À MELANGES D'HISTOIRE
son peuple par un châtiment terrible. Il tient bien plus à sa sainteté morale qu'à sa prospérité ; — c’est la réponse d’Isaïe aux optimistes superstitieux. — Pour cela, il se sert des grands empires de ce monde jusqu'au jour où il les brise ou les ramène à Lui; ce qui montre qu'il les tient dans sa maïn ; — c’est sa réponse à ceux qui doutent de la puissance du Dieu d'Israël. Les succès d’Assur ne prouvent pas la faiblesse de ce Dieu, mais plutôt sa supériorité, car c’est Lui qui d’un signe, « d’un coup de sifflet »,. appelle Assur et l’emploie comme un instrument « pris à louage », et quand Assur s’attribue à luimème ses exploits, quand 1l dépasse la mesure, Il le frappe à son tour (cf. Is. x). Les malheurs d'Israël prouvent donc, non l'impuissance ou l’indifférence, mais la sainteté de son Dieu. Il veut que Juda se convertisse, que la partie impure périsse, et le reste sauvé dans Sion jouira des anciennes promesses.
C’est alors qu’apparaît à travers ces oracles, soudaine et rapide, mais bien individuelle et bien vivante, la personne du médiateur, sous une forme plus populaire, sous la figure d’'Emmanuel, du roi idéal dans la première partie (vu-x1), sous une forme plus théologique dans la deuxième, sous la figure du serviteur de Dieu qui vient mettre le sceau à la vocation et à l'élection d'Israël et qui a une part si douloureuse à sa rénovation.
Par ces peintures d’Emmanuel, du serviteur de Dieu, Isaïe a mérité d’être appelé l’évangéliste de l'Ancien Testament. Un troisième trait de sa théologie complète. Son œuvre respire encore le souffle de l'Évangile par ses appels réitérés à tous les peuples. Ils rendront enfin hommage au Dieu d'Israël, etle Dieu d'Israël les adoptera tous comme ses enfants. Autant l’ardent patriotisme d'Isaïe retient sa pensée ordinaire, ses préoccupations quotidiennes dans l'enceinte de la Jérusalem terrestre, autant sa conception sublime du Dieu d'Israël l'emporte à travers les continents et les âges. Au milieu des bruits de guerre et des haines de son époque, il à la vision de Jérusalem, métropole pacifique, centre religieux de toute la terre (nr, 2-4), etil entend la voix de Jahvé Sebaoth réunissant un jour dans une même bénédiction l'Égypte, l’As-
syrie et Israël :
Béni soit mon peuple, Misraïm (l'Égypte), Et l’œuvre de mes mains, Assur, Et mon héritage, Israël! (x1x, 25).