Nahum
son empire n'égale celui de son émule; et cependant l'étendue de Babylone, au jour de sa gloire, dépasse celle de la capitale assyrienne. Comme elle, elle se compose de plusieurs centres de population, d’abord indépendants : Borsippa, Cutha, Dora autour de Babil, puis réunis par Nabuchodonosor dans une même enceinte que décrivent les inscriptions de ce roi, et plus tard Hérodote (1, 178 et 155). Avec ces données, M. Oppert en a suivisur le terrain même le tracé, et voici la conclusion de ses laborieuses recherches ! : « Le grand mur de Babylone renfermait donc un espace de 513 kilomètres carrés, c’est-à-dire un territoire grand comme le département de la Seine et quinze fois l’étendue de la ville de Paris en 1859, sept fois celle de la même capitale en 1860 (enceinte fortifiée). Le second mur entourait un aréal de 290 kilomètres carrés, beaucoup plus grand que la ville de Londres. Dans cet espace. les habitations ne s’entassaient pas comme dans nos villes modernes; 1l y avait de larges places libres et cultivées, au dire d'Hérodote. Il en était de même à Ninive, « la grande cité, » où, d’après Jonas (ur, 7; 1v, 11) se trouvaient de nombreux troupeaux de gros et pe-
1. Il en donne tout au long les résultats dans l'ouvrage déjà cité : Expéd. en Mésop., ch. vu, où il commence par nous dire : « C’est par trois mille observations successives, et la résolution de mille
triangles trigonométriques que j'ai pu réussir à établir la première esquisse de la carte de Babylone au mois de novembre 1853. » .
tit bétail, Les parties qui la composaient, quoique n'étant pas reliées par une circonvallation unique, périrent avec la cité royale — ce qui montre bien leur solidarité — et disparurent toutes dans une mème ruine sans laisser leur nom à leur emplacement.
Cette heure n'était pas encore venue quand un siècle et demi auparavant Jonas reçut sa mission. Ninive avait à remplir, dans les desseins de Dieu, un rôle considérable comme instrument de sa justice et aussi comme objet de sa miséricorde. Ce n’est pas pour satisfaire la curiosité des lecteurs que le livre de Jonas insiste sur les dimensions de la ville « grande pour ’Elohim » ; la conclusion du récit explique la portée ! de ces derniers mots tombés de notre traduction latine. L'étendue de Ninive, son immense population, tel est le motif qui attire sur elle la miséricorde de Dieu. Quand Jonas s’afflige sur le pardon accordé, puis sur le ricin desséché, Dieu lui dit : « Toi, tu as pitié du ricin, pour lequel tu n’a pas travaillé et que tu n'as pas élevé, parce que fils ? d’une nuit il a été et fils d’une nuit il a péri, eé mor ne devais-je pas avoir pitié de Ni-
1. Parmi les anciens interprètes, Théodoret l'a bien comprise : « grande pour Dieu, car Dieu tenait beaucoup au salut de cette ville, comme ayant formé en elle beaucoup d'hommes. »
2. La trad. lat. : sub una nocte nala est el sub una nocte perit, rend bien le sens, mais non la saveur de cet hébraïsme.
.* Sr AR .
nive, la grande cité, où 1l y a plus de douze myriades d'hommes, qui ne savent pas distinguer entre leur droite et leur gauche, et de plus une multitude
d'animaux! » (iv, 40-11). Le miracle du poisson,
autour duquel incrédules et apologistes livrent surtout bataille, a trop fait oublier ces magnifiques paroles de la fin, qui ouvrent un large horizon sur la Providence de Dieu au milieu du monde païen, en dehors du peuple élu : paroles consolantes aussi pour ces grandes agglomérations d'hommes où les ténèbres morales semblent s’accumuler et s’épaissir; les rayons de la divine miséricorde les pénètrent plus souvent peut-être que ne le pensent les prophètes de Dieu qui s’étonnent des délais accordés, s’indignent ou se découragent. Nul ne songera à s’en affliger, comme autrefois Jonas; mais on reconnaîtra plutôt, sous la forme simple et naïve de l’ancien livre hébreu, l'esprit de Celui qui, souvent ému à la vue des foules, s’est écrié : Misereor super turbam.