LE CANADA EN EUROPE
VAOVA
Un jour que François 1er entendait exprimer pour la centième fois une opinion alors courante, il éprouva un mouvement d'impatience, — et de là est venu la première découverte du Canada.
— Comment ! s'était écrié le monarque, les mers nouvelles ont sillonnées de navires espagnols, les moindres îlots sont foulés par des pieds espagnols ; — reste-t-il des terres quelque part où les blancs ne soient pas encore parvenus, il faut ne pas les toucher, en entendant qu'il plaise aux navigateurs espagnols de les aller découvrir! Cela est par trop fort. Si l'on ne me fait voir l'article du testament d'Adam qui accorde les trois quarts du globe au roi d'Espagne et rien .\ la France, je vais réclamer
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ma part de l'héritage et opérer des découvertes \)onv le compte de ma couronne !
Ainsi parlant, il prescrivit au sieur Cartier de pénétrer dans les passes du nord et de pousser jusqu'à la Chine ou au Japon, — mais on sait qu'il n'alla pas si loin.
Soixante-et-dix ans plus tard le bon roi Henri lY voulut recommencer tout cela. 11 s'y prit mal et laissa de ce côté ici des mers une trentaine de Français très-empêtrés. Sull}' en eut grande joie.
C'est Richelieu qui renoua le fil rompu de ces tentatives. On se remit à découvrir le Canada et à le vouloir peupler. Au bont de quarante ans. la colonie, affamée, oubliée, entourée par les Iroquois, n'en pouvait plus, et le Canada cessait encore une fois d'avoir une place dans la mémoire des hommes. Il restait ici trois mille Français.
Colbert n'avait pas peur des Espagnols, mais il redoutait les Anglais, c'est pourquoi il fit redécouvrir les bords du Saint-Laurent et même un peu le Mississipi. Ces opérations nous mi-
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rent les Yankees .sur les bras. Nous étions dix mille Français ayant place au soleil.
Tant que le castor donna et que l'on réussit à nous l'acheter, pour du papier devant lequel le trésor français ne manquait jamais de faire banqueroute, le Canada fut considéré comme A peu près découvert. Nous étions trente ou quarante mille Français '' francs comme l'épéc du roi." Il y eut des écrivains qui s'occupèrent de notre sort, — les uns dans un bon esprit, les autres tout au contraire.
Cette existence, qui avait des charmes pour les fonctionnaires que l'on nous envoyait de Paris, cessa d'un coup, au lendemain de 1759. Soixante mille Français étaient retombés dans le néant, aux 3'eux de la France ; — mais alors on patenta à Londres d'intrépides découvreurs qui exprimùrent le désir de commencer sur cette terre entièrement nouvelle une colonie de leur fabrique. En Angleterre on les crut, parce que le pays de Canada était désert. Il ne convenait pas de tenir compte des quelques sauvages ni des nombreux Finançais qu'on y avait
trouvés lors de la récente découverte. On alla de ce train quelque temps, puis les affaires d'Europe s'altérèrent terriblement.
Nous arrivâmes à trois, quatre, cinq, six cent milles individus.
La révolution française, les guerres de Bonaparte, les affaires des Indes et de l'Algérie absorbaient tout. La vieille tradition d'oublier le Canada redevint toute puissante. De temps à autre, une clameur de nos Chambres d'Assemblée faisait dresser l'oreille. On allait même jusqu'à se proposer de voir ce qu'étaient devenus les gens partis des Trois-Eojaumes pour le nord de l'Amérique, in that awful cold country ; mais des complications politiques, des guerres, des intérêts " généraux " distrayaient constamment l'Européen de ce soin. Nous at teignîmes huit cent mille âmes françaises, à part deux millions d'Anglais.
La paix arrivée, on ne savait plus au juste
dans quel rhumb de vent se rencontraient nos
" arj^ents de neige." C'est alors que Napoléon