‹ Mélanges d'histoire et de littératureChapitre 18 sur 21 · III. reprit l'œuvre tentée par François I et · texte numérisé non relu

III. reprit l'œuvre tentée par François I et

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DOus envoya la Capricieuse. Cette dernière découverte fit grand Vjruit en Canada, mais pas du tout en France.

Depuis ce moment, il semble que l'Angleterre veuille revenir à ses premiers instincts. Il y a de« journalistes à Ijondres qui ne se trompent plus lorsqu'on leur demande si le Canada fait partie de la colonie du cap de Bonne-Espérance ou de la République Argentine. Il est fort possible que, cette fois, nous ne retombions pas dans l'oubli où, à tour de rôle, la France et l'Angleterre nous ont repoussés si souvent depuis plus de trois siècles. J'aime à croire que la liste des découvreurs du Canada est tout-à-fait close, car nous sommes un million et demi de Français sur cette terre tant de fois perdue et retrouvée.

Reste à éduquer les écrivains des deux grandes nations qui ont envoyé leurs enfants dans nos parages. Puisque la Presse est la quatrième roue du char de l'Etat, il est fort à désirer que nous puissions la voir tourner un peu à notre

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intention. Pour cela, il lui faut revenir de loitt !

Dans un ouvrage qui a été beaucoup ^lu ces dernière années, Mr. G-ustave Aimard s'est donné la peine de révéler l'existence de notre population : " Le Canada, dit-il, compte vingtcinq mille habitants. Il en pourrait contenir le sextuple." Six fois vingt-cinq feraient cent cinquante mille :— c'est la population de la ville de Montréal! On pourrait aussi, par la même occasion, mentionner au moins un million de Canadien-Français groupés dans une seule province, et deux ou trois millions d'Anglais, mais bah !

Un dictionnaire géographique, publié ^en Angleterre, nous informe que le Canada renfermée à peu près sept mille âmes !

Passe pour un Français qui s'embrouille, dira le lecteur, mais les Anglais, qui ont ici leur pavillon, doivent être au fait de tout ce qui nous concerne.

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Avant 1867, il y avait à peine quelques individus en Angleterre qui eussent des renseignements sur notre pays. On ne saurait croire jusqu'où l'ignorance a été poussée par moment.

En 1812, un homme d'Etat anglais proposa d'envoyer une escadre jusqu'au fond de l'Erié, pour balayer le littoral américain de ce lac. Il oubliait tout simplement la chute de Niagara. On le prit cependant au sérieux et des frégates partirent pour cette mission. Afin de ne manquer de rien abord, on les avait muni d'appareils à purifier l'eau de mer. Purifier l'eau des lacs canadiens, et franchir d'un bond le Niagara, deux bourdes qui me paraissent dignes de passer à la postérité la plus reculée.

Dans le même temps, on expédiait d'Angleterre à Montréal des planche^e bois canadien pour les boiseries d'un bureau, — le tout accompagné d'outils tels que maillets, coins, chevalets établis, etc., pour que rien ne manquât aux ouvriers. 11 y aurait un volume à écrire sur les extravagances du commissariat anglais durant cette guerre. On dépensa pendant long-

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temps cinquante mille piastres par jour, dont une bonne partie pour des objets sans usage possible en ce pays, ou pour nous procurer ce que nous possédions en abondance.

Quelques années plus tard, on fit partir une frégate en destination du '' lac Huron dans le Bas-Canada;" le pauvre capitaine ne put jamais se rendre là-bas autrement qu'en canot d'écorce, comme bien on pense.

Il y a six ans une dépêche du bureau colonial de Londres invitait le gouvernement canadien à faire passer directement de Québec à Victoria, dans la Colombie-Anglaise, un envoi d'armes et d'effets militaires, au lieu de les expédier par mer. Le ministre anglais fut bien étonné lorsqu'on l'invita à consulter la carte. Il croyait sans doute que la Colombie se trouve au bout de la banlieue de Québec. S'il en était ainsi, le chemin de fer du Pacifique, que nous nous proposons de construire, serait raccourci de neuf cent lieues.

Les journaux ont raconté la surprise qu'éprouva un immigrant irlandais débarqué à Que-

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bec muni d'une trentaine de livres de beurre, lorsqu'on lui fit voir qu'il pouvait se procurer ici la même denrée dans les prix doux. Le pauvre homme n'en croyait pas ses yeux ; il avait entendu dire tout le contraire dans son pays.

On me répondra peut-être que le moindre personnage de son comté ou de sa ville natale aurait pu le renseigner plus adroitement que de l'induire à emporter une tinette de beurre dans un voyage de quinze cents lieues.

Non pas ! En Angleterre, dans les Trois- Royaumes comme partout ailleurs en Europe, c'est chose excessivement rare qu'un homme tant soit peu renseigné sur le Canada, même parmi les fonctionnaires du gouvernement, parmi les ministres du culte, — même parmi les journalistes ! En maints endroits vous ne trouverez pas un individu qui nous connaisse seulement de nom. N'a-t-on pas vu paraître, il y a six ans, un livre, un traité de philologie, signé d'un nom célèbre dans les universités britanniques, un livre où se lit le passage

suivant: " Le mot Canaan^ familier à tous ceux qui lisent la Bible, a été dénaturé par les savauts du continent (d'Europe) qui font précéder leurs études de la langue des peuples de cette contrée j^ar un récit abrégé de la prétendue découverte de ces mêmes peuples, ïl ajoutent que le découvreur en question fut un Français, un nommé Cartier, et que ce pays n'est plus connu que comme le Canada, Cette corrujjtion d'un nom aussi souvent cité dans l'histoire Sainte, est au moins étrange ! "

Hé ! brave homme de savant, vous avez du mérite, je le crois bien, mais votre imagination et votre ignorance sont de nature à vous mettre en brouille avec vos meilleurs amis. Le Daily Wittness, de Montréal, n'a pu y tenir, il vous a renvoyé en la terre de^ Canaan avec sa botte la la plus solide.

Qu'attendre de la masse du peuple, lorsque les sommités de la science et de la littérature en savent aussi long ! Il nous viendra encore des tinettes de beurre à travers l'océan.

A propos du nom de notre pays^ u existe une

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autre version. Ce serait Kannata, mot iroquois qui signifie : ''Amas de cabanes." Un auteur anglais ayant rencontré cette traduction, s'est empressé de la rendre en sa langue, et il ajoute : " l'étymologie de ce nom est bien propre à inspirer le patriotisme des Canadiens, car est-il rien de plus beau que ce nom de Canada qu'on ne peut prononcer sans éveiller le sentiment du foyer domestique?..." Le malheureux avait pris amas pour amour, et traduit en conséquence : Love of cahins. Amour de cabanes !

Yoici un trait qui se rapproche assez du premier. Il servira à montrer combien cette ignorance est générale :

" Eien de plus étrange, me raconte le révérend Père X, rien de plus étrange que la manière dont je fis connaissance avec le nom du Canada. J'avais été destiné aux missions et j'attendais qu'on me désignât le pays vers lequel j'avais à me diriger. Lorsque la notification de départ me parvint, je fus fort intrigué d'y lire le mot " Canada." C'était pour moi un profond mystère. Je me rendis

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sans retard chez un ancien de notre communauté à qui je confiai mon embarras. Celui-ci me dit après un moment de réflexion : ce doit être une erreur, — on a voulu écrire "Cana", cependant, comme c'est vers la Terre-Sainte et que je ne connais aucune de nos missions de ce côté, vous feriez mieux de vous enquérir. Pour ce qui est de " Canada ", cela ne signiûe rien. J'étais assez perplexe, ajoute le Père ; je trouvai enfin quelqu'un qui me dit vaguement qu'il existait un pays de ce nom, mais où était-il situé ? c'était plus que l'on ne savait. Bref, je ne l'appris que de la bouche de notre supérieur, et encore sans trop d'explications sur la nature de la contrée. Du moment que c'était en Amérique, tout était bien, et je me mis en route, rêvant de cocotiers, de bananes, de palmiers, de singes, de perroquets, de crocodiles et d'orangers fleuris en plein janvier. Jugez de ma déception, lorsque je touchai terre... sur dix pouces de neige ! "

Au moins, mon révérend Père, chez vous l'on ne faisait point profession d'enseigner ces

choses-là, comme notre savant de tout à l'heure, et vous n'êtes point sans avoir fait savoir à nombre de vos compatriotes, depuis que vous êtes ici, ce que nous sommes et comment nous vivons, mais soyez certain que le monsieur en question ne se donnera point la peine d'y venir voir; il est trop content de son livre et trop occupé des nouvelles éditions qu'il en pourrait faire, sans les corriger. Et puis, d'alleurs, s'il y venait nous le verrions commettre des exploits dans le genre de ce qui suit :

Il y a une série de gravures, faites en Angleterre, qui représentent des scènes de chasse et de pêche canadiennes. L'une d'elles nous montre deux sportsmen placés dans un canot d'écorce, assez bien imité d'ailleurs; l'un de ces braves est carrément assis sur le rebord du canot. Eien ne nous explique comment ils font pour ne pas chavii-er, attendu qu'un canot d'écorce est aussi solide sur l'eau qu'une plume au vent.

Peut-être sont-ce là les touristes qui ont vu le pont Victoria, " construction colossale dont

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une extrémité repose sur le rivage de Sarnia et l'autre aboutit à Portland dans l'Etat du Maine." (1) Ou bien encore, ce sont ceux qui ont signalé le grand commerce d'exportation de laines qui se fait à Tadoussac, le lieu le plus aride et le moins peuplé du Canada.

Pour ce qui est de Chicago, capitale du Canada; des serpents-sonnettes qui se rencontrent sur la montagne de Montréal ; des pluies de longue durée qui rendent le séjour du Canada maussade, et autres nouveautés de cette espèce, la nomenclature en est longue et ne vaut pas la peine d'être lue.

L'île Sainte-Hélène, dit un voyageur qui visitait Montréal, rappelle la mémoire de Napoléon par le nom qu'elle porte, par le pic aride qui s'élève au milieu, et les ravins sauvages creusés dans ses flancs.

L'île est un bocage des plus jolis. Le pic aride n'est qu'un monticule verdoj^int aussi coquet que pas un des mamelons du Bois de Boulogne près Paris. Le nom de St. Hélène,

(1) Distance de Paris à Marseille.

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lui vient de la femme de Charaplain, laquelle mourut il y a deux siècles et plus, sans avoir entendu parler de Napoléon.

Si vous allez en France, ami lecteur, et que vous ayez à mettre une ' lettre à la poste, adressée à votre cousine qui demeure à Québec, le commis vous priera poliment de lui dire si elle doit être expédiée par la malle de Panama ou par la voie du cap Horn.

Vous rencontrerez partout des gens qui ont lu plus ou moins de choses sur votre pays et qui penseront v.ous le prouver en s'écriant: *' Tiens ! vous êtes Canadien ! vous voulez nou3 en imposer ; pourquoi n'êtes-vous pas venu avec votre costume?" Alors, si le cœur vous en dit, vous avez carte blanche, n'arrez vos hauts faits dans les combats soutenus sur les bords du Saint-Laurent, contre des hordes féroces, mêlant Québec avec Pembina, la Colombie-Britannique avec la Pointe-Levis, nos lois criminelles avec le code iroquois. Tout cela est dans l'ordre dos que l'on parle du Canada.

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Un Canadien qui s'embarquait au Havre pour revenir au pays, lia momentanément connaissance avec un employé chargé par quatre ou cinq maisons de commerce, de surveiller l'expédition d'une centaine de ballots destinés au Canada. Apprenant d'où venait et où s'en retournait le voyageur, l'employé se montra tout de suite disposé à parler de cette lointaine contrée.

— Le Canada ! ah, monsieur ! c'est un rude pays que celui-là ! De la neige, hein ! quatre pieds, six, et parfois davantage. Avec ça un froid de trente-six mille loups, n'est-ce pas ? On connaît ça !

— Je vois que vous y êtes allé...

— Non pas ! Je vous demande pardon. Saperlotte, vous n'y pensez pas ! Il faut avoir été pris jeune... j'ai cependant un ami qui en revient.

— Alors, vous savez ce qui en est, c'est tout comme si vous y aviez passé douze mois de calendrier.

— Je le crois bien ! Figurez-vous que mon

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ami a été cinq mois sans voir de visages blancs autres que les personnes du poste de traite où il séjournait.

— Bigre ! et où donc ça, s'il vous plait !

— Ah ! voilà : c'est un nom anglais, qui m'échappe par conséquent, mais il y a le fleuve MaKinsie.

— Parfaitement, le fleuve MacKenzie c'est comme si vous me parliez d'un faubourg de Paris qui se trouverait à sept cents lieues du dôme des Invalides...

— Allons donc !

— Mais oui, s'il vous plait. Et du reste avezvous réfléchi à quoi ou à qui pouvait servir le contenu des ballots que vous embarquez en ce moment? Yous nous expédiez des étoffes de prix, des fleurs artificielles, des rubans, des soiries, des planche de modes, des livres, de la musique, des tapis, des draps fins, des faux cheveux, des bijouteries... pour les ours blancs ou les renards argentés ? Convenez que les deux bouts de votre géographie ne se joignent pas.

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En Angleterre et en France un livre qui parle du Canada est presque invariablement entaché de travers d'imagination.

Xlnjcrlvain dont le nom m!échappe, a vu, à Montréal les Anglais habitant un côté de la rue et les Cahadiens-Français l'autre côté! Il a remarqué aussi que les Canadiens-Français épousent généralement des Sauvagesses, mais il ne dit point d'où elles peuvent venir. De la Patagonie, probablement.

Pour le lecteur européen, il résulte de ces étranges narrations que tout notre pays est encore à l'état sauvage et que l'on n'y rencontre ça et là que des comptoirs de traite, oii les pelleteries et la morue se disputent la préséance. Longtemps, nous avons enduré ces piqûres d'épingle, avec l'espoir que les communications se multipliant entre l'Europe et l'Amérique, on mettrait un terme à ces inconvenances,—mais rien n'y fait,— on croirait au contraire que le mal va empirant, pour

fournir de la pâture à la petite presse des grandes villes d'Europe.

Nous ne le savons que trop, l'imagination des peuples de l'ancien monde a été nourrie d'un seul et même enseignement à notre sujet : nous habitons une contrée barbare, aride, inabordable et nous valons tout juste un peu mieux que les Sauvages au milieu desquels nous sommes disséminés. Yoilà ce qui a été imaginé et ce que l'on croit. Hors de là, point d'explication à tenter. Depuis l'époque oii les Espagnols, dit-on, ayant abordé dans le golfe Saint-Laurent, à la recherche des mines d'or, s'en retournèrent désappointés en murmurant Aca nada, — " rien ici, " — les curieux d'outre-mer se sont amusés à répéter ce refrain, qui honore }eur clairvoyance : rien ici. Rien, c'estrà-dire si peu que rien. Notre bilan est fait et déposé.

Malte-Brun écrivait en 1817 : " La civilisation naissante semble encore une plante étrangère dans le Canada." Qu'est-ce que le cher homme en connaissait ? Rien du tout, évidemment ; cette phrase le prouve. Cette

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singulièi-e idée de vouloir nous assimiler aux Sauvages provient uniquement de l'ignorance : <' j'ignore ce qu'est et ce que fut le Canada j par conséquent c'est un pays non encore civilisé." Tel est le raisonnement que certains écrivains font à leur propre insu. De là à nous envoyer des découvreurs, il n'y a qu'un pas,

Nous autres, peuples de naissance américaine, nous savons combien les Européens sont riches en préjugés. Cette maladie les pousse tantôt à des dénigrements bouffons, tantôt à admirer des choses qui sont ridicules et sans valeur. A force d'agir d'après des idées préconçues on ne tient plus compte des faits, que dis-je ? on ne prend pas même la peine de savoir s'il existe des foits,

Mr. Morin vient de raconter que les universités américaines sont les pépinières où se recrutent les prêtres du Canada, et que nos voisins envoyent des religieuses jusque dans le nord-ouest. Comme cet auteur sera chagrin, «'il apprend jamais qu'il fallait dire tout autrement I C'est nous qui fournissons des prêtres,

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des missionnaires, des religieuse aux Etats- Unis et aux territoires du nord-ouest. Les Canadiens-Français sont partout sur ce continent à l'avant-garde de la civilisation. A nombre égal il n'existe peut-être aucun groupe de la famille humaine qui possède une aussi forte mesure d'instruction que notre peuple. De là vient que les pays avoisinants tirent de chez nous un si grand nombre de prêtres et de religieuses, au lieu de nous en fournir.

Mr. Kameau, Tun des rares amis que nous comptons en Europe nous répète que notre souvenir est perdu en France " non seulement il y a trop peu de gens ici qui s'intéressent à notre vieille colonie, mais il faut même avouer que le nombre des gens qui la connaissent est encore plus restreint qu'il ne serait raisonnable de le supposer."

Aussi, comme le Figaro, de Paris, était bien dans son rôle, l'autre jour, lorsqu'il annonçait à la France étonnée que " Mademoiselle Emma Lajeunesse (VAlbani) est d'origine fi-ançaise, quoiqiLe née à Montréal."

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Ce quoique est à croquer. Est-ce que M. de Villemessant nous prendrait, lui aussi, pour des Sioux ? lui le champion du fils des rois de France que nous avons si bien servis !

— Tiens ! dira le lecteur du Figaro, elle est née au Canada. En effet, nous avons des compatriotes en ce pays-là.

— Pardon, peut-être autrefois, dira un second lecteur plus attentif. Voyez la phrase, il y a : quoique née à Montréal.

— C'est vrai ! J'eusse dû y songer. Il ne doit plus y avoir par là que des Sauvagets et des comptoirs anglais.

Ce n'est pas tout pour quelques écrivains que d'ignorer le premier mot des choses dont ils parlent, il faut encore qu'une fois mis en face de la preuve contraire, ils inventent des contes à dormir debout, uniquement pour satisfaire la curiosité des lecteurs qu'ils ont formés à leur image, c'est-à-dire ignorants et brouillés avec le sens-commun. Admirons M, Pavie qui, après

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avoir passé près du "fort Berthier ou Sorel " (1) veut nous faire croire que des Canadiens naïfs lui ont demandé " si France Qiii une ville plus belle que Québec, et si la route la plus courte pour aller à Eome n'est pas de passer aux Illinois et à Mexico." Que dirait Mr. Pavie s'il savait que la moitié de nos hommes du peuple connaissent par cœur la carte de l'Amérique et qu'ils en savent plus long sur la France que la plupart des professeurs de l'ancien monde no pourraient en dire au sujet de n'importe quelle contrée éloignée.

Le plus hardi de toute cette engeance est Mr. Oscar Commettant. Il affirme avoir parlé (en 1860) à des paysans canadiens qui lui ont de- I mande avec intérêt des nouvelle du roi Louis XIY et de madame de Maintenon et qui ont témoigné beaucoup d'attendrissement en ap- 1 prenant qu'ils étaient mort l'un et l'autre.

Ah ! Mr. Emile Chevalier, vous que le Siècle proclame " une autorité en matières améri-

1. Ce sont deux villes situées à deux lieues l'une de l'autre, étant séparées par les îles du lac Saint-Pierre,

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caines," que vous avez dû être bien aise, si vous avez lu ce passage, en tout point digne de vos impayables romans canadiens !

Autre absurdité, signée, celle-ci, d'un beau nom littéraire. " Rest^ fidèle à la France, le paysan canadien n'a point pardonné à la politique de ce temps (le règne de Louis XY,) et, personnifiant dans un mot cette politique désastreuse, accuse encore aujourd'hui la Pompadour."

Nos paysans n'accusent la Pompadour, ni ne regrettent madame de Maintenon, attendu qu'ils ne les connaissent d'Adam ni d'Eve. Ils sont, en cela, aussi savants que ce journaliste parisien qui se trouva incapable de comprendre la réponse à lui faite par l'honorable J. E. Turcotte.

— De quel département êtes-vous, Monsieur Turcotte ?

— Je suis d'une province que madame de Pompadour a biffée de la carte de France...

Mr. Antony Trolloppe a écrit, il y a une vingtaine d'années : " A Montréal et à Québec,

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les Canadiens-français sont tous porteurs d'eau ou scieurs de bois."

Un autre écrivain anglais qui avait vu une servante rousse dans une auberge du Havre, ne disait-il pas qu'en France toutes les servantes étaient rousses !

[N'ouï; avons vu des voyageurs, passant à travers le Canada, par occasion, écrire à leurs amis d'Europe des ineffabilités, comme de prendre une piste de raquette pour celle d'un animal aux proportions gigantesques, ou de parler des orignaux que l'on tue en abondance sur le Saint- Laurent entre Québec et Montréal.

Mr. Napoléon Bourassa étant à Rome, vit son l.ôte entrer un matin dans sa chambre, la figure . ayonnante déplaisir:

— Je viens, monsieur, vous annoncer une bonne nouvelle.

— Tant mieux, tant mieux ! dit Mr. Bourassa, (•e quoi s'agit-il ?

— Xous avons, depuis hier soir, un de vos (^ompatriotes.

— Ici même ?

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— Oui monsieur ; je l'ai mis en face de vous, au numéro 30.

— Bien obligé de l'intention, je cours le voir.

Et Mr. Bourassa se hâte d'aller frapper au numéro 30. Une voix répond de l'intérieur, il pousse la porte et se trouve en présence... d'un Mexicain !

L'Européen vend des marchandises à tous les pays, mais il ne connaît pas la géographie.

L'Anglais a des flottes dans toute les mers du globe, mais il ne connaît pas la géographie.

Le Français vend ses livres jusqu'aux antipodes, mais il ne connaît pas la géographie.

L'Italien se faradase, mais il ne connaît pas la géographie.

L'Espagnol a découvert la moitié de l'univers, mais il ne connaît pas la géographie.

L'Allemand réclame toute terre que foule un pied Teuton, mais il ne connaît que la géographie de l'Europe, laquelle il travaille à refaire pour son compte.

Cependant, il arrive, ça et là, que l'on nous *' découvre " encore, et que l'on s'en vante.

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Nous avons vn passer au milieu de nous, en gants beurre frais, le lorgnon à l'œil, la badine au bout des doigts, la jambes mince et leste, quelques jouvenceaux des coulisses du théâtre ou du journalisme parisien, occupés à nous étudier. Ces étonnants produit du terroir où fleurit le cancan, voient ici des choses neuves ; ils font des Canadiens-Français une race de nains, à la peau noirâtre, en proie à des maladies fiévreuses, — une classe de crétins, — tandis qu'à leurs yeux les Anglais, les Ecossais, les Irlandais qui nous entourent sont des hommes d'une taille superbe, au teint clair et animé, jouissant d'une santé de fer de Hull, et pardessus tout intelligents en diable (1). Comme c'est agréable pour nous de lire des drôleries de cette espèce, écrites par des célébrités de la presse de France ! Il y a toujours à point des revues et vingt journaux pour faire l'éloge du voyageur, — ^j'allais dire découvreur. Je me demande lequel des deux est dégénéré ou du colon canadien (qui

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