‹ Mélanges d'histoire et de voyagesChapitre 2 sur 74 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

à limiter son horizon, à évacuer des terres qu'on s*était adjugées et que l'on croyait même avoir conquises. Toute existence un peu active, rentrée dans son lit naturel, abandonne ainsi derrière elle comme des lais de mer, que le flot ne visitera plus. Il y a plaisir, quand on vieillit, à revenir sur ces souvenirs d'une curiosité qui fut sincère* Le public, d'ailleurs, a toujours été pour moi si indulgent que c'est un peu sa faute si je n'ai pas fait, en composant ce volume, la part plus large à l'oubli.

Ce fut surtout à partir de 1852 que, introduit par Augustin Thierry à la Revue des Deux Mondes^ et par M. de Sacy au Journal des Débats, je cédai au goût du temps pour ce genre d'études critiques qui interdit les longues démonstrations, mais n'exclut pas une certaine philosophie générale. C'était le temps où MM. Laboulaye, <jie Sacy, Taine, Rigault, Prévost- Paradol donnaient une vie nouvelle à Tarticle VatUlés et transportaient à la troisième page du journal rintérèt que la première, consacrée à la politique, ne pouvait pluA avoir. Nous essayions de sauver au moins la liberté iniellectuelle, religieuse, littéraire» si fortement compromise, et peut^lre fûmes-nous asses heureux pour y contribuer dans une certaine mesure. Plusieurs morceaux du présent Yolunoe iOûi

PREFACE. ui\

sont de ce temps et en rappellent l'esprit. D'autres remontent à ces dernières années de l'Empire, où Ton put croire qu'un avenir meilleur commençait à s'ouvrir. Quelques-uns sont des jours néfastes où la consolation de l'étude a été plus nécessaire que jamais à ceux qui aiment leur pays. Deux ou trois, enfin, appartiennent à un passé fort ancien, à 1847 et 1848, à ces années d'études ardentes où je regrettais que la vie ne fût pas comme un char à six ou huit chevaux, que j'aurais conduits à la fois. C'est mon digne maître et ami M. Egger qui faisait insérer au Journal de rinstruction publique ces élucubrations déjeune homme, qu'on était bien bon d'accepter, car elles étaient écrites d'une façon singulièrement inexpérimentée. J'ai éprouvé cependant tant de joie à les relire, que je me suis laissé aller à les réimprimer. J'y ai trouvé naïvement exprimées les idées qui ont été plus tard l'âme et le soutien de ma vie*.

Ce m'a été une grande consolation de voir que presque tous les vœux que je formais il y a vingt et trente ans pour l'avenir des études philologiques et historiques se sont en grande partie réalisés. Un immense progrès, qui date de la seconde moitié de l'empire, s'est accompli dans

1. U ne reste plus de cette époque à publier que V Avenir de la iciencey que je composai en 1848 et 1849.

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