‹ Mélanges d'histoire et de littérature religieuseChapitre 69 sur 109 · Zet II Cor. passim — Rom. XV et cf. Act. XXIV · texte numérisé non relu

Zet II Cor. passim — Rom. XV et cf. Act. XXIV

2. Cette considération est non avenue pour ceux qui rejettent l'authenticité de la ZI Petri; nous croyons devoir la signaler, bien que nous ne puissions entreprendre ici la défense de cette Épitre.

contemporain des Apôtres !, nous les montrent unis dans une même vénération auprès des Églises. Ce n’est qu’à la fin du second siècle, au début du troisième, que des hérétiques, rejetons des judaïsants du premier siècle, ennemis comme tels des doctrines si bien défendues par saint Paul et continuant ainsi les procédés de leurs aînés, ont voulu dans leurs écrits les représenter comme opposé aux autres Apôtres, et c’est ce témoignage tardif, isolé, intéressé, qu’on ferait prévaloir contre le témoignage unanime des grandes Églises !

Il est bon de dire un mot d'un troisième personnage qui ne figure pas, il est vrai, au premier plan dans le récit de saint Paul, mais qui s’y trouve mentionné et d’une facon dont on s’est servi contre sa mémoire. « Avant que certains ne fussent venus d’auprès de, Jacques, il (Pierre) mangeait avec les Gentils : #od roû yo éX0eïv rive amd ‘[oxwéov, pero rüv Edvüy ouvoluev (Gal. II, 12). On traduit : « Avant que ne fussent venus des émissaires de Jacques?, » et on conclut que les judaï-

1. Ep. ad Cor. n° 5. — L'Épitre de saint Ignace d’Antioche aux Romains (n° 4), écrite au début du ne siècle, sous Trajan, ne le montre pas moins.

2. C'est par méprise qu'Origène (c. Cels. IT, 1) fait intervenir directement Jacques : .… nai ëv tr moùs l'akdtoc éntotoXÿ Iladdoc éppaive 6tt Iétpoc tr poboumevos Tods ’Jovdaious Tavcdmevos ToÙ pet Tüv Ébvév ouvechierv É)Bôyros ’Iaxw6ou mpôs aûtov. — La méprise

sants qui intimident Pierre sont des envoyés de Jacques, qu'ils agissent à son instigation et que Jacques au moins, sinon Pierre, apparaît comme un adversaire déclaré de Paul.

L'attitude de saint Jacques par rapport aux observances légales, mérite d’être étudiée; mais, puisqu'on l’oppose à celle de saint Paul, il vaut mieux, avant d'entreprendre cette étude, se faire une idée exacte de la conduite personnelle de ce dernier, qui sert de terme de comparaison et qui est d’ailleurs mieux éclairée par les documents: nous verrons plus facilement ensuite en quoi diffèrent les deux personnages et à quoi tient cette différence. Cependant, ne laissons pas en arrière ‘un texte qui se rattache si étroitement au récit de l'incident d’Antioche et examinons-en la vraie portée. Non seulement on en force la traduction, mais encore on tire une conclusion qu'il ne renferme pas. |

On force la traduction : £A0eïy xd ‘Taxwéos ne signifie pas nécessairement : venir envoyé par Jacques. Rien dans le contexte ne ramène à ce sens particulier. La traduction naturelle « venir d'auprès de Jacques » n'implique pas que ces

vient de la lecon défectueuse, quoique très ancienne : ôte dë 7Aûev (au lieu de ôte dè n)0ov. Gal. Il, 12); on la trouve dans le Valicanus, le Sinailicus, le Claromontanus grec et latin. — Origène par une faute manifeste, a supposé pour 6e le sujet Téxw6oc.

gens étaient envoyés par lui. Cette expression montre sans doute qu'ils avaient d’étroites relations avec Jacques, qu'ils venaient de l'endroit où il résidait habituellement, c'est-à-dire de l'Église de Jérusalem, voire même par induction qu'ils étaient de son entourage, mais par elle-même! elle ne dit pas davantage.

On tire une conclusion que ne renferme pas le texte même traduit dans le sens particulier « envoyé par Jacques. » Des interprètes grecs (OEcumenius, Théophylacte)*? ont accepté cette traduction sans y voir nullement la conclusion qu’on y cherche. Admettons en effet que Jacques ait envoyé à Antioche ces personnages, qu'il leur ait au moins donné une lettre de recommandation; admettons que le texte le dise; mais il ne dit pas quelle mission ils avaient reçue; il ne suppose d'aucune façon qu'ils étaient envoyés précisément

1. Conformément à sa signification première, l'éloignement de, la séparation de, (cf. Curtius, Gram. grecq. à 452, trad. fr. 1884; Koch, Gram. grecq. ? 87, trad. fr. 1887), la prép. &rd est ainsi employée pour indiquer le lieu d'où l'on vient, en d’autres pas- : sages du N. T. par ex. Act. XV, 1. Kai vives xae)0ôvres amd Tac ’Jovèatas… est-il dit en parlant des Juifs qui allèrent de Jérusalem à Antioche pour enseigner la nécessité de la circoncision; mais, bien que partis de l’Église-mère, ils n'avaient recu aucun mandat, comme le disent les Anciens dans leur lettre : wvëc &ë Au@v éfe)0ovtec étapaéuv duâac.., où; où dectethiuelæ. (AC. XV, 24).

2. Parmi les modernes, Estius la donne à côté de l'autre comme possible. Drach l’accepte sans hésiter.

3. Comme s’en prévalaient certains à Corinthe (7 Cor. II, 1).

pour épier Pierre ou qu’en lintimidant ils agissaient à l’instigation de Jacques. Pour y voir cela, il faut encore ici lire entre les hgnes. Qu'ils aient reçu mission d’aller à Antioche, cela peut indiquer qu'ils étaient des personnages considérables et expliquer la timidité de Pierre à leur égard. Supposons encore — bien que le texte ne l’insinue même pas — qu'ils se soient réclamés de l’autorité de Jacques. N’arrive-t-il pas souvent que des inférieurs, pour défendre leurs opinions personnelles, mettent en avant des noms respectés sans y être nullement autorisés? C’est même, nous le savons, le procédé ordinaire des judaïsants contre saint Paul : ils mettent à couvert leurs sentiments contre lui sous le patronage des grands Apôtresf. Nous avons cité les paroles des Anciens de Jérusalem qui désavouent ceux qui sont allés troubler les chrétiens d’Antioche. Saint Paul lui-même n'aura-t-1l pas à réprouver un parti qui s’abrite de son nom pour fomenter des divisions à Corinthe et tirer des conclusions outrées de sa doctrine ??

Saint Jacques n’est donc pas engagé dans la démarche par laquelle des gens de son entourage, venus à Antioche, peut-être avec une mission, intimidèrent saint Pierre; par lui-même le texte

1. tTév dmepAiav à@roctéwy (11 Cor. XI, 5; XII, 11). 2. 1 Cor. 1, 12 sqq. — VI, 12 sqq.

en question ne nous apprend rien sur la conduite et les sentiments de saint Jacques et n'implique aucune intervention de sa part dans l'incident d'Antioche. Pierre et Paul restent seuls en présence, et nous avons vu à quelles proportions, examiné de près sur le témoignage de saint Paul, se réduit ce débat si grossi par des critiques; on ne devrait pas même dire débat, différend; il n’y a pas trace de discussions dans le récit de l'Épître; c’est une divergence de vues dans lapplication d’un principe; c'est une fausse démarche, si bien définie par l'expression pittoresque ox éooreèoüa, démarche qui cherche à se cacher plutôt qu'à s'afficher. Elle est peut-être l'indice que, dans l'esprit de l’apôtre de la circoncision, il y a encore, sur la conduite à tenir vis-à-vis de l’Église des incirconcis, quelques hésitations, des vues moins arrêtées que chez l'Apôtre des Gentils, si abondamment éclairé sur sa mission spéciale. L'incident d’Antioche, ne cessons de le redire, prouve l'existence d’un parti judaïsant dans l’Église, d’un parti puissant, intrigant, qui intimide parfois les Apôtres — cela, personne ne le nie, ne peut le nier, — mais il ne prouve en rien que Pierre et Paul aient jamais été les chefs respectifs de pareils partis et qu'ils se soient rencontrés, comme tels, à Antioche.

VIIT

Si on ne lit que les Épitres où saint Paul se propose de combattre l'erreur judaïsante, on est exposé à le prendre pour un adversaire de la Loi; mais, si à ces écrits où la polémique l'amène à revendiquer hautement l’affranchissement vis-àvis de la Loi, on ajoute certaines données des Actes dans le récit de sa vie; si on éclaire cellesci par maints passages des Épitres, qui ont avec elles d’étroits rapports, on se fait une idée plus adéquate de la conduite et des sentiments de saint Paul à l'égard des observances légales?

Les Actes, en effet, tantôt d’une facon incidente et tantôt avec plus d’insistance, ont rappelé quelques circonstances où il juge bon de se conformer à la Loi. Ainsi au début de son deuxième voyage apostolique, par conséquent après la réunion de Jérusalem etaussi selon toute probabilité peu après la rencontre d’Antioche, il fait circoncire Timothée, né d’une mère juive mais d’un père païen!. Ailleurs, on le voit célébrer les fêtes juives, celle des Azymes ou la Pâque à Philippes (Act. XX, 6) et

1. On cite encore Act. XVIII, 18; mais le texte attribue le vœu à Aquila, l'hôte et le compagnon de saint Paul, plutôt qu'à l'Apôtre. Cependant le passage montre que saint Paul laissait à ses compatriotes croyants la liberté de se conformer aux rites juifs.

la Pentecôte pour laquelle il veut se rendre à Jérusalem (Act. XX, 16); quand il arrive en cette ville, sur le conseil de saint Jacques et des Anciens, non seulement il fait les dépenses pour les sacrifices de plusieurs naziréens, mais il se soumet luimême à ce vœu, pour prouver aux fidèles de Jérusalem que, loin de pousser les Juifs de la dispersion à apostasier Moïse, 1l est toujourslui-même respectueux de la Loi de ses pères (Act. XX, 20-96).

Au lieu de tenir compte de ces faits pour apprécier Îles vrais sentiments de Paul, on trouve plus simple de les mettre de côté, en rejetant encore ici le témoignage des Actes comme contredits par les déclarations où saint Paul, dans les Épitres proclame sa liberté par rapport à la Loi, en particulier par celles où il affirme qu'il a refusé d’accepier la circoncision de Tite (Gal. II, 3), où il condamne même la pratique de la circoncision : « Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien... » (Gal. V, 2). De même, dit-on, que l’auteur des Actes donne aux discours de Pierre et de Jacques un tour tout paulinien dans la réunion de Jérusalem, de même dans la suite de son récit il fait agir Paul à la manière de Jacques et de Pierre pour amener ainsi la conciliation.

Il est vrai que, dans ses Épitres, saint Paul n’a pas eu occasion de rapporter directement les faits que nous venons de citer d’après les Actes, ni même

des faits analogues, mais on y trouve précisément les principes qui justifient pareille conduite. Elle n'est donc pas antipaulinienne, et le simple exposé de ces principes nous servira à la fois à défendre le témoignage des Actes et expliquer l'attitude de saint Paul. Quant aux déclarations contradictoires objectées, qu’on les replace dans le contexte d’où on les détache d’une façon arbitraire, au milieu des circonstances où elles sont prononcées et en présence des adversaires auxquels elles s’adressent et l’on verra que jamais elles ne visent et ne condamnent la Loi elle-même ou les Juifs fidèles qui la pratiquent simplement, mais seulement ceux qui veulent l’imposer, ceux qui en font une - condition de salut ou y cherchent une situation privilégiée, ceux enfin qui par elle introduisent un principe de division et de distinction entre races dans l’Église. Quoi d'étonnant si, en vue de tels adversaires et en s'adressant à des Gentils qui se laissent entrainer par eux et soumettre aux observances légales, saint Paul parle en des termes d’une vivacité extrême de la servitude de la Loi, s'il va jusqu'à considérer cette servitude comme un retour à un état religieux inférieur analogue à celui d’où les Gentils étaient sortis par leur conversion !, s'il met tant en avant l'’affran-

RAGGA LAIN,9: V,1.

chissement et la liberté conférés par le Christ à ceux-là même qui, parleur naissance, étaient sous

la dépendance de la Loi!, si enfin sous le voile

de l’allégorie il applique à l'alliance qui vient du mont Sinaï et qui engendre des fils pour l’eselavage, les paroles de renvoi adressées à la servante Agar?? Avant tout, ce qu'il veut montrer, c'est l'impuissance de la Loi pour le salut, mais cela ne l'empêche pas de lui rendre hommage, de reconnaître son origine et son caractère divin, les services rendus, son rôle avant la venue de la Foi : elle a été le pédagogue qui mène au Christ 5. Si parfois, comme dans la [°° aux Thessaloniciens, 1la dedures paroles contre les Juifs non croyants#, c'est à cause des persécutions dont il est l’objet de leur part et des entraves qu’ils mettent à sa prédication; mais dans la même Épitre il n’a que des éloges pour les églises de Judée’, qui demeuraient cependant fidèles à la Loi. Il ne méconnait pas la place singulière que tient le peuple juif dans le plan de Dieu, les avantages que son élection lui à valus Ÿ;

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