‹ Mélanges d'histoire et de littérature religieuseChapitre 73 sur 109 · Gal, VI, 15 : t@ %avév: TouTw ctoryeiy · texte numérisé non relu

Gal, VI, 15 : t@ %avév: TouTw ctoryeiy

sion, mais la nouvelle créature. » Donc s’il parle des Apôtres ou de leurs Églises en des termes qui supposent son union effective avec eux, c'est qu'il Juge que leur enseignement n’est pas contraire au sien sur ce point, pour si attachés qu'ils demeurent à la Loi dans la pratique; et certes nous ne pou- .vons mieux faire que de nous en tenir au jugement de saint Paul, en l'absence d’autre témoi- gnage direct. ; Nous ne pouvons, en effet, faute de documents, | entreprendre une enquête particulière sur la conduite et les sentiments de chacun des Apôtres; les souvenirs recueillis sur eux n'ont été mis par écrit, presque tous, qu'à une époque tardive: ils nous arrivent la plupart défigurés à travers la légende, souvent dans des livres apocryphes, parfois même hérétiques. Les trois Apôtres dont il nous reste des écrits importants, capables de nous révéler leurs idées personnelles, sont précisément ceux avec lesquels saint Paul constate son accord : Jacques, “erre et Jean !; c’est au plus fort de sa lutte avec

1. Nous laissons de côté saint Jude el son épitre, trop courte Dur nous fournir quelques renseignements sur la question prénie. Il n’y à pas trace de doctrine judaïsante dans l'épître. On le inge Sans preuve parmi les adversaires de saint Paul, à moins que | ne Soit parce qu'au début il se dit : « frère de Jacques, » ou rce qu'il allègue la prophétie de Hénoch. — Mais la vénération ur un patriarche n’est pas un caractère spécifiquement judaini; et son hypothétique hostilité envers Paul est subordonnée à ÿpothétique hostilité de Jacques. Si celle-ci n'existe pas, comme

les judaïsants, dans l’Épitre aux Galates, six ou sept ans après l'événement, qu'il parle de cet ac-. cord pour s’en prévaloir et d’une façon quine permet de supposer, nous l'avons vu, aucune hostilité, aucun dissentiment sur un point essentiel. Les termes mêmes de cet accord, tels que saint Paul en passant nous les donne, montrent assez que les trois « réputés colonnes de l’Église » admettent au fond sa doctrine. Car ils ont reconnu” non seulement la liberté des Gentils, l’évangile des incirconcis — ce qui implicitement suppose que la Loi n’est pas principe nécessaire pour la justi-. fication de Jésus-Christ — mais encore ils ont approuvé l’apostolat de Paul, son ministère et celui, de Barnabé auprès des Gentils, et par 1à mêmes accordé qu'on pouvait s'affranchir des observances“ légales, tenir la conduite que Pierre n’hésita pass à suivre peu après à Antioche, vivre à la façon des’ Gentils et non des Juifs — £ôwxûe xat odx 'Toudaïxoen Em — c'est-à-dire surtout de communiquer, man“ ger avec des Gentils, ce qui est en principe suppo= ser que la Loi peut cesser, même pour un Juif, d'être obligatoire, et cela nous suffit largement pour dire que, sur le point capital, les Apôtres ne pensent pas autrement que saint Paul, quelles que soient les divergences de vue sur l’application dans la

nous espérons le montrer, on n’a plus aucune raison de voir dans les hérétiques que flagelle Jude des chrétiens de saint Paul.

pratique ou sur la manière même dont ils conçoivent le changement qui s'opère.

En particulier, pour Pierre, il n’est pas besoin d'insister davantage. L'incident d’Antioche nous a pleinement édifiés sur ses idées et sur sa conduite habituelle dans une Église de Gentils; on peut dire que sa fausse démarche, présentée avec tant de force par saint Paul comme une dissimulation, comme une sorte d’éclipse de ses vrais sentiments, ne nous à que mieux servi à connaître, grâce à la vive réprimande dont elle a été l’objet, quelle était sa véritable pensée. O felir culpa! Les deux Épitres qui nous restent sous son nom, ont plutôt un caractère paulinien, on le reconnait, et c’est en partie pour cela qu'on en nie l’authenticité; ce nest pas ici le lieu de la démontrer; mais ceci nous autorise à affirmer qu'on n’a aucun témoignage positif pour prétendre que saint Pierre ne pensait pas comme saint Paul.

Quant à saint Jean, ni dans son Évangile, ni dans ses Épitres, on ne trouve vestige d’attachement outré aux observances légales; bien loin de à! On ne le nie pas, et c’est encore un des motifs que l’on allègue pour en enlever la composition au fougueux judaïsant, à ce Fils du tonnerre dont on se crée une idée imaginaire. Il est vrai qu'on lui laisse l’'Apocalypse, où l’on entend trouver la justification d'un pareil portrait et même des traces

de l’antagonisme contre saint Paul. Que l’Apocalypse, par son style, par ses images, par le décor des visions, ait une tournure juive très accentuée et nous rappelle les anciens prophètes, Ézéchiel, Daniel, il n’y à pas à le nier; mais ce n’est pas là la question. Admettrait-on, ce quiest loin d’être démontré, que ce livre, d’origine juive, aurait été ensuite édité, complété et approprié au point de vue chrétien, il n’en resterait pas moins vrai qu'on. n'y trouve rien quisente la tendance judaïsante, la … tendance à exalter l’ancienne loi, à la présenter comme un élément essentiel, ou au moins comme un organe important dans la religion du Christ. Il n’en est pas même une fois question.

Parmi ceux qui sont marqués du sceau de la.

rédemption, Jean n'oublie pas cette « foule immense de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de. toute langue, » dépassant de beaucoup le nombre des rachetés d'Israël, puisque « nul ne peut lan compter, se tenant devant le Trône et l'agneau avec des vêtements blancs et des palmes à la main... » (Apoc. VII, 8.) Et qui leur à valu le titre de rachetés? Va-t-il dire : leur place parmi les tribus, leur incorporation à Israël dans la Loi? — Non, le principe de rédemption qu'il met en avant, le seul qu'il nomme, c’est, comme dans la théologie de saint Paul, « le sang de l'agneau. » La foule chante par la voix des quatre animaux symboli-.

ques et des vingt-quatre vieillards : « Tu fus immolé et tu nous rachetas pour Dieu dans ton sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation » (Apoc. V, 9).

Et, si l’auteur a énuméré d’abord avec complaisance les élus de chaque tribu d'Israël, nous avons, pour ainsi dire, la mise en scène de cette vérité historique, proclamée dans l'Évangile de saint Jean par Notre-Seigneur lui-même : « Le salut vient des Juifs, » au momunt où Il prononce la parole qui entre toutes définit le caractère universel et spirituel des temps nouveaux : « Croismoi, femme, le moment vient où le culte du Père ne sera plus attaché ni à cette montagne, n1 à Jérusalem... Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité!. » Mais que l'appel ait d’abord été adressé aux Juifs, n'est-ce pas ce que saint Paul reconnait lui-même : « aux Juifs premièrement, puis aux Gentils?, » et ne va-t-1l pas prêcher d’abord dans les synagogues?

Une autre tendance des judaïsants, qui est La contre-partie de la précédente et qui est allée s'accentuant chez leurs rejetons du Il° siècle, les porte à diminuer la personne et la vertu du Christ; on dirait que la Loi le leur masque. Or, en aucun livre du Nouveau Testament, pas même dans les

M0 41 V, 27. 22, 2. Rom. I, 16; IL, 9, 10.

Épîtres de saint Paul, la personne du Christ, sa divine puissance, son auguste majesté ne sont plus exaltées que dans l’Apocalypse; les titres et les attributs de la divinité lui sont ouvertement donnés. Il est « l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (I, 8, cfr. XXII, 13). Il est « l’Amen, le témoin fidèle et vrai, le principe de la création de Dieu » (III, 14). Lui, lAgneau immolé, reçoit « bénédiction, honneur, gloire, puissance à Jamais » avec « Celui qui est assis sur le trône » (V, 12, 13). Il est « le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois » XVII, 14; XIX, 16); enfin son nom est le Verbe de Dieu (XIX, 13), plus souvent : l'agneau; de telle sorte que le Jean judaïsant de l’Apocalypse se trouve ne pas parler autrement que le Jean de l'Évangile.

Cependant, dans les lettres aux sept Églises d'Asie qui précèdent les visions, on prétend rencontrer des attaques dirigées contre saint Paul ou les chrétiens de saint Paul. L'auteur les désigne- » rait sous le nom de ces Nicolaïtes qui mangent les idolothytes, pratiquent la ropveia (II, 14, cfr. 6, 20), dont les meneurs « se disent apôtres et ne le sont pas, se disent juifs et ne le sont pas, mais ne sont. que synagogue de Satan » (II, 9) : — allusion aux revendications de Paul pour le titre d’apôtre et pour la nationalité juive (II Cor. XI, 22, 23). — Jean enfin appellerait par dérision leur doctrine

les profondeurs de Satan (1, 24) en opposition avec la sagesse de Paul qui scrute les profondeurs de Dieu (1 Cor. II, 10). — Mais aucune indication positive ne donne à penser que l’auteur de l’Apocalypse vise saint Paul; aucun témoignage, ni à l’âge apostolique, ni après, ne laisse même soupconner que le nom de Micolaïtes ait jamais désigné saint Paul et ses disciples. Les allusions en question ne sont donc qu'hypothèse; ét l’hypothèse prendrait quelque consistance — non cependant sans difficulté — si l’antagonisme de Paul et de Jean était connu par ailleurs. Dire qu'il existe, et le chercher ensuite dans les passages cités, c’est pétition de principes; c'est construire une hypothèse, lui prêter réalité, puis la retrouver à plaisir dans les textes; mais on n'y trouve que ce que l'imagination y a mis, le plus souvent de l’arbitraire. Or c’est ici le cas; les rapprochements présentés peuvent être ingénieux, ils ne sont pas raisons ; et d’ailleurs pareille réprobation ne peut s'appliquer ni à la doctrine manifeste de saint Paul sur les idolothytes, puisqu'il repousse avec force tout ce qui est vraiment idolâtrie et participation à la table des démons; ni à sa doctrine sur la repvela qu'il condamne si fort, qu'on l’entende dans le sens ordinaire ou des mariages mixtes, puisqu'aussi bien il les interdit, au moins incidemment, et ne fait exception que dans le cas

du mariage préexistant à la conversion !. — Mais comment Jean déclarerait-il que Paul n’est pas apôtre alors qu'il a formellement reconnu son apostolat (Gal. IE, 7 sqq.)? Comment s’infligeraitil un tel démenti? Et, pour si fanatique judaïsant qu'on le suppose, son aveuglement irait-il jusqu'à nier ? que Paul fût juif? Il ne peut donc viser saint Paul. A la fin de l’âge apostolique comme au début du Il° siècle, l’Asie est assez fertile en sectes hérétiques pour trouver sans embarras à qui appliquer les invectives de saint Jean, voire même l'expression « les profondeurs de Satan » que suggéraient naturellement les doctrines ténébreuses des gnostiques.

Et Jacques? l'antiquité ecclésiastique nous l'a

Cor VI 18-5qq:; 39.

2. On l’a fait plus fard, et comme ab iralo, dans le monde ébionite; mais chez un contemporain de saint Paul, s'adressant à des contemporains, pareille négation d’un fait manifeste ne peut se supposer sans indication positive, qu’un siècle plus tard, dans le milieu fermé de sectaires, ait circulé l’histoire que saint Épiphane avait lue dans les « Ascensions de Jacques » àva6alot ’Ioxw6ov, apocryphe ayant cours parmi les judaïsants, cela se conçoit. Paul, d'origine païenne, venu à Jérusalem, se serait épris de la fille du grand-prêtre, et pour l’accepter aurait accepté le joug de la Loi et la circoncision. La ruine de ses espérances l'aurait transformé en ennemi acharné des observances mosaïques. (Saint Épiph. Haer. XXX, 16). — Si saint Paul met en avant sa nationalité « Hébreu né d’Hébreux » (Phil. III, 5; II Cor. XI, 22), ce n’est pas qu’on la conteste — il ne cherche pas à la prouver — mais c’est que, ses adversaires se prévalant de cette qualité, il déclare ne pas leur être inférieur.

présenté gardant jusqu'à la fin les observances légales; le portrait qu'en a tracé Hégésippe au II° siècle ! est connu de tous; quels que soient les traits légendaires qui l’altèrent, le souvenir de sa fidélité à la Loi et au culte mosaïque demeure ineffaçable. Mais cela prouve simpiement que sa mission est autre que celle de saint Paul, qu'il est placé dans une situation différente, où, du reste, ses dispositions et ses préférences personnelles peuvent l'avoir retenu et sur laquelle nous éclaire si bien le conseil donné par lui et les Anciens à saint Paul (Act. XXI, 20 sqq.); mais cette conduite ne suppose pas par elle-même, nous l’avons dit, une opposition radicale et de doctrine entre saint Jacques et l’Apôtre des Gentils. La loi mosaïque, cette règle de vie qu'il aime à garder dans la pratique, l’estime-t:1l une condition nécessaire du salut en Jésus-Christ? Déjà Le témoignage de saint Paul dans l’Épitre aux Galates et le discours de Jacques dans les Actes nous permettent de répondre négativement. Mais, à l'encontre des inductions que nous en avons tirées, son Épitre jette-telle quelque lumière sur ce sujet? On l’a pensé et on y a vu un manifeste du parti judaïsant. — Parmi les écrits du Nouveau Testament, elle forme, il est vrai, un morceau à part, comme l’Apoca-

Page 1