DIRBCTEDB DE LA REVUE DES DEUX MONDES
Sut le Nil, d'Assoaan au Caire, décembre 1864.
fai vu FÉgypte, et je peux vous dire mon impression d'ensemble sur cet étrange pays. Mon voyage dans la haute Egypte, en compagnie de M. Mariette, n'a fail que confirmer les Mies que je m'étais formées tout d'abord lors de ma première course à Sakkara et aux Pyramides. La solidité parfaite de l'histoire d'Egypte est pour moi une chose démontrée. J'avais quelques hésitations : je craignais que l'on ne donnât la valeur de dates absolues à des séries toutes relatives, qu'on n'étendît démesurément les origines et qu'on ne prît pour historiques des (kMmées fabuleuses. Ia vue des monuments, Hérodote et Hanéthon lus sur place, par-dessus tout les entretiens de
M. Mariette S ont dissipé mes doutes. Je crois voirmaintenant la suite de cette histoire avec une grande clarté.
Les synchronismes certains entre l'histoire égyptienne d'un côté, les histoires grecque, perse, assyrienne, hé* braïque de l'autre, se continuent jusqu'au x^ siècle avant Jésus-Christ. Au vi® siècle avant Jésus-Christ, la chronologie égyptienne se suit à un ou deux ans près. La conquête de Cambyse, qu'on plaçait autrefois en âSS, est déterminée maintenant à l'an S27 par une stèle du Sérapéum découverte par M. Mariette. Les épitaphes des Apis, trouvées dans le même Sérapéum, ont permis de calculer l'avènement de Psammétique I^ (commencement de la vmgt-sixième dynastie) à quelques jours près (66S ans avant Jésus-Christ). Sésac, qui prend Jérusalem sous Roboam (vers 970 avant Jésus-Christ) , est le premier souverain de la vingt-deuxième dynastie ; la chronologie biblique, vers ce temps, flotte dans des limites d'eireur assez resserrées. Par conséquent, avant l'an 970 ou à peu près, il faut de toute nécessité caser vingt et une dynasties, et trouver de l'espace pour presque tout le développement de la grandeur égyptienne. En effet, loin que l'Egypte, au temps de Salomon, traverse sa période la plus florissante, il faut dire qu'à ce moment elle est en pleine décadence. Les pressions du dehors l'enserrent de toutes parts; elle est à moitié vaincue déjà par l'Asie. Tous les ouvrages insignes des cinq ou six t Louis XIV » qui ont couvert la plaine de Thèbes des monuments de leurs vio-
1. On sait que M. Mariette, après avoir commencé ses fouilles eo 1850 avec une mission du gouvernement français, les continue depuis 1858 pour le gouvernement égyptien. Le précieux musée de Boalaq, pièa du Caire, est un des résuluts de ces fooillei.
L'ANCIENNE ÉGTPTE. »
toires et de leur orgueil sont notoirement antérieurs à l'an 1000 avant Jésus-Christ. Cette grande ère des diibuitième, dix-neuvième, vingtième dynasties, des Âmosis, des Aménophis, des Touthmès, des Séthi, des Ramsès, nous a laissé une masse énorme d'inscriptions, et on peut dire que nous la connaîtrions avec autant de certitude que l'état de Tempire romain au ni' siècle de notre ère, si le nombre des savants qui copient et traduisent les textes égyptiens était plus considérable. Thèbes aux cent pylônes ^ est le livre toujours ouvert de cette triomphante histoire. Je suis resté quatre jours en cette bibliothèque sans égale, guidé par M. Mariette, mon admirable a exégète * jo, d'obélisque en obélisque, de chapelle en chapelle. Sans doute une foule de résen^es sont ici à faire. Plus d'une fois, à la vue de ces files de vaincus humiliés ou exterminés par le pharaon, j'ai pu regretter que les vaincus aussi n'aient pas su peindre. Le style ofGciel des scribes royaux me faisait involontairement songer à cette relation chinoise de Tune des dernières expéditions anglaises, où l'on voit la défaite des barbares^ ceux-ci se jetant aux pieds de l'empereur pour lui demander grâce, et l'empereur, par pitié pure, leur accordant un territoire. Dans le Pentaour lui-même ', que j'ai vu gravé en deux endroits, quelle basse flatterie, quelle éloquence de lioniteurl quel style de journaliste officiel ! mais aussi quelle pleine sécurité sur l'authenticité
1. Et ooa « aux cent portes >, car la ville n'était pas fermée.
1 Od appelait « exégète >, dans les temples anciens, la personne qui montrait aax étrangers les curiosités du temple, leur en racontait la légende, leur en lisait les inscriptions.