‹ Mélanges d'histoire et de littérature religieuseChapitre 95 sur 109 · Vulg. : interficiam; mais Sept. : &vexei · texte numérisé non relu

Vulg. : interficiam; mais Sept. : &vexei

4. Vulg. : Prostrata est Philisthaea omnis; mais mieux Sepl., quoique paraphrasant : xexpayétwooav nédets Terapayuévar, oi A6- @UXOL TAVTEG.

5. Vulg. : et non est qui effugiel agmen ejus. Les Sept. sont ici inintelligibles : xai ox Eott toù eîvat. — En hébreu, mot à mot : il n'y en a pas s’isolant dansses bataillons, pour dire qu’ils marchent en rangs serrés ; l'armée assyrienne est aussi représentée sans gens exténués ni traînards au V, 27.

6. Sept. : Baouets édvwy; ils ont lu malké au lieu de mal’àké, comme l'observait déjà saint Jérôme : « Pro angelis Septuaginta transtulerunt reges, unius aleph littera errore decepti ».

Et qu’en elle trouveront! un refuge les malheureux de son peuple!

Aïnsi, au moment où les Philistins se croient délivrés de leur oppresseur, le prophète leur annonce un péril plus redoutable, dont les plus humbles de Sion seront préservés. Tel est le sens général du morceau. Mais quel est cet oppresseur dont la ruine cause tant de joie? Quelle est cette verge qui frappait les Philistins? — Le titre « l’année de la mort d'Achaz » laissait supposer que c'était de la mort de ce prince que les Philistins se réjouissaient. À défaut d'autre donnée, cela paraissait naturel, et les commentateursanciens, à la suite de saint Jérôme chez les Latins?, de Théodoret chez les Grecs, l’entendaient ainsi. — Mais Achaz ne fut jamais « la verge qui frappait les Philistins ». Sa mort ne put être pour eux un sujet de joie; il fut incapable de les tenir sous le joug, incapable même de résister à leurs invasions. Non seulement l'histoire ne mentionne aucune victoire d’Achaz sur les Philistins, mais, au contraire, elle nous apprend que, pendant son règne, « 1lsenvahirent les villes de la plaine et du midi de Juda; ils prirent

1. Vulg. : {n ipso sperabunt pauperes; mais mieux Sepi. : Ôt” aÙtoÙ GHÔNTOYTOL OÙ THTELVOL.

* 2. Par exemple, au moyen âge, Haymon d’Alberstadt, saint Thomas, et, parmi les modernes, Maldonat, Tirin, Foreiro, Calmet.

268 MÉLANCGES D'HISTOIRE

Berthsames, Aïalon, Gaderoth, Soczo et ses dépendances, Thamnon et ses dépendances, Gamko et ses dépendances, et ils s’y établirent; car Yahvé humiliait Juda à cause d’Achaz, roi d'Israël, parce qu'il avait corrompu Juda et gravement péché contre Yahvé ». (II Paralip. xxvur, 18-19.) Achaz n'est donc pas l’oppresseur dont la mort a causé la joie des Philistins.

Dès qu'on à senti la difficulté, on a pensé que « Ja verge qui frappait » représentait la puissance de Juda en général ou la dynastie de David, si souvent victorieuse des Philistins, et encore récemment sous Ozias, prédécesseur d’Achaz, mais sous ce dernier prince abattue et presque brisée!. La difficulté ne demeure pas moins, car c’est plutôt à la mort d’Ozias ou au moins au moment de la défaite d’Achaz,et non à la mort decelui-c1, qu'aurait dû éclater la joie des Philistins, à laquelle le prophète fait allusion; aussi bon nombre de critiques récents profitent-ils de cette anomalie pour reporter l’oracle à une autre époque de la vie

1. Cette explication, que je ne retrouve pas avant Nicolas de Lyre, est adoptée par la plupart des modernes, et encore par le plus récent des commentateurs catholiques d'Isaïe, le P. Knabenbauer, S. J. : « Cum plerisque virga percutiens intelligatur oportet regnum Juda vel domus David generatim, cujus percussionem autem sub Davide, Ozià experti sunt (Philisthaei), sed cujus potestas jam confracta et comminuta et jacuerit et jaceat. » (Comm. in Is., t. I, 1887.)

d’Isaïe et pour nier l'exactitude et par conséquent l'authenticité du titre. On est bien aise de prendre ainsi en défaut un de ces titres pour jeter des doutes sur tous les autres, les mettre sur le compte d’un rédacteur postérieur et se débarrasser de leur témoignage quand il gène certaines négations.

De part et d'autre, on établit sans preuve un rapport de cause à effet dans la date du titre : « l’année de la mort d’Achaz » et le début : « Ne te réjouis pas, Philistie, de ce que la verge qui te frappait est brisée »., On était excusable de se méprendre autrefois sur la portée de la date, parce … qu'on ignorait qu'une puissance autre que Juda eût frappé au temps d’Achaz les Philistins. Les monuments assyriens ont permis de combler les deux lacunes, qui étaient les seuls obstacles à une juste intelligence du texte, l’une sur l’étendue des conquêtes de Teglathphalasar, l’autre sur l’époque de sa mort; nous pouvons à la fois et mieux entendre Le sens de l’oracle et même démontrer, je crois, l'exactitude du titre.

En effet, d’une part, nous savions par la Bible (II Reg. xv, 29; xvi, 7-9) que sous Achaz, et appelé par ce prince, Teglathphalasar intervint dans les affaires de Syrie, qu'il détruisit le royaume de Damas et démembra le royaume israélite du Nord, mais nous ne savions que cela. Nous ignorions — ce que les inscriptions de ce roi nous apprennent

— qu'il avait poussé plus loin vers le sud ses conquêtes jusque dans la Philistie, qu'il s'était avancé jusqu'à Gaza qui fut prise, que Hannon, roi de cette ville, comme Mitinti, roi d'Ascalon, comptaient parmi ses tributaires. Teglathphalasar était donc bien la verge qui frappatt les Philistins à l’époque d’Achaz.

D'autre part, on n'avait aucune donnée sur la fin du règne de Teglathphalasar. Grâce aux tablettes chronologiques assyriennes, nous connaissons l’année de sa mort, et c’est précisément l’an 727 qui est aussi, nous l’avons vu plus haut, « l'année de la mort d'Achaz ». Nous comprenons maintenant le sens de cette indication dont on avait exagéré la portée. Elle n’est pas là pour expliquer quel était le sujet de la joie des Philistins, ni quelle était la verge qui s’est brisée. '« L’année de la mort d'Achaz » ne donne pas l’occasion de la prophétie, mais seulement la date! ; l’occasion, c’est la mort de Teglathphalasar. Pour les contemporains du prophète, il était inutile de marquer plus distinctement la coïncidence entre deux événements qui leur étaient très connus; mais pour nous, tant que nous ignorions l’un des deux, elle demeurait très cachée. Un rédacteur postérieur, mettant des ti-

1. Cf, plus haut, vi, 1 « l’année de la mort d'Ozias »;iln'y a qu'un rapport de tempsentre cette date et la vision des Séraphins qui suit.

tres à tort et à travers, ne l'aurait pas rencontrée, et, s'il eût été bien informé, il l'aurait présentée plus clairement à une génération qui n’était pas contemporaine. On doit apprendre de là à faire plus de cas des titres quand ils sont obscurs et même quand on les trouve peu en harmonie avec le contenu du morceau qu’ils accompagnent.

Cette coïncidence n’est pas seulement le signe de l’authenticité du titre, mais aussi la clef de l’'oracle. Quand on voit dans « la verge brisée » le monarque assyrien qui vient de mourir, victime peut-être d’un révolution, comme semblerait l’indiquer l’état mutilé de ses inscriptions, toutse lie, tout est parfaitement soutenu dans la suite de l’oracle ; là même où les Philistins croient trouver un motif de joie, le prophète leur découvre le péril qui les menace : de la racine du serpent doit sortir le basilic. On n’est plus obligé d'appliquer à la puissance de Juda ou à la race de David l’image odieuse du serpent ou du basilic ! toujours employée pour une puissance malfaisante. D'ailleurs, que les Assyriens soient l'ennemi dont on menace les Philistins, c’est ce qui résulte du verset 31 où on le présente comme venant du Nord, à moins qu'on n'introduise à partir de ce verset un second

. 1. Au contraire, la puissance assyrienne est représentée sous l'image du serpent dans Is. xxvir, 1, et au ch. x, 5, sous celle de la verge.

ennemi, — ce que rien n'indique dans le contexte, — ou qu’on regarde Juda comme venant du Nord, — ce qui est encore plus inadmissible !, car Juda est à l’Est et non au Nord de la Philistie.

Les monuments assyriens nous ont aussi montré que ce châtiment annoncé aux Philistins dans l’année de la mort d’Achaz, en 727, à l’occasion de la mort de Teglathphalasar, s’abattit en effet sur eux sous les successeurs de ce prince : de la racine du serpent sortit le basilic et le dragon. Sargon, dans sa campagne de 719, que nous con-

1. Et cependant depuis Nicolas de Lyre, c'est parmi les commentateurs modernes catholiques l'opinion la plus répandue : cf. Mal- . donat, Tirin, Sanctius, Foreiro, Pintus, Mariana, Cornelius a Lapide, Malvenda, et encore de nos jours Trochon. Avec plus de raison, les anciens entendaient par {a fumée qui vient du Nord, les Assyriens : cf. saint Jérôme, saint Ephrem, Eusèbe, saint Cyrille, Théodoret, saint Thomas, encore suivis par D. Calmet. Mais, pour ne pas rompre l'unité de l'oracle en introduisant au verset 31 un danger autre que celui des premiers versets, ils auraient dû reconnaître Le même ennemi dans le « basilic et le dragon volant », comme l'ont fait quelques-uns seulement dont parle saint Cyrille, et aussi D. Calmet. La plupart appliquent cette image à Ézéchias ou aux rois de Juda en général. — Enfin, pour « la verge brisée », nous ne trouvons que deux auteurs, de pays et d'âge bien différents, qui, par les seules inductions tirées du contexte, aient compris qu'il s’agit là aussi des Assyriens, mais en y voyant des rois qui ont régné bien après Achaz : ce sont Bar-Hebræus, auteur syriaque du treizième siècle, et le P. Berthier. D'après celui-ci, ce serait Sennachérib (Isaie, trad. avec des notes, Paris, 1788,t. IN; le premier paraphrase ainsi : « Ne te réjouis pas de ce que Sargon quite tenait en servitude est mort, car de sa racine sort Sennachérib, comme du serpent l’aspic. » (Bar-Hebræus, In Isaiam scholiae codd. mss. syriacè ed. F. Tullberg, Upsaliæ, 1842.

naissons seulement par les inscriptions, et dans celle de 710 à laquelle Isaïe fait aussi allusion (xx, 1), puis Sennachérib, en 703, furent les terribles exécuteurs des menaces divines. Ainsi!, l’histoire assyrienne nous fournit le point de départ et le terme de cette prophétie, son occasion et son accomplissement.

Après en avoir retrouvé le cadre, il nous est fa- cile de reconstituer la mise en scène de l’oracle. Teglathphalasar, le vainqueur des Philistins, vient de mourir; l'espérance renaît parmi tous les petits États tributaires syriens et palestiniens. Pour secouer le joug assyrien, pour échapper aux lourds tributs, on essaie de former une ligue, comme, en d’autres circonstances, des envoyés philistins sont venus solliciter l'adhésion de Juda (Ÿ 32). La question s’agite à Jérusalem. Le prophète réprouve ces alliances, doublement dangereuses au point de vue national et au point de vue religieux; par ses menaces, il renverse les espérances que font valoir les messagers. Le peuple de Dieu sera sauvé sans leur secours. « Quelle réponse fera-t-on aux envoyés de la nation? » La voici, et c’est le trait final, la magnifique conclusion de l’oracle, la vérité suprême qu'Israël doit graver en son cœur :

1. Je n’insiste pas sur ce dernier point, que M. Vigouroux a bien mis en lumière dans La Bible et les découvertes mod., t. IV, p. 167, sq., 3° éd.

« Que Yahvé a fondé Sion et qu’en elle trouveront un refuge les malheureux de son peuple. » C’est le résumé de toute la politique d’Isaïe dans ses oracles contre les nations étrangères. L'Église de l’Ancien Testament, représentée en Sion, comme l'Église du Nouveau, même dans les pressants dangers, ne doit pas accepter les alliances louches et compromettantes; la vérité n’a pas besoin des Philistins.

Dans l'interprétation de cet oracle, nous avons appliqué une des règles que proposait Bossuet dans sa Préface sur l’Apocalypse (n. xvu). Comme elle nous vient d’un auteur qui, en matière d’exégèse, est loin d’avoir mérité la note de témérité, nous tenons à la rappeler aux esprits timides qui, même sur des données nouvelles, craindraient de s’écarter des sentiers battus. « Il y a des prophéties, dit-il, qui ne regardent pas le dogme mais l'édification, ni la substance de la religion mais ses accessoires. On ne dira pas, par exemple, que tout ce qui est prédit dans les prophéties sur Ninive, sur Tyr, sur Babylone, sur Nabuchodonosor, sur Cyrus, sur Alexandre, sur Antiochus, sur les Perses, sur les Grecs, sur les Romains, soit de l’essence de la religion. L’explication de ces prophéties dépend de l'histoire et autant de la lecture des auteurs profanes que de celle des saints livres. Sur ces sujets, il est permis d'aller, pour ainsi dire, à la décou-

verte; personne n’en doute, et quand on dira que les Pères ou ne s’y sont pas appliqués, ou n'ont pas tout vu, ou qu’on peut même aller plus loin qu'ils n’ont fait, en cela on manquera d'autant moins au respect qui leur est dû, que ce petit progrès que nous pouvons faire dans ces pieuses éruditions est dû aux lumières qu'ils nous ont données. » Aujourd’hui, Bossuet ne parlerait pas seulement de « la lecture des auteurs profanes », mais surtout des monuments mêmes de l'antiquité ; à côté de ces témoins historiques, il placerait encore les sciences naturelles, qui ont pris depuis son temps un si bel essor. Elles ont permis de mieux comprendre la portée de maints passages et de discerner, dans le langage humain dont la pensée divine s’est revêtue, la métaphore de la réalité en des matières qui ne tiennent pas au dogme et où les Pères, faute de données précises et de critérium sûr, « ne se sont pas appliqués ou n'ont pas tout vu » et où, avec la prudence requise, « on peut même aller plus loin qu’ils n’ont fait ».

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