‹ Mélanges d'histoire et de voyagesChapitre 14 sur 74 · Poème sur une campagne de Ramsès II, traduit par M. de · texte numérisé non relu

Poème sur une campagne de Ramsès II, traduit par M. de

a» MELANGES D'HISTOIRE.

du texte 1 quelle certitude directe et» si j'ose le dire, documentaire! Or cette grande époque des Aménophis, des Touthmès, des Ramsès commence dix-sept cents ans avant Jésus-Christ. Ce n'est pas ici de la conjecture. Les listes de rois soit grecques, soit égyptiennes, sont pour répoque dont il s'agit en parfait accord les unes avec les autres. Qu'on veuille bien consulter le Kcmiffsbuch de M. Lepsius, on n'aura nul doute sur ce point. Ainsi, à une date où la conscience nationale de la Grèce et ceUe de la Judée n'existent qu'en germe, où Ninive et Babylone ne sont [ïsls encore entre les mains des races qui feront leui* puissance, l'Egypte est en pleine possession d'ellemême, que dis-je? en un état de maturité voisin de la décadence. L'histoire positive nous permet du reste de remonter bien au delà.

Avant la dix-huitième dynastie en effet s'étend une période dont le caractère est parfaitement connu. C'est répoque des Hyksos ou <c Pasteurs », époque d'invasion violente et de conquête. L'Egypte, comme la Chine, reçoit des hordes d'étrangers, les absorbe, se les assimile» leur impose avec le temps ses institutions et ses lois. On pouvait soupçonner tout cela avec les seuls textes grecs; les fouilles de M. Mariette à San (Tanis) ont répandu sur ces siècles obscurs un jour inattendu. Nous avons sans doute des monuments des Pasteurs dans ces colosses étranges, dans ces sphinx aux formes toutes particulières, dont quelques-uns sont déjà au musée de Boulaq. L'origine sémitique des Hyksos a été mise dans une évidence de plus en plus frappante. Il n'est pas permis de parler de synchronismes rigoureux pour une époque aussi reculée. Peut-on oublier cependant que le grand mouvement de:»

L'ANCIENNE ËGTPTB. 3t

peuples sémitiques du nord de la Mésopotaoûe vers la Syrie et TArabie parait s'être opéré vers ce temps, que c'est vers ce temps qu'il commence à être question d'Hél»reux, de Phéniciens, enfin que le passage des Israélites en Egypte répond au règne desHyksos? Peut-on oublier surtout ce curieux synchronisme, établi au chapitre xui des Nombres, v. 22» entre la fondation d'Hébron et celle de San ou Tanis? La conquête des Hyksos semble n'avoir été que le contre-coup du mouvement qui jeta sur la Syrie et l'Arabie ces peuples nouveaux. Pleins de force et d'élan, ils auront momentanément conquis à leur profit la vieille civilisation égyptienne; mais celle-ci les aura conquis à leur tour, et, retrouvant elle-même toute sa force, elle aura pris sa revanche durant la brillante période dont nous parlions tout à l'heure, et dont les vestiges se sont conservés dans la plaine de Thèbes avec un éclat sans égal.

Hanéthon évalue la durée du règne des Pasteurs à einq cent onze ans, ce qui porte leur entrée en Egypte à l'an 2900 environ avant Jésus-Christ. Il n'y a pas une ombre de raison de douter de ce chifire; mais qu'on le réduisis si l'on veut, il faudra toujours placer avant l'an 2000 tout un vieil empire ayant duré des siècles. Manéthon en effet compte avant l'arrivée des Pasteurs quatorze dynasties, formant un total de deux mille huit cents ans. Quand on a soigneusement réfléchi sur les listes des rois trour vées à Abydos, à Thèbes, à Sakkara^ cette assertion n'a

1. Ces listes sont au nombre de cinq: le papyrus de Turin, la saUe des Ancêtres de Toathmès III à la Bibliolhèque nationale à 9sii&, la première table d'Abydos au Musée britannique, la table de Sakkara an musée de Boulaq , enOn une nouvelle table découverte

rien qui surprenne. Manéthon n'étant en défaut sur aucun des points où Ton peut le contrôler, pourquoi rejeter son témoignage sur cette partie? Je ne nie pas cependant que des réductions plausibles en apparence ne puissent ici être proposées. Plusieurs savants croient qu'il est possible que Manéthon ait présenté comme successives des dynasties partielles simultanées: possible, assurément; mais des faits presque démonstratifs établissent que cela n'est pas. Et d'abord, dans la partie de la liste de Manéthon qui se rapporte aux temps postérieurs à l'invasion des Pasteurs, nulle trace de dynasties simultanées présentées comme successives. Pour cette partie, nous avons le contrôle perpétuel des historiens grecs, hébreux, et des textes hiéroglyphiques. Loin que Manéthon, dans cette partie, cède au penchant d'allonger sa liste en mettant bout à t)Out des dynasties simultanées, on le voit au contraire suivre dans la formation de son canon royal un principe strictement a légitimiste », c'est-à-dire qu'il n'admet à un moment donné qu'une seule dynastie légitime, même quand il y a eu d'autres dynasties tout aussi réellement existantes. Manéthon, en d'autres termes, a déjà fait sa réduction, et ce qu'il nous présente n*est qu'une liste réduite, à peu près comme la liste classique des rois de France à l'époque mérovingienne omet des rois tels que Contran, qui ont aussi bien régné que Clotaire ou tout autre, mais qui ne sont pas nécessaires pour dresser une série ne laissant aucun vide, ou bien encore de même que la liste des papes, selon le système ultramontain, exclut les papes de l'obédience française. Ce

dans le grand temple d'Abydos par M. Mariette, et qui est encore à sa place primitire.

qui prouve que Manéthon procéda bien de la sorte , ou, pour mieux dire, que la série officielle des anciens rois, acceptée du temps des Ptolémées, avait subi beaucoup d'éliminations, c'est que les difiërentes listes de rois que nous possédons en caractères hiéroglyphiques, et en particulier la plus importante de toutes, la nouvelle liste que M. Mariette a récemment découverte à Âbydos, contiennent un grand nombre de rois dont il n'y a pas de trace dans Hanéthon. Nous en avons une autre preuve pour l'époque des Pasteurs. Durant la domination de ces étrangers, il se conserva dans diverses parties de l'Egypte, surtout dans la Thébaïde^ de petites dynasties indigènes. Les Pasteurs cependant, à cause de leur puissance, ayant fini par passer pour légitimes (à peu près comme la dynastie carlovingienne, bien que purement allemande, est adoptée par les historiens légitimistes dans la série des c rois de France »), Manéthon , suivant son principe , qu'à un moment donné il n'y a eu qu'une seule dynastie légitime, omet toutes les autres et ne parle que des Pasteurs. M. Mariette a réuni d'autres exemples de ces éliminations ^; mais voici un fait bien plus grave, et qui, j'ose le dire, est à lui seul presque décisif.

Il est clair que le système des dynasties locales et simultanées est renversé par la base, si l'on trouve dans toutes les parties de l'Egypte des monuments des dynasties qu'on prétend avoir été locales. Or c'est ce qui a lieu. Dans la plupart des systèmes, la cinquième dynastie règne à Eléphantine pendant que la sixième règne à Memphis. Si cela était vrai, chaque dynastie aurait eu

Page 1