‹ Mélanges d'histoire et de littérature religieuseChapitre 94 sur 109 · Bulletin Théol., t. I (1889), p · texte numérisé non relu

Bulletin Théol., t. I (1889), p

générales qui survivent à la fragilité des circonstances et qui ont valu à ces discours d’être à jamais conservés. On a senti de bonne heure cette difficulté, et d'autant plus que l’histoire du monde oriental était moins bien connue. En adressant le commentaire de ces morceaux à l’évêque Amabuilis, saint Jérôme disait : « Hucusque, papa Amabilis, per litteras flagitabas ut tibi decem visiones quae in Isaia obscurissimae sunt, historicâ expositione dissererem, et omissis nostrorum commentarlis, qui varlas opiniones secuti multa volumina condiderunt, hebraicam panderem veritalem. »

La critique rationaliste a largement mis à profit les côtés obscurs pour contester l’authenticité de quelques-uns de ces oracles qui paraissent dépasser l'horizon de l’époque d'Isaïe. Dans les étroites limites du Bulletin, nous ne pouvons aborder l'étude des grandes prophéties adressées à Babylone, à Moab, à l'Égypte ou à Tyr; mais, par un exemple emprunté à un des plus courts fragments, nous voudrions montrer comment des renseigne-

1. In Isaiam, lib. V, præf. — Saint Jérôme a inséré ce commentaire spécial des chapitres xu-xx111, adressé à Amabilis, dans son commentaire général d'Isaïe; il en forme le livre V. Ces oracles sont appelés decem visiones, à cause du titre qu'ils portaient dans l'ancienne Vulgate d'après les Septante : Gpaot:, 6paua (au lieu de la lecture plus correcte fñua de quelques manuscrits). Quoique le titre traduit par visio (dans notre Vulg. onus) ne se rencontre que dix fois, il y a cependant en réalité treize morceaux distincts dans ce recueil.

ments historiques puisés à des sources nouvelles, ignorées il y a quelques années à peine, permettent de mieux entendre ces oracles et d'écarter les interprétations douteuses qui donnaient prise aux attaques. Il s’agit de l’oracle contre les Philistins (xiv, 28-32); c’est un des quatre morceaux! qui, parmi les discours d’Isaïe, se trouvent formellement datés : il est de « l’année de la mort d’'Achaz », c’est à dire de l’an 727 av. J.-C., ce prince étant mort, comme il résulte de IL Reg. xvur, 9, cfr. xvr, 20, la sixième année avant la prise de Samarie, qui eut lieu en 721.

Nous donnons d’abord la traduction de l’oracle d’après le texte hébreu, que nous suivons d'aussi près que possible. Nous ne pouvons entrer dans la discussion des variantes qu’il présente par rapport à notre Vulqate, noussignalerons en note les principales, qui, du reste, n’intéressent nullement le but que nous poursuivons dans cette étude :

ÿ 28. Dans l’année où mourut le roi Achaz fut prononcé cet oracle? :

1. Je fais abstraction des chapitres historiques xxxvi-xxxix. Les trois autres dates fournies dans le livre d’Isaïe sont : l’année de la mort d'Ozias (vr, 1), les jours d’Achaz pendant l'invasion de Rasin de Damas et de Phace d'Israël (vir, 1), et l'année de la prise d'Azot (xx, 1). Ce sont des points de repère précieux, malheureusement {rop rares.

2. Vulg. : Factum est onus istud; mais mieux Sept. : éyev4ôn To fAUA TOÙTO,

ÿ 29. Ne te réjouis pas, Ô toi, Philistie entière, De ce que la verge qui te frappait est brisée! Car de la racine du serpent sort le bazilic, Et son fruit est le dragon volant!.

Y 30. Tandis que les pauvres? pourront païtre Et les indigents en sécurité reposer, Je ferai mourir par la faim ta racine, Et ce qui reste de toi, 7 le tuera.

ÿ 31. Gémis, porte! Ville, pousse des cris!

Tombe“ en défaillance, à toi, Philistie entière! Car du Nord vient une fumée,

EE nul ne s'isole ÿ dans ses bataillons.

Ÿ 32. Quelle réponse faire aux envoyés f de la nation ? — Que Yahvé a fondé Sion

1. Vulg. : Et semen ejus absorbens volucrem; mais mieux Sept Kai Tà éxyova adT@v ÉÉehetoovtar Opers merapevor. — Au reste, saint Jérôme a reconnu dans son commentaire que sa traduction faite auparavant ne correspondait pas au texte hébreu : « Pro eo autem quod nos transtulimus absorbens volucrem et in hebraeo seriptum est saraph mopheph, interpretari potest serpens volans, ut sit sensus : de radice colubri nascetur regulus ef fructus illius, id est, reguli, serpens volans, ut draconem volantem intelligas ». (Comm., lib. V, in h. I.)

Page 1