l'intérieur de la Nouvelle-France^ crut devoir tirer parti des connaissances géographique» acquises par Nic^let. et de Taifection que lui témoignaient les Sauvages,

11 i^araitrait que Champlain n'a connu le lac

Erié que par de très-vagues renseignements.

Toutefois, il n'ignorait pas^ dès 1(503, l'existence

de la chute du Niagara puisque la Franchise,

qui lui dédie un sonnet, s'exprime ainsi :

Muses si TOUS chantez rraimeut je vous conseille Que vous loneiez Chanaplain pour être courageux , Sans crainte des hasards, il a vu tant de lieux Que ses relaticms nous contentent l'oreille.

Il a vu le Pérou, (1) Me:ïique, et la merreille I>u Vulcain infernal qui vomit tant de feux ; Et les sauts Mocosans (2) qui offensent les yeux De ceux qui osent voir leur chute nonpareille .

1, Pas que nous sachions. 2. J/o(rosa, ancien nom de ia Virginie, ce qui se rapporterait au Niagara. Pas plus que le Pérou Champlain ne l'avait vu, mais, évidemment, ^ il en avait entendu parler.

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Lescarbot écrit, en 1(310, une pièce de vers dans laquelle il parle des grands sauts que les Sauvages disent rencontrer en remontant le Saint-Laurent jusqu'au voisinage de la Virginie.

Quant au lac Huron, Champlain en avait visité partiellement la côte orientale. Nicolet est le premier Français qui l'ait traversé, ou côtoyé et qui ait vogué ensuite sur le lac Michigan (1634)

Champlain ne savait presque rien du lac Michigan. Dans sa carte de 1632, il le fait d'étendre vers le nord, tandis qu'au contraire il s'épanche dans la dii-ection du sud. Il j^arle des Mascoutins (le nation du Feu) par les rapports que lui en ont faits les Hurons ; — or, les gens du Feu auquels il donne le même nom, mais en langue huronne (Asistagueronnons), habitaient le fond de la baie des Puants, ou GreenBay, qui est sur la côte sud-ouest du lac Michigan, précisément à l'endroit où nous verrons que Nicolet laissa le lac pour s'engager dans les terres. C'est la notion géogi*aphique la plus

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étendue, quoique incertaine, dontChamplain ait fait usage dans cette direction.

Avec le rétablissement de Québec en 1633, la Nouvelle-France entrait dans une ère de progrès assez soutenue. Champlain. qui malgré le poids de soixante-et-sept ans, tenait à pousser son œuvi'e vigoureusement sous le nouveau régime de la compagnie des Cent-Associés, prépara tout pour s'assurer le cours du fleuve en haut comme en bas et pour lancer ses éclaireurs sur le chemin de la mer de l'ouest — le Pacilique.

A peu près le 1er juillet 1634, une double expédition partit de Québec. L'un des convois s'en allait bâtir un fort aux Trois-Rivières, et l'autre, composé du Père de Brebeuf et de Jean Nicolet comme personnages principaux, se destinait aux missions et aux explorations " des pays d'en haut," — aujourd'hui la province d'Ontario.

Le 4 juillet, tout le monde était réuni aux Trois-Rivières. Nicolet assista de la sorte à la

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fondation d'une place où devaient s'écouler les dernières années de sa vie.

Par les Relations des Jésuites, on suit le Père de Brebeuf et Jean Nicolet voyageant ensemble des Trois'Rivières jusqu'au haut de l'Ottawa, route du pays des Hurons. Le Père écrit à ce propos que Nicolet se rendit avec lui jusqu'à l'île des Allumettes, et que, en route, il supporta tous les travaux des plus robustes Sauvages.

Resté à l'île des Allumettes, tandis que le Père de Bi^ebeut poursuivait son chemin, Nicolet fit ses prépartifs de voyage vers les paj^s inconnus conformément à ses instructions et à son exjîérience personnelle. Ensuite, il se rendit chez les Hurons, au bord du lac de ce nom, où il prit avec lui sept Sauvages et s'enfonça dans la direction du lac Michigan alors totalement ignoré des blancs. Ils se dirigea vers la contrée dite des Gens de Mer, lesquels étaient ainsi nommés parce que d'après la description qu'ils donnaient d'une grande étendue d'eau qui se rencontrait au delà de

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leur pays, les Français les croyaient voisins de la mer Pacifique, ou tout au moins à proximité d'une rivière considérable qui y menait. Ces gens de mer n'étaient connus des Français que par ouï-dire. On ne les sujjposait point cruels. De plus, il était dit qu'avec l'algonquin et le huron pour langues, tout homme pouvait s'entendre avec eux. Xicol et possédait le. huroniroquois comme l'algonquins, ce qui, de nos jours, équivaudrait à parler le français, l'allemand et l'anglais.

Parvenu à la baie Yerte ou des Puants, au milieu des Mascoutins, Nicolet avait épuisé selon les apparences, la géographie de ses guides. Il entrait en plein pays inconnu. Tous les rêves lui étaient permis, car ayant devant lui une immense contrée à parcourir, entendant sans cesse parler de grands cours d'eau, de mers prochaines, de peuples trafiquants et navigateurs, il marchait, dans son imagination, à la découverte du reste du globe, complétant l'œuvre de Colomb et de Cartier, qui avaient voulu se rendre à la

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Chine, mais qui en avaient été empêchés par la largeur du continent d'Amérique.

Un regard sur la carte nous montre la possibi- 3ité de passer sans embarras de la baie Yerte au Mississipi. Les Sauvages de la baie en connaissaient le chemin d<e toute nécessité. Nieoîet sut &e ^e faire indiquer, et peut-être fut-il guidé par ces peuples eux-mêmes dans un voyage qui promettait aux Indiens une suite de rapports avantageux avec les compatriotes du hardi <*oureur de boivS.

Nicokt remontïi la rivière aux Eenaitls et franchit le portage facile qwi, à la haut^eurdes terres, ia sépare de la rivière Ouis<?oi?sin^ laquelle se décharge dans le Mississipi,

Il avait pour mission de " traiter de ia paix'"' -c'est-à-dire de faire alliance avec les pieuples qu'il rencontrerait, et d'étendre ainsi la renommée et le comm-erce des Français,

Au voisinage de l'un-e de ces nations II s'avi'Ptait et accomplissait dans toute sa pompe

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le céréraaDial usité en pareille drcoiistance, — y ajautaot même certains expédients tirés des coutonaes des j)euples civil isés^ ce qui le faisait passer pour on homme extraordinaire,

A deux journées des Gens de Mer, il envoya un de ses Hurons annoncer la nouvelle de la paix, laquelle fut bien accueillie, surtout lorsque Ton sut que c'était un Européen qui portait la parole.

On dépêcha plusieurs jeunes gens au devant du Manitouiriniou, Tètre mérv^eilleux. Celui-ci qui partageait probablement la croyance que ces peuples n'étaient pas loin des Chinois, ou qu'ils devaient les connaître, s'était revêtu d'une grand robe de damas de la Chine, toute parsemée de dessins de fleurs et d'oiseaux, et s'avançait vers eux en déchargeant ses pistolets qu'il tenait à chaque main. Son apparition causa une surprise et un ravissement extrêmes : la nouvelle s'en répandit au loin, de nation en nation. On disait qu'un homme était venu qui portait le tonnerre, etc. Nicolet, expert dans l'art de manier l'esprit des Sauvages, se rendit

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populaire partout et convoqua des conseils qui dépassèrent en solennité ceux que l'on avait coutume de tenir. A l'une de ces assemblées, il y eut de quatre à cinq mille hommes. Chaque chef de quelque importance voulut donner son festin ; dans l'un de ces repas on servit jusqu'à cent vingt castors. Bref, l'entente la plus cordiale s'établit entre ces peuples et l'envoyé français.

C'est dans le cours de ce voyage qu'il eut l'honneur d'arriver à la connaissance du Mississipi.

Le Père Le Jeune écrivait six années après l'événement : " Le sieur Nicolet, qui a le plus avant pénétré dedans ces pays si éloignés, m'a assuré que s'il eut vogué trois jours plus avant sur un grand fleuve qui sort au second lac des Hurons (le lac Michigan), il aurait trouvé la mer. Or, j'ai de fortes conjectures que c'est la mer qui répond au nord de la Nouvelle-Mexique, et que de cette mer on aurait entrée dans le Japon et la Chine."

Pourtant, il s'en fallait de beaucoup que ce

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fut le chemin tant cherché ! Trompé pai- les mots Misstssipi (les grandes eaux) le courageux Xicolet, déjà préparé à cette croj-ance, pensa qu'il s'agissait tout à la fois et d'un fleuve considérable et de l'océan Pacifique où devait aboutir cette voie tant désirée. Il ne se trompait qu'à moitié. Le problème dont s'occupaient non seulement Ic'^ Français, mais encore les Espagnols, les Hollandais et les Anglais, dût lui jjaraitre à peu près résolu.

L'histoire tient compte des ei-reurs de ses contemporains, comme elle a fait pour ceux qui vinrent après lui ; elle ne peut s'empêcher de saluer dans Nicolet un voyageur désintéressé qui, par ses explorations dans l'intérieur de l'Amérique, s'est mis très en évidences de son vivant, et dont les mérites n'ont pas été contestés, quoique, par la suite, on ait pu les oublier momentanément, en commun avec nombre de pages honorables de notre passé dans ce pays. Plus heureux que l'esjiagnol de Soto, il est revenu des bords lointains du Mississipi et son œuvre ne s'est pas arrêté là. Il a ouvert, le

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premier, la route de ces contrées où la religion et le patriotisme de la France ont brillé avec éclat. "• Il a servi la cause de l'humanité et glorifié le nom français " dit Mr. Gabriel Gravier dans le chapitre qu'il lui consacre.

Aucun Eurojîéen n'avait marché sur les traces de Soto. Son expédition, sa mort, étaient choses sans bon résultat. La gloire de Ni col et n'a rien à craindre d'un devancier qui, tout compte fait, ne l'a pas devancé, puisque les terres et les peuples du Mississipi étaient encore parfaitement inconnus au temps de Champlain.

Trente-neuf ans j^l^stard (16^3) Louis Jolliot et le Père Marquette reconnurent le Mississi2)i. On pensait toujours qu'il se déchargeait dans le Pacifique. Cavelicr de la Salle décida la question en 1682. Néanmoins, il fallut attendre enore dix-sept ans pour que d'Iberville, trouvant par le golfe du Mexique l'embouchure du fleuve (1699), eut complété les recherches. On voit que les entreprises de cette nature ne ^ont ])as

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toujours couronnées de succès au premier coup.

Il est facile de se figurer l'intérêt qui s'attacha au rapport de Nicolet, lorsqu'il retourna à Québec, et la joie que dût en ressentir Mr. de Charaplain. Le lecteur verra que, bientôt, les informations rapportées par Nicolet, produisirent d'heureux et grands résultats.

*' Feuilletons les annales de la Nouvelle-Angleterre, dit M. Fcrland, et nous y trouverons précieusement conservée l'histoire d'hommes considérés comme remarquables, parce qu'ils osèrent s'avancer les premiers jusqu'à cinquante ou soixante lieues des côtes de la mer. Chez nous, on connaît à peine le nom d'un Français du Canada (Nicolet) qui, dès les premières années de la colonie, avait déjà pénétré bien loin dans les régions inconnues de l'Ouest. Nicolet ne s'amuse pas comme les Anglais de Plymouth et de Boston, à tâtonner autour des établissements européens. S'embarquant sur le frêle canot d'écorce, il remonte les rapides de l'Ottawa, pénètre, au moyen de petites rivières, des lacs et des portages, jusqu'au lac Huron,

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qu'il traverse, et visite une partie du lac des Illinois (aujourd'hui Michigan.) De la Baie- Yerte, où il est environné de tribus remuantes et inconnues, il j^oursuit sa route vers l'Ouest, remonte la rivière aux Kenards, passe, par un portage assez court, à celle du Wisconsin, et vogue enfin sur les eaux qui appartiennent au vaste bassin du Mississipi. Il s'arrête à près de quatre cents lieues du fort de Québec, après avoir réconnu la côte septentrionale du lac Huron, et une partie des pays qui forment les Etats du Michigan et du Wisconsin. Ce voyage et ces découvertes auraient suffi pour former la réputation de cinq ou six traiteurs chez nos voisins."

Si l'expédition de Nicolet ne causa point la même émotion que, plus tard, celle de Jolliet et Marquette, cela ne peut être attribué qu'à la date oii elle a eu lieu. La Nouvel le- France ne comptait encore que Tadoussac, Québec et les Trois-Eivières, en remontant le fleuve. La population de ces postes se composait d'une

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poignée de Français, tous fraîchement débarqués et fort occupés de défricher un coin de terre pour leur subsistance.

D'ailleurs, il faut dire que Xicolet ne fut de retour que dans l'automne de 1635 et qu'il perdit, quelques semaines après, dans la personne de Mr. de Champlain. le principal, sinon le seul homme d'autorité qui fût disposé à poursuivre les travaux de découvertes, si on eu excepte les Jésuites, — mais Xicolet n'était pas au service de ces Pères.

A partir du 0 décembre 1635. j'ai constaté la présence de Xicolet aux Trois-Rivières; jusqu'à pa mort, il a habité ce lieu, qui fut sa seule résidence dans la coh)nie en dehors de l'époque où il avait vécu avec les Sauvages de l'ouest. De 1635 à 1642. il ne s'écarte pas des Trois-Rivières, et V remplit les fonctions d'interprète et de commis de la traite du lieu, pour la compagnie de la Xouvelle-Fi-ance. (1)

1. Dans V Opinion PuUiqut, 6 et 14 novembre 1873, j'ai établi 1 s faits et les dates dont on peut se servir pour suivre Xicolet dans les détails de sa carrière.

Jean Nicolet. 43*7

Le père Le Jeune (163G) après avoir parlé de la charité de Nicolet et de son empressement à se rendre utile aux missionnaires, ajoute. " J'ai quelques mémoires de sa main qui j^ourront paraître un jour touchant les Nipissiriniens avec lesquels il a souvent hiverné et ne s'est retiré que pour mettre son salut en assurance dans l'usage des Sacrements, faute desquels il y a grand risque jwur l'âme parmi les Sauvages."

Ces mémoires sont perdus, ou le Pèi-e Le Jeune les a versés dans les Eelation que luimême et le Père Yimont écrivirent après 1636, car on y trouve de nombreux renseignements sur les pays et les peuples du sud-ouest, ainsi que la déclaration clairement formulée que Nicolet était de tous les Français celui qui avait pénétré le plus loin dans cette direction.

La relation de 1637 dit : " II y a quantité de nations sédentaires voisines desllurons. L'Evangile doit porter là son flambeau." En 1639, elle ajoute " que l'on jette les yeux sur la nation

438 Jean JSlcolet.

Xeutre (1) qui est une maîtresse porte pour les pay rnéridionaux, et la nations des Puants (2) qui est un passage des plus considérables pour les pays occidentaux un peu plus méridionaux (3)."

Il y a dans les relations de 1636 à 1640 plusieurs longs paragraphes à ce sujet. Celle de 1640, écrite par le Père Le Jeune et datée de Québec, le 10 septembre, renferme un chapitre spécial sur les tribus de l'ouest et du sud-ouest. Jean Xicolet et le Père de Brebeuf son continuateur à cet égard ont dû en fournir la matière. Le Père Le Jeune se donne le plaisir d'une petite dissertation sur la possibilité de se rendre par ces pajs jusqu'au Pacifique, C'était, depuis Colomb, le rêve de tout Européen qui s'occupait de ces régions nouvelles. Les deux sonnets de la Franchise et de Lescarbot n'avaient rien perdu de leur actualité.

1. Sauvages de langue huronne, au sud des Hurons. Le Père de Brebeuf passa l'hiver 1640 chez eux

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